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Zakhor
1704 – 1754 · Gibraltar

Le traité et les faits

Le traité d'Utrecht interdit expressément aux Juifs de résider à Gibraltar. Trente-six ans plus tard, ils sont le tiers de la population civile.

स्थापितGibraltarMarocTraitéCommerce

En 1704, une force anglo-néerlandaise prend Gibraltar aux Espagnols. La population espagnole part presque entièrement. Le rocher est une garnison sans ville, qu'il faut ravitailler.

Des Juifs y reviennent aussitôt — venus du Maroc voisin, souvent de Tétouan et de Tanger, où beaucoup descendaient eux-mêmes des expulsés d'Espagne de 1492. Ils reviennent donc, à quelques kilomètres près, d'où leurs ancêtres avaient été chassés.

Ce que le traité stipule

En 1713, l'Espagne cède Gibraltar à la Grande-Bretagne par le traité d'Utrecht. Elle y fait inscrire une clause explicite : aucune permission ne sera donnée, sous quelque prétexte que ce soit, à des Juifs ou à des Maures, de résider ou d'avoir leur domicile dans ladite ville.

La clause est catégorique et elle est signée. Elle ne sera jamais appliquée.

Pourquoi elle n'a pas tenu

La raison est logistique. Gibraltar dépend pour son ravitaillement du Maroc, et le commerce avec le Maroc passe par des marchands juifs qui parlent l'arabe, l'espagnol et l'anglais, et qui ont des correspondants des deux côtés du détroit.

L'Espagne, en interdisant les Juifs, interdisait de fait à la garnison britannique de manger.

Dès 1729, un traité avec le Maroc autorise les marchands juifs marocains à séjourner à Gibraltar. Malgré les protestations espagnoles répétées, Londres n'a jamais consenti à appliquer la clause : en 1749, le droit d'établissement permanent est officiellement accordé.

Le tiers de la population

En 1754, on compte 573 Juifs à Gibraltar, soit environ un tiers de la population civile.

Ils tiennent le commerce avec le Maroc et l'Angleterre, servent d'interprètes et d'intermédiaires, et sont visibles dans la vie publique. Quatre synagogues seront bâties, dont la plus ancienne — Sha'ar Hashamayim — remonte à 1724, c'est-à-dire onze ans après l'interdiction.

L'Espagne a continué de protester pendant des décennies. Elle avait le texte pour elle et rien d'autre.

Ce que ce cas enseigne

On lit d'ordinaire l'histoire juive à travers les textes qui l'organisent : édits, chartes, clauses, statuts. Gibraltar montre le décalage inverse.

Une interdiction inscrite dans un traité international, ratifiée par deux grandes puissances, n'a pas résisté au fait qu'une garnison avait besoin de manger. Le droit disait non ; l'approvisionnement disait oui ; c'est l'approvisionnement qui a gagné, pendant deux siècles et demi.

La communauté de Gibraltar existe toujours, l'une des rares d'Europe à n'avoir jamais été interrompue depuis le XVIIIᵉ siècle.