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Zakhor
vers 1120 – 1447 · Rome

Sicut Judaeis

Une bulle interdit sous peine d’excommunication de baptiser un Juif de force, de le frapper, de piller ses biens. Vingt papes la republieront — et c’est ce qui la rend accablante.

स्थापितPapautéDroit canonProtectionRépétition

Vers 1120, le pape Calixte II publie une bulle qui commence par les mots Sicut Judaeis — « de même que les Juifs ». Elle fixe la position officielle de la papauté sur le traitement à leur réserver.

Elle vient après la première croisade, où les communautés de Rhénanie ont été détruites en 1096.

Ce que le texte interdit

Il défend aux chrétiens, sous peine d’excommunication, de contraindre un Juif au baptême, de lui faire violence, de s’emparer de ses biens, de troubler la célébration de ses fêtes, de profaner ses cimetières.

Il reprend une position formulée par Grégoire le Grand cinq siècles plus tôt : les Juifs ont droit à la liberté que la loi leur reconnaît.

Ce n’est pas une déclaration de sympathie. C’est une doctrine juridique : la présence juive est tolérée parce qu’elle témoigne, aux yeux de l’Église, de l’antériorité de l’Écriture — et cette tolérance a des bornes, que les mêmes papes fixent par ailleurs.

La liste qui accuse

La bulle est reprise et republiée par Alexandre III, Célestin III, Innocent III en 1199, Honorius III, Grégoire IX, Innocent IV, Alexandre IV, Urbain IV, Grégoire X deux fois, Nicolas III, Martin IV, Honorius IV, Nicolas IV, Clément VI en 1348, Urbain V, Boniface IX, Martin V, Nicolas V en 1447.

Vingt papes en trois siècles.

Une règle qu’il faut republier vingt fois est une règle qu’on n’applique pas. La liste est donc, involontairement, le meilleur relevé de ce qui se passait réellement : chaque réédition suit une vague de violences.

1348

La réédition la plus révélatrice est celle de Clément VI. En juillet puis en septembre 1348, il publie deux bulles condamnant l’accusation d’empoisonnement des puits, rappelant que les Juifs meurent de la peste comme les autres, et interdisant de les molester.

Elles n’ont presque aucun effet. Strasbourg brûle sa communauté le 14 février 1349, et des centaines d’autres villes font de même.

Le pape avait raison, l’avait écrit, l’avait fait proclamer — et cela n’a sauvé personne.

Ce que la papauté était et n’était pas

L’histoire des rapports entre la papauté et les Juifs se raconte souvent en choisissant son camp : les bulles protectrices d’un côté, les ghettos et les autodafés de l’autre.

Les deux séries sont authentiques et émanent parfois du même homme. Paul IV, qui enferme les Juifs de Rome au ghetto en 1555, n’a pas abrogé Sicut Judaeis.

Ce que ce dossier établit avec certitude est plus limité : une autorité qui écrit vingt fois la même chose en trois siècles constate, à chaque fois, qu’on ne l’écoute pas.