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Zakhor
1954 – 2002 · Jérusalem et kibboutz Houlda

Le nom qu'on se donne

À quatorze ans, il quitte Jérusalem pour un kibboutz et change de nom de famille. Il faudra cinquante ans pour qu'il écrive pourquoi.

स्थापितAmos OzIsraëlKibboutzLittérature

Amos Klausner naît à Jérusalem en 1939, dans une famille d'immigrants d'Europe orientale, érudite et pauvre. Son grand-oncle Joseph Klausner est un historien célèbre, proche de la droite révisionniste.

Sa mère se donne la mort en 1952. Il a douze ans.

À quatorze ans, en 1954, il quitte Jérusalem pour le kibboutz Houlda et change de nom : Oz, qui signifie force en hébreu.

Ce que ce changement de nom fait

Il faut le lire dans son contexte. Hébraïser son nom était alors un geste courant et encouragé — quitter le patronyme de la diaspora pour un mot hébreu.

Mais Oz n'a pas seulement hébraïsé : il a quitté le nom de son père et de son grand-oncle, c'est-à-dire une famille, une érudition et une politique. Il est parti au kibboutz, qui était l'exact contraire de l'appartement de livres où il avait grandi.

Il y restera trente ans, partageant son temps entre l'écriture, l'enseignement et le travail agricole, comme le voulait le règlement.

Mon Michaël

En 1968 paraît Mon Michaël, qui le rend célèbre. C'est le récit à la première personne de Hannah, femme d'un étudiant en géologie, dans la Jérusalem des années 1950 — un mariage qui se défait et une vie intérieure qui s'échappe dans la rêverie.

Le livre paraît un an après la guerre des Six Jours, dans un pays euphorique. Il ne parle pas de la guerre. Il parle d'une femme qui s'ennuie dans un appartement de Jérusalem.

Ce décalage a été relevé à l'époque, et il définit assez bien la place qu'Oz occupera : écrire l'intime dans un pays qui parlait de collectif.

L'homme public

Il est l'un des fondateurs de La Paix maintenant en 1978 et défendra pendant quarante ans la solution à deux États, en polémiste, avec une constance qui lui a valu des adversaires dans tous les camps.

Il disait que le conflit n'était pas un western entre les bons et les méchants mais une tragédie au sens grec — un affrontement entre deux droits, non entre le droit et le tort.

Cette position lui a été reprochée des deux côtés, et elle reste discutée.

Cinquante ans après

En 2002, à soixante-trois ans, il publie Une histoire d'amour et de ténèbres, où il raconte enfin son enfance, sa famille et le suicide de sa mère.

Le livre est devenu son plus lu, traduit dans une trentaine de langues.

Il aura donc fallu un demi-siècle pour qu'il écrive ce qu'il avait fui à quatorze ans en changeant de nom. Il est mort en 2018. Sa fille, l'historienne Fania Oz-Salzberger, a écrit avec lui un livre sur ce qui, selon eux, tient le peuple juif : non pas le sang ni la terre, mais des textes et des disputes à leur sujet.