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Zakhor
1391 · Séville, Cordoue, Valence, Barcelone

Le prédicateur

Un archidiacre prêche pendant des années qu’il faut détruire les vingt-trois synagogues de la ville. Le 6 juin, on l’écoute.

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Ferrand Martínez est archidiacre d’Écija, au chapitre de la cathédrale de Séville.

Depuis les années 1380, il prêche publiquement qu’il faut détruire les vingt-trois synagogues de la communauté juive de Séville, enfermer les Juifs, cesser tout commerce avec eux, et employer tous les moyens pour les amener au baptême.

Il est désavoué par le roi et par l’archevêque. Il continue.

Juin 1391

La mort du roi Jean Iᵉʳ en 1390 laisse le pouvoir à une régence faible. Martínez n’a plus personne au-dessus de lui.

Le 6 juin 1391, l’émeute éclate à Séville. Quatre mille Juifs y sont tués ; la grande majorité des survivants accepte le baptême pour rester en vie.

La violence gagne ensuite Cordoue, Tolède, l’Aragon, la Catalogne, Valence, Majorque. Le 5 août, elle atteint le Call de Barcelone, portée par des hommes venus de Séville et de Valence.

Le chiffre et ce qu’il crée

Les estimations les plus courantes donnent environ cent mille morts et environ cent mille conversions — soit à peu près un tiers de la population juive d’Espagne pour chaque terme.

Ces chiffres sont des ordres de grandeur, débattus. Ce qui ne l’est pas, c’est le résultat : une population entièrement nouvelle apparaît en Espagne, celle des convertis.

Ils sont chrétiens en droit, juifs aux yeux de leurs anciens voisins, suspects aux yeux des chrétiens de souche. Ils occupent des charges qui leur étaient fermées, et cela se voit.

Ce que 1391 met en route

Sans 1391, il n’y a pas de conversos ; sans conversos, il n’y a ni statuts de pureté de sang en 1449, ni Inquisition espagnole en 1478, ni expulsion en 1492.

Le décret de 1492 vise d’ailleurs les Juifs restés juifs pour la raison qu’ils entretiendraient les convertis dans leur ancienne foi. Il est la conséquence de 1391, non son commencement.

C’est pourquoi cette date-là, moins connue, commande la suivante.

Ce qu’il advint de l’homme

Ferrand Martínez a été suspendu de ses fonctions et poursuivi. Il n’a jamais été condamné à une peine notable.

Ce n’était pas un émeutier : c’était un clerc de rang moyen qui a répété la même chose pendant dix ans jusqu’à ce qu’un moment de faiblesse politique la rende exécutable.

L’écart entre ce qu’il coûtait de le dire et ce qu’il en a coûté quand on l’a fait est ce que ce récit demande de retenir.