À Habban, dans la vallée du Hadramaout, au sud du Yémen, vivait un groupe juif que les voyageurs décrivaient comme sans équivalent : des hommes portant la dague et les armes comme les tribus voisines, les cheveux longs, réputés pour leur bravoure — et argentiers de métier, dont les bijoux circulaient dans tout le Hadramaout.
Ils étaient peu nombreux. Les décomptes du milieu des années 1940 donnent quelques centaines de personnes à Habban même, moins d'un millier pour l'ensemble de la région ; les chiffres varient selon les sources, et aucun recensement n'en fixe le nombre exact. Ils se disaient issus d'une garnison envoyée de Judée avant la destruction du Temple — une mémoire transmise, que rien ne permet d'établir.
En 1949 et 1950, ils gagnèrent Aden, parfois au prix de traversées risquées, et furent transportés en Israël par le pont aérien connu sous le nom d'« Ailes d'aigles », que la presse appela le Tapis volant. Une communauté installée là depuis des siècles avait quitté la place en quelques mois.
En Israël, le groupe s'est dispersé et le métier s'est perdu. Ce qui reste tient dans des vitrines et des tiroirs de famille : des bracelets, des boîtes à parfum, des colliers d'un travail reconnaissable entre tous. La mémoire d'un peuple entier peut se loger dans la forme d'un bijou.