Juifs hongrois
יהדות הונגריה
क्षेत्र : Royaume de Hongrie
रजिस्टर स्मृति · जमाकर्ता, मालिक नहीं
16 सितंबर 2026 को प्रकाशित
Oberlander (जर्मन रूढ़िवाद) और Unterlander (हसीदीवाद के करीब) के बीच विभाजित।
Introduction
Il existe peu de judaïsmes européens dont l'identité se soit forgée dans une tension aussi féconde entre deux pôles : d'un côté, l'orthodoxie rigoriste de langue et de culture germaniques héritée des grands rabbinats d'Europe centrale ; de l'autre, la ferveur hassidique montée des Carpates et de Galicie. Le judaïsme hongrois se lit tout entier dans cette ligne de partage entre l'Ouest et l'Est du royaume de saint Étienne. Les Juifs de l'ancienne Hongrie se répartirent longtemps entre les Oberländer, ceux du « Haut-Pays » occidental, attachés à une orthodoxie disciplinée et savante, et les Unterländer, ceux du « Bas-Pays » oriental, plus proches des cours hassidiques. Cette dualité, loin d'être une simple curiosité géographique, a structuré la vie religieuse, les querelles institutionnelles et jusqu'à la mémoire des survivants.
Ce livre suit cette communauté depuis ses origines médiévales attestées jusqu'à l'anéantissement de 1944, en passant par l'âge d'or de l'émancipation et par la naissance d'une orthodoxie qui allait rayonner sur le monde juif entier. Il tient également à rendre visible une dimension longtemps minorée : la contribution intellectuelle extraordinaire de familles bourgeoises budapestiennes qui, en une ou deux générations, produisirent des figures fondatrices de la psychanalyse moderne, des mathématiques du XXe siècle et des sciences humaines. Parmi ces savants figure Mór Réthy, mathématicien formé à Vienne et Heidelberg, dont les travaux sur l'élasticité et l'optique non euclidienne jalonnèrent le tournant des XIXe et XXe siècles — et dont la tombe repose au cimetière de la rue Kozma, aux côtés de Bernát Alexander et d'autres figures de cette bourgeoisie juive magyarisée. Il retrace aussi la vie intellectuelle orthodoxe à travers ses institutions méconnues, au premier rang desquelles la revue rabbinique Tel Talpiyot, publiée à Vác de 1892 à 1938, tribune de la pensée halakhique hongroise pendant près d'un demi-siècle.
Ce livre accorde une place nouvelle à deux échelles que l'historiographie a longtemps traitées comme secondaires. La première est celle du faubourg : non pas Budapest intra muros, ni la grande bourgade Unterländer, mais ces villes-satellites du nord de la capitale — Rákospalota, Pestújhely, Újpest — où des familles venues de Slovaquie, du Dunántúl ou du comté de Nógrád s'installèrent au XIXe siècle, bâtirent une école, un bain rituel, une maison de retraite et une grande synagogue de brique, puis disparurent en un été. L'histoire de la synagogue de la Régi Fóti út à Rákospalota, achevée en 1927, transformée en magasin de la Bibliothèque nationale Széchényi à partir de 1964 et rendue au culte à l'automne 2026, condense à elle seule l'arc complet du judaïsme hongrois : implantation, prospérité, destruction, oubli administratif, réouverture [« La synagogue de Rákospalota à Budapest doit rouvrir ses portes le 17 septembre 2026 après restauration », découverte Zakhor du 14/09/2026].
La seconde est celle du village et de la petite ville de province — Paks au bord du Danube, Köröstarcsa dans la plaine de la Körös, Tamási dans le comté de Tolna, Ibrány au bord de la Tisza, Zsarolyán aux confins du Szatmár. Ces localités ne comptaient parfois que quelques dizaines de Juifs. Elles n'ont laissé ni yeshiva célèbre ni dynastie rabbinique mondiale ; elles ont laissé un cimetière au bout d'un chemin, une plaque de bronze scellée en 2026 sur le mur d'une bibliothèque municipale, une liste de dix-sept noms. C'est de cette matière-là que se compose, désormais, la mémoire juive hongroise : une campagne de commémorations menée en 2026 par la Mazsihisz a couvert quatorze localités où, depuis la guerre, aucune cérémonie n'avait jamais eu lieu [« Mazsihisz lance en 2026 des commémorations inédites dans 14 localités hongroises restées sans mémoire depuis la Shoah », découverte Zakhor du 14/07/2026 ; mazsihisz.hu].
Une question traverse ce parcours et lui donne son unité : par quels signes une communauté manifeste-t-elle qu'elle appartient à un pays ? Par les noms qu'elle adopte — Weisz devenu Réthy, Márkus devenu Alexander, Fischel devenu Fejtő, et ces centaines de familles qui magyarisèrent leur patronyme après 1867. Par les chaires qu'elle occupe, les revues qu'elle imprime, les monuments qu'elle élève à ses morts de 1914–1918, les livrets de prière qu'elle imprime pour financer sa synagogue. Mais aussi, plus humblement, par ce qu'elle met dans ses casseroles : l'hiver 2026 a vu paraître dans la Jewish Quarterly Review un article consacré au paprika, cette épice devenue emblème national, et à la manière dont son usage dans les cuisines juives raconte l'histoire de l'intégration en Hongrie moderne [« Hungarian Jewry and Their Ways with Paprika », découverte Zakhor du 13/09/2026]. La table, comme le nom et la chaire, est un lieu d'histoire.
Le livre s'achève sur les formes contemporaines de la mémoire — dont la restauration, en janvier 2026, des monuments du cimetière de la rue Kozma à Budapest, la réouverture au culte de la grande synagogue de Rákospalota en septembre 2026, les cérémonies inaugurales d'Ibrány, de Szentistván, de Zalaegerszeg, de Köröstarcsa, de Kistarcsa, d'Opályi et de Zsarolyán, la plaque dévoilée le 8 juillet 2026 contre le mur de l'ancienne synagogue de Paks devenue bibliothèque municipale, la « Nuit des musées » de mai 2025 à Oradea, la découverte en septembre 2026 dans un grenier de Tamási de quinze livres de prières hébraïques attendant d'être rendus à leurs héritiers, l'exposition du Musée juif de Budapest réunissant les vestiges de la synagogue en bois de Náznánfalva et des briques gravées du ghetto de 1944, la première exposition institutionnelle nationale consacrée au judaïsme orthodoxe d'avant-guerre inaugurée au Centre commémoratif de l'Holocauste de Budapest en 2024 puis déclinée jusqu'à Kiev en 2026, la publication en juin 2026 du volume collectif Hungarian Holocaust Revisited, la mise en ligne par les Archives nationales hongroises, le 24 juin 2026, de registres d'état civil transcrits par reconnaissance d'écriture manuscrite, et l'ouverture en libre accès intégral, à partir du numéro d'hiver 2026, des cent trente-six années d'archives de la plus ancienne revue anglophone d'études juives — ainsi que sur la figure discrète de Lajos Boros, dont le travail de documentation des cimetières juifs de Hongrie constitue, à sa mesure, un acte de mémoire irremplaçable.
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Chapitre 1 : De la reconquête de Buda à la synagogue de bois de Náznánfalva (1686–1747)
La présence juive sur le sol hongrois est ancienne et documentée dès le haut Moyen Âge. Selon l'article de référence de la Jewish Encyclopedia, des Juifs vivaient dans les territoires de la future Hongrie avant même la conquête magyare, et des communautés organisées apparaissent nettement à mesure que se constitue le royaume chrétien [Hungary, Jewish Encyclopedia]. Le sort des Juifs y oscilla selon les souverains : des périodes de protection royale alternèrent avec des vagues d'hostilité, d'expulsion locale et de législation discriminatoire.
Le tournant du XIIIe siècle est marqué par les conciles qui, en Hongrie comme ailleurs en Occident chrétien, cherchèrent à restreindre l'accès des Juifs aux fonctions publiques et à imposer des signes distinctifs. Néanmoins, les rois hongrois, attentifs aux ressources fiscales que représentaient les communautés, accordèrent à plusieurs reprises des chartes de privilèges garantissant une relative autonomie judiciaire et la liberté du culte. Buda, capitale et centre névralgique, abrita une communauté prospère dont la vie fut à plusieurs reprises interrompue par des expulsions puis rétablie.
La conquête ottomane d'une partie du royaume au XVIe siècle modifia durablement la carte : sous domination turque, certaines communautés connurent une existence plus paisible, tandis que la reconquête chrétienne de Buda en 1686 s'accompagna d'un massacre et de la ruine de la communauté locale [Hungary, Jewish Encyclopedia]. On mesure mal, aujourd'hui, l'étendue de cette présence juive dans la Hongrie ottomane : à Paks, sur la rive droite du Danube, la tradition documentaire locale rapporte qu'au milieu du XVIe siècle un certain Ibn Jafes — dont le nom trahit une origine séfarade — tenait la ferme des revenus de l'État [zsido.com, « A paksi zsidók emlékezete »]. Le détail est mince, mais il indique que la carte juive du royaume, avant même le repeuplement habsbourgeois, comportait des fils venus du Sud-Est méditerranéen autant que de l'Ouest germanique. La violence de ces alternances — protection, expulsion, massacre, rétablissement — préfigure une constante de l'histoire juive hongroise : l'étroite dépendance du sort communautaire à la bonne volonté du pouvoir souverain.
C'est de ce socle médiéval éprouvé que renaît, au XVIIIe siècle, un judaïsme profondément renouvelé. La véritable matrice du judaïsme hongrois moderne se met en place sous les Habsbourg, quand deux flux migratoires convergent vers un royaume repeuplé après le départ des Ottomans. De l'ouest et du nord-ouest arrivent des Juifs venus des terres allemandes, de Moravie et d'Autriche : ils forment le monde Oberländer, celui du Haut-Pays, dont la langue vernaculaire est un yiddish occidental teinté d'allemand et dont la sensibilité religieuse s'ancre dans l'orthodoxie savante des académies germaniques. De l'est et du nord-est, depuis la Galicie et les régions carpatiques, affluent des Juifs porteurs de la spiritualité hassidique naissante : ils constituent le monde Unterländer, celui du Bas-Pays, plus populaire, plus mystique, organisé autour des cours de rebbes.
Ce repeuplement ne fut pas une migration anonyme : il se fit maison par maison, seigneurie par seigneurie, sous le régime des lettres de protection délivrées par les propriétaires terriens. Le cas de Paks en fournit un exemple précisément daté. Des familles juives s'y installent en nombre à partir de 1720, avec l'autorisation des nobles sur les terres desquels elles s'établissent ; elles sont soixante-quatre familles en 1770. La modicité de la taxe de protection qu'elles acquittaient indique qu'elles étaient pauvres : petits marchands, colporteurs, tailleurs, cordonniers. En 1788, en application des décrets de Joseph II, une école juive de langue allemande y est fondée ; en 1848, la communauté compte huit cent seize âmes [Magyar Zsidó Lexikon, « Paks », 1929]. Ce trajet — d'une poignée de familles tolérées à une communauté de plusieurs centaines de personnes dotée d'une école, d'une imprimerie hébraïque et bientôt d'une yeshiva de renommée nationale — est celui de dizaines de bourgades du Dunántúl et de la Grande Plaine.
Cette bipartition Oberländer–Unterländer n'est pas seulement confessionnelle ; elle est linguistique, culturelle et sociologique. Les Oberländer se rattachent aux grands centres d'étude ; les Unterländer suivent les dynasties hassidiques venues de Pologne. Le hassidisme, ce mouvement de renouveau spirituel né au XVIIIe siècle autour du Baal Shem Tov, transforma en profondeur la vie religieuse des communautés d'Europe orientale par une piété du cœur, un culte du maître charismatique et une intense sociabilité rituelle [Baumgarten, 2006]. En franchissant les Carpates, ces cours implantèrent en Hongrie orientale une carte dense de foyers hassidiques dont les noms — Munkács, Szatmár, Belz aux marges — deviendront célèbres.
