Des passeurs de pensée juive d’origine hispano-maghrébine : la lignée Encaoua
Bernard Bensaid द्वारा जमा किया गया · Cercle de Généalogie Juive (CGJ), Paris — revue GÉNÉALO-J · 14 अप्रैल 2026 को जमा किया गया · रजिस्टर इतिहास · जमाकर्ता, मालिक नहीं
❧ विवरण
इतिहास में
आलोचनात्मक अनुसंधान
काल निर्धारण
निश्चित1200 — 1935
Jewish Encyclopedia, rubrique « ALNAQUA » (Moses Beer, Richard Gottheil, Isidore Singer, J. S. Raisin)
Encyclopedia Judaica, rubriques sur les membres de la lignée
Alexander Beider, A Dictionary of Jewish Surnames from Maghreb, Gibraltar and Malta, Editions Avotaynou, New Haven, 2017, pp. 27 et 318
Abraham I. Laredo, Les noms des juifs du Maroc, Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1978, pp. 342-346
Maurice Eisenbeth, Les Juifs de l'Afrique du Nord, Démographie et Onomastique, 1936 (rééd. 2000)
Moïse Schwab, « Séfarad IV », Revue des Études Juives, n°65, 1944, pp. 45-72
उद्गम
- मूल स्थान:
- Publié par le Cercle de Généalogie Juive, Paris (revue GÉNÉALO-J, n°135, automne 2018, pp. 4-16)
- खोज का दिनांक:
- 2018
- संदर्भ:
- Article de synthèse rédigé par David Encaoua (économiste, professeur émérite Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) dans le cadre d'une reconstitution généalogique familiale appuyée sur des sources primaires et secondaires.
संरक्षण श्रृंखला:
भौतिक विश्लेषण
- माध्यम:
- article imprimé (revue généalogique, 14 pages, A4, 595×841 pt) — version PDF accessible en annexe
- लिपि:
- français contemporain ; citations en hébreu (caractères carrés et cursives), judéo-arabe et araméen
Document produit sous Adobe InDesign CS6, généré en PDF (Adobe PDF Library 10.0.1, PDF 1.6) le 3 juillet 2018, révisé le 23 juillet 2018. Appareil critique : 47 notes de bas de page renvoyant à des sources primaires (Jewish Encyclopedia, Encyclopedia Judaica, Shlomo Ibn Verga, Šhevet Yéhouda, Cecil Roth, Alexander Marx), des études contemporaines (Beider, Laredo, Schwab, Marglin, Sirat, Fenton, Schwarzfuchs, Assan, Brown) et des archives (Gallica, Bodleian Library d'Oxford). Illustrations : frontispice du Menorat ha-Maor édité par Enelow (1929-1932), photographie de la synagogue du Rab à Tlemcen (début XXᵉ), tombe du Rab Ephraïm, médaillon du lion, couverture de Kerem Hemer (Livourne 1869-1871), portrait d'Abraham Ankawa vers 1880, photographie de Raphaël Encaoua à 78 ans, couverture de Paamoni Zahab (Jérusalem 1977), mausolée de Raphaël Encaoua à Salé.
खुली शैक्षणिक बहसें
Datation de l'exécution de Yéhouda et Shmuel Al-Naqua à Tolède
Étymologie du patronyme Al-Naqua / Encaoua
Ampleur réelle des massacres anti-juifs de 1391 en Castille
Attribution du Menorat ha-Maor
Positionnement juridique d'Abraham Ankawa face au droit français colonial
स्रोत पाठ
Famillesn° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 84 G É N É A L O - J David Encaoua Des passeurs de pensée juive d’origine hispano-maghrébine : la lignée Encaoua1 de la sorte un fort brassage entre cultures communautaires du Maroc et de l’Algérie. Les difficultés rencontrées à la fin de sa vie illustrent les problèmes liés au statut des traditions juives, dans des pays vivant sous des régimes politiques différents. La deuxième figure est celle de Raphaël Encaoua (Salé 1838 – Salé 1935), né et mort au Maroc. Premier président du Haut Tribunal Rabbinique (HTR) du Maroc, instance d’appel mise en place en 1918 par le Résident Général Lyautey à l’époque du protectorat français, auteur de plusieurs ouvrages de jurisprudence et d’exégèse, il est connu sous l’acronyme de REM (Raphaël Encaoua fils de Mardochée) ou encore celui de « l’Ange Raphaël ». Au-delà des contextes historiques distincts et des différentes graphies de leurs noms, le trait commun que ces deux passeurs de pensée juive partagent est celui d’avoir été à la fois des philosophes et des juristes du droit rabbinique, cherchant d’une part à exhumer les textes castillans de leurs ancêtres et d’autre part, à faire cohabiter, dans leurs communautés, des traditions juives anciennes avec des manifestations notoires de modernité, au travers de leurs œuvres et de leurs propres vies. L’objectif de l’article est d’illustrer ces différents points. Les liens de filiation sont présentés pour les deux premiers dans l’arbre généalogique qui suit, et pour les deux derniers dans la liste descendante à la fin de l’article.2 Les variations calligraphiques du nom de famille, depuis Al-Naqua au Moyen- Age jusqu’aux différentes calligraphies contemporaines, sont présentes. Elles illustrent la variété des pays où ont vécu ces personnes, depuis l’Espagne à l’Afrique du Nord, en passant par d’autres pays du pourtour méditerranéen : l’Italie, l’Egypte, la Turquie, la Palestine, Israël. Réunir dans un même article ces quatre passeurs de pensée juive d’une même lignée, vivant à plus de six siècles d’intervalle, s’est avéré être une entreprise délicate. Néanmoins, la tentative se justifie pleinement parce qu’au-delà des contingences historiques qui ont émaillé leur vie, une préoccupation commune et constamment proclamée les relie : celle de porter un héritage castillan permettant de concilier une pensée juive rigoureuse avec la modernité. n travaillant sur la généalogie de ma lignée Encaoua, d’origine hispano-algéro-marocaine, j’ai pris conscience d’une de ses particularités au cours du temps : celle d’avoir abrité ce que j’appellerai des « passeurs de pensée juive », entre diverses générations, entre différentes communautés géographiques, et au cours de diverses périodes. La notion mérite d’être précisée. Le qualificatif de passeur de pensée juive s’applique à des personnes qui satisfont une des trois propriétés suivantes : elles ont joué à un moment donné un rôle important de structuration de leurs communautés, de manière à assurer leur statut et leur pérennité ; elles sont les auteurs d’ouvrages de philosophie juive ou de droit rabbinique qui ont eu un impact important aussi bien à leur époque que postérieurement; elles ont créé des passerelles culturelles entre des communautés différentes, aussi bien en terre chrétienne qu’en terre d’Islam. Il s’agit donc de personnes dont la destinée a marqué les générations suivantes. Pour distinguer les figures de la lignée Encaoua susceptibles de satisfaire à cette qualification de passeur de pensée juive, je suis d’abord remonté aux 13e et 14e siècles, en m’appuyant sur divers textes et ouvrages, écrits aussi bien par les premières figures de la lignée, que par d’autres auteurs, également cités et portant sur la vie ou l’œuvre de ces premières figures. A partir de divers témoignages retraçant les origines, les parcours, le contexte historique dans lequel ils ont vécu, j’ai pu ainsi retracer la vie et les contributions des deux premiers passeurs de pensée juive de cette lignée, à l’époque médiévale : Israël Al-Naqua, rabbin de Castille, vivant à Tolède en Espagne au 14e siècle, et décédé en 1391, et son fils Ephraïm Al-Naqua (Tolède 1359 – Tlemcen 1442), rassembleur de la communauté juive de Tlemcen (Algérie), connu sous le nom de « Rab de Tlemcen ». Je me suis ensuite penché sur des périodes plus récentes, les 19e et 20e siècles, pendant lesquelles deux autres figures appartenant à cette lignée, ayant vécu en Algérie et au Maroc, méritent également, à divers titres, le statut de passeurs de pensée juive. Abraham Ankawa (Salé 1810 – Oran 1890), né au Maroc et mort en Algérie, est la première de ces figures. Son statut de passeur de pensée juive trouve son origine dans le fait qu’il a cherché à alimenter des liens transgénérationnels, impliquant E FamillesG É N É A L O - J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 5 2. La recension de deux membres de la lignée au 13e siècle Les deux figures les plus anciennes, recensées dans plusieurs publications, dont Jewish Encyclopedia9 et Encyclopedia Judaica sont Yéhouda et Shmuel Al-Naqua.10 Nous ignorons s’il s’agit du père et du fils, de deux frères ou simplement de proches parents. Ce qui semble néanmoins prouvé, c’est qu’ils étaient des notables, occupant des postes importants, probablement à la cour du roi de Castille, Alphonse IX (1171-1230), fils du roi Ferdinand II et d’Urraque de Portugal. Ils ont vécu à Tolède, qui fut l’un des foyers rayonnants de la culture juive en Espagne. Nous savons peu de choses d’eux, sinon qu’ils avaient leurs entrées au palais, vraisemblablement en tant que notables au service du roi. Un jour, ils furent accusés d’un vol d’objets en or massif dans le palais. Les gens de la cour qui les avaient accusés, voyaient dans ce vol une « habitude de Juifs », expression qui signale déjà le degré de suspicion à l’égard des porteurs de cette identité. Ils furent emprisonnés et torturés, ce qui les a amenés à avouer un vol qu’ils n’avaient pas commis. Ils furent pendus vers l’an 120011. Trois jours après leur exécution, les objets volés furent retrouvés aux mains de l’un des serviteurs du roi. Celui- ci jura, mais un peu tard, qu’il ne serait plus tenu compte des aveux de Juifs, lorsqu’ils étaient recueillis sous la torture. Plus d’un siècle après l’exécution de Yehouda et Shmuel Al-Naqua, on trouve, selon la rubrique ALNAQUA dans Jewish Encyclopedia, rubrique s’appuyant elle-même sur différents écrits dont ceux de Solomon ibn Verga, Zunz, et Schwab12 la trace de trois descendants de la même lignée, respectivement Abraham, Yossef et Shlomo Al-Naqua. Le premier de ces descendants, Abraham, fut notaire du Roi de Castille, Alphonse XI, dit Le Juste (1312-1350). Il fut exécuté à Tolède le 30 septembre 1341, jour de Yom Kippour. En 1348, de sanglantes émeutes à Barcelone endeuillent la communauté. En 1391, un massacre a lieu à Séville et de multiples actes de persécution anti-juive sont commis un peu partout en Espagne. A partir des enfants et petits-enfants de Yossef Al-Naqua nous parvenons à deux figures emblématiques de la lignée Encaoua à l’époque médiévale : Israël Al-Naqua, fils de Yossef et Ephraim Al- Naqua, son petit-fils. 3. Une première figure emblématique au 14e siècle : Israël ben Yossef Al Naqua ( ?