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Zakhor
29 – 31 août 1897 · Stadtcasino, Bâle

Le congrès

Deux cent huit délégués de dix-sept pays dans une salle de concert suisse. Le soir, l'organisateur écrit dans son journal une phrase qu'il se garde bien de prononcer.

УстановленоSionismeHerzlBâleCongrès

Theodor Herzl voulait tenir son congrès à Munich. L'opposition de la communauté juive locale — qui craignait qu'on ne mette en doute sa loyauté allemande — l'oblige à le déplacer. Ce sera Bâle, au Stadtcasino, du 29 au 31 août 1897.

Deux cent huit délégués de dix-sept pays y participent, avec vingt-six correspondants de presse. Soixante-neuf sont mandatés par des sociétés sionistes, les autres invités à titre personnel. Dix-sept femmes sont présentes, certaines de leur propre chef.

Le décorum n'était pas un ornement

Herzl exigea l'habit et la cravate blanche pour la séance d'ouverture. Beaucoup de délégués venaient de milieux modestes d'Europe orientale et n'en possédaient pas.

L'exigence paraît vaine ; elle ne l'était pas. Herzl fabriquait une assemblée délibérante, pas une réunion de société de bienfaisance : il voulait que ces hommes se voient eux-mêmes comme le parlement d'un peuple, et que la presse les voie ainsi.

C'est le même calcul qui commande le reste — un ordre du jour, des commissions, un vote, un texte adopté.

Le programme de Bâle

Rédigé du 27 au 30 août et adopté à l'unanimité le 30, le programme de Bâle est le premier manifeste du mouvement. Il fixe l'objectif : établir pour le peuple juif un foyer en Palestine, garanti par le droit public.

La formule choisie fut discutée mot à mot. On écarta les termes trop nets — État, souveraineté — au profit d'une expression que la diplomatie pourrait entendre.

Le congrès crée en outre une Organisation sioniste, avec une cotisation, un comité, et le principe d'une réunion annuelle. C'est cela, plus que le texte, qui fait la nouveauté : une structure permanente et élective, là où il n'y avait que des sociétés dispersées.

La phrase du 3 septembre

Rentré chez lui, Herzl note dans son journal, le 3 septembre 1897 : « Si je devais résumer le congrès de Bâle d'un mot — ce que je me garderai bien de dire publiquement —, ce serait : à Bâle, j'ai fondé l'État juif. »

Il ajoute que si on le disait tout haut aujourd'hui, on rirait ; mais que dans cinq ans peut-être, dans cinquante certainement, chacun le verrait.

L'État d'Israël sera proclamé cinquante ans et huit mois plus tard. La précision de cette prédiction a été abondamment commentée — il faut se souvenir qu'elle porte sur un délai, non sur un contenu : rien de ce que Herzl imaginait de l'État ne ressemble à ce qui a eu lieu.

Ce que Bâle n'a pas réglé

Le congrès de Bâle se tient six semaines avant la fondation du Bund à Vilna, qui répondra à la même question — que faire de la condition juive — par une réponse inverse : ici, dans notre langue, avec ceux qui travaillent.

Les deux mouvements ont coexisté, se sont affrontés, et ont recruté dans les mêmes communautés pendant quarante ans.

Ni l'un ni l'autre ne prévoyait ce qui allait décider entre eux.