La synagogue en bois de Náznánfalva, construite en 1747 par une communauté juive installée sur le domaine de la famille Barcsay près de Marosvásárhely, en Transylvanie, constitue un témoignage matériel exceptionnel de cette époque de repeuplement et d'implantation [Mazsihisz, exposition MILEV « Az írás a falon », 2026]. Simple grange vue de l'extérieur — la discrétion était souvent une obligation imposée par les autorités chrétiennes, qui interdisaient aux synagogues de dépasser en hauteur ou en ostentation les édifices du culte voisins —, elle abritait sur ses murs intérieurs des textes de prière peints à même les planches. Cette forme d'ornementation, répandue dans les synagogues en bois d'Europe orientale, dit à la fois la modestie des moyens et la profondeur de l'investissement spirituel de ces communautés rurales : faute de marbre et d'orfèvrerie, on sanctifiait l'espace par l'écriture. Son existence en 1747, dans une Transylvanie encore marquée par les remous de la reconquête habsbourgeoise, situe avec précision le moment où le judaïsme se réinstalle et se dote d'institutions durables, même rudimentaires, dans les campagnes du royaume.
Deux siècles plus tard, les mêmes flux migratoires produiront un effet inattendu aux portes de Pest. Les villages de la ceinture nord de la capitale, longtemps fermés à l'installation juive, s'ouvrent au cours du XIXe siècle : à Rákospalota, les premières familles juives s'établissent dans les années 1830, alors que jusqu'à la première moitié du siècle aucun Juif n'y résidait [neokohn.hu, 01/09/2026 ; zsido.com, « Egy elvirágzott zsidó közösség Pest határán »]. Ce décalage chronologique — des campagnes transylvaines dotées d'une synagogue en 1747, des bourgs danubiens peuplés dès 1720, des faubourgs pestois ouverts seulement vers 1830 — rappelle que la carte juive de la Hongrie ne s'est pas remplie d'un seul mouvement, mais par vagues successives, selon les seigneuries, les droits de résidence et les besoins économiques locaux.
C'est ainsi que le judaïsme hongrois se trouva d'emblée écartelé, mais aussi enrichi, par cette double filiation. La géographie n'est pas ici un simple décor : elle est une structure mentale, un mode d'identification, une carte que chaque famille portait avec elle et qui déterminait ses alliances, ses lieux d'étude et ses choix rituels. Lorsque viendra la catastrophe de 1944, cette géographie sera aussi une carte des disparitions : les provinces Unterländer, déportées en premier et presque entièrement, et les centres Oberländer balayés à leur suite.
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Chapitre 2 : Pressbourg, le Hatam Sofer et ses disciples — la forge de l'orthodoxie
Aucune ville n'a pesé davantage sur le destin religieux des Juifs hongrois que Pressbourg — Pozsony en hongrois, aujourd'hui Bratislava. C'est là que Moshe Sofer, dit le Hatam Sofer, arrivé de Francfort et devenu rabbin de la ville, fonda au début du XIXe siècle la plus prestigieuse yeshiva d'Europe centrale. Son enseignement et sa maxime devenue mot d'ordre — « ce qui est nouveau est interdit par la Torah » — donnèrent à l'orthodoxie hongroise sa physionomie de forteresse contre les réformes.
L'école talmudique de Pressbourg n'était pas née avec lui. La lexicographie juive hongroise fait remonter les premières traces d'un enseignement talmudique organisé dans le ghetto de la ville à la fin du XVe siècle, et rappelle que c'est au XVIIIe siècle que la yeshiva devint un foyer d'envergure européenne [Magyar Zsidó Lexikon, « Pozsonyi jesiva », 1929]. Le Hatam Sofer hérita donc d'une institution déjà ancienne ; ce qu'il lui apporta fut une doctrine, une discipline et une stratégie.
Il opposa une résistance frontale au mouvement réformateur et aux Lumières juives (la Haskalah) qui gagnaient l'Occident. Sa yeshiva forma des générations de rabbins qui essaimèrent dans toute la Hongrie et bien au-delà, imprégnant durablement le monde Oberländer d'une orthodoxie combative, savante et intransigeante. La force du modèle pressbourgeois tient à ce qu'il sut allier une exigence talmudique de haut niveau à un refus radical de toute concession à la modernité. Son rayonnement ne passait pas seulement par les fidèles : des rabbins qui devaient plus tard incarner le camp adverse étaient eux aussi passés par ses bancs — ainsi Löw Schwab, futur grand rabbin de Pest et beau-père de Lipót Löw, qui étudia chez Moshe Sofer en 1807 avant de poursuivre à Nikolsbourg puis de s'ouvrir à la philosophie religieuse et aux sciences modernes [hu.wikipedia.org, « Schwab Löw »]. La forge produisait donc, du même feu, les défenseurs de la tradition et quelques-uns de ceux qui allaient la réformer.
Parmi les disciples dont le rayonnement fut le plus étendu se détache la figure de Hillel Lichtenstein, né à Vécs en 1814 [torahjews.org, « Rabbi Hillel Lichtenstein of Kolomaya »]. Formé à la yeshiva du Hatam Sofer, il exerça successivement comme rabbin à Margarethen, puis à Klausenburg (Kolozsvár), où il dut quitter ses fonctions au terme d'une querelle communautaire avant même d'avoir officiellement pris poste, en raison de son opposition intransigeante au rabbin réformiste en place [Encyclopedia.com, « Lichtenstein, Hillel ben Baruch »]. Il s'établit ensuite à Szikszó à partir de 1865, puis passa en Galicie pour y occuper le rabbinat de Kolomea (Kolomyya) de 1867 jusqu'à sa mort en 1891. C'est à Michalovce, en 1865, qu'il convoqua une assemblée rabbinique condamnant les synagogues réformées — acte emblématique d'une stratégie de durcissement des frontières confessionnelles qui porta le combat de Pressbourg au-delà des frontières du royaume [torahjews.org, « Rabbi Hillel Lichtenstein of Kolomaya »].
Il y a quelque chose de vertigineux à retrouver le nom de Szikszó, cent soixante et un ans plus tard, dans la liste des quatorze localités où la Mazsihisz a organisé en 2026 les premières commémorations de la Shoah jamais tenues sur place [mazsihisz.hu ; découverte Zakhor du 14/07/2026]. La bourgade d'où un disciple du Hatam Sofer lança l'offensive contre les synagogues réformées comptait, quatre-vingts ans plus tard, trop peu de survivants pour se souvenir d'elle-même.
En 1883, Lichtenstein participa à Lviv (Lemberg) à la conférence fondatrice de la Machzikei Hadas — « Société des Gardiens de la Foi » — organisation qui allait devenir le pilier structurant de l'orthodoxie galicienne, parallèle à ce que l'orthodoxie hongroise avait édifié institutionnellement après la scission de 1868–1869 [torahjews.org]. Cette fondation illustre le phénomène de transfusion : les cadres formés par l'école de Pressbourg ne restèrent pas confinés à la Hongrie ; ils exportèrent le modèle vers la Galicie voisine, reliant ainsi les deux rives de la résistance orthodoxe à la modernité. Sur ses positions à l'égard du peuplement juif de la Terre d'Israël, les sources divergent — des textes hébraïques lui prêtant une attitude favorable à l'installation, une source anglophone antisioniste invoquant une lecture quiétiste des « trois serments » talmudiques — et la question mériterait d'être tranchée par une consultation directe de ses responsa, les Teshuvot Beit Hillel, avant toute affirmation définitive [torahjews.org].
L'influence de Pressbourg ne se mesure pas seulement aux grandes chaires. Elle se lit dans le recrutement ordinaire des communautés, jusque dans les faubourgs les plus récents et les villages les plus modestes. On la repère jusque dans les notices biographiques les plus obscures de la lexicographie hongroise : tel rabbin de Szilasbalhás, né à Györköny en 1853, avait étudié chez le rabbin de Görbepincehely, puis auprès de Joél Unger à Paks, avant d'achever sa formation à la yeshiva d'Avraham Binyamin Sofer à Pressbourg [Magyar Zsidó Lexikon, « Klein Ábrahám »]. Ce genre d'itinéraire — un village, une bourgade, puis Pressbourg — constituait la voie normale d'accès au rabbinat dans la Hongrie orthodoxe.
Lorsque les Juifs de Rákospalota, à la limite nord de Pest, décidèrent en 1898 de se doter d'un rabbin, ils firent venir leurs candidats de cette même yeshiva [epa.oszk.hu, « A rákospalotai zsinagóga », Helyem, házam, palotám, 2020]. Celui qu'ils élurent à l'unanimité, Mihály Duschinszky, avait été l'un des élèves préférés du Shevet Sofer, petit-fils du Hatam Sofer et titulaire à son tour du rabbinat pressbourgeois [zsido.com, « Duschinszky rabbik a rákospalotai hitközség életében »]. Un siècle après l'installation du fondateur à Pressbourg, sa chaîne d'enseignement irriguait donc encore les banlieues industrielles de la capitale — preuve que la « forge » avait produit non seulement des doctrines, mais un marché du personnel rabbinique dont dépendait la physionomie religieuse de dizaines de communautés.
De cette matrice pressbourgeoise sortirent les cadres du combat contre les néologues ; c'est elle qui donna à l'orthodoxie hongroise son autorité mondiale, transmise après 1945 jusqu'aux grands centres d'étude d'Amérique et d'Israël. Ses descendants directs, la dynastie Sofer, occupèrent le rabbinat de Pressbourg pendant plus d'un siècle, perpétuant à la fois l'autorité familiale et l'esprit du fondateur. Le mot même de « hongrois » devint ainsi, dans le vocabulaire de l'orthodoxie mondiale, synonyme d'une fidélité sans compromis — non par hasard géographique, mais parce qu'une institution, un homme et ses disciples avaient façonné cette équivalence avec une constance et une rigueur exceptionnelles.
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Chapitre 3 : De l'assemblée rabbinique de Paks (1844) au congrès de 1868–1869 — Szeged, Oradea, le paprika
Le XIXe siècle apporte aux Juifs de Hongrie l'espoir puis la réalité de l'émancipation. Après leur participation aux aspirations libérales de la révolution de 1848, les Juifs hongrois obtiennent l'égalité civile complète en 1867, dans le cadre du compromis austro-hongrois. L'article de la Jewish Encyclopedia détaille cette montée en puissance : croissance démographique rapide, urbanisation, entrée dans les professions libérales, le commerce et l'industrie, et une magyarisation culturelle enthousiaste qui fit des Juifs des acteurs majeurs de la modernisation du pays [Hungary, Jewish Encyclopedia].
La rupture de 1868–1869 n'est cependant pas tombée du ciel : elle avait été précédée, vingt-quatre ans plus tôt, d'une tentative de conciliation dont le lieu mérite d'être retenu. En août 1844, dans la petite ville danubienne de Paks, comté de Tolna, une assemblée rabbinique fut convoquée par Pinkász Horovitz, rabbin de Pápa, qui y invita les rabbins des deux camps — progressistes et conservateurs — dans l'espoir d'aplanir un antagonisme devenu manifeste. L'entreprise échoua. La lexicographie juive hongroise en impute largement la cause au manque de franchise de l'organisateur, qui présentait à chaque camp un programme différent : aux rabbins progressistes, le projet d'un corps mixte de rabbins et de laïcs compétent en matière de formation rabbinique, d'école et de liturgie ; aux conservateurs, une circulaire séparée les appelant à faire front commun contre les aspirations modernes. Prévenus, les rabbins progressistes se tinrent à l'écart, le rabbin de Pressbourg jugea le plan malvenu, et seuls vingt-cinq rabbins firent le déplacement, parmi lesquels Löb Schwab de Pest, Götz Kohn-Schwerin de Baja et Hirs Oppenheimer de Temesvár [Magyar Zsidó Lexikon, « Paksi rabbigyűlés », 1929]. La proposition que Löw Schwab y soumit — publier un exposé des principes de la religion juive démontrant leur compatibilité avec les exigences d'un État moderne, afin de réfuter les calomnies des adversaires de l'émancipation — y fut rejetée ; il la reprit deux ans plus tard pour le compte de sa seule communauté de Pest [Encyclopedia.com, « Schwab, Löw »].
Paks 1844 est donc le rendez-vous manqué du judaïsme hongrois : le moment où une conciliation restait pensable, et où elle ne se fit pas. Ce qui suivit fut la logique inverse — celle de la séparation institutionnelle.