-Tolède 1391) Israël ben Yossef Al-Naqua, désigné parfois comme « Israël le Saint », grand rabbin de Castille, vivait à Tolède au 14e siècle. Sa date de naissance est inconnue, mais on connait celle de sa mort, 1391. Après la Reconquista, des flambées de violences provoquées notamment par le clergé local, contraignirent bien des Juifs à l’exil et parfois à la conversion. Déjà en 1390 l’archidiacre d’Ecija (province de Séville), Don Ferrant Martinez, l’un des persécuteurs les plus ardents, lança l’ordre aux clercs 1. Graphies et significations du nom Différentes graphies du nom patronymique existent et illustrent la diversité de l’orthographe onomastique. Selon la Jewish Encyclopedia, on trouve au moins quatre graphies en caractères hébraïques : ,אנקווא ,אנקווה ,אלנאקוה ,נקוה , et au moins dix calligraphies en caractères latins : Al-Naqua, Alnakaoua, Al- Naqwa, Alnucawi, Ankoa, Kaoua, N’Kaoua, Ankaoua, Enkaoua et Encaoua. De plus, de nombreuses autres graphies existent dans des documents espagnols. Citons entre autres Encaue, Encava, El Nacava, Anacava, Annacava et Anacaba.3 Selon Alexander Beider4, ce nom d’origine espagnole, de nature monogénétique, c’est-à-dire apparu seulement en un seul lieu, à une période donnée et porté par une famille bien déterminée, est celui de migrants qui ont fui l’Espagne pour aller dans différents pays et notamment en Afrique du Nord, juste après 1391, l’année des premières séries de massacres perpétrés par des foules chrétiennes.5 Les orthographes du nom sont multiples, dues notamment aux différentes prononciations et transcriptions à travers le temps et les pays. Par exemple, pour ne retenir que les graphies contemporaines, la version Ankaoua, avec la lettre initiale A et un k au milieu, est plus répandue en Algérie, tandis que la version Encaoua avec un E initial et un c au milieu, est plus répandue au Maroc. Une combinaison de ces deux graphies est également présente, comme l’illustre l’orthographe Enkaoua. Le lieu d’origine de tous ces noms, depuis le 13e siècle au moins, est très vraisemblablement la ville de Tolède en Espagne (Tolitola en hébreu). En s’appuyant sur des travaux de Moïse Schwab6 et sur des inscriptions épigraphiques sur des tombes juives en Espagne, Abraham Laredo parvient à répertorier 35 occurrences où l’une de ces graphies correspond au nom d’un membre de la lignée. La signification du nom n’est pas unaniment partagée. Ceux qui ont transformé leur nom d’origine en l’hébreu ,אלנאקוה pensent que leur nom est d’origine hébraïque et justifient cette présomption en expliquant que le mot נקוה dérive de l’hébreu תקוה (tikva) qui signifie espoir, mot auquel est accolée la préposition אל par laquelle on désigne Dieu. La graphie אלנאקוה signifierait alors Espoir en Dieu, désignation qui paraissait justifiée dans les périodes de forte détresse. Certains auteurs, notamment Cantera et Millas et Abraham Laredo7, pensent que le nom dérive plutôt de l’arabe النقاوۃ (kaoua), terme signifiant pureté, au sens moral du terme. Une troisième signification selon Maurice Eisenbeth (1936)8, grand rabbin d’Alger, est qu’on aurait ajouté la préposition arabe An signifiant de, au mot kaoua, désignant une tribu berbère. Mais l’existence de cette tribu n’a pu être prouvée à ce jour. Par ailleurs, dans l’édition de 1936 de son ouvrage d’onomastique, Eisenbeth a relevé diverses variantes de ce nom porté par des familles juives du Maghreb et d’Espagne, parmi lesquelles N’kaoua (Batna, Alger et Constantine), Ankaoua (Algérie et Espagne), Ankawa (Oran) et Encaoua (Maroc). Ces graphies se retrouvent dans la généalogie qui figure à la fin de l’article. Famillesn° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 86 G É N É A L O - J du diocèse de Séville de démolir les synagogues. En 1391, une émeute populaire dirigée initialement contre les collecteurs d’impôts juifs à Tolède, entraîna la mort de plusieurs milliers de personnes.13 C’est ainsi qu’Israël ben Yossef Al Naqua fut brûlé vif en 1391, en même temps qu’un autre rabbin, Yehuda ben Haroche. On raconte qu’ils périrent sur le bucher tenant un Sefer Torah à la main.14 Les massacres dans l’ensemble de la péninsule durèrent trois mois, et durant cette période, plus de 4000 victimes périrent, plusieurs milliers de Juifs se convertirent au christianisme, et des synagogues furent pillées. Diverses communautés furent ainsi anéanties. C’est dans ce contexte que les descendants d’Israël ben Yossef Al Naqua fuirent l’Espagne catholique, devenue fortement intolérante, vers d’autres terres plus hospitalières envers les Juifs. L’œuvre d’Israël ben Yossef Al Naqua est connue des historiens juifs. Outre divers commentaires de lois, de poèmes et chants liturgiques (piyoutim) et de sentences juridiques, il est l’auteur d’un ouvrage important de philosophie morale, intitulé חמאור מנורת (Menorat ha-Maor).15 Des copies de cet ouvrage circulaient en Espagne du 14e au 16e siècle, dont un abrégé publié à Cracovie en 1593 sous le titre Menorat Zahab Kullah (Un chandelier tout en or). Le manuscrit complet n’a été publié que tardivement.16 L’illustration suivante représente le frontispice de ce livre, édité par Enelow. C’est un ouvrage d’éthique qui débute par un long poème suivi de 19 chapitres, chacun d’eux commençant par un long poème acrostiche du nom de l’auteur. Les premiers membres de la lignée au 14e siècle Frontispice du livre Menorat Ha-Maor d’Israël Al-Naqua, édité par Hyman Enelow (1929-1932) FamillesG É N É A L O - J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 7 Tlemcen même, où il a pu bénéficier, dans des circonstances que nous détaillons dans la suite, d’un certain appui auprès du sultan de la ville. Cet appui lui a permis de contribuer à une véritable renaissance de la communauté juive de Tlemcen à partir du 15e siècle20. Par ailleurs, il est resté constamment en contact avec les communautés juives de Fès au Maroc et de Kairouan en Tunisie, et avec celle de Palestine.21 Un épisode légendaire survenu en 1391 sur la route d’Ephraim Al-Naqua lui a valu une réputation de célèbre thaumaturge.22 Voyageant à partir de Tolède, en compagnie d’une caravane, il s’arrêta seul, à l’arrivée du chabbat, dans un endroit apparemment sauvage. Un lion apparut alors et la légende raconte qu’il se coucha aux pieds du Rab, après que celui-ci, vêtu de son talith, ait récité le verset 13 du Psaume 91 : «Tu marcheras sur le chacal et la vipère, tu fouleras le lionceau et le serpent». Le lion veilla le rab toute la nuit. Le lendemain, à la fin du chabbat, un serpent apparut et s’enroula sur la gueule du lion. Comprenant le signe, le rabbin enfourcha le lion, prit le serpent par les deux bouts et arriva harnaché de la sorte à Tlemcen. Le médaillon illustrant cette scène, médaillon offert durant les pèlerinages sur sa tombe et présent dans plusieurs foyers juifs en Afrique du Nord, est reproduit ci-dessous. Il signale l’importance qu’a prise cette légende dans les esprits, au fil des générations. Toujours est-il que, fort de cette réputation de faiseur de miracles, Ephraïm Al-Naqua fut mandé, quelque temps après, par le sultan de la ville, pour guérir sa fille d’un mal que les médecins de la Cour ne parvenaient pas à enrayer. Après que le Rab réussit à la guérir, il obtint du sultan deux promesses : 1/ que les Juifs puissent quitter le quartier où ils étaient confinés hors de Tlemcen (lieu-dit Agadir), et résider dans le centre de la ville, dans un quartier proche du «Méchouar», dénommé «El merja» (le lac) ; 2/ que des familles juives, originaires d’Espagne et des Iles Baléares, puissent s’installer à Tlemcen. La communauté juive a pu ainsi se regrouper au centre même de la ville de Tlemcen, ville luxuriante, que les Romains nommaient Pomaria («vergers») et les Berbères, qui en firent une capitale de leur royaume, Tilmisan («sources» en langue tamazight). C’est à Tlemcen que le Rab fonda une série d’institutions juives qui marquèrent le destin postérieur de la communauté. Notamment une synagogue autour de laquelle la foule s’est longtemps rassemblée lors des rituels de la vie juive, comme l’illustre la carte postale reproduite ci-après. Le Rab devint également le médecin officiel du palais royal. Il fut très honoré et respecté tant par le Roi que par sa cour, la population arabe et bien sûr, la communauté juive. Depuis cette date, et jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962, la communauté juive de Tlemcen compta différents lieux de prières et d’études. 