Le statut de dhimmi organisait la vie des juifs et des chrétiens en terre d’islam : une protection en échange d’un impôt, la jizya, et d’une série d’infériorités juridiques.
Ce n’était pas l’égalité. C’était un cadre, et il avait tenu cinq siècles.
Les Almohades, dynastie berbère de doctrine rigoriste, prennent Cordoue en mai ou juin 1148 et abolissent ce statut dans certains de leurs territoires.
Ce que l’abolition signifie
Sans dhimma, il n’existe plus de manière légale d’être juif ou chrétien sous cette autorité.
Restent trois possibilités : la conversion, l’exil, ou la mort.
C’est le contraire d’un durcissement graduel. C’est le retrait de la case dans laquelle on vivait.
Une famille de Cordoue
Moïse ben Maïmon a treize ans quand les Almohades entrent dans sa ville. Son père Maïmon quitte Cordoue avec sa famille.
Ils errent huit ou neuf ans à travers l’Andalousie, peut-être la Provence, avant de s’établir à Fès vers 1160 — c’est-à-dire en plein territoire almohade, ce qui suppose une forme d’accommodement extérieur.
Ils gagneront ensuite la terre d’Israël, puis Le Caire.
La question qui déchire
Ceux qui ont prononcé la formule musulmane pour survivre, et qui continuent de vivre en juifs chez eux : sont-ils encore juifs ?
Des autorités rabbiniques répondent non, et le disent durement. Maïmonide écrit alors l’Épître sur la conversion forcée — Iggeret ha-Chemad — pour soutenir le contraire.
Son argument : celui qui prononce une formule sous la contrainte et accomplit ce qu’il peut des commandements reçoit une récompense, et celui qui l’accable commet une faute plus grave que la sienne.
Ce que cette période a effacé
L’Andalousie juive — celle de Samuel ha-Naguid, d’Ibn Gabirol, de Juda Halevi — ne s’en relève pas. Les grandes académies disparaissent.
Ce qu’on appelle l’âge d’or séfarade se termine là, en 1148, et non en 1492 comme on le dit souvent.
Les survivants passent vers le nord chrétien ou vers l’est. Le plus grand penseur juif du Moyen Âge a écrit toute son œuvre en exil de la ville où il est né.