Car l'émancipation précipita aussitôt la crise. Le congrès juif hongrois convoqué en 1868–1869 devait unifier l'organisation communautaire ; il aboutit au contraire à une scission durable. Trois camps se dessinèrent : les néologues, partisans d'un judaïsme modéré, ouvert à la société et à la langue hongroises ; les orthodoxes, décidés à préserver l'intégralité de la tradition ; et un groupe intermédiaire, dit statu quo ante, refusant de choisir. Cette division tripartite, officialisée par l'État — fait rare en Europe, où les États reconnaissaient d'ordinaire une seule représentation juive —, devint une caractéristique structurelle du judaïsme hongrois pour près d'un siècle.
Paks, une fois encore, offre l'échelle réduite du phénomène. La communauté statu quo y fut fondée en 1870, l'année même où mourut le grand rabbin de la communauté orthodoxe, Joél Unger ; après sa disparition, la communauté se scinda en deux partis [Magyar Zsidó Lexikon, « Paks »]. Ce que les congrès décident à Budapest, les successions rabbiniques le tranchent en province : il suffit souvent d'une vacance pour qu'une communauté jusque-là tenue ensemble par l'autorité d'un homme se divise selon les lignes de fracture nationales.
La scission recoupait en partie la géographie ancienne : le monde Oberländer et les foyers hassidiques Unterländer fournissaient le gros des troupes orthodoxes, tandis que les grandes villes, Budapest en tête, devenaient les bastions néologues. La division de 1868–1869 n'était pas qu'une querelle de règlements communautaires : elle cristallisait deux visions de l'avenir juif en Europe, deux réponses à la modernité, deux façons d'habiter un même pays.
Ses effets furent immédiatement lisibles dans la pierre. À Oradea — Nagyvárad en hongrois, Grosswardein en allemand —, ville dont la présence juive est attestée dès le XVe siècle et dont l'organisation institutionnelle prit forme au XVIIIe siècle, la ligne de partage laissa dans le tissu urbain deux empreintes architecturales distinctes. La synagogue néologue Sion, édifiée entre 1877 et 1878 par l'architecte David Busch selon les plans d'un historicisme mauresque alors en faveur dans la bourgeoisie juive libérale, exprimait l'aspiration à s'inscrire dans la modernité architecturale de l'époque ; la synagogue orthodoxe Aachavas Rheim, d'une veine différente, témoignait de la fidélité à une tradition plus conservative. À Szeged, la grande synagogue néologue achevée en 1903 — dôme baroque, colonnes, vitraux du maître verrier Miksa Róth — poussa jusqu'à l'opulence la démonstration d'appartenance à la ville [jguideeurope, « Szeged »]. Partout, l'architecture prit la parole avant les manifestes.
La scission eut enfin une conséquence que l'on mesure mal : elle obligea chaque camp à se doter de ses propres institutions de savoir, de formation et de presse. Les néologues ouvrirent en 1877 un séminaire rabbinique à Budapest ; l'orthodoxie, qui refusait ce modèle, dut inventer ses propres relais imprimés. La revue Tel Talpiyot, fondée à Vác vingt-trois ans après le congrès, s'inscrivit directement dans ce contexte de conflit institutionnalisé : l'orthodoxie avait besoin d'organes cohérents pour maintenir une doctrine face aux avancées néologues et aux tentations de l'assimilation.
Il faut cependant se garder d'imaginer une carte proprement coloriée. La tripartition officielle recouvrait, sur le terrain, des arrangements bien plus souples. Le cas de Rákospalota en offre l'illustration la plus nette : la communauté y fut constituée en 1898 sous le nom de Rákospalotai Autonóm Orthodox Izraelita Hitközség — « communauté israélite orthodoxe autonome de Rákospalota » — et demeura jusqu'au bout inscrite dans le réseau des institutions orthodoxes, alors que la majorité de ses membres était de sensibilité néologue [epa.oszk.hu, 2020]. Que des fidèles d'inclination libérale aient choisi, pour des raisons de commodité, de loyauté envers leur rabbin ou de cohésion locale, de rester sous statut orthodoxe, en dit plus long sur la vie réelle des communautés que bien des manifestes : la même localité pouvait ainsi abriter une seule synagogue, un seul rabbin et deux théologies implicites. À l'autre bout du pays, dans les villages du comté de Békés, les quelques dizaines de Juifs de Köröstarcsa étaient rattachés à la communauté statu quo de Mezőberény, à une lieue de là [szombat.org, 2026] : là où le nombre ne permettait pas de constituer une institution, on s'agrégeait à celle du bourg voisin, quelle que fût son étiquette. La sociologie réelle du judaïsme hongrois était faite de ces arrangements-là.
L'intégration, du reste, ne se lit pas seulement dans les lois et les congrès. Elle se lit dans ce qu'une société change sans y penser : sa manière de s'appeler, sa manière de manger. C'est ce déplacement du regard qu'opère l'article « Hungarian Jewry and Their Ways with Paprika: Culinary Culture and Jewish Integration in Modern Hungary », paru dans le numéro d'hiver 2026 de la Jewish Quarterly Review (JQR 116.1), publiée par l'University of Pennsylvania Press pour le Katz Center for Advanced Judaic Studies. L'étude examine la culture culinaire — et singulièrement l'usage du paprika — comme marqueur de l'intégration des Juifs dans la Hongrie moderne, en croisant histoire sociale et histoire de l'alimentation [« Hungarian Jewry and Their Ways with Paprika », découverte Zakhor du 13/09/2026 ; muse.jhu.edu, JQR 116.1].
Le choix de l'objet n'a rien d'anecdotique. Le piment rouge, arrivé en Europe centrale dans le sillage de l'occupation ottomane, s'est enraciné dans les plaines du sud du royaume, où Szeged et Kalocsa sont devenues les capitales de sa culture et de sa mouture — l'une et l'autre protégées aujourd'hui par une appellation d'origine. Longtemps épice des pauvres, le paprika est devenu au XIXe siècle l'emblème gustatif d'une nation en train de s'inventer. Adopter le paprika, pour une cuisine juive héritée d'Allemagne, de Moravie ou de Galicie, c'était donc adopter le goût national lui-même : le csirkepaprikás, le goulasch, les ragoûts rougis à la graisse d'oie plutôt qu'à la crème en contexte casher, les variantes du cholent du chabbat cuisinées à la hongroise. La table devint un lieu de traduction, où des interdits anciens rencontraient des saveurs nouvelles, et où l'appartenance se prouvait par le plat servi autant que par le drapeau.
Cette histoire matérielle a un ancrage économique précis. À Szeged, la prospérité de la communauté juive du XIXe siècle reposa notamment sur le commerce, l'industrie du bois et celle du paprika [jguideeurope, « Szeged »] : négociants, meuniers et exportateurs juifs participèrent à la transformation d'une production paysanne en industrie régionale exportatrice. Il n'est pas indifférent que la même ville ait donné au judaïsme hongrois deux de ses rabbins les plus savants. Lipót Löw (1811–1875), pionnier qui fut le premier à prêcher en hongrois, y introduisit la langue nationale dans la chaire. Son parcours rassemble presque tous les fils de ce chapitre : gendre de Löw Schwab, rabbin de Pápa à partir de 1846 — la ville même d'où était parti l'appel de Paks —, il soutint la révolution de 1848, prit la parole devant les gardes nationaux juifs, servit comme aumônier militaire, fut arrêté après la défaite en même temps que son beau-père et libéré au bout de deux mois de détention, occupa le grand rabbinat de Szeged de 1850 à sa mort et contribua de façon notable à l'adoption de la loi d'émancipation de 1867 [Mazsihisz, « Nagy elődeink : Lőw Lipót »]. Son fils Immánuel Lőw (1854–1944), formé à la Hochschule für die Wissenschaft des Judentums de Berlin, lui succéda en 1878 et devint grand rabbin en 1881 [or-zse.hu, « Löw Immánuel : Die Flora der Juden » ; szegedfolyoirat.sk-szeged.hu, 2024]. Immánuel Lőw consacra sa vie à l'étude des plantes dans la tradition juive : sa thèse portait sur les noms de plantes en araméen, et son œuvre maîtresse, Die Flora der Juden, parut en quatre volumes entre 1924 et 1934 [or-zse.hu]. Les motifs floraux de la synagogue de Szeged furent inspirés par cette passion botanique [jguideeurope, « Szeged »]. Qu'un rabbin hongrois ait bâti une œuvre internationale sur les végétaux du monde juif, dans la ville même où se moud le paprika, n'est sans doute pas une coïncidence de hasard : c'est la trace d'une culture où la science du texte et la connaissance du terroir pouvaient se rejoindre.
Ce même mouvement d'appropriation joua sur les noms. La magyarisation ne fut pas un phénomène de surface : elle pénétra les patronymes eux-mêmes. Des centaines de familles juives adoptèrent, à partir de 1867 et tout au long des décennies suivantes, des noms hongrois en remplacement de noms allemands ou hébraïques, dans un mouvement que l'administration encouragea activement. Des patronymes tels que Boros — qui signifie « vin » en hongrois — furent ainsi choisis par des familles désireuses de s'inscrire pleinement dans l'identité nationale. Le mathématicien Mór Réthy était né sous le patronyme allemand Weisz selon la fiche généalogique disponible [« Mór Réthy, mathématicien hongrois d'origine juive », découverte Zakhor du 08/09/2026 ; mathshistory.st-andrews.ac.uk/Biography/Rethy/] ; le philosophe Bernát Alexander était né Alexander Márkus ; l'historien François Fejtő était né Ferenc Fischel, fils d'un libraire-imprimeur de Nagykanizsa [fr.wikipedia.org, « François Fejtő » ; Maitron]. Adopter un nom hongrois, c'était affirmer que l'on était hongrois de plein droit, que l'identité juive et l'appartenance nationale n'étaient pas contradictoires — une conviction qui allait être brutalement mise à l'épreuve au siècle suivant. Il faut noter cependant que l'onomastique ne prouve rien à elle seule : de très nombreux Hongrois non juifs portent ces mêmes noms, et l'on ne peut déduire d'un patronyme magyar ni une origine juive, ni son absence. L'inverse est vrai aussi : des patronymes restés germaniques ou slovaques — Duschinszky, Goitein, Schück, Weisz — ont appartenu jusqu'au bout à des familles pleinement installées dans la vie hongroise. Cette prudence onomastique a d'ailleurs des conséquences très concrètes pour la généalogie : c'est parce qu'un nom ne prouve rien que la recherche doit passer par les registres, et que leur mise en ligne, dont il sera question au dernier chapitre, change tout.
L'histoire culinaire du judaïsme hongrois a trouvé ses érudits. Les travaux d'András Koerner sur les livres de cuisine juifs anciens et sur les manières de table des Juifs de Hongrie — prolongés par une exposition budapestoise consacrée à ces pratiques alimentaires — ont montré que les recettes constituent une archive à part entière, où se lisent les ressources disponibles, les contraintes rituelles et les emprunts culturels [The Marginalia Review of Books, « Sabbath Stew, Pastries, and the Past »]. L'article de la Jewish Quarterly Review prolonge cette veine en la rattachant frontalement à la question politique de l'intégration.
Enfin, la parution de cet article coïncide avec un tournant éditorial qui intéresse quiconque travaille sur ces sujets. Le numéro d'hiver 2026 est le premier paru sous le nouveau régime de libre accès intégral de la revue : à compter de ce numéro, l'ensemble des cent trente-six années d'archives de la Jewish Quarterly Review — fondée en 1889, la plus ancienne revue d'études juives de langue anglaise — devient consultable librement en ligne, sans frais pour les lecteurs ni pour les auteurs [découverte Zakhor du 13/09/2026 ; pennpress.org, « JQR to become Open Access in 2026 »]. Pour l'histoire juive hongroise, dont une part importante de la documentation reste dispersée entre des langues et des institutions peu accessibles, une telle ouverture n'est pas un détail administratif : elle modifie concrètement ce que peuvent lire, depuis Budapest, Oradea, Jérusalem ou Brooklyn, les descendants et les chercheurs.