4. Un philosophe, médecin et poète juif des 14e et 15e siècles : Ephraïm ben Israël Al Naqua (Tolède 1359- Tlemcen 1442), le Rab de Tlemcen. A partir de 1391, les survivants de la famille, dont Ephraïm Al Naqua, le fils d’Israël Al-Naqua, quittent l’Espagne, en compagnie d’autres exilés17, et se dirigent pour certains vers les Balkans (Sofia, Constantinople) et pour d’autres vers l’Afrique du Nord, d’abord au Maroc, puis en Algérie. Nous disposons de nombreuses sources traitant de la grande figure du judaïsme d’Afrique du Nord que fut Ephraïm Al Naqua, surnommé le Rab de Tlemcen. Né à Tolède, en Espagne, il est mort à Tlemcen, après être passé par Marrakech (Maroc). Nous tenterons dans la biographie du Rab de Tlemcen de restituer le contexte historique dans lequel il vivait. Et d’expliciter quelques- unes de ses contributions majeures, notamment ses positions philosophiques concernant la controverse entre Maimonide (1138-1204) et Nahmanide (1194-1270). Son ouvrage princeps de philosophie juive, שער כבוד הי Chahar Kévod Hachem (Le portique à la gloire du Nom)18 est une défense des thèses rationalistes de Moshé ben Maimon, (plus connu sous le nom de Maïmonide et de son acronyme Rambam). En ce sens, ce lointain ancêtre est le passeur de l’idée que la pensée biblique et la pensée rationnelle sont non seulement compatibles entre elles, mais surtout que leur combinaison contribue grandement à enrichir le sens profond de la Tora. Un point essentiel doit être signalé ici. L’hébreu médiéval dans lequel est écrit l’ouvrage d’Ephraïm Al-Naqua est souvent difficile à traduire, mais il n’en demeure pas moins qu’une forte inspiration poétique y est présente.19 De manière générale, l’ouvrage témoigne du courage d’un être, contraint à l’exil et découvrant tout à la fois un environnement différent et la dure vie de ses nouveaux coreligionnaires, auxquels il a constamment essayé d’apporter quelque réconfort, tant sur le plan spirituel que sur le plan matériel. 4.1 Eléments biographiques de la vie du rab Ephraïm Al-Naqua Né donc à Tolède en 1359, בן ישראל אל נקווא אפרים Ephraïm fils d’Israël Al-Naqua est le fils du grand rabbin de Castille. Son père était partisan d’une éducation combinant le sacré et le profane. Furent ainsi enseignés à Ephraïm, outre les textes fondamentaux du judaïsme, la philosophie et les sciences expérimentales. Il étudia la médecine à l’Université de Palencia (Nouvelle Castille). On peut distinguer deux périodes dans sa vie. Une période initiale, marquée à la fois par une solide formation talmudique, philosophique et médicale. Au cours de cette période, des persécutions massives de Juifs eurent lieu, dont celle ayant vu son père brûlé vif sur le bucher, un siècle avant l’édit d’expulsion. La période suivante, initiée par l’exil d’Espagne vers l’Afrique du Nord, à l’âge de 32 ans, à Marrakech d’abord, ensuite à Honein, avant-port de Tlemcen, et enfin à Médaillon illustrant l’arrivée du Rab à Tlemcen, sur le dos d’un lion, et comportant un chant (piyot) proposé aux participants en tant qu’hommage au Rab. Famillesn° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 88 G É N É A L O - J conséquence somatique du rêve, comme si le combat rêvé avec l’ange avait bien eu lieu.24 Cette anecdote illustre comment le rab Ephraïm Al-Naqua parvenait à utiliser à bon escient une expérience vécue pour éclairer un texte biblique en dérivant un enseignement nouveau par rapport au sens commun. De multiples relations existaient entre l’école du Rab à Tlemcen et les communautés juives d’Alger qui avaient pu bénéficier depuis 1392 de guides exceptionnels en les personnes de Ribach (Rabi Yitzhak ben Chechet, 1326 - Alger 1408) et de Rashbats (Rabi Shimon ben Tsémah Duran, 1361 - Alger 1444), exilés tous deux d’Espagne. On trouve également des traces de liens assez étroits que les Juifs de la ville de Tlemcen entretenaient sur le plan religieux avec ceux de Safed, en Palestine, et sur le plan commercial avec ceux de Salonique, dans l’Empire ottoman. Le Rab Ephraïm Al Naqua, eut deux fils : Yehouda et Israël. Le premier Yehouda vécut d’abord à Oran et à Mostaganem, puis à Tlemcen. Yéhouda correspondait avec le Rachbach (Salomon, le fils du Rashbats). Sa fille épousa Tsémah Duran (le fils du Rachbats). Le second, Israël, à qui son père dédia son ouvrage principal, Chahar Kevod Hachem, eut lui-même un fils qui reçut le même prénom que celui de son grand-père, Ephraïm. Il vécut à Tlemcen jusqu’en 1468. Parce qu’il fut le seul médecin semble-t-il, à avoir guéri la fille du roi, le Rab devint le médecin officiel du palais royal, et obtint l’autorisation pour les Juifs de s’installer dans la ville. Il fut très honoré et respecté tant par le Roi que par sa cour, la population arabe et bien sûr la communauté juive. Un autre épisode est raconté par Colette Sirat et Paul Fenton.23 En 1393, soit deux ans après avoir quitté Tolède, Ephraïm Al-Naqua se trouvait à Marrakech. A la sortie de la synagogue le soir du chabbat, accompagné d’une poignée d’amis, il passa près d’une mosquée, sans se déchausser, comme l’exigeait la coutume musulmane. Un portier noir, excédé à la fois par les égards que ses compagnons manifestaient à un Juif et par le manque d’égard de celui-ci envers la coutume locale, voulut bastonner le Rab. Ce dernier ne dut son salut qu’à l’intervention de ses compagnons. Arrivé chez lui, le Rab demanda à ses amis la permission de se reposer un instant. A son réveil, il se retrouva le bras tordu et le dos complètement fourbu, persuadé qu’il avait reçu une pluie de coups de bâton durant son sommeil. Il se plaignit auprès de ses compagnons d’avoir laissé entrer le garde. Ceux-ci, fort étonnés, l’assurèrent qu’aucune personne n’était entrée durant son sommeil. Le rab comprit à cet instant qu’un symptôme somatique pouvait avoir une origine purement psychique. Son bras tordu et son dos fourbu n’étaient ainsi que des manifestations somatiques résultant d’un rêve où il voyait le portier le battre. Il annonça triomphalement à ses convives qu’il venait de comprendre pourquoi Maimonide avait raison d’interpréter le combat de Jacob avec l’ange (Genèse XXIII) comme le produit d’un rêve. D’une part, le rêve de Jacob se trouvait parfaitement justifié du fait de la crainte d’un combat ultérieur avec son frère Esaü. D’autre part, l’effet sur la luxation de la hanche n’était que la Photographie d’une foule à l’entrée de la synagogue du Rab Ephraïm Al-Naqua à Tlemcen le jour de Kippour (carte postale du début 20e siècle) La tombe du Rab Ephraïm Al-Naqua à Tlemcen FamillesG É N É A L O - J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 9 4.2. L’apport philosophique du Rab Ephraïm Al-Naqua Le Rab Ephraïm Al-Naqua eut une vie intellectuelle intense. Il est l’auteur de divers textes comprenant des poèmes liturgiques, des chants28, d’un code de loi juive (Mishné Torah, Répétition de la Torah, consistant en 14 livres, divisés en sections, chapitres et pa- ragraphes, et d’un ouvrage philosophique intitulé : רעש דובכ יה (Le portique à la gloire de Dieu). Cet ouvrage occupe une place importante dans le patrimoine intellectuel juif. Une édition avait été réalisée à Tunis, en 1902, par un rabbin de Tlemcen, Haïm Bliah29, augmentée d’une introduction et d’un commentaire in- titulé Petah ha Chahar (Ouverture du Portique). La redécouverte du livre Chaar Kévod Hachem d’Ephraïm Al Naqua, dont le manuscrit original se trouve comme on l’a dit à la Bodleian Library à Oxford30, résulta d’un voyage, depuis Tlemcen à Oxford, que fit Samuel Sultan, mandaté par Haïm Bliah (1832-1919)31. Nous ne détaillons pas ici le contenu philosophique de cet ouvrage important dont on espère