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Zakhor
du XVIᵉ au XXᵉ siècle · Jérusalem, Safed, Hébron, Tibériade

L'argent qui venait de loin

Pendant des siècles, les Juifs de Jérusalem ont vécu de dons collectés en Europe. On a longtemps méprisé ce système ; sans lui, il n'y aurait eu personne sur place.

स्थापितAncien YichouvCharitéKolelimJérusalem

Avant les colonies agricoles et le sionisme politique, il y avait en terre d'Israël une population juive qu'on appelle l'ancien Yichouv : des communautés installées dans les quatre villes saintes — Jérusalem, Safed, Hébron, Tibériade — pour y étudier, y prier et y être enterrées.

Elles vivaient très largement de la halukka, mot qui signifie distribution : des fonds collectés dans la diaspora et répartis sur place.

Comment cela fonctionnait

Des émissaires, les cheloukhim, parcouraient l'Europe, l'Afrique du Nord et l'Orient pour collecter. Ils portaient des lettres de recommandation, prêchaient dans les synagogues, tenaient des registres.

La répartition se faisait par kolelim — des caisses organisées par pays d'origine et par appartenance : le kolel de Hongrie, celui de Volhynie, celui des hassidim, celui des perouchim, celui des Séfarades. Chacun collectait chez les siens et distribuait aux siens.

Les querelles de répartition étaient constantes, et elles occupent une part considérable de la correspondance conservée.

Le mépris qu'on lui a porté

À partir du XIXᵉ siècle, ce système est violemment critiqué — par les maskilim, par les philanthropes occidentaux, puis par les sionistes.

L'accusation est toujours la même : la halukka entretient des mendiants et décourage le travail. On oppose l'homme qui reçoit à l'homme qui produit, et l'ancien Yichouv devient dans ce récit le repoussoir du nouveau.

Cette lecture a dominé pendant un siècle, et elle a durablement écrit l'histoire de la période.

Ce que la relecture a établi

L'historiographie récente est beaucoup plus mesurée, pour des raisons de fait.

La Palestine ottomane du XIXᵉ siècle n'offrait presque aucun moyen de subsistance à ces populations : peu de terres accessibles, une fiscalité lourde, des métiers fermés. Sans transfert extérieur, il n'y aurait tout simplement eu personne.

Et les kolelim n'ont pas seulement distribué : ils ont bâti. C'est à leur initiative que sont sortis, à partir de 1869, les premiers quartiers juifs hors des murs de la vieille ville de Jérusalem — Nahalat Shiva, Mea Shearim, Batei Ungarn. Les caisses de la halukka ont financé de l'immobilier, des écoles, des hôpitaux.

Une dépendance qui n'a rien d'exotique

Il vaut la peine de noter que le mécanisme n'a jamais cessé : le sionisme a lui aussi vécu de fonds collectés au loin, du Keren Kayemeth aux campagnes de l'appel unifié, et l'État d'Israël de transferts extérieurs considérables.

Ce qui distinguait la halukka n'était donc pas le principe, mais ce que l'argent servait à faire — étudier et prier plutôt que produire — et c'est là-dessus que portait vraiment la querelle.

Le système existe encore, à petite échelle, dans certains milieux ultra-orthodoxes de Jérusalem. Il a nourri, pendant quatre siècles, ceux qui tenaient à ce que ces villes ne soient jamais vides.