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Chapitre 4 : Vác et Budapest — *Tel Talpiyot*, les Alexander, Mór Réthy
La vie intellectuelle du judaïsme hongrois se déploya sur deux scènes que tout opposait en apparence et qui furent contemporaines : la petite ville orthodoxe dotée d'une imprimerie hébraïque, et la métropole où l'on enseignait l'esthétique et la mécanique rationnelle à l'université.
La résistance de l'orthodoxie hongroise à la modernité ne s'exprima pas seulement depuis les grandes chaires rabbiniques ou les assemblées de décisionnaires. Elle trouva aussi un relais dans la presse hébraïque spécialisée, dont la revue Tel Talpiyot publiée à Vác — Waitzen en allemand — est l'un des exemples les plus remarquables. Bimensuelle, entièrement rédigée en hébreu, elle parut de 1892 à 1938, soit pendant quarante-six ans, sans interruption et sans jamais céder au style réformé ou néologue qui dominait d'autres périodiques juifs de l'époque [« Tel Talpiyot, revue rabbinique de Vác, en Hongrie (1892–1938) », découverte Zakhor du 08/09/2026 ; jewishgen.org, Pinkas Hakehillot Hungary, « Vác »].
La revue était portée par David Tsevi Katzburg (1856–1937), dayan orthodoxe de Vác — c'est-à-dire juge rabbinique, rouage essentiel du tribunal halakhique local — dont les colonnes portaient souvent la signature « Ha-Gaon Av Bet Din », titre honorifique désignant le président du tribunal rabbinique de la ville. Katzburg travaillait en lien étroit avec le grand rabbin Yeshaya Silberstein, chef de la juridiction rabbinique orthodoxe de Vác à partir de 1884. Ce tandem entre le dayan éditeur et le grand rabbin fournissait à la revue une autorité doctrinale indiscutée dans les cercles orthodoxes [découverte Zakhor du 08/09/2026 ; jvl.levit.dev/vac].
Le contenu de Tel Talpiyot mêlait deux registres qui ne s'excluaient pas dans la tradition rabbinique : d'un côté, des discussions halakhiques savantes sur des points de droit juif, relevant d'une pratique talmudique exigeante ; de l'autre, des prises de position sur les sujets les plus brûlants de la vie juive contemporaine. Le statut des Juifs non orthodoxes, la licéité du mariage civil, les règles de conversion, les rapports à l'Agudas Yisroel — le grand parti ultra-orthodoxe fondé en 1912 — et à la faction néologue : autant de questions que la revue traitait avec une rigueur qui en faisait une référence pour les rabbins soucieux d'orientations doctrinales claires. Cette double vocation — érudition pure et engagement dans les débats du temps — situait Tel Talpiyot dans la continuité directe de l'esprit de Pressbourg.
La date de clôture de la revue mérite d'être relevée. Tel Talpiyot cessa de paraître en 1938, six ans avant la déportation de la communauté de Vác — un détail qui infirme l'idée, parfois avancée, que les institutions juives de Hongrie fonctionnèrent jusqu'au bout, coupées de leur environnement réel. La communauté juive de Vác comptait 1 854 membres en 1941 ; après l'invasion allemande du 19 mars 1944, ses membres furent déportés vers Auschwitz-Birkenau, et il n'en restait que 377 en 1946 [découverte Zakhor du 08/09/2026]. La revue avait disparu avant eux — mais ce qu'elle avait produit, l'index de ses quelque sept cents auteurs, constitue aujourd'hui une source irremplaçable pour qui cherche à cartographier le réseau intellectuel de l'orthodoxie hongroise dans les décennies précédant la catastrophe [jewishgen.org, Pinkas Hakehillot Hungary, « Vác »]. Son existence rappelle que la vie intellectuelle juive orthodoxe ne se réduisait pas aux grandes métropoles : des villes moyennes, dotées d'une imprimerie hébraïque active — Vác, mais aussi Paks, qui eut la sienne dès le XIXe siècle [zsido.com, « A paksi zsidók emlékezete »] —, purent abriter des publications qui s'imposèrent bien au-delà des frontières du comté, et par lesquelles l'orthodoxie du royaume dialogua avec ses homologues galiciens, polonais et allemands.
À la charnière des XIXe et XXe siècles, Budapest était devenue l'une des plus grandes métropoles juives d'Europe. La communauté y atteignit une part considérable de la population, et la ville se dota d'institutions monumentales — au premier rang desquelles la synagogue de la rue Dohány, la plus vaste d'Europe. Financiers, industriels, médecins, avocats, journalistes, écrivains et savants juifs contribuèrent de façon décisive à l'essor économique et intellectuel de la Hongrie. Cette réussite spectaculaire nourrit une identité magyaro-juive fière et confiante.
Parmi les fils les plus illustres de cet essor, Theodor Herzl, né à Pest en 1860, incarne la trajectoire la plus paradoxale : sorti du judaïsme bourgeois et magyarisé de la capitale, il fut conduit par le choc de l'antisémitisme viennois à fonder le sionisme politique moderne. Mais la fécondité intellectuelle de Budapest à la Belle Époque ne se résume pas à Herzl. Elle se lit dans ces familles dont chaque génération porta plus loin un héritage d'exigence intellectuelle — à l'image de la famille Alexander.
Bernát Alexander — né Alexander Márkus le 13 avril 1850 à Pest, mort le 23 octobre 1927 à Budapest — représente l'un des cas les plus saisissants de cette bourgeoisie juive magyarisée [« Bernát Alexander de Budapest, père du psychanalyste Franz Alexander et grand-père du mathématicien Alfréd Rényi », découverte Zakhor du 29/08/2026 ; Wikipedia, « Bernhard Alexander »]. Philosophe et esthéticien de formation, il obtint dès 1878 une chaire à l'université de Budapest, devint titulaire en 1895 et enseigna parallèlement la dramaturgie à l'Académie nationale du théâtre à partir de 1892. Membre correspondant de l'Académie hongroise des sciences, il fut une figure centrale de la vie intellectuelle magyarophone pendant quatre décennies. Dans le climat nationaliste et antisémite installé après 1919, il fut mis à l'écart, contraint de passer quatre années à l'étranger, et ne rentra mourir dans sa ville qu'en 1927 — une fin qui dit, dans sa discrétion même, l'effondrement de la promesse d'intégration. Sa tombe se trouve au cimetière juif de la rue Kozma.
L'héritage de Bernát Alexander rayonna bien au-delà de sa propre carrière. Son fils Franz Alexander (1891–1964) devint l'un des fondateurs de la médecine psychosomatique moderne et premier directeur scientifique de l'Institut de psychanalyse de Chicago [Wikipedia, « Franz Alexander »]. Alfréd Rényi (1921–1970), l'un des plus grands mathématiciens hongrois du XXe siècle, était le neveu de Franz Alexander et, par là, également petit-fils de Bernát [Wikipedia, « Franz Alexander »]. Cette filiation sur deux générations — philosophe de l'esthétique, pionnier de la psychanalyse d'un côté, mathématicien fondateur de l'autre — constitue l'une des trajectoires intellectuelles les plus denses qu'ait produites le judaïsme bourgeois de Budapest.
La figure de Mór Réthy (1846–1925) illustre une trajectoire parallèle et complémentaire. Né sous le patronyme Weisz dans une famille juive et formé à Vienne puis à Heidelberg, il obtint en 1874 la chaire de physique mathématique à l'université de Kolozsvár (Cluj), alors flambant neuve, avant d'être appelé en 1886 à Budapest pour y occuper la chaire de mécanique rationnelle [découverte Zakhor du 08/09/2026 ; mathshistory.st-andrews.ac.uk/Biography/Rethy/ ; Wikidata, Q1253030]. Membre de l'Académie hongroise des sciences à partir de 1878, il publia des travaux marquants sur la théorie de l'élasticité, l'optique non euclidienne et l'histoire des mathématiques — notamment une étude restée célèbre sur le calcul infinitésimal chez Cavalieri. Il fut, à Kolozsvár, l'un des premiers mathématiciens véritablement qualifiés à structurer une culture de recherche dans une université de fondation récente. À sa mort en 1925, une rue de la capitale et un prix scientifique furent créés en son honneur. Il est inhumé au cimetière de la rue Kozma, dans le carré 5B, où sa tombe voisine avec celles d'autres représentants de cette bourgeoisie juive magyar qui avait fait de l'université hongroise l'un des lieux de son accomplissement [Wikidata, Q1253030].
Le photographe Nicolas Muller, né à Orosháza, constitue un exemple parmi d'autres de cette diaspora intellectuelle issue du judaïsme hongrois qui essaima en Europe et au-delà [Zakhor Online, « Quelques photographies »]. L'extraordinaire fécondité de ce milieu budapestois ne s'explique pas par un mystère culturel : elle tient à la conjonction d'une tradition d'étude ancienne, d'une émancipation récente et d'une ambition d'intégration qui canalisa l'énergie communautaire vers les professions intellectuelles et les disciplines scientifiques avec une intensité remarquable.
Cet âge d'or portait pourtant en lui ses propres fragilités. L'affaire de Tiszaeszlár, à la fin du XIXe siècle — une accusation de meurtre rituel qui déboucha, après un procès retentissant, sur l'acquittement des accusés —, révéla la persistance d'un antisémitisme populaire et politique que la modernité n'avait pas dissous. Après la Première Guerre mondiale, la défaite, l'éphémère République des conseils de 1919 puis la réaction contre-révolutionnaire firent des Juifs des boucs émissaires. Dès 1920, la Hongrie promulgua le numerus clausus limitant l'accès des Juifs aux universités — l'une des premières lois antijuives de l'Europe de l'entre-deux-guerres [Hungary, Jewish Encyclopedia]. Cette loi ne fut pas une abstraction juridique : elle réorienta des milliers de trajectoires individuelles. Le jeune Ferenc Fischel, futur François Fejtő, fils du libraire-imprimeur de Nagykanizsa, dut ainsi faire ses études de lettres à la faculté de Pécs, l'université de Budapest lui étant fermée [ofpra.gouv.fr, « François Fejtő » ; fr.wikipedia.org]. Le climat des années 1920 préparait les esprits aux lois raciales de la décennie suivante et à la catastrophe qui allait suivre.
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Chapitre 5 : Rákospalota, Régi Fóti út — Mihály Duschinszky et une communauté de faubourg (1830–1952)
Il y a une histoire juive hongroise qui ne s'écrit ni depuis la rue Dohány, ni depuis les cours des Carpates : celle des villes-satellites du nord de Pest, aujourd'hui fondues dans la capitale, qui furent au tournant du XXe siècle des localités autonomes, mi-industrielles mi-villégiature, où la bourgeoisie pestoise venait passer l'été. Rákospalota, aujourd'hui incorporée au XVe arrondissement de Budapest, conserva jusqu'en 1950 un statut municipal propre, et avec lui une histoire juive distincte [zsido.com, « Egy elvirágzott zsidó közösség Pest határán »].
Cette histoire commence tard. Jusque dans la première moitié du XIXe siècle, aucun Juif ne réside à Rákospalota ; les premières familles s'y établissent dans les années 1830 [neokohn.hu, 01/09/2026 ; zsido.com]. Longtemps rattachés à la communauté voisine d'Újpest, les Juifs de Palota gagnent progressivement en nombre et en moyens, jusqu'à fonder leur propre institution : le 17 février 1898 naît la Rákospalotai Autonóm Orthodox Izraelita Hitközség [epa.oszk.hu, « A rákospalotai zsinagóga », Helyem, házam, palotám, 2020]. La chronologie de cette autonomie souffre d'une légère divergence documentaire, sur laquelle il vaut mieux être clair : la notice publiée par l'arrondissement et les bases encyclopédiques situent la pleine indépendance en 1902, la fondation formelle de la communauté orthodoxe et l'élection du premier rabbin étant intervenues dès 1898, alors que Palota relevait encore d'Újpest [bpxv.hu, « Látnivalók » ; hu.wikipedia.org, « Rákospalotai zsinagóga »]. L'écart n'est pas une contradiction mais la trace d'un processus : quatre années entre la décision d'une assemblée de fidèles et sa reconnaissance administrative.
