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Zakhor
vers 1320 – 1347 · Burgos et Valladolid, Castille

L’apostat qui répond

Un philosophe juif de soixante ans se convertit et passe le reste de sa vie à écrire contre les siens — en hébreu, pour qu’ils le lisent.

स्थापितConversionPolémiqueCastilleAbner de Burgos

Abner de Burgos naît vers 1270. C’est un philosophe et un médecin juif reconnu, formé aux textes rabbiniques et à la philosophie arabe.

Vers 1320-1321, à environ cinquante ans, il se convertit au christianisme. Il prend le nom d’Alfonso de Valladolid, s’installe dans cette ville et y devient sacristain de la collégiale ; les archives le mentionnent comme Maese Alfonso entre 1324 et 1341.

Ce qui le distingue des autres convertis

Il ne se contente pas de changer de camp : il écrit contre son ancienne religion pendant vingt-cinq ans, et il le fait d’abord en hébreu.

C’est le point décisif. Un polémiste chrétien écrivant en latin s’adresse à des clercs ; en hébreu, on ne peut viser qu’un lectorat juif.

Son grand ouvrage, le Moré Tsédek — le Guide de justice, connu en castillan sous le titre Mostrador de justicia — est écrit pour être lu par ceux qu’il veut convaincre.

Sa méthode

Elle préfigure celle de Pablo Christiani à Barcelone et de tous ceux qui suivront : démontrer le christianisme à partir des sources rabbiniques elles-mêmes, en lisant le Talmud et les midrashim comme des témoins involontaires.

Il y ajoute un argument philosophique sur le déterminisme, qu’il défend au point que ses adversaires le lui reprochent autant que sa conversion.

Il raconte lui-même, dans son livre, les années de doute qui l’ont précédée et les songes qui l’auraient décidé. C’est de là que vient l’essentiel de ce qu’on sait de sa vie — c’est-à-dire de sa propre plume, et il faut le savoir en le lisant.

Ce que ses adversaires en ont fait

Ses écrits ont suscité plus d’une douzaine de réfutations juives dans les cent cinquante ans qui ont suivi sa mort, dont celles de Moïse de Narbonne et de Joseph ben Shem Tov.

Cela mérite d’être noté : on ne réfute pas pendant un siècle et demi un adversaire négligeable. Ses arguments étaient tenus pour dangereux parce qu’il connaissait le corpus de l’intérieur.

Le paradoxe est complet : des textes écrits pour détacher les Juifs de leur tradition ont, en pratique, obligé cette tradition à s’expliquer et produit une littérature entière.

Ce qui vient après

Abner meurt vers 1347. Un demi-siècle plus tard, les massacres de 1391 précipitent des dizaines de milliers de conversions forcées, et l’Espagne entre dans le siècle des conversos.

La disputation de Tortosa en 1413-1414, menée par un autre converti, Jerónimo de Santa Fe, reprend la même méthode à une tout autre échelle.

L’Inquisition de 1478 et les statuts de pureté du sang sont au bout de ce chemin — celui d’une société qui a cru pouvoir régler la question juive par la conversion, et qui a découvert qu’elle avait fabriqué autre chose.