toutefois qu’il fera l’objet d’un prochain travail. Ce que l’on peut simplement avancer ici, c’est qu’à travers son ouvrage, le Rab Ephraïm Al-Naqua apparait comme un philosophe, conciliant d’autant mieux rationalité et foi que cette dernière est débarrassée de ses oripeaux surnaturels. Au-delà de son immense contribution Le Rab Ephraïm Al-Naqua s’éteignit le 13 novembre 1442 (1er Kislev 5202) à l’âge de 82 ans. Il fut inhumé dans un caveau, situé à la limite de Tlemcen en face du vieux cimetière juif. Depuis sa mort et jusqu’en 2005, son caveau a longtemps été un lieu de pèlerinage, aussi bien pour les Juifs que pour les Musulmans qui prêtent des vertus miraculeuses à la source d’eau située à proximité de sa tombe.25 Sur une longue pierre tombale blanchie à la chaux, est gravée une épitaphe en hébreu : « Ici repose celui qui fut notre orgueil, notre couronne, la lumière d’Israël, notre chef et maître, versé dans les choses divines, homme miraculeux, le Grand Rabbin Ephraïm Aln’Kaoua. Que son mérite nous protège». Son testament fait état de deux legs, l’un matériel, l’autre spirituel : « Je vous laisse deux sources : la source d’eau pour fortifier votre corps et la source de la Tora qui symbolise la vie éternelle. La source d’eau offerte par la volonté de Dieu et la source de la Tora qui demande la bonne volonté de chacun de nous». La synagogue qu’il fit construire existe encore de nos jours, mais elle est devenue une maison de la culture algérienne, après l’indépendance du pays en 1962. Une rue porte encore son nom à Tlemcen. 26 La communauté juive d’origine tlemcénienne lui voue une grande fidélité mémorielle, traduite notamment par la création à Paris d’une association : «La Fraternelle, Union Nationale des Amis de Tlemcen». Signalons enfin qu’une synagogue au nom du Rab existe à Jérusalem. Le Rab de Tlemcen est devenu le lien transgénérationnel auquel se sont rattachées des communautés juives successives, originaires aussi bien de Tlemcen27 que d’autres lieux d’Afrique du Nord. Le tableau reproduit ci-après, que plusieurs familles juives d’Afrique du Nord exhibaient sur leurs murs, illustre les différents symboles associés à la mémoire du Rab de Tlemcen. Enfin la figure qui suit représente une menora en l’honneur du Rab de Tlemcen. Tableau représentant les différents symboles du Rab Ephraïm Al-Naqua Menora en l’honneur du rab Ephraïm Encaoua, tableau vers 1900 (Centre mondial du Judaïsme d’Afrique du Nord, Jérusalem) Famillesn° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 810 G É N É A L O - J documents sur les décisions (taqqanot) des rabbins castillans exilés en Afrique du Nord. En ce sens, on peut le ranger dans la catégorie des passeurs de traditions du droit rabbinique, au-delà des diversités locales auxquelles il s’est trouvé confronté à diffé- rentes périodes. Durant le séjour de trois ans qu’il fit à Tlemcen au début des années 1850, il constata la décrépitude de la com- munauté juive de l’époque et il fonda une académie talmudique, avant d’entreprendre un nouveau voyage à Livourne en 1858. Selon Jessica Marglin (2014)33 qui lui a consacré une intéressante étude, la variété des questions qu’il a traitées dans ses ouvrages reflète les conséquences des changements culturels sur la jurisprudence juive, changements survenus au 19e siècle dans les pays du Maghreb. Un mot sur la situation des Juifs en Algérie, avant l’occupation française, peut être éclairant. Même si elles étaient victimes de nombreuses mesures discriminatoires qui les maintenaient dans un état d’infériorité, les communautés juives jouissaient d’une certaine autonomie juridique en matière de droit civil. Mais, après l’occupation française de 1830, les prérogatives du rabbinat ont été peu à peu érodées et en 1842, l’édifice millénaire de la juridiction rabbinique se trouva démantelé. En même temps, un renouveau des institutions juives devait émerger.34 Selon Valérie Assan (2004)35, les lieux de culte se sont eux- mêmes transformés : «Par la mainmise sur la nomination des rabbins et des ministres officiants, le Consistoire algérien et, à travers lui, le ministère de la Guerre sont censés pouvoir contrôler tous les détails du culte». Ces transformations vont susciter beaucoup d’interrogations, ce qui a conduit à une spécificité du travail jurisprudentiel d’Abraham Ankawa, celle de répondre à des questions concernant aussi bien l’interprétation de la loi juive que des situations concrètes et inédites vécues par ses contemporains. pour améliorer la situation matérielle de la communauté juive de Tlemcen, il a compris l’importance d’œuvrer sur l’état moral et intellectuel de ses coreligionnaires, pour permettre à l’esprit du judaïsme de se perpétuer. C’est en ce sens qu’il nous apparaît, aujourd’hui encore, comme un passeur exceptionnel de pensée juive. 5. Un passeur de pensée juive itinérant des rives méditerranéennes au 19e siècle : Abraham Ankawa (Salé 1812 - Mascara 1890) Le troisième personnage de notre lignée, Abraham Ankawa se situe au croisement géographique entre le Maroc et l’Algérie, plus précisément entre Salé et Oran, via une origine castillane commune. Il est l’oncle de mon arrière grand-père Messod Encaoua (1826 - 1886), surnommé “Ange de Dieu”, puisque le père de Messod Encaoua, à savoir Amram Encaoua (1804 - 1874), est le frère d’Abraham Ankawa, surnommé “Ha-Gaone”. A la suite de la prise d’Oran par les Espagnols en 1509, de nombreux Juifs de cette ville vinrent trouver refuge à Tlemcen. La communauté juive de Tlemcen fut ensuite agrandie par l’arrivée au 19e siècle de quelques Juifs du Maroc, notamment de Salé32. Moshé Ankawa (Alger 1758 – Salé 1820) émigrera lui de l’Algérie vers le Maroc, plus précisément à Salé où il occupa les fonctions de juge rabbinique (dayan). Mordekhaï Ankawa, son fils, né en 1779 à Salé et mort dans la même ville en 1840, époux de Simha Amiel, a eu lui-même quatre enfants: Rachel (1803 - ?), Amram (Gibraltar 1804 -Gibraltar 1874), Abraham (Salé 1810 - Oran 1890) et Messod (Salé 1814 -Alger 1900). Ils émigreront tous les trois en Algérie, à la différence de leur grand-père. Abraham Ankawa passera ainsi plus de la moitié de sa vie en Algérie. La liste généalogique à la fin de l’article présente les descendants de Moshé Ankawa, répartis en quatre branches correspondant à chacun de ses quatre petits-enfants, Rachel (épouse Benchelouch), Amram, Abraham et Messod. Après avoir habité Salé au Maroc, Abraham Ankawa a quitté le Maroc une première fois à la suite d’une affaire embarrassante. Une femme juive ayant décidé de se convertir à l’Islam, il réussit à la faire revenir à sa religion d’origine au grand dam des autorités musulmanes. Son intervention fut dévoilée et il fut mis en prison. Après le paiement d’une forte amende et l’intervention de la communauté juive auprès des autorités musulmanes, il fut libéré. Se sentant en danger, il quitta le Maroc pour l’Algérie où il fut grand rabbin à Mascara. Son portrait photographique vers 1880, à l’âge de soixante- dix ans, apparaît ci-contre. Durant toute la partie de sa vie où il séjourna en Algérie, notamment à Oran, Mascara et Tlemcen, ville de ses ancêtres, il resta fidèle aux traditions de ses origines castillanes et marocaines. Il a été à la fois un érudit, un shohet (abatteur d’animaux), et un juge (dayan). Il a beaucoup voyagé, notamment à Livourne (Italie) où il s’installa temporairement en 1838, puis en 1858. Livourne se trouvait être un grand centre des éditions hébraïques d’auteurs d’origine espagnole et d’Afrique du Nord. Un long séjour dans cette ville lui permit de réunir des Photographie d’Abraham Ankawa à l’âge de 70 ans (date approximative de la photo selon Jessica Marglin : 1880). FamillesG É N É A L O - J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 11 d’être longtemps considéré comme un juriste d’exception à la fois au Maroc et en Algérie. Mais cet état de grâce connut également quelques éclipses par la suite. Il eut à subir la vindicte du rabbin Moshé Sebaoun38 en désaccord avec certaines de ses positions. Ce dernier réussit à entraîner une partie de la population avec lui, au point qu’en février 1859, ses principaux détracteurs en vinrent à envoyer une lettre au prince Jérôme Napoléon, Ministre de l’Algérie et des colonies, quémandant son soutien pour interdire la diffusion du livre «Zébahim Chelemim»39, affirmant en particulier que les lettres de soutien à Ankawa venant de l’étranger constituaient une intrusion intolérable dans un territoire français. D’autres controverses l’accablèrent par la suite au point qu’il finit par démissionner de son poste de rabbin de Mascara en 1878. Il reçut néanmoins une pension de 1500 francs par an jusqu’à la fin de sa vie (Chaumont et