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Zakhor
de l'Antiquité à nos jours · Chalkida, île d'Eubée

La plus longue adresse

Une communauté vit dans la même ville grecque depuis vingt-cinq siècles, sans interruption. Elle a même traversé 1944, et l'on sait pourquoi.

संभावितRomaniotesGrèceContinuitéSauvetage

Chalkida, sur l'île d'Eubée, à une heure d'Athènes, abrite ce qu'on présente comme la seule communauté juive d'Europe à vivre dans la même ville sans interruption depuis vingt-cinq siècles.

Les Juifs de Grèce d'ancienne souche s'appellent Romaniotes — du nom de la Romania, l'Empire byzantin. Ils parlaient le grec, priaient selon un rite propre, et vivaient là bien avant l'arrivée des Séfarades de 1492.

Ce que l'on peut dater et ce que l'on suppose

La tradition locale fait remonter cette présence à 586 avant notre ère, au moment de la destruction du premier Temple. Il faut prendre cette date pour ce qu'elle est : une tradition, non un fait établi.

Ce qui est documenté est déjà considérable. Philon d'Alexandrie et Flavius Josèphe, au Iᵉʳ siècle, mentionnent des Juifs dans les îles grecques. Le cimetière de Chalkida compte environ six cents tombes, dont certaines remontent au XIVᵉ siècle — il a été restauré entre 1990 et 2000.

C'est pourquoi ce récit est au registre du probable : la continuité est très solide sur deux mille ans, et la date de départ relève du récit que la communauté fait d'elle-même.

Une petite Safed

Les inscriptions du cimetière montrent une communauté de lettrés. Chalkida a porté le surnom de petite Tsfat — du nom de la ville de Galilée où enseignaient Caro et Louria.

Le rite romaniote a ses propres poèmes liturgiques, ses mélodies, sa manière de découper la lecture de la Torah. Il a presque partout été absorbé par le rite séfarade après 1492, les nouveaux venus étant plus nombreux et plus prestigieux.

Chalkida est l'un des rares endroits où il a subsisté.

1944

Le printemps 1944 a effacé les communautés juives de Grèce les unes après les autres — Salonique l'année précédente, puis Ioannina, Kastoria, Corfou, Rhodes, presque intégralement.

Chalkida a perdu vingt-deux personnes sur trois cent vingt-sept.

L'écart n'est pas dû au hasard. Les habitants ont caché leurs voisins dans les villages des montagnes de l'Eubée, et le métropolite Grigorios a mis les objets du culte à l'abri dans son église. Des listes ont été détruites, des papiers fournis.

Ce que cette exception permet de dire

On ne peut rien déduire d'un seul cas, et les circonstances comptaient : le relief, la présence de partisans, le calendrier de l'occupation.

Mais mis à côté de Kastoria, à trois cents kilomètres, où sept cent soixante-trois personnes furent déportées et trente-cinq revinrent, Chalkida interdit une phrase — celle qui veut qu'il n'y avait rien à faire.

La communauté existe toujours. Elle est très petite, quelques dizaines de personnes, et elle célèbre encore dans sa synagogue. Vingt-cinq siècles à la même adresse ne se mesurent pas en nombre.