Pour se choisir un guide, la jeune communauté s'adresse là où s'adressaient alors toutes les communautés orthodoxes du royaume : à la yeshiva de Pressbourg, d'où viennent les candidats convoqués [epa.oszk.hu, 2020]. Le choix se porte à l'unanimité sur Mihály Duschinszky (1871–1939), natif de Námesztó, dans le nord du royaume, élève du Shevet Sofer et donc héritier direct de la chaîne du Hatam Sofer. Il a vingt-sept ans. Son épouse, Lea Goitein (1876–1966), est issue de la famille rabbinique de Hőgyész, dans le Dunántúl ; six enfants naîtront de cette union [zsido.com]. Duschinszky avait joint aux études talmudiques une culture européenne peu commune dans son milieu : outre l'allemand, il avait appris l'anglais et le français [zsido.com]. Cette ouverture ne fut pas un ornement de biographie : elle explique en grande partie qu'il ait pu, pendant plus de quarante ans, tenir ensemble une communauté hétérogène.
Car le tour de force de Rákospalota est là. Dans une région où la scission de 1868–1869 avait partout produit des communautés rivales, Palota resta la seule des environs de Pest à ne pas se diviser : elle demeura inscrite dans le réseau institutionnel orthodoxe alors que la majorité de ses membres inclinait vers le néologisme [zsido.com ; epa.oszk.hu, 2020]. Sous la direction de Duschinszky, la communauté se dota d'un appareil institutionnel complet — un jardin d'enfants, des écoles, jusqu'à une maison pour les vieillards [zsido.com] —, autrement dit de tout ce qui, dans un faubourg, permet de naître, d'apprendre et de mourir sans quitter son monde. La considération dont jouissait cette communauté dans la ville n'était pas feinte : à l'intronisation du rabbin, c'est le juge de Palota, István Tóth, qui prononça le discours d'accueil [bpxv.hu].
La première synagogue se trouvait dans la Kajár utca ; la croissance rapide de la communauté la rendit trop étroite [neokohn.hu, 01/09/2026]. La grande synagogue fut donc élevée le long de l'actuelle Régi Fóti út, à une maison de l'angle avec la Szentmihályi út, en 1926–1927, sur les plans de l'architecte Mihály Feith (1892–1976) et sous la conduite de son père, le maître d'œuvre Gábor Feith (1863–1939) — installé à Palota depuis 1896 environ, et dont le fils avait achevé ses études secondaires en 1909 au gymnase local de Manó Wágner [hu.wikipedia.org ; epa.oszk.hu, 2020]. Un bain rituel fut aménagé dans la cour [neokohn.hu, 01/09/2026]. L'édifice, inauguré en 1927, compte parmi les derniers grands bâtiments religieux juifs construits en Hongrie dans l'entre-deux-guerres.
Un détail de ce chantier mérite une place à part dans un livre consacré à la mémoire écrite. Pour réunir les fonds nécessaires à la construction, la communauté fit imprimer en 1926 un petit livre de prières de quarante-quatre pages, où figurait le dessin de la façade du bâtiment encore à venir [hu.wikipedia.org ; bpxv.hu]. On souscrivait donc en achetant un livre ; et ce livre portait l'image d'un édifice qui n'existait pas encore. Financement participatif avant la lettre — les sources locales soulignent que la construction fut payée par des dons volontaires de particuliers, gens ordinaires plutôt que grands mécènes —, ce livret est aussi l'un de ces objets par lesquels une communauté inscrit son projet dans du papier avant de l'inscrire dans la brique. Les planches peintes de Náznánfalva, la brique gravée de la rue Síp, le livret de souscription de Rákospalota : trois manières de confier à un support ce que l'on espère voir durer.
Au début des années 1930, la communauté dépasse deux mille six cents membres [neokohn.hu, 01/09/2026]. Mihály Duschinszky meurt en 1939, après plus de quatre décennies à sa tête, et sa renommée avait alors dépassé les limites du faubourg [epa.oszk.hu, 2020]. À la fin de l'automne 1939, on rappelle de Londres son plus jeune fils, Jenő — Jerachmiel Jakov, 1916–1986 —, jusque-là rabbin de Pestújhely, et il est élu grand rabbin de Palota le 24 décembre 1939 [zsido.com]. Le jeune rabbin poursuit la voie tracée par son père, mais l'essentiel de son ministère sera consacré à amortir les coups : veiller au maintien de la cacheroute dans des conditions de pénurie et de persécution croissantes, accompagner les familles dont les hommes partent au service du travail obligatoire [zsido.com].
Le désastre de 1944 emporte cette communauté comme les autres. Sur les plus de deux mille six cents personnes du début des années 1930, à peine trois cents survécurent au munkaszolgálat et aux déportations [neokohn.hu, 01/09/2026]. Les rescapés trouvèrent la synagogue et les autres bâtiments communautaires pillés [zsido.com]. Ils les remirent pourtant en état, sous la direction de Jenő Duschinszky, et la synagogue fut réutilisée dès les grandes fêtes d'automne 1948 [epa.oszk.hu, 2020]. La suite ressemble à une lente hémorragie administrative et humaine : Jenő Duschinszky quitte la Hongrie la même année pour Le Cap ; l'un de ses frères aînés, Ármin Duschinszky, prend sa place avant de partir à son tour, s'installant en Israël en 1950 [epa.oszk.hu, 2020 ; zsido.com]. Il reste alors à Rákospalota une centaine de familles, environ trois cents personnes de confession juive, qui appellent un dernier rabbin, Jenő Schück — Moshé Nathan, 1895–1974 — resté à Palota jusqu'en 1952 [zsido.com]. En 1950, l'autonomie de la communauté est supprimée : elle est rattachée d'abord à Pestújhely, puis à la communauté d'Újpest [epa.oszk.hu, 2020]. La communauté indépendante s'éteint en 1952 [neokohn.hu, 01/09/2026].
L'édifice, lui, survécut à la communauté qui l'avait bâti — mais changé de nature. À partir de 1964, la Bibliothèque nationale Széchényi l'utilisa comme magasin, d'abord pour des cartes puis, à partir des années 1980, comme réserve de livres et atelier de restauration [epa.oszk.hu, 2020 ; hu.wikipedia.org]. L'extérieur fut rénové en 2013. Pendant plus de six décennies, il n'y eut plus de vie religieuse entre ces murs [neokohn.hu, 01/09/2026]. Une synagogue transformée en dépôt de livres de la bibliothèque nationale : l'image est presque trop parlante, et il faut se garder d'en faire une allégorie facile. Elle dit d'abord une réalité prosaïque de l'après-guerre hongrois — les bâtiments juifs vidés de leurs fidèles furent réaffectés à des usages publics, ce qui les sauva parfois de la démolition tout en effaçant leur fonction. Le même sort échut, à Paks, à la synagogue de la rue Villány, devenue la bibliothèque municipale Pákolitz István [telepaks.net, 10/07/2026] : deux synagogues hongroises converties en bibliothèques, l'une nationale, l'autre municipale, comme si le livre avait pris la place du peuple du Livre.
Que cette histoire soit aujourd'hui racontable, on le doit pour une large part à une femme. Si Ráchel Áhároni, fille du grand rabbin Duschinszky, n'avait pas écrit au milieu des années 1970 l'histoire de la communauté juive de Rákospalota, la mémoire de ce monde et celle de son père se seraient dissoutes dans le gris des jours [zsido.com]. Son livre, A rákospalotai zsidó hitközség története — avec page de titre hébraïque Toldot kehilat Rakoshpalotah —, parut en 1978 à Tel-Aviv, en hongrois et en hébreu, sur deux cent quatre pages complétées d'une cinquantaine de pages en hébreu ; il comprend, aux pages 104 à 114, la liste des martyrs de la communauté [digitalcollections.nypl.org ; collections.ushmm.org, notice bib22040 ; Braham, notes, mek.oszk.hu]. Cet ouvrage appartient au genre des yizkor bukher, ces livres de mémoire composés après la guerre par les rescapés d'une localité, à mi-chemin de la monographie historique et du monument funéraire — genre dont les historiens du judaïsme hongrois mesurent aujourd'hui à quel point il conditionne ce que l'on peut encore savoir des communautés effacées. La mémoire des Juifs de Rákospalota se commémore au 19 tamouz [zsido.com].
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Chapitre 6 : 1939–1945 — le *munkaszolgálat*, Köröstarcsa, Paks, Nagyvárad, le ghetto de Budapest
Le judaïsme hongrois fut détruit avec une rapidité qui n'a que peu d'équivalents dans l'histoire de la Shoah. Mais la persécution ne commença pas en mars 1944 : elle s'installa progressivement, par étapes légales, dès les premières années de la guerre. L'une des formes les plus meurtrières de cette persécution progressive fut le munkaszolgálat — le service du travail obligatoire. Institué à partir de 1939 et intensifié au cours des années suivantes, ce système mobilisait les hommes juifs en âge de servir, mais leur refusait le statut de soldats et les armes qui vont avec. Incorporés dans des unités de travail non armées, placés sous commandement militaire hongrois souvent brutal, contraints aux tâches les plus pénibles — déblayage de mines, construction de routes, travaux de terrassement sur les fronts de l'Est —, des dizaines de milliers d'entre eux périrent d'épuisement, de mauvais traitements, de froid ou d'exécutions sommaires avant même que les déportations massives ne commencent. Les synthèses hongroises estiment à près de cinquante mille le nombre des hommes juifs envoyés sans armes sur le front de l'Est qui y perdirent la vie entre 1941 et 1944 [tti.abtk.hu, « A vidéki zsidóság gettósítása, összegyűjtése és deportálása »]. Cruelle ironie statistique : dans plusieurs villages, ce dispositif meurtrier fut aussi celui qui produisit l'unique survivant, l'homme parti au service du travail forcé étant le seul à n'avoir pas été dans le convoi.
La situation bascula définitivement lorsque l'Allemagne occupa la Hongrie en mars 1944. Sous la direction d'Adolf Eichmann et avec la collaboration active de l'administration hongroise, la déportation des Juifs de province fut organisée en quelques semaines. Entre le 15 mai et le 9 juillet 1944, environ 440 000 Juifs furent déportés de Hongrie, la grande majorité vers le camp d'Auschwitz-Birkenau, où la plupart furent assassinés à leur arrivée. Ce fut la déportation la plus rapide et la plus massive de toute la Shoah. La communauté de Budapest, un temps épargnée, subit ensuite les persécutions du régime des Croix fléchées à l'automne et à l'hiver 1944–1945 : marches de la mort, exécutions au bord du Danube et enfermement dans un ghetto. Des efforts de sauvetage — ceux de diplomates étrangers, dont Raoul Wallenberg — permirent d'arracher des dizaines de milliers de personnes à la mort. Au total, la majorité des quelque 800 000 Juifs vivant dans la Hongrie de 1941 périrent, effaçant en quelques mois des siècles de vie communautaire [The Holocaust in Hungary, USHMM].
Ces chiffres nationaux ne disent rien de la texture de l'événement. Pour l'approcher, il faut descendre à l'échelle du village. Köröstarcsa, dans le comté de Békés, n'a jamais compté beaucoup de Juifs : cinquante-trois en 1880, trente-huit en 1890, vingt-sept en 1910, dix-sept en 1941. La courbe est celle, banale, de l'exode rural et de l'attraction des villes ; la fin, elle, ne l'est pas. Les derniers Juifs du village, pour la plupart commerçants, rattachés à la communauté statu quo de Mezőberény, furent transférés en avril 1944 à l'usine Weisz de ce bourg, puis conduits au grand ghetto de Békéscsaba. Le 26 juin 1944, les convois quittèrent Békéscsaba pour Auschwitz-Birkenau ; la majorité des déportés y fut assassinée dès l'arrivée, le 29 juin. Un seul homme de Köröstarcsa survécut, parce qu'il se trouvait au service du travail forcé [szombat.org, « Emléktáblát állítottak a Köröstarcsáról elhurcolt zsidóság tiszteletére », 2026 ; behir.hu, 2026 ; découverte Zakhor du 14/07/2026]. Dix-sept personnes : un chiffre trop petit pour figurer dans une synthèse nationale, assez grand pour qu'une communauté villageoise disparaisse intégralement en trois jours.