Lévy, Dictionnaire biographique, 282). Malgré son souci récurrent de faire prévaloir le droit du pays d’accueil, le rôle de passeur de tradition juive qu’a cherché à promouvoir Abraham Ankawa s’est souvent heurté à la percep- tion du progrès général que représentait la France aux yeux des Juifs autochtones d’Algérie. Comment faire passer des traditions anciennes dans des structures sociales et politiques nouvelles ? Ce fut la grande question à laquelle il s’est trouvé confronté, alors même que toute sa vie et toute son œuvre témoignent de la croyance qu’en matière de judaïsme, les frontières des Etats nations ne doivent pas être un obstacle infranchissable. Ses pérégrinations entre le Maroc et l’Algérie, possession française depuis 1830, émaillent à la fois la vie et l’œuvre d’un homme qui a souvent bousculé les traditions locales. Auteur de plusieurs ouvrages36 , on lui doit entre-autres publications, celle parue en deux volumes en 1869 et 1871, sous le titre «Keren Hemer» (Un admirable vignoble), recueil de décisions juridiques (taqqanot) prises par des juges castillans venus au Maroc après l’expulsion d’Espagne de 1492, qui traite sous forme de questions et réponses (chéoulot vétéchouvot, genre qu’on désigne également sous le terme de Responsa) tout un ensemble de cas de jurisprudence. La couverture de cet ouvrage figure ci-contre. Jessica Marglin y décèle une manière très spécifique de se positionner entre les pratiques juives en Algérie, au Maroc et en Espagne, chacun de ces pays ayant été régi par des lois et des politiques spécifiques, entrainant des pratiques juives différentes. Jessica Marglin dit ainsi de l’auteur des Taqqanot (Livre des ordonnances communales) que «son type d’engagement dans la loi juive démontre à l’envi la nécessité de recourir à une approche transnationale et transhistorique pour comprendre ses positions et celles de juifs méditerranéens comme lui». Grâce à une identité multiple, nourrie par des voyages et des réseaux diversifiés, que ce soit dans sa patrie d’origine, le Maroc, ou dans sa patrie d’adoption, l’Algérie, et même encore en Palestine37 et hors du monde islamique, dans des pays tels que la France, l’Espagne, l’Italie, Gibraltar, Abraham Ankawa chercha à être le passeur de traditions de l’ancien monde vers le nouveau monde, tout en ayant le souci constant d’adapter les traditions lorsque cela était nécessaire. Il était persuadé que l’adaptation aux lois du pays d’accueil était nécessaire pour assurer la pérennité de la loi juive. En s’appuyant sur un principe halakhique bien connu («dina de-malkhuta dina»), selon lequel le droit du pays dans lequel un Juif réside s’impose à lui par rapport au droit rabbinique, il fut souvent amené à donner la prééminence au droit civil français sur le droit halakhique. Par exemple, il chercha à adapter la législation rabbinique en matière de divorce à la législation selon la loi française en vigueur en Algérie. Il agit de la sorte à propos de différentes questions relatives au statut personnel, telles que le mariage, le divorce, la garde d’enfant, l’héritage, etc. Mais, comme on l’a dit, le domaine d’application du droit rabbinique s’est trouvé largement amputé après la colonisation française, ne serait-ce que du fait de la soumission des règles traditionnelles du statut personnel au droit français, ce qui n’était pas sans poser quelques problèmes. Par exemple, les institutions juives encourageaient l’antériorité du mariage civil sur le mariage religieux, et ce, bien avant le décret Crémieux de 1870 qui accorda la citoyenneté française aux Juifs vivant en Algérie. Dans ce nouvel état de fait, diverses questions restaient ouvertes. Par exemple, en cas de décès de l’un des conjoints, à quel droit devait être soumis l’héritage des biens du défunt, droit rabbinique ou droit civil ? Abraham Ankawa eut une attitude souple en donnant souvent la priorité au droit civil français, en s’appuyant sur le principe halakhique rappelé plus haut. Sa réputation de juriste juif avisé devait ainsi être largement confirmée et son érudition lui a valu La couverture de l’ouvrage Kerem Hemer d’Abraham Ankawa, édité à Livourne (1869-1871) Famillesn° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 812 G É N É A L O - J obtenue et diffusée auprès d’un réseau de relations avec des représentants d’autres communautés juives et musulmanes, lui assuraient un prestige exceptionnel. En 1870 (soit à l’âge de 22 ans), il est nommé rabbin à Salé, aux côtés de son beau- père Issachar Assaraf. En 1880, ce dernier, en partance vers la Palestine où il sera nommé grand rabbin de Jérusalem, confie le tribunal rabbinique de Salé à trois membres : Isaac Amzallag, Messod Encaoua, et le neveu de ce dernier, Raphaël Encaoua. Quelque temps après, Raphaël succède à Messod41 et devient le chef spirituel de la communauté juive de Salé. A 33 ans, il abandonne totalement les affaires commerciales auxquelles il s’était en partie consacré jusque-là, pour se consacrer à ses activités de juriste et d’écrivain. L’école rabbinique (Yéchiva) de Raphaël Encaoua a formé plusieurs élèves dont certains sont devenus juges de tribunaux rabbiniques dans différentes villes du Maroc. On peut ainsi citer Abraham Revah (rabbin et dayan à Settat), Mikhaël Issakhar Encaoua (son fils), qui lui succéda au Tribunal de Rabat et qui devint, comme son père, grand rabbin du Maroc (jusqu’à son décès le 16 février 1972), et Ephraïm Encaoua, son petit-fils, qui fut président du tribunal rabbinique de Tanger. Nous reproduisons ci-après un extrait du journal Le Petit Marocain du 3 Aout 1935 qui relate sa mort ce même jour. 6. Un juriste réputé, premier président du Haut Tribunal Rabbinique du Maroc sous le protectorat français : Raphaël Encaoua (Salé 1848 - Salé 1935) Un autre juriste de la même lignée, résidant cette fois au Maroc, parvint à unifier les communautés juives locales, après le protectorat français établi en 1912 dans ce pays. Raphaël Encaoua (1848 – 1935) est le fils de Mordekhaï Encaoua (1827-1880), qui fut dayan à Salé, et le petit- fils d’Amram Encaoua (Gibraltar 1804 - Salé 1874), lui-même dayan à Gibraltar. Ce dernier n’est autre que le frère d’Abraham Ankawa, dont nous venons de retracer l’itinéraire. Raphaël Encaoua a lui-même eu un fils, Mikhaël Encaoua (1895-1972), qui fut à son tour grand rabbin du Maroc.40 C’est donc là une nouvelle lignée de juges (dayanim) et rabbins, à partir de Raphaël Encaoua. Ma propre filiation avec ce dernier est double. D’une part, mon arrière-grand-père paternel, Messod Encaoua (1826-1886), c’est-à-dire le père de mon grand-père Amram Encaoua, est le frère de Mordekhaï Encaoua (1827 -1886), qui est lui-même le père de Raphaël Encaoua. Raphaël Encaoua est donc le neveu de mon arrière-grand- père paternel. D’autre part, ma mère, Messody Sabbah (1911-1998), est la fille d’Abraham Sabbah (1881-1979), mon grand-père maternel, dont la sœur, Hannah Sabbah ma grand-mère paternelle, était l’épouse de mon grand- père paternel Amram Encaoua (1869 -1953). Quelques éléments de la biographie de Raphaël Encaoua nous permettent d’abord de le situer. Il est né à Salé le 9 décembre 1848. Sa mère, Vida Bibas, est la fille du rabbin Raphaël Bibas, dont les ancêtres remontent également à la Castille. Raphaël Encaoua a reçu jusqu’à l’âge de 20 ans une éducation rabbinique auprès d’Issachar Assaraf, rabbin de Salé, dont il a épousé la fille Saadia. Il a été ensuite responsable d’une activité commerciale (boutique de tissus située à la rue des Consuls à Rabat). Il a beaucoup voyagé en Algérie et en Espagne, à la fois comme lettré et comme marchand. Sa connaissance des affaires séculaires, combinée à son expertise rabbinique, Une photographie de Raphaël Encaoua à l’âge de 78 ans FamillesG É N É A L O - J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 13 En 1929, il fut décoré de la Légion d’honneur par les soins du Résident Général de l’époque, Lucien Saint. C’est dire à quel point son action fut remarquée de tous, Juifs et non Juifs. De plus, son empathie se manifestait tout autant vis-à-vis de ses coreligionnaires que de l’ensemble des habitants de Salé, ce qui le rendait très populaire.46 Ses ouvrages ont permis une codification juridique unifiée entre différentes communautés éparpillées au Maroc. En même temps il a beaucoup œuvré en faveur du dialogue entre les habitants de son pays, quelle que soit leur confession religieuse, ce qui lui a valu une forte réputation de juste. A ces deux titres, son rôle de passeur de pensée juive est bien justifié. Les publications de Raphaël Encaoua sont nombreuses. Elles sont souvent signées sous l’acronyme ‘’REM’’ qui, outre son sens propre (en hébreu, Rem désigne une créature animale dotée