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Zakhor
19 avril 1943 · Boortmeerbeek, Belgique

Une lanterne rouge

Trois hommes à bicyclette, un revolver, une pince et une lampe de signalisation arrêtent un train de mille trois cent soixante et une personnes.

स्थापितBelgiqueRésistanceConvoiSauvetage

Le 19 avril 1943, un train quitte la caserne Dossin de Malines — camp de rassemblement des Juifs de Belgique — avec mille trois cent soixante et une personnes à destination d’Auschwitz-Birkenau. C’est le vingtième convoi.

Le même jour, à Varsovie, éclate le soulèvement du ghetto.

Trois hommes

Youra Livchitz, médecin, né en Russie, juif, communiste. Jean Franklemon, étudiant en art et musicien, communiste. Robert Maistriau, employé dans une société de métaux.

Ils n’appartiennent à aucun réseau structuré et n’ont pas été mandatés. Livchitz a conçu l’opération et recruté les deux autres.

Leur équipement tient en trois objets : un revolver, une pince coupante, et une lanterne de signalisation qu’ils recouvrent de papier rouge.

Le signal

Ils partent à bicyclette par Steenokkerzeel et Kampenhout, et posent la lanterne sur la voie entre Boortmeerbeek et Haacht, dans une courbe.

Le conducteur, voyant un feu rouge, s’arrête. Les trois hommes courent le long du convoi et ouvrent le plus de wagons possible à la pince, sous le feu des gardes.

Ils libèrent dix-sept personnes de leurs propres mains. D’autres, à l’intérieur, profitent de l’arrêt et de la panique pour forcer les portes.

Le compte

Deux cent trente-trois personnes sortent du train cette nuit-là. Cent dix-huit ont survécu à la guerre — les autres ont été reprises, ou tuées en sautant.

C’est, à notre connaissance, la seule attaque d’un convoi de déportation menée en Europe occupée.

Il faut mesurer les deux nombres ensemble : mille trois cent soixante et une personnes dans le train, cent dix-huit vivantes à la fin. C’est à la fois considérable et minuscule, et les deux sont vrais.

Ce qu’il leur est arrivé

Livchitz est arrêté un mois plus tard. Il s’évade du quartier général de la Gestapo à Bruxelles, est repris, et fusillé le 17 février 1944.

Franklemon est arrêté en août 1943 et passe le reste de la guerre dans le système concentrationnaire qu’il avait tenté d’entamer. Il survit.

Maistriau est arrêté en 1944, déporté, et survit également.

Une lanterne recouverte de papier rouge, dans une courbe, un soir d’avril. Rien d’autre n’a jamais été tenté de semblable.