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Zakhor
1950 – 1952 · Bagdad, Bassora, Lod

Ezra et Néhémie

L'Irak autorise les Juifs à partir s'ils renoncent à leur nationalité. Le gouvernement en attendait huit mille ; cent vingt mille s'inscrivent.

УстановленоIrakExodeNationalitéAlya

La communauté juive d'Irak est l'une des plus anciennes du monde — elle se rattache à la déportation de Babylone, et Bagdad fut pendant des siècles le siège des académies talmudiques et de l'exilarque.

Au XXᵉ siècle encore, les Juifs forment une part considérable de la population de Bagdad et de sa bourgeoisie marchande et administrative. Puis viennent le pogrom du Farhoud en 1941, la guerre de 1948, les licenciements, les procès, les arrestations.

Le 2 mars 1950, un projet de loi est déposé au Parlement irakien : les Juifs pourront quitter le pays à condition de renoncer à la nationalité irakienne.

Un chiffre qui a stupéfait ceux qui l'avaient provoqué

Le gouvernement irakien tablait sur huit mille départs — de quoi se débarrasser des militants sionistes sans vider le pays de ses commerçants.

Cinquante mille personnes s'inscrivent en un mois. Deux mois plus tard, la liste en compte quatre-vingt-dix mille.

C'est cette réponse massive, et non la loi elle-même, qui est l'événement. Une communauté de deux mille cinq cents ans a choisi de partir presque entière, en quelques semaines, en renonçant à sa nationalité.

Ce qu'on emportait

Le pont aérien commence le 18 mai 1951, par contrat avec la Near East Transport Company et avec l'aide d'El Al. Les avions passent souvent par Chypre pour ne pas voler directement vers Israël.

Les conditions matérielles sont fixées : pas plus de cent quarante dollars par personne, trente kilos de bagage, et les bijoux interdits à la sortie. Il fallait avoir liquidé ses biens et son commerce avant de partir.

En mars 1951, une loi gèle en outre les biens de ceux qui ont déjà renoncé à leur nationalité. Une communauté qui possédait des maisons, des entrepôts et des terres est arrivée sans rien.

Le nom de l'opération

On l'a baptisée Ezra et Néhémie, du nom des deux hommes qui, au Vᵉ siècle avant notre ère, ramenèrent de Babylone à Jérusalem les exilés et les moyens de rebâtir.

Le choix dit ce qu'on voulait que cela signifie : non pas une fuite, mais un retour qui referme un cycle commencé vingt-cinq siècles plus tôt.

L'opération s'achève au début de 1952. Environ 120 000 personnes sont parties ; il reste alors quelque six mille Juifs en Irak. Il n'en reste aujourd'hui presque aucun.

Ce que l'arrivée fut

Il faut dire la suite sans l'adoucir. Ces familles urbaines, souvent instruites et aisées, ont été logées dans des camps de toile — les ma'abarot —, puis dirigées vers des villes de développement à la périphérie.

Le décalage entre ce qu'elles avaient été à Bagdad et ce qu'on leur proposa à l'arrivée a laissé une amertume durable, et il est au cœur de la question mizrahi dans la société israélienne.

Deux vérités tiennent ensemble : le départ fut voulu, et l'accueil fut rude. Les raconter séparément, c'est se tromper sur les deux.