d’un élan puissant, comme un buffle), n’est autre, comme nous l’avons vu plus haut, que l’acronyme de sa propre identité (Raphaël Encaoua, fils de Mordekhaï). Sa stature juridique, son sens moral, son érudition talmudique et sa capacité à établir des liens étroits aussi bien avec les dirigeants du protectorat, qu’avec ceux de la maison royale et des érudits musulmans de son époque, ont contribué à faire de lui une figure respectée du judaïsme au Maroc. Ses publications consistent essentiellement en des ouvrages de jurisprudence et d’exégèse, qui ont eu beaucoup de retentissement dans les communautés juives en Afrique du Nord. Parmi ses ouvrages, on peut citer les titres Le contexte dans lequel s’est déroulée son activité juridique s’est beaucoup transformé. Avant le protectorat français de 1912, le rabbin d’une communauté locale rendait la justice et tranchait les questions relatives au statut personnel des Juifs. En mai 1918, soit 6 ans après la proclamation du protectorat, les autorités françaises, sous couvert d’un dahir approuvé par le sultan du Maroc, ont profondément changé les institutions et les règles.42 En premier lieu, l’assemblée générale des notables perdit ses prérogatives dans l’organisation de la vie locale. Avant le protectorat, les communautés juives étaient placées sous la protection du sultan, qui accordait à ses sujets juifs le statut de dhimmis (protégés), moyennant le paiement d’une taxe spéciale (djizya).43 L’application de ce principe fut freinée, mais pas totalement abolie. En troisième lieu, le principe d’un Haut Tribunal Rabbinique, instance d’appel des décisions des tribunaux rabbiniques locaux, indépendante des tribunaux de droit musulman, fut adopté. Son président n’était pas élu par la communauté juive, mais nommé par le Résident Général, en tant qu’autorité de la France durant le protectorat.44 Raphaël Encaoua, précédemment nommé grand rabbin du Maroc (1912), fut sollicité par le général Lyautey à la tête du premier Haut Tribunal Rabbinique du Maroc. Toutes ces transformations, introduites par le protectorat français, constituaient une rupture avec le mode de vie antérieur. Le plan du mellah de Salé fut lui-même amélioré, à l’instar de celui de la ville, ce qui n’a pas empêché quelques commerçants juifs et musulmans de Salé de quitter le mellah et de s’installer ailleurs.45 Kenneth Brown (1980) en donne la description suivante : «Le long d’une longue rue, bordée par une grande porte, qu’on fermait tous les jours au coucher du soleil, se trouvaient les boutiques, les habitations et les synagogues. Dix synagogues portaient le nom de rabbins érudits, dont celle de Raphaël Encaoua. Les habitations étaient réparties sur 9 impasses qui portaient elles-mêmes le nom de familles illustres, dont celle d’Encaoua : «Impasse du Grand Rabbin». C’est dans l’une de ces impasses qu’ont habité mes grands- parents paternels : Amram Encaoua (Salé 1869 - Salé 1953) et son épouse, Hanna Sabbah (Salé - Dimona 1965). Cette maison appartenait précédemment à mon arrière-grand-père paternel Messod Encaoua (Salé 1826 - Salé 1886), père d’Amram. Mon arrière-grand-père était ainsi l’oncle de Raphaël Encaoua. Dans le voisinage immédiat de cette maison, figurait également celle de mon grand-père maternel, Abraham Sabbah (Salé 1881 – Jaffa 1979). C’est la sœur de ce dernier, Hanna Sabbah, qui a épousé mon grand-père paternel Amram Encaoua. Par ailleurs, ma mère Messody Sabbah, fille d’Abraham Sabbah et de sa première épouse Rachel Dahan, a épousé Jacob Encaoua mon père, lui-même fils d’Amram Encaoua et de Hanna Sabbah. L’école de l’Alliance Israélite Universelle s’enracina progressivement à Salé, ce qui permit à la langue et la culture françaises de gagner sensiblement du terrain, et conduisit à l’apprentissage simultané du français et de l’hébreu, notamment par les filles qui en étaient précédemment exclues. Raphaël Encaoua trouva là l’occasion de soutenir l’Alliance. Couverture du livre Paamoni Zahab de Raphaël Encaoua édité à Jérusalem, 1977 Famillesn° 1 3 4 - É t É 2 0 1 814 G É N É A L O - J suivants : Karné Rem (Les cornes du buffle), commentaires sur le Choulhan Aroukh de Joseph Caro, contenant des échanges sur des décisions juridiques (responsa), édité à Jérusalem en 1910 ; Paamoni Zahab (La clochette d’or), livre dont la couverture est reproduite plus bas, et qui contient des commentaires sur le Hoshen Mishpat, quatrième section de l’Arbaa Tourim, code de Loi juive de Jacob ben Asher sur lequel se modèle le Choulhan Aroukh de Joseph Caro (Jérusalem 1912); Toafot Rem, traité sur les quatre volumes du Choulhan ‘Aroukh, Casablanca, 1930 ; Hadad Vé-Téma, commentaire sur les 12 traités du Talmud, Jérusalem 1977; Paamon Vérimon (Clochette et Grenade), tome 2 de Paamoni Zahab, Jérusalem 1977 ; Sefer Hadad ve-Tema, commentaires talmudiques, Jérusalem 2000. Raphaël Encaoua est décédé le 2 août 1935, à l’âge de 88 ans. Ses obsèques furent célébrées en présence d’une foule importante selon le quotidien Le Journal du Maroc paru le lendemain de son décès. Son enterrement marqua la plus grande manifestation spontanée du judaïsme marocain. On le désignait de son vivant comme l’Ange Raphaël et il fut pleuré comme le Ner Hamaarav (Lumière du Maroc).47 Sa tombe dans le vieux cimetière de Salé, se trouve dans un mausolée impeccablement entretenu depuis son décès. Une vidéo sur YouTube est consacrée à la ré-inauguration de ce mausolée en 2013, témoignant la reconnaissance que lui accorde encore la population musulmane de la ville (https://www.youtube. com/watch?v=GsU0rM6a3tk). Les photographies de la tombe de Raphaël Encaoua et du mausolée dans lequel elle se trouve, inauguré en 1935, sont reproduites ci-dessous. En guise de conclusion, je voudrais préciser en quoi le statut de passeurs de pensée juive, autour duquel s’articule ce texte, m’est apparu pertinent. Il l’est à un double titre. A la fois comme marque de mémoire individuelle du vécu personnel et comme marque globale d’histoire juive sur le plan collectif. Sur le plan du vécu personnel, l’identité au sein de ma propre famille a toujours été marquée par un attachement à certaines figures du passé, même si la signification véritable de cet attachement n’était pas complètement élucidée sur le fond. Même embuée de légendes, cette fidélité n’en a pas moins exercé une influence certaine sur ma mémoire, ne serait-ce qu’en alimentant le désir d’en savoir plus. Cette fidélité aux figures du passé ne peut toutefois se transmettre aux générations successives, sans bénéficier d’un véritable travail d’élucidation justifiant cette fidélité. C’est ce que j’ai tenté de faire dans cet article en montrant que la notion de passeurs de pensée juive est d’autant plus essentielle qu’elle cherche à expliciter les qualités, les vertus et les apports de ceux qui ont joué ce rôle. C’est à ce prix que la mémoire individuelle et la mémoire collective se raccordent. Non seulement, cette élucidation revivifie le désir d’analyser plus en profondeur les véritables apports de ces passeurs, tâche qui, je l’espère, sera réalisée dans un prochain travail, mais surtout, elle alimente la diversité culturelle de l’histoire juive, notamment lorsque la composante séfarade de cette culture est en partie occultée, en passant sous silence ses contributions intellectuelles pour n’en retenir que les aspects les plus folkloriques. La tombe du rab Raphaël Encaoua, Salé. Source « Harab Raphael Encaoua », Hanania Dahan (en hébreu), revue Orot, Brit Yotzé Marocco Béisrael, avril 1979. La traduction de l’inscription en hébreu est «la pierre tombale dans le mausolée en son honneur» L’inauguration du mausolée en mémoire du Rab Raphaël Encaoua en 1935. Sur le frontispice est écrit en hébreu : « Le génie de sa grandeur à la gloire du grand rabbin Raphaël Encaoua ». FamillesG É N É A L O - J n° 1 3 4 - É t É 2 0 1 8 15 Notes 1. Je remercie André Benzenou pour son aide généreuse dans la traduction d’un poème médiéval du Rab de Tlemcen, Frédéric Ankaoua pour sa remarquable recension de l’histoire des Ankaoua en Espagne, Simon Azoulay pour m’avoir fourni de précieux renseignements sur la généalogie de la famille de sa mère née Encaoua, Ralph Encaoua pour les multiples informations sur la vie de son illustre grand-père, Meyer Abensur pour son aide précieuse à reconstituer des événements familiaux, Jacques Dahan pour son extrême attention à l’histoire des faits, Meyer Dahan pour sa disponibilité à satisfaire mes demandes et Charles Leselbaum pour de judicieuses suggestions sur la communauté juive d’Oran. Je remercie également Judith Revah- Edgington, Madeleine Cohen, Germaine Rochas, Raphaël Hadas-Lebel et Edwige Encaoua pour leur lecture attentive des différentes versions antérieures. Je remercie enfin Madame Joëlle Allouche-Benayoun pour m’avoir fourni une aide précieuse à l’amélioration de ce texte. 