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Zakhor
de l’Antiquité tardive au XIXᵉ siècle · Les communautés de la diaspora

La caisse et la marmite

Trente jours de résidence obligeaient à cotiser pour les pauvres de la ville, trois mois pour la soupe populaire, neuf mois pour les enterrements. C’était du droit, pas de la générosité.

स्थापितTsedakaCommunautéDroitPauvreté

Le mot que le français traduit par charité, tsedaka, vient de la racine qui signifie justice. Ce n’est pas une nuance de vocabulaire : dans le droit rabbinique, donner aux pauvres est une obligation exigible, pas un mouvement du cœur.

Le Talmud décrit deux institutions que toute communauté doit se donner.

Deux dispositifs

La kouppa — la caisse — est un fonds collecté et redistribué chaque semaine aux pauvres résidents de la ville, sous forme d’une allocation.

Le tamhouy — le plat, la marmite — est une distribution quotidienne de nourriture, ouverte à quiconque a faim, y compris de passage.

La distinction est nette : la caisse sert les gens d’ici et vise à les maintenir ; la marmite sert n’importe qui et vise à ce que personne ne meure aujourd’hui.

Une obligation qui se calcule

Le droit fixe le moment où l’on devient contribuable, et il le fait par durée de résidence.

Trente jours dans une ville, et l’on doit à la kouppa. Trois mois, et l’on doit au tamhouy. Six mois, aux fonds de vêtement. Neuf mois, à ceux d’inhumation.

C’est un barème d’appartenance progressive : plus on reste, plus on doit, et l’ordre des obligations suit l’ordre des besoins.

Ce que les communautés faisaient vraiment

Maïmonide, écrivant en Égypte au XIIᵉ siècle, note qu’il ne connaît pas de communauté sans kouppa — mais que toutes n’ont pas de tamhouy.

Les documents de la gueniza du Caire confirment ce niveau d’organisation, avec des listes nominatives de bénéficiaires et de donateurs.

Les communautés d’Europe du Nord, plus petites et plus fragiles, étaient nettement moins équipées ; certaines n’avaient même pas d’appareil régulier de collecte.

Ce que ce système suppose

Il suppose une communauté qui a le pouvoir de lever, c’est-à-dire une autonomie juridique. C’est ce que les chartes accordaient — celle de Grodno en 1389 comme les autres.

L’émancipation du XIXᵉ siècle a défait cela : devenus citoyens, les Juifs relèvent des dispositifs publics d’assistance, et la communauté perd son pouvoir de contrainte.

Ce qui subsiste est volontaire : les fédérations, les campagnes, les fondations. On a gagné le droit commun et perdu l’exigibilité. C’est un échange, et il vaut mieux savoir ce qu’il contenait des deux côtés.