Paks offre l'autre échelle, celle de la petite ville à longue histoire juive. Un siècle plus tôt, un dixième environ de sa population était juive ; on y comptait plusieurs synagogues et maisons de prière, une imprimerie en caractères hébraïques, une école, et une yeshiva qui figurait parmi les plus réputées du pays [zsido.com, « A paksi zsidók emlékezete » ; teol.hu, 2025]. En 1944, la population juive de Paks et des villages environnants fut rassemblée dans un ghetto établi autour de la synagogue, de l'école juive qui se tenait derrière elle et de la rue Villány ; un protocole du 22 mars 1944 avait fixé en huit points les restrictions imposées à la vie juive locale, à commencer par l'interdiction de sortir entre six heures du soir et sept heures du matin [hu.wikipedia.org, « Paks »]. La liquidation du ghetto eut lieu dans la première semaine de juillet 1944 ; de là, les habitants furent envoyés à Auschwitz, certains ensuite vers un camp de travail près de Walldorf [teol.hu, 2025 ; découverte Zakhor du 19/07/2026]. La communauté qui avait accueilli en 1844 l'assemblée rabbinique censée réconcilier le judaïsme hongrois cessa d'exister cent ans plus tard, presque jour pour jour.
Vác n'échappa pas non plus au destin commun. La communauté orthodoxe de 1 854 âmes que la revue Tel Talpiyot avait servie pendant quarante-six ans fut rassemblée après le 19 mars 1944 et déportée vers Auschwitz-Birkenau ; en 1946, il n'en restait que 377 survivants [découverte Zakhor du 08/09/2026]. Szeged, où Immánuel Lőw avait passé sa vie entière, vit son grand rabbin nonagénaire pris dans la tourmente des rassemblements de 1944 : il mourut en juillet de cette année-là, à Budapest, à l'âge de quatre-vingt-dix ans [Wikipedia, « Immanuel Löw » ; szegedfolyoirat.sk-szeged.hu, 2024]. À Tamási, bourgade du même comté de Tolna qui comptait quatre cent onze Juifs en 1900 et encore cent quatre-vingt-sept en 1941, deux cent dix personnes furent rassemblées dans un ghetto en 1944 avant d'être déportées [teol.hu, 2026]. À Rákospalota, à la lisière de la capitale mais hors de ses limites administratives d'alors, la communauté fut traitée comme une communauté de province : plusieurs milliers de personnes emmenées vers les camps de la mort, moins de trois cents revenues [nepszava.hu, 2025 ; neokohn.hu, 01/09/2026]. La frontière municipale décida ainsi, à quelques kilomètres près, de la chronologie d'une destruction. À Kistarcsa, au nord-est de Budapest, un camp d'internement servit de point de départ à des convois dès le printemps 1944 ; la localité figure aujourd'hui parmi celles où la Mazsihisz a organisé une commémoration, devant un mur du souvenir, en juin 2026 [mazsihisz.hu].
La Transylvanie du Nord, rattachée à la Hongrie depuis 1940 à la suite du second arbitrage de Vienne, fut incluse dans la vague de déportations dès mai 1944. Les Juifs de Nagyvárad furent rassemblés dans un ghetto dès la fin d'avril, avant d'être déportés par convois successifs vers Auschwitz-Birkenau entre le 24 mai et le 3 juin 1944. Plus de vingt mille personnes — hommes, femmes, enfants — quittèrent cette seule ville pour ne jamais y revenir ; la quasi-totalité fut assassinée à l'arrivée. Parmi elles se trouvait Éva Heyman, adolescente de treize ans dont le journal intime, commencé le jour de son anniversaire en février 1944 et interrompu fin mai, constitue l'un des témoignages les plus directs qui nous soient parvenus sur la vie d'une jeune Juive hongroise à l'heure de la persécution. Confié in extremis à la cuisinière de la famille avant le départ, restitué à sa mère après la guerre et publié plusieurs décennies plus tard, ce journal est devenu l'un des textes canoniques de la Shoah en Hongrie. Éva Heyman fut assassinée à Auschwitz en octobre 1944.
Les dates du 24 mai et du 3 juin 1944 — celles du début et de la fin des déportations de Nagyvárad — ont été gravées dans une cheminée du siège de la Mazsihisz, rue Síp à Budapest, par une ou plusieurs mains restées anonymes. Ces briques ne portent pas de nom, seulement deux chiffres — mais ces chiffres suffisent pour que des chercheurs, en les découvrant lors de travaux de rénovation des décennies plus tard, en restituent la signification : un acte d'inscription dans la matière, accompli dans les conditions du ghetto de Budapest, comme si graver une date dans la pierre était une façon de refuser l'effacement [Mazsihisz, exposition MILEV « Az írás a falon », 2026 ; László Csősz et Mátyás Király, MILEV]. Leur étude par l'archiviste en chef László Csősz et par Mátyás Király a permis d'établir leur appartenance à la période du ghetto de 1944–1945. Que leur auteur ait voulu consigner là un deuil, une nouvelle reçue, un témoignage, reste une hypothèse que les sources disponibles ne permettent pas de trancher — et c'est à ce titre, ouvertement, qu'elle est mentionnée par les chercheurs du MILEV. Cette permanence de l'écrit dans le bâti — que la pierre soit une brique de cheminée ou le mur intérieur d'une synagogue en bois de Transylvanie — constitue l'un des fils qui traversent l'histoire matérielle du judaïsme hongrois.
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संस्करण (1)
- v1 · वर्तमान · 16 सित॰ 2026
Chapitre 7 : Après 1945 — Brooklyn, la rue Kozma, les quatorze localités, les registres et la réouverture de la Régi Fóti út
Le judaïsme hongrois ne disparut pas entièrement. Budapest conserva après la guerre la plus importante communauté juive d'Europe centrale et orientale, la seule à maintenir une vie institutionnelle continue sous le régime communiste, avec son séminaire rabbinique demeuré actif. Mais la province, jadis riche de centaines de communautés Oberländer et Unterländer, ne se releva pas : ses synagogues devinrent des ruines ou des entrepôts, ses cimetières furent laissés à l'abandon. Les faubourgs de la capitale connurent une version accélérée du même sort : à Rákospalota, l'autonomie communautaire disparut en 1950, le dernier rabbin partit en 1952, et le bâtiment devint magasin de bibliothèque en 1964 [epa.oszk.hu, 2020].
L'héritage religieux hongrois connut en revanche une seconde vie hors de Hongrie. Les rescapés des dynasties hassidiques Unterländer, notamment celle de Szatmár, reconstruisirent leurs cours à Brooklyn, à Jérusalem et à Bnei Brak, où le hassidisme de Satmar devint l'un des plus nombreux et des plus influents du monde. L'orthodoxie Oberländer, héritière de Pressbourg, transmit ses méthodes d'étude aux grandes yeshivot de la diaspora. Les Duschinszky de Rákospalota illustrent à leur échelle cette dispersion : un fils au Cap, un autre en Israël, une fille à Tel-Aviv écrivant l'histoire de la communauté perdue. Ainsi, par un paradoxe cruel, la tradition hongroise, presque effacée de son sol natal, rayonna plus loin que jamais à travers ses survivants dispersés. L'héritage intellectuel laïc connut une trajectoire parallèle : Franz Alexander fonda à Chicago l'un des premiers centres psychanalytiques américains ; son neveu Alfréd Rényi, qui avait survécu à la guerre en partie grâce à de faux papiers, construisit après 1945 une œuvre mathématique majeure depuis Budapest même, où il fonda et dirigea l'Institut de mathématiques qui porte aujourd'hui son nom. À Paris, François Fejtő, réfugié depuis 1938, devint l'un des meilleurs analystes occidentaux des régimes communistes d'Europe centrale ; son récit de l'insurrection de Budapest en 1956 — événement à la suite duquel une nouvelle vague d'émigration, juive pour une part notable, quitta la Hongrie — appartient à cette production savante née de l'exil [Zakhor Online, « En lisant 1956, Budapest, l'insurrection de François Fejtő » ; ofpra.gouv.fr].
La Hongrie communiste puis postcommuniste entretint un rapport ambigu à ce passé. La communauté juive de Budapest, réduite mais persistante, demeura sous la tutelle de la Fédération des communautés religieuses juives de Hongrie — la Mazsihisz —, qui négocia avec les autorités successives les conditions d'une vie juive encadrée. Ce n'est qu'après 1989 que les conditions d'une mémoire plus libre se recréèrent, ouvrant la voie à des initiatives de restauration et de commémoration qui se poursuivent jusqu'à nos jours, et à l'apparition de nouvelles organisations, dont l'EMIH — Union des communautés juives hongroises, d'obédience Habad —, aujourd'hui l'un des acteurs les plus actifs dans la reprise des bâtiments. Ces initiatives se laissent lire comme autant de strates.
La strate des monuments. Le 29 janvier 2026, une cérémonie conjointe réunit au cimetière israélite de la rue Kozma, à Budapest, des représentants du ministère de la Défense hongrois et de la Mazsihisz. Deux monuments restaurés y furent solennellement remis dans leur secteur militaire [« Budapest : les monuments aux soldats et travailleurs forcés juifs du cimetière de la rue Kozma restaurés », découverte Zakhor du 25/08/2026 ; honvedelem.hu, 2026]. Le premier honore les plus de dix mille soldats juifs hongrois morts au combat pendant la Première Guerre mondiale — des milliers d'hommes qui moururent sous les couleurs de la couronne de saint Étienne avec la conviction d'appartenir pleinement à la patrie ; le monument est ainsi un témoignage de l'intégration réelle, et de ses limites tragiques, puisque cette loyauté ne protégea ni eux ni leurs enfants. Le second, un sarcophage en béton, est consacré aux victimes du munkaszolgálat, ces citoyens privés de droits militaires mais astreints aux tâches les plus périlleuses, longtemps restés dans un entre-deux mémoriel : ni soldats reconnus, ni victimes civiles clairement identifiées. La cérémonie fut co-présidée par le ministre de la Défense Kristóf Szalay-Bobrovniczky et le président de la Mazsihisz, Andor (András) Grósz. Le coût total des travaux s'éleva à vingt-deux millions de forints, dont treize millions destinés à l'entretien futur du secteur des travailleurs forcés, dans le cadre d'un accord de coopération signé en septembre 2025 entre le ministère et la Mazsihisz. Ce partenariat signifie davantage qu'une rénovation de pierre : il marque la décision, au moins symbolique, de l'État hongrois d'inscrire dans ses propres monuments militaires la mémoire des Juifs qu'il avait jadis privés du statut de combattants. Le cimetière de la rue Kozma, l'un des plus vastes cimetières juifs d'Europe, est aussi le panthéon de la bourgeoisie juive magyarisée : Bernát Alexander y repose, Mór Réthy également, sa tombe récemment localisée dans le carré 5B [Wikidata, Q1253030].
La strate des murs. Il existe une continuité paradoxale entre les textes de prière peints sur les planches de Náznánfalva en 1747 et les dates griffées dans une brique de cheminée au 12, rue Síp en 1944 : dans les deux cas, une communauté confia au support matériel le plus proche une trace de son existence. L'une le fit en pleine vitalité religieuse, l'autre sous la contrainte. En 1941, des membres du Musée juif hongrois, avec l'aide de la communauté de Marosvásárhely, entreprirent de transporter les vestiges de la synagogue transylvaine à Budapest [Mazsihisz, exposition MILEV « Az írás a falon », 2026]. Ce sauvetage préventif, accompli au moment même où la communauté juive subissait les premières vagues de persécution, témoigne d'une conscience patrimoniale remarquable : l'intuition que l'objet peut survivre au peuple qui l'a produit, à condition que quelqu'un l'arrache à temps. Les deux objets — planches peintes et briques gravées — sont aujourd'hui réunis dans la même exposition du Magyar Zsidó Múzeum és Levéltár (MILEV), « Az írás a falon – Mikdás meát », « L'écriture sur le mur », qui en fait les deux pôles d'un même arc mémoriel.