2. Ce ne sont pas des arbres généalogiques complets pour deux raisons : d’une part, seuls les descendants mâles y figurent pour des raisons d’espace disponible et, d’autre part, les informations aconcernant les noms des épouses restent parfois inconnues. La taille de la liste, retraçant les descendances des différentes branches de la lignée Encaoua à partir de la seconde moitié du 18e siècle, explique qu’elle soit reléguée à la fin de l’article. 3. Voir Abraham I. Laredo, Les noms des juifs du Maroc, Essai d’onomastique judéo-marocaine, Consejo Superior de Investigaciones Cientificas, Instituto Benito Arias Montano, Madrid, 1978, p. 342-346. 4. Alexander Beider, A Dictionary of Jewish Surnames from Maghreb, Gibraltar and Malta, Editions Avotaynou, New Haven, 2017, pp. 27 et 318. 5. Alexandre Beider (op. cité) intègre parmi les migrants venus d’Espagne trois rabbins bien connus qui ont dirigé des communautés juives importantes en Algérie, les deux premiers à Alger et le troisième à Tlemcen : Isaac bar Sheshet (1326-1408), venu depuis Valence et établi à Alger, Simon ben Tsemah Duran (1361- 1444), venu depuis Majorque et établi à Alger, et Ephraïm ben Israël Al-Naqua (1359-1442), venu de Tolède et fondateur de la communauté de Tlemcen. Le nom de ce dernier nom est orthographié de différentes façons : Ancaua selon les sources médiévales espagnoles, Al-Naqua ou Al-Nakawa dans des études historiques contemporaines. 6. Voir Moïse Schwab, « Séfarad IV », Revue des Etudes Juives, n° 65, 1944 (p. 45- 72). Voir aussi Moïse Schwab, Rapport sur les inscriptions hébraïques d’Espagne, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6436636j/ f26.image 7. En s’appuyant sur des travaux de Moïse Schwab et sur des inscriptions épigraphiques trouvées sur des tombes juives en Espagne, Abraham Isaac Laredo parvient à répertorier 35 occurrences où l’une de ces graphies correspond au nom de la lignée. Voir Moïse Schwab, « Séfarad IV » Revue des Etudes Juives, n° 65, 1944 (p. 45-72) et Moïse Schwab, Rapport sur les inscriptions hébraïques d’Espagne. Voir aussi F. Cantera et J.-M. Millas : «Inscripciones hebraicas de España», Madrid, C.S.I.S 1956. 8. Maurice Eisenbeth, Les Juifs de l’Afrique du Nord, Démographie et Onomastique, 1936, réédition en 2000, Cercle de Généalogie Juive et Lettre Sépharade, Paris. 9. Voir Jewish Encyclopedia, article “ALNAQUA”, par Moses Beer, Richard Gottheil, Isidore Singer, J. S. Raisin. Différentes rubriques sur les membres de cette lignée apparaissent dans l’Encyclopedia Judaica. 10. Ils sont également tous les deux cités dans l’ouvrage Šhevet Yéhouda de Shlomo Ibn Verga, publié à Andrinople vers 1550. D’après Ramon Bermejo, Inscriptiones hebraicas de Toledo, Madrid, 1935, il existerait des témoignages autres que les inscriptions funéraires, comme par exemple les sceaux utilisés. 11. La date exacte de leur mort est contestée. Selon Léopold Zunz, Zür Geschichte und Literatur, 1845, volume conservé à la Niedersächsische Staats-und-Universitätsbibliothek de Göttingen, cette date serait plutôt 1300 (p. 434). Selon Shlomo Ibn Verga (fin 15e - début 16e siècle), auteur de l’ouvrage Šhevet Yéhouda cité dans la note précédente, cette date serait plutôt 1200. 12. Moïse Schwab, Rapport sur les inscriptions hébraïques d’Espagne http://gallica.bnf.fr/ ark:/12148/bpt6k6436636j/f26.image 13. L’historien Cecil Roth, l’un des éditeurs de l’Encyclopedia Judaica, a pu reconstituer la liste des synagogues détruites lors de l’émeute de l’été 1391 à Tolède, en s’aidant d’un poème de deuil (élégie), retrouvé dans un livre de prières. Voir Cecil Roth: “A Hebrew Elegy of the Martyrs of Toledo 1391”, The Jewish Quarterly Review, vol. 39, n° 2, 1948, pp. 123-150. Cet article est à rapprocher avec celui d’un autre historien du judaïsme médiéval en Espagne, Norman Roth, sans lien de parenté avec le premier, pour qui les relations entre les chrétiens et les Juifs nouvellement convertis au christianisme étaient plutôt bonnes. De plus, contrairement à la doctrine historiographique juive, Norman Roth défend l’idée que le nombre de victimes juives des persécutions a été souvent surestimé. Voir Norman Roth, 1391, “In the Kingdom of Castille, Attacks on the Jews”, Iberia Judaica, III, 2011, p. 19-48. 14. L’Encyclopedia Judaica donne une autre version de la mort d’Israël Al-Naqua. Durant l’agression à l’encontre de la communauté juive de Tolède en 1391, il fut sauvagement attaqué et trainé dans la rue, ce qui l’amena à se donner lui- même la mort. 15. Manuscrit original conservé à la Bodleian Library, Oxford (Opuscule 146), Il nous faut mentionner que ce même titre Menorat ha-Maor a été également adopté pour un ouvrage postérieur d’Isaac Aboab (1514). Le livre de ce dernier a pu jeter une certaine ombre sur l’ouvrage initial, mais il est à présent admis que l’ouvrage d’Isaac Aboab est une adaptation de celui d’Israël Al-Naqua. Parmi les différences, l’Encyclopedia Judaica note que les citations talmudiques auxquelles se réfère l’ouvrage d’Isaac Aboab sont en araméen, alors que celles auxquelles se réfère Israël Al-Naqua sont en hébreu. 16. Édité en quatre volumes pour la première fois aux États-Unis en 1929 par l’éditeur Hillel Hyman Gerson Enelow, et réimprimé en Israël en 1969. 17. Cette vague de réfugiés inclut diverses personnalités de grande réputation, dont le Rab Yitzhak ben Chechet Perfet (connu sous l’acronyme de Ribach), et le Rab Chimon ben Tsemah Duran (1361-Alger 1444, connu sous l’acronyme Rachbats), tous deux exilés d’Espagne. Alexander Beider (op. cité, p.28) mentionne également divers autres noms de migrants ayant fui l’Espagne après l’édit d’expulsion pour s’installer en Afrique du Nord. Certains se sont installés en Algérie, comme Abraham Mendil (à Honein, avant-port de Tlemcen), Amram ben Marues (à Oran), Joseph ben Menir (à Constantine). D’autres se sont installés au Maroc, comme le rabbin de Grenade Maimon Aben Danan (à Fez), la famille Cohen Scali de Séville, Moses Abensur, Haïm Bibas (installés à Fez), etc. Les nouveaux arrivants au Maroc formèrent leurs propres communautés (megorashim en hébreu) distincts des juifs marocains autochtones (toshavim en hébreu). Les premiers actes législatifs des megorashim de Fez datent de 1494 (en hébreu taqqana, pluriel taqqanot). 18. Dont le manuscrit original est conservé à Oxford, à la Bodleian Library. 19. Un très beau poème en hébreu d’Ephraïm Al Naqua, en hommage à l’ouvrage de Maïmonide, Le Guide des Egarés, se trouve dans l’article d’Alexander Marx, “Texts by and about Maimonides”, The Jewish Quarterly Review, New Series, Vol. 25, No. 4, April 1935, pp. 371- 428 (poème 19). La traduction de ce poème en français, initiée par André Benzenou et complétée par l’auteur de cet article, est disponible auprès de ce dernier (encaouadavid@gmail.com). 20. André Chouraqui (1972) écrit à propos de Tlemcen : « Tlemcen, la perle du Maghreb, la Jérusalem occidentale, …, possédait des écoles rabbiniques dès le 10e siècle…A partir de 1391, elle servit de refuge à des docteurs célèbres, contemporains du fameux Saint de Tlemcen, Rab Enkaoua.» 21. Selon le site internet de Wikipedia, dédié à Ephraim Al-Naqawa (https://fr.wikipedia. org/wiki/Ephraim_Al-Naqawa) « on trouve la mention historique de la présence de communautés juives et chrétiennes à Tlemcen au XIIIe siècle à l’époque des Almohades. Si la communauté chrétienne ne survit pas aux persécutions par ces derniers, la communauté juive reparaît notamment à la suite de l’arrivée de Juifs d’Espagne, dont le Rabbin Ephraim Al-Naqua qui a fait construire une synagogue ». 22. Cet épisode est raconté dans plusieurs ouvrages, parmi lesquels on peut citer une note d’Abraham Meyer, Rabbin de Tlemcen au début du 20e siècle, intitulée Etude des mœurs actuelles des Israélites de Tlemcen, précédée d’une notice Famillesn° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 816 G É N É A L O - J complète sur Rabbénou Ephraïm Aln’Caoua, dit le Rab, Imprimerie Commerciale Franck et Solal, Alger, 1902. Selon cet ouvrage, cette légende figurerait déjà dans un livre de Zulman Fitoussi, Edition Livourne, 1790, p. 174. 23. Colette Sirat, « La pensée philosophique d’Ephraïm al-Naqawa », Daat, n° 5, Summer 1980, Paul Fenton, conférence intitulée « La controverse entre Maïmonide et Nahmanide », prononcée au Mouvement Juif Libéral de France, Paris, janvier 2010, reproduite dans le site Akadem, le campus numérique juif (www.akadem.org). 