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Zakhor
1829 – 1864 · De Bagdad à Bombay

Le trésorier en fuite

Le trésorier des Juifs de Bagdad fuit un gouverneur qui le rançonne. Trente ans plus tard, sa maison tient le commerce entre l'Inde et la Chine.

УстановленоSassoonBagdadIndeMigration marchande

David Sassoon, né en 1792, occupe à Bagdad la charge de nassi et de trésorier — de 1817 à 1829, il gère les finances de la communauté juive auprès du pouvoir ottoman.

Daoud Pacha, gouverneur de Bagdad depuis 1817, resserre l'étau sur les grandes maisons juives : confiscations arbitraires, pressions, violences. Les familles fortunées, qui tenaient une part du commerce et des fonctions fiscales, sont les premières visées.

À la fin des années 1820, l'essentiel de la famille quitte la ville pour Bouchehr, sur la côte persane. En 1832, David Sassoon arrive à Bombay.

Recommencer à quarante ans

Il fonde la même année David Sassoon and Sons. Il ne parle pas anglais, il vient d'un empire concurrent, il n'a plus de charge.

Ce qu'il a, c'est un réseau : des parents et des correspondants dispersés de Bassora à Alep, une langue de commerce — l'arabe judéo-bagdadien —, et la confiance d'hommes qui se connaissaient depuis des générations.

La maison prospère très vite dans le coton et dans l'opium, et s'étend au Golfe, à l'Asie du Sud-Est, à la Chine et au Japon. On surnommera les Sassoon les Rothschild de l'Orient.

Il faut nommer l'opium

Une part de cette fortune vient du commerce de l'opium indien vers la Chine — celui-là même que les guerres de l'Opium ont imposé par les armes.

C'était le commerce légal et dominant de l'Inde britannique, et les maisons européennes y étaient plus engagées encore. Cela n'en fait pas un détail à passer sous silence : une histoire qui célébrerait la réussite sans nommer sa matière première ne serait pas une histoire.

La rubrique n'a pas à juger des hommes du XIXᵉ siècle avec les catégories du XXIᵉ. Elle a à dire de quoi ils vivaient.

Une communauté qui se transporte

Ce que les Sassoon ont bâti à Bombay n'est pas seulement une entreprise. Ils y ont fait venir des Juifs de Bagdad par centaines, et financé ce qu'il faut pour qu'une communauté existe : synagogues, écoles, hôpitaux, bibliothèque, docks.

Une communauté « bagdadie » naît ainsi à Bombay, puis à Calcutta, Rangoun, Singapour, Shanghai et Hong Kong — distincte des Juifs de Cochin et des Bene Israel, installés en Inde depuis bien plus longtemps.

David Sassoon meurt en 1864. Ses fils dispersent la maison sur trois continents ; une branche s'installe à Londres et entre dans l'aristocratie britannique.

Deux générations et un monde qui se ferme

L'ascension a duré à peu près le temps de l'empire qui la portait. La décolonisation, la fondation d'Israël et la révolution chinoise ont dispersé les communautés bagdadies d'Asie en une génération.

Il reste des bâtiments qui portent le nom — une bibliothèque à Bombay, des docks, un hôpital — et des familles réparties sur quatre continents.

Le point de départ tient en une phrase : un trésorier a fui un gouverneur qui le pressurait, et il est parti vers l'est plutôt que vers l'ouest.