La strate des greniers. À l'automne 2026, à Tamási, László Borbély, entrepreneur en bâtiment de cinquante-cinq ans, entreprit de nettoyer le grenier de sa maison. Il y trouva une valise en cuir scellée depuis environ soixante-quinze ans, contenant quinze livres de prières et Bibles en hébreu, dont certaines pages portaient des traces de brûlure — vestige d'un sauvetage antérieur [teol.hu, 2026 ; « Un grenier de Tamási livre après soixante-quinze ans des livres de prières hébraïques d'une communauté disparue », découverte Zakhor du 03/09/2026]. La maison se dresse dans une rue qui abritait autrefois la synagogue de la ville, aujourd'hui marquée par une simple plaque : ces livres n'ont pas été apportés de loin, ils appartiennent à la communauté locale. Plusieurs portent des inscriptions nominatives et des cachets familiaux — des noms que personne, à Tamási, ne prononce plus. László Borbély fit don de la collection à l'association d'amitié hungaro-israélienne Max Nordau de Bonyhád, dont la présidente Beáta Hetesi fit aménager une vitrine dans l'ancienne synagogue historique de la ville [teol.hu, 2026]. Le précédent existait : une Bible de Bonyhád avait déjà été restituée à des descendants établis à New York. L'association a donc engagé des recherches parmi les héritiers des patronymes inscrits, définissant elle-même ce travail — préserver, exposer, chercher, restituer — comme une obligation sacrée. Ces réapparitions d'objets rituels dans des maisons occupées après la déportation de leurs anciens habitants sont un phénomène récurrent en Hongrie depuis les années 1990 ; elles ne dépendent ni d'un programme ni d'une institution, mais du hasard d'une rénovation et de la décision d'un propriétaire.
La strate des noms. Dispersés à travers l'ancienne Hongrie, souvent envahis par la végétation, parfois détruits ou détournés durant les décennies communistes, les cimetières juifs constituent l'une des dernières archives matérielles des communautés disparues : leurs pierres portent des noms, des dates, des formules hébraïques, des épitaphes en hongrois ou en yiddish, et leur recensement est une course contre la dégradation irréversible. C'est là que s'inscrit la figure de Lajos Boros, né le 12 avril 1947 à Budapest et mort le 8 août 2024, d'abord connu comme l'une des voix fondatrices de la radio commerciale hongroise moderne — rédacteur en chef pop chez Hungaroton de 1985 à 1990, animateur à Danubius Rádió de 1989 à 1997, visage de l'émission matinale « Bumeráng » sur Sláger Rádió de 1999 à 2009 puis sur Neo FM et Music FM de 2010 à 2012, décoré en 2007 de la Croix de chevalier de la République hongroise [« Boros — Lajos Boros (1947–2024) », découverte Zakhor du 28/08/2026 ; Mazsihisz, notice nécrologique]. La Mazsihisz, en annonçant sa mort, révéla une dimension de son œuvre restée peu médiatisée : il avait créé et animé durant des années le site oroklet.hu, base de données permettant de rechercher un défunt dans les cimetières juifs de Hongrie, qu'il gérait et corrigeait lui-même, répondant aux questions des visiteurs et contribuant à des centaines de recherches généalogiques menées par des descendants dispersés dans le monde. Sa démarche n'était pas académique : elle relevait d'une mémoire de terrain, reliant un nom sur une pierre à une famille vivante.
La strate des registres. À ce travail artisanal répond, depuis 2026, un changement d'échelle technique. Le Magyar Nemzeti Levéltár — les Archives nationales hongroises — a mis en ligne le 24 juin 2026, sur sa plateforme Adatbázisok Online, une base de registres d'état civil dont les pages manuscrites ont été transcrites par reconnaissance d'écriture assistée par intelligence artificielle, rendant pour la première fois le texte lui-même interrogeable au lieu des seules images numérisées [« Les archives nationales hongroises rendent les registres d'état civil interrogeables en texte intégral grâce à l'IA », découverte Zakhor du 14/07/2026 ; aol.mnl.gov.hu]. Le traitement avait commencé le 3 décembre 2025 par les districts du comitat de Pest, avec l'intention de l'étendre progressivement au reste du comitat puis aux autres comitats du pays ; la recherche par champs structurés — nom, date, lieu — était annoncée pour le milieu de l'année 2026 [adatbazisokonline.mnl.gov.hu]. La portée de cette opération pour l'histoire juive hongroise tient à la nature même de la source : les registres d'état civil institués par la loi hongroise à compter du 1er octobre 1895 couvrent l'ensemble de la population, sans distinction confessionnelle, et enregistrent donc les naissances, mariages et décès des Juifs hongrois au même titre que ceux de leurs voisins. Ils complètent ainsi, pour la période postérieure à 1895, les registres confessionnels juifs de 1851 à 1895 conservés par le MILEV [découverte Zakhor du 14/07/2026]. Pour un descendant qui ne dispose que d'un nom et d'une région approximative, la différence est considérable : chercher dans une image, c'est feuilleter ; chercher dans un texte, c'est trouver. Il y a une continuité d'intention, sinon de moyens, entre la liste des martyrs imprimée aux pages 104 à 114 du livre de Ráchel Áhároni, la base oroklet.hu tenue à jour par un homme seul devant son écran, la vitrine de Bonyhád et ces millions de lignes manuscrites rendues lisibles par une machine.
La strate des quatorze localités. L'initiative la plus systématique de ces dernières années n'est pourtant ni architecturale ni numérique : elle est cérémonielle. En 2026, la Mazsihisz a mené une campagne destinée à organiser des commémorations et des inaugurations de plaques dans quatorze localités hongroises où, depuis la guerre, aucune mémoire communautaire de la Shoah n'avait jamais été publiquement instituée [« Mazsihisz lance en 2026 des commémorations inédites dans 14 localités hongroises », découverte Zakhor du 14/07/2026 ; mazsihisz.hu]. La préparation du programme et le repérage des lieux — emplacements d'anciennes institutions, de synagogues disparues, de cimetières — ont été assurés par Gábor Gordon, collaborateur de la fédération chargé des commémorations. Les premières cérémonies se sont tenues à Ibrány le 28 avril, à Szentistván le 26 mai, à Zalaegerszeg le 7 juin et à Köröstarcsa le 26 juin ; le programme s'est poursuivi à Barcs, Szikszó, Tiszafüred, Nemesvid, Marcali, Göncruszka, Kistarcsa, Abaújszántó, Opályi et Zsarolyán. À Ibrány, organisée avec la municipalité, la cérémonie s'est ouverte devant l'ancien bâtiment de la poste, près duquel se dressait jadis la synagogue, par le dévoilement d'une plaque, avant un moment de recueillement au cimetière juif ; à Kistarcsa, le 10 juin, la commémoration s'est tenue devant le mur du souvenir en présence de Péter Dansky, rescapé établi en Israël, qui en avait été l'initiateur ; à Opályi, le 18 juin, une plaque a été dévoilée avant une cérémonie au cimetière ; à Zsarolyán, le 23 juin, la plaque a été apposée sur le mur de la mairie. Dans plusieurs localités, les établissements scolaires ont été associés au programme, les organisateurs privilégiant délibérément la participation des élèves [mazsihisz.hu].
Köröstarcsa fournit le modèle de ces cérémonies villageoises. Le 26 juin 2026 — date choisie pour coïncider avec le départ des convois de Békéscsaba quatre-vingt-deux ans plus tôt —, l'Association d'histoire locale du comitat de Békés et l'Association des Amis de Köröstarcsa ont inauguré une plaque en hommage aux Juifs déportés du village, sur la base des recherches du chroniqueur local de Mezőberény, Péter Henger. Le monument a été financé par l'Association Raoul Wallenberg, par les deux associations organisatrices, par le conseil départemental et par des particuliers [szombat.org, 2026 ; behir.hu, 2026]. Que le nom de Wallenberg finance en 2026 une plaque pour dix-sept villageois dont seize furent assassinés ferme une boucle : le diplomate qui sauva des dizaines de milliers de personnes à Budapest en 1944 prête aujourd'hui son nom à la commémoration de ceux que personne n'a pu sauver.
La strate des bibliothèques. Le 8 juillet 2026, la ville de Paks a organisé une commémoration marquant le quatre-vingt-deuxième anniversaire de la déportation de sa communauté juive, survenue au début de juillet 1944 lors de la liquidation du ghetto. L'événement s'est tenu contre le mur de l'ancien bâtiment de la synagogue de la rue Villány, aujourd'hui bibliothèque municipale Pákolitz István — site distinct du cimetière de la rue Imre, dont la rénovation avait été signalée quelques jours plus tôt. Le maire-adjoint Barnabás István et le rabbin Ákos Kurucz, de la communauté juive de Pécs, ont pris la parole ; la pianiste Nelli Teszter a assuré l'accompagnement musical ; la cérémonie s'est achevée par le dévoilement d'une plaque commémorative sur le mur de l'ancienne synagogue et le dépôt de pierres du souvenir [« Hongrie, Paks : commémoration devant l'ancienne synagogue devenue bibliothèque municipale », découverte Zakhor du 19/07/2026 ; telepaks.net, 10/07/2026]. Deux détails méritent attention. Le premier est que la communauté juive la plus proche capable de fournir un officiant se trouve à Pécs, à une centaine de kilomètres : la province hongroise commémore désormais ses Juifs avec des rabbins venus d'ailleurs. Le second est le lieu même : une plaque scellée sur le mur extérieur d'une bibliothèque, c'est-à-dire sur un bâtiment dont la fonction actuelle n'a plus rien à voir avec son origine. Commémorer contre ce mur, c'est reconnaître que le bâtiment porte deux histoires superposées, et refuser que la seconde efface la première.
La strate des villes. À Oradea, la mémoire de la communauté a été prise en charge de façon croissante par la Fondation pour la protection des monuments historiques du comté de Bihor, connue sous le nom d'Oradea Heritage. Après la restauration de la synagogue Sion — rouverte en 2015 comme centre culturel — et la réhabilitation de la synagogue Aachavas Rheim, transformée en musée de l'histoire des Juifs d'Oradea et de Bihor, ces institutions ont trouvé une place dans la vie culturelle de la ville contemporaine. Le 17 mai 2025, à l'occasion de la « Nuit des musées » organisée sur le thème musical du « Clair de lune » de Debussy, l'ensemble des sites d'Oradea Heritage fut ouvert au public de 19 heures à minuit [« La Nuit des musées 2025 met à l'honneur le patrimoine juif d'Oradea », découverte Zakhor du 30/08/2026 ; varad.ro, 2025]. La synagogue Aachavas Rheim proposa ce soir-là des visites guidées autour de ses trois espaces permanents : le coin-mémorial consacré à Éva Heyman, la salle-mémorial de la famille Mózes et le fonds documentaire de la famille Sonnenfeld, ainsi qu'une exposition de cartes postales et de photographies anciennes intitulée « Oradea 1900 », issue de la collection de Constantin Liviu Demeter. La synagogue néologue Sion accueillit le Chœur Art Nouveau de la Philharmonie d'Oradea et la troupe de danse juive Or Neurim ; l'édition précédente de l'événement avait attiré plus de onze mille deux cents visiteurs. Cette mobilisation répond à un paradoxe douloureux : dans des cités où ne subsistent que quelques centaines de Juifs, voire aucun, ce sont les institutions non juives — fondations patrimoniales, philharmonies, associations culturelles, municipalités — qui assurent désormais la transmission d'une mémoire que ses propres héritiers ne peuvent plus, faute de nombre, porter seuls.
La strate des réouvertures. À Rákospalota, l'issue fut d'une autre nature. Plutôt que de transformer la synagogue en musée ou en salle de concert, l'EMIH choisit de lui rendre sa fonction première. L'opération supposait d'abord de vider les lieux : la Bibliothèque nationale Széchényi préparait depuis des années son déménagement, et l'EMIH contribua de façon substantielle aux frais d'évacuation des collections qui y étaient entreposées, le gouvernement hongrois y participant également, selon les déclarations du rabbin dirigeant de l'organisation, Slomó Köves [nepszava.hu, 2025 ; neokohn.hu, 01/09/2026]. La restauration complète du bâtiment — presque centenaire, et réserve de bibliothèque durant les dernières décennies — fut menée sur les ressources propres de l'EMIH, avec le soutien de donateurs privés hongrois et étrangers [neokohn.hu, 01/09/2026]. Le chantier avait été annoncé publiquement dès l'automne 2025, l'objectif affiché étant de rendre l'édifice apte au culte pour l'automne suivant [nepszava.hu, 2025].