24. Colette Sirat (1980) résume ainsi cet épisode : « Cette anecdote avait prouvé au Rab Ephraïm Al- Naqua trois choses : 1. L’intensité de l’action de la faculté imaginative laquelle durant tout le jour avait gardé les traces de la rencontre avec le portier noir et, ce jusqu’à l’heure du coucher ; 2. Que son esprit lui aussi avait été profondément troublé tout le jour, car il ne comprenait pas par quel miracle il n’avait pas été frappé ; 3. Que l’intensité de ces impressions avait créé une douleur dans son corps, douleur qu’il n’avait ressentie que lorsque le sommeil s’était emparé de lui ». 25. Voir Léo Palacio, « Semaine d’identité judéo- algérienne à Tlemcen », in Le Monde, 8 juin 1978 et Alfred Parienti, « Tlemcen, ville sainte, le pèlerinage du Rab », 18 juin 1910, in Bibliothèque Nationale de France, Gallica.bnf.fr 26. Lors de sa visite à Tlemcen le 16 décembre 2012, l’ancien président de la République française, François Hollande, rendit hommage au Rab Ephraïm Al-Naqua en ces termes : « Tlemcen illustre cette vocation universelle car cette ville s’est tournée dès le Moyen-Age vers l’Espagne chrétienne. Elle a aussi compté sur la communauté juive qui a ici tant apporté aux sciences, à la musique et aux traditions religieuses comme le pèlerinage au tombeau du Rabbin Enkaoua l’illustre si bien ». 27. Voir l’ouvrage A l’ombre du Rab, le souvenir de Tlemcen (sous la direction de Simon Schwarzfuchs) édité par La Fraternelle, Union Nationale des Amis de Tlemcen, (2005). Voir aussi le site internet https://fr.wikipedia.org/wiki/ Ephraim_Al-Naqawa. 28. Un chant araméen qu’il a composé sur le Kaddish de Kippour se trouve dans le livre de prières de Tlemcen (éditions de Livourne), à la page 199. Un autre chant se trouve à la page 224 de ce même livre. 29. Haïm Bliah (1832-1919), rabbin à Tlemcen, fut à l’origine de la redécouverte de l’ouvrage du Rab de Tlemcen. 30. Selon la note d’Abraham Meyer citée en note 20, le manuscrit du Rab de Tlemcen aurait été vendu à Oxford par un certain R.D. Oppenhem (p. 11). 31. Une édition plus récente de l’ouvrage a été publiée à Jérusalem en 1986. 32. Les migrations entre ces deux villes, Tlemcen et Salé, ont toujours été importantes, et l’explication de ces migrations constitue vraisemblablement un sujet d’étude intéressant. 33. Jessica Marglin, “Mediterranean Modernity through Jewish Eyes: the Transimperial Life of Abraham Ankawa”, Jewish Social Studies, Volume 20, Number 2, Winter 2014, pp. 34-68. 34. Voir Simon Schwarzfuchs, Les Juifs d’Algérie et la France (1830-1855), Jérusalem, Institut Ben Zvi, Centre de recherches sur les Juifs d’Afrique du Nord, 1981, et Joëlle Allouche-Benayoun et Geneviève Dermenjian, Les Juifs d’Algérie, une histoire de ruptures, Presses Universitaires de Provence, 2015. 35. Valérie Assan, « Les synagogues dans l’Algérie coloniale du XIXe siècle », Archives Juives, 2004, vol. 37, n°1, p. 74. 36. Parmi ses ouvrages, on peut citer : Zévahim Chélamim, livre édité à Livourne en 1858 sur l’abattage rituel, contenant un commentaire des règles de Maimonide sur l’abattage rituel, auquel l’auteur a rajouté le Maguid Michné contenant des commentaires de Yehuda Alkalaz, écrit vers 1540, ainsi que des écrits de différents rabbins marocains (Yéhouda ibn Attar et Yaacov Ibn Tsur) sur les règles du divorce. Ce livre a suscité une polémique avec des rabbins algériens, dont le rabbin Moché Sebaoun. Kerem Hemer, livre de questions et réponses, classées selon les 14 divisions du Michné Torah de Maïmonide, et du Choulhane Aroukh de Joseph Caro. Le livre en 2 volumes a été édité à Livourne en 1869 et 1871. Le 2e volume contient le Sefer ha-Takkanot (ordonnances communales) rassemblant les textes des ordonnances par les rabbins de Castille, publiées à Fès en 1494. . Otzar Hochma (Trésors de sagesse) qui est un condensé de l’ouvrage Otzar Haïm (Trésors de vie) sur la mystique juive. Homer ha-Dat hé- Attik, 1844, condensé de Shefa Tal par Shabbetai Sheftel Horowitz, appendice à Haïm Vital, Otzar Haïm, édité à Livourne. Afra de Rabannan, livre de sermons. Zekhor Le-Abraham, commentaires talmudiques basés sur les écrits de nombreux érudits de Fès et contenant cinq poèmes. Le livre se termine par cinq poèmes liturgiques de poètes espagnols sur Roch Hachana, 1838. Chivat Abraham, commentaires sur le Talmud, 1878 Hessed Le Abraham ou Sha’ar Hachamayim, 1845, livre de prières selon l’enseignement d’Isaac Luria. Cet ouvrage connut de nombreuses rééditions sous des titres divers (Kol Bo, Limmudei Ha-Shem, etc.). Kol Tehina, 1843, rituel de prières pour les fêtes, et d’élégies pour le 9 Ab (lamentations sur la destruction du Temple). 37. Il voyagea à Jérusalem en 1843. 38. NDLR : le CGJ abrite actuellement une partie de la bibliothèque de ce rabbin d’Oran. 39. Ce livre porte sur les lois de l’abattage rituel, et contient un commentaire de Maïmonide ainsi qu’un texte de 1540 rappelant la position de la loi juive (Halakha) en la matière. 40. Ces liens de filiation sont représentés à la fin de l’article. 41. Époux de Camra Encaoua (1857 Salé - 1907 Salé). 42. Ces transformations sont fort bien décrites dans l’article de Daniel Schroeter et Joseph Chetrit, “Emancipation and Its Discontents : Jews at the Formative Period of Colonial Rule in Morocco”, Jewish Social Studies, New Series, Vol. 13, No. 1 (Autumn, 2006), pp. 170-206. 43. La dhimma désigne le pacte qui assure la protection du statut social des non-musulmans en terre d’islam. En tant que gens du Livre, les Juifs et les chrétiens bénéficiaient d’un statut de protégés, et payaient pour cela des taxes, en particulier la djizya (taxe per capita, payée par chaque Juif ). 44. A côté du président du Tribunal rabbinique, existait un président de la communauté juive du Maroc. Yahia Zagury (1878-1944) le fut pendant 35 ans. Nommé inspecteur des Institutions Israélites du Maroc, il servit en tant que tel d’intermédiaire officiel entre la communauté juive et les autorités administratives du protectorat. 45. Le mellah désigne un quartier juif spécifique, distinct de la ville, où étaient confinés les Juifs. Voir Kenneth Brown, « Une ville et son mellah : Salé (1880-1930) », in Juifs du Maroc, Identité et Dialogue, La Pensée sauvage, 1980, p. 187-201. 46. Pour ne donner qu’un exemple, le dernier soir de Pessah, la nuit de la mimouna, il recevait des visiteurs de différentes confessions chez lui jusqu’au petit matin et distribuait des bénédictions à chacun d’eux. 47. On raconte qu’à son enterrement, au moment de la levée du corps, les membres de la Hibra Kadicha (association du dernier devoir) se sont aperçus, qu’à moins de transporter le corps debout, ils ne pouvaient transporter le cercueil, car l’angle droit que formait le couloir ne permettait pas le passage. Ils sont alors passés par la voie qui menait directement de la maison du rab à la synagogue du Rab. Son fils, Michael, se souvint à ce propos du psaume « heureux l’homme qui meurt sous la tente », expression que son père avait coutume de traduire par « heureux l’homme qui a la chance de mourir dans la synagogue ». FamillesG É N É A L O - J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 17
अंतर-धार्मिक संबंध
christianisme — transmission
La lignée s'enracine à Tolède, foyer de la convivencia, où Yéhouda et Shmuel Al-Naqua servaient à la cour d'Alphonse IX de Castille. Les massacres chrétiens de 1391 et l'édit d'expulsion de 1492 précipitent la diaspora vers l'Afrique du Nord. Plus tard, sous le protectorat français, Abraham Ankawa (XIXᵉ) et Raphaël Encaoua (XXᵉ) composent avec le droit civil français et les autorités coloniales — Raphaël Encaoua reçoit la Légion d'honneur en 1929 des mains de Lucien Saint.
islam — adaptation
Ephraïm Al-Naqua devient médecin officiel du sultan de Tlemcen après avoir guéri sa fille, obtenant pour les Juifs le droit de quitter le quartier d'Agadir et d'accueillir des coreligionnaires d'Espagne et des Baléares. Son tombeau, resté jusqu'en 2005 un lieu de pèlerinage juif ET musulman, illustre une mémoire partagée rare ; le mausolée a été ré-inauguré en 2013 par les autorités algériennes. Abraham Ankawa et Raphaël Encaoua s'appuient sur le principe dina de-malkhuta dina (« la loi du royaume est la loi ») pour articuler halakha et droit du pays d'accueil, qu'il s'agisse du pouvoir chérifien ou de l'administration coloniale française.
islam — divergence
Entre le XVᵉ siècle marocain (Ephraïm Al-Naqua confronté à un incident à la mosquée de Marrakech en 1393) et l'Algérie post-1830, les équilibres bougent : le protectorat français puis la colonisation démantèlent en 1842 la juridiction rabbinique traditionnelle et imposent la nomination par le Consistoire. Ankawa a démissionné de Mascara en 1878 après une campagne d'opposition dirigée contre lui — tension exemplaire entre autorité rabbinique traditionnelle, droit musulman et droit civil français.