Ce que l'EMIH a explicitement visé n'est pas la conservation d'un décor, mais la reconstitution d'une assemblée : que le bâtiment redevienne un lieu de prière, d'étude et de vie communautaire locale [neokohn.hu, 01/09/2026]. À cette fin, un jeune couple rabbinique a été installé sur place — Eli Nógrádi et son épouse Shterna, revenus s'établir à Budapest à l'automne 2025 comme famille d'émissaires, dans la tradition Habad, avec le projet déclaré de construire une communauté dans le quartier [zsido.com, « Végre kiderült, hogy ki lesz a rákospalotai zsinagóga új rabbija » ; découverte Zakhor du 14/09/2026]. Le rabbin a formulé son objectif en termes délibérément modestes : offrir aux Juifs du quartier et des environs un point de rencontre, afin qu'ils deviennent une véritable communauté, les portes restant ouvertes à tous les habitants intéressés. Slomó Köves a inscrit l'opération dans un programme plus large, consistant à rétablir une vie juive dans toute synagogue hongroise autour de laquelle une communauté peut être réorganisée [neokohn.hu, 01/09/2026].
La cérémonie de réouverture, prévue en septembre 2026 avec la participation de descendants de l'ancienne communauté du quartier et d'un chœur, s'insère dans le calendrier de la « Semaine des synagogues » et des célébrations du nouvel an 5787, où figurent la sonnerie du chofar et le concert du chœur de chantres israélien Zorger [découverte Zakhor du 14/09/2026 ; programturizmus.hu, « Zsinagógák Hete 2026 »]. Sur la date exacte, les annonces relayées début septembre 2026 par Neokohn, Népszava, Zsido.com et Zsidoprogramok.hu n'ont pas toutes concordé — la fiche de veille retient le 17 septembre 2026, tandis que l'article du 1er septembre annonçait la fin du long silence pour le 8 du même mois ; en l'état, on retiendra la mi-septembre 2026 comme moment de la réouverture, la précision restant à confirmer par le programme définitif [découverte Zakhor du 14/09/2026 ; neokohn.hu, 01/09/2026]. Il faut se garder, ici, du lyrisme de la résurrection : une communauté de plus de deux mille six cents personnes a été détruite, et ce qui rouvre est une synagogue où un couple de rabbins espère rassembler, à dix ans d'échéance, une assemblée vivante [zsido.com]. Ce n'est pas la même chose. Mais que des descendants de l'ancienne communauté aient été conviés à franchir cette porte fait de l'événement autre chose qu'une inauguration immobilière : le lieu où l'on a prié de 1927 à la fin des années 1940, et où l'on a entreposé des cartes et des livres de 1964 à 2026, redevient une adresse à laquelle on peut écrire.
La strate des expositions et des livres. Pendant longtemps, le judaïsme orthodoxe du bassin des Carpates occupa dans les récits mémoriels hongrois une place paradoxalement discrète : les cours de Munkács ou de Szatmár, les communautés rurales Unterländer, les familles nombreuses de la province carpatique apparaissaient en creux, la vedette revenant aux institutions néologues de Budapest et aux grandes figures de la bourgeoisie magyarisée. L'exposition « A Tóra fényénél — Sokszínű orthodox zsidó életvillagok a hurbán előtt » (« À la lumière de la Torah — Mondes juifs orthodoxes pluriels avant la catastrophe »), inaugurée en 2024 au Centre commémoratif de l'Holocauste (HDKE) de Budapest, dans la synagogue de la rue Páva, constitue la première tentative institutionnelle et nationale de combler ce manque [hdke.hu, exposition « A Tóra fényénél », 2024]. Conçue pour le quatre-vingtième anniversaire de la Shoah hongroise, elle fut décrite par ses organisateurs comme la première exposition indépendante et nationale consacrée au judaïsme orthodoxe. Pour restituer la concrétude de cette vie disparue — intérieur d'un foyer, objets liturgiques d'une maison de campagne, photographies de famille —, le HDKE lança fin 2023 et début 2024 un appel public à la donation ou au prêt d'objets et d'images familiales [hdke.hu, « Felhívás », 2024] : reconnaissance implicite que les archives institutionnelles ne suffisent pas, et que ce sont les familles dispersées en Israël, aux États-Unis, en Grande-Bretagne qui détiennent la matière. Le 27 janvier 2026, une version itinérante en panneaux portables fut inaugurée à Kiev, dans les salons de la Bibliothèque nationale ukrainienne V. I. Vernadsky [hdke.hu, « Vándorkiállításunk ünnepélyes megnyitója Kijevben », 2026] : inaugurer à Kiev, dans une Ukraine en guerre, le jour anniversaire de la libération d'Auschwitz, une exposition sur des communautés à cheval sur les frontières actuelles de la Hongrie, de l'Ukraine, de la Roumanie et de la Slovaquie, c'était rappeler que leur destruction fut transfrontalière et que sa mémoire est un bien partagé.
La recherche, elle aussi, a franchi ses frontières. Longtemps, les travaux produits à Budapest — dans les archives de la Mazsihisz, à l'Eötvös Loránd Tudományegyetem (ELTE) ou à l'Országos Rabbiképző–Zsidó Egyetem — restaient confinés à un lectorat magyarophone, inaccessibles aux spécialistes de Cambridge, Tel Aviv ou New York travaillant sur les mêmes événements. La publication, en juin 2026, de Hungarian Holocaust Revisited : New Discoveries and Insights dans la collection « Holocaust Studies and Antisemitism » de De Gruyter Brill rompt ce cloisonnement [De Gruyter Brill, juin 2026 ; or-zse.hu, 2026]. Coordonné par Dóra Pataricza, Borbála Klacsmann et Péter Buchmüller, le volume s'appuie sur une édition hongroise antérieure parue en 2024 chez l'ORE–ZSE sous le titre A holokauszt Magyarországon nyolcvan év múltán [MTMT2, notice bibliographique, 2026]. Trois orientations le structurent : une perspective de genre, qui interroge ce que la persécution fit différemment aux hommes et aux femmes et restitue des expériences que les archives administratives aplatissaient ; la micro-histoire, qui substitue aux échelles des convois et des totaux la reconstitution de destins individuels et de stratégies de survie localisées — c'est exactement l'échelle à laquelle travaillent, sans se réclamer d'aucune école, les chroniqueurs locaux comme Péter Henger à Mezőberény ; enfin la mémoire et le trauma, c'est-à-dire la manière dont les survivants ont raconté, transmis ou tu ce qu'ils avaient vécu. L'ouvrage inclut une contribution consacrée à la genèse du monument du cimetière de Kozma [MTMT2, 2026], et Borbála Klacsmann y prolonge ses travaux sur les lettres de restitution des survivants, source encore peu exploitée [Tanfonline, « Imprints of tragedy : Hungarian survivors' restitution letters », 2026]. Dans le cas hongrois, ce réexamen comporte une dimension particulièrement sensible : le rôle de l'administration et de la gendarmerie du pays dans l'organisation des déportations, débat que le volume aborde de front en s'appuyant sur des archives mal exploitées jusqu'ici.
Cette internationalisation trouve un prolongement inattendu du côté de la diffusion. L'article de l'hiver 2026 sur le paprika et l'intégration a paru dans le premier numéro de la Jewish Quarterly Review placé sous le régime du libre accès intégral, qui ouvre gratuitement cent trente-six années d'archives [découverte Zakhor du 13/09/2026 ; pennpress.org]. Une revue fondée en 1889 — soit vingt ans après le congrès de 1868–1869 et trois ans avant le premier numéro de Tel Talpiyot — rend ainsi consultables, d'un même geste, ses propres comptes rendus contemporains du monde juif hongrois d'avant 1944 et les recherches les plus récentes sur ce monde. Pour les descendants dispersés, c'est un accès ; pour les chercheurs des pays où se trouvent aujourd'hui la plupart de ces communautés — Roumanie, Ukraine, Slovaquie —, c'est un outil. La mémoire du judaïsme hongrois se joue désormais autant dans les conditions d'accès aux sources que dans les cérémonies.
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संस्करण (1)
- v1 · वर्तमान · 16 सित॰ 2026
Les grandes figures
Moshe Sofer, le Hatam Sofer (1762–1839), משה סופר — Né à Francfort-sur-le-Main sous le nom de Moshe Schreiber, il s'établit à Pressbourg en 1806 où il dirigea le rabbinat jusqu'à sa mort. Fondateur de la yeshiva la plus influente d'Europe centrale, auteur des responsa réunis sous le titre Hatam Sofer et architecte doctrinal de l'orthodoxie hongroise, il opposa une résistance méthodique et savante à la Réforme et à la Haskalah. Sa maxime — « ce qui est nouveau est interdit par la Torah » — façonna durablement l'identité du monde Oberländer, et son autorité rayonne encore dans les grandes yeshivot d'Amérique et d'Israël.
Hillel Lichtenstein (1814–1891) — Né à Vécs, en Hongrie, élève du Hatam Sofer, il exerça le rabbinat successivement à Margarethen, Klausenburg, Szikszó, puis à Kolomea en Galicie de 1867 jusqu'à sa mort. Figure de proue de l'orthodoxie intransigeante face au mouvement réformateur, il convoqua en 1865 une assemblée rabbinique à Michalovce interdisant les synagogues réformées et participa en 1883 à la conférence fondatrice de la Machzikei Hadas à Lviv, organisation structurante de l'orthodoxie galicienne. Ses responsa, les Teshuvot Beit Hillel, constituent une source de premier rang pour l'histoire de l'orthodoxie d'Europe centrale [torahjews.org ; Encyclopedia.com].
Löw Schwab (1794–1857), יהודה לייב שוואב — Né à Kromau, en Moravie, mort à Pest. Formé au Talmud à Nikolsbourg puis, en 1807, à la yeshiva de Moshe Sofer à Pressbourg, il ouvrit ensuite ses études à la philosophie religieuse et aux sciences modernes. Devenu grand rabbin de Pest, il soumit en 1844 à l'assemblée rabbinique de Paks un projet d'exposé des principes du judaïsme destiné à prouver leur compatibilité avec un État moderne ; rejeté là, il fut repris deux ans plus tard par sa propre communauté. Beau-père de Lipót Löw, il fut arrêté avec lui après 1849 [hu.wikipedia.org ; Encyclopedia.com, « Schwab, Löw »].
Pinkász Horovitz (dates inconnues) — Rabbin de Pápa, initiateur de l'assemblée rabbinique convoquée à Paks en août 1844 pour tenter de réconcilier les camps progressiste et conservateur du judaïsme hongrois. La tentative échoua : la lexicographie juive hongroise lui reproche d'avoir présenté à chaque camp un programme différent, ce qui dissuada les rabbins progressistes de venir et fit juger l'entreprise malvenue par le rabbinat de Pressbourg. Vingt-cinq rabbins seulement firent le déplacement. Son nom reste attaché au rendez-vous manqué qui précéda la scission de 1868–1869 [Magyar Zsidó Lexikon, « Paksi rabbigyűlés »].
Joél Unger († 1870) — Grand rabbin de la communauté orthodoxe de Paks, l'un des maîtres auprès desquels se formèrent des rabbins de tout le Dunántúl : la notice du rabbin de Szilasbalhás mentionne son passage chez lui avant Pressbourg. Sa mort, en 1870, coïncida avec la constitution d'une communauté statu quo à Paks et fut suivie de la division de la communauté en deux partis. Sa disparition illustre le mécanisme par lequel les scissions nationales décidées en congrès se réalisaient concrètement, en province, à l'occasion d'une vacance rabbinique [Magyar Zsidó Lexikon, « Paks », « Klein Ábrahám »].
David Tsevi Katzburg (1856–1937) — Dayan orthodoxe de Vác (Waitzen), il fonda et dirigea la revue rabbinique bimensuelle Tel Talpiyot, publiée dans cette ville de 1892 à 1938. Travaillant en étroit partenariat avec le grand rabbin Yeshaya Silberstein, il signa ses colonnes du titre « Ha-Gaon Av Bet Din » et y traita aussi bien de questions halakhiques savantes que des débats brûlants de son temps — mariage civil, conversion, sionisme, rapports à l'Agudas Yisroel. Sa revue, dont l'index recense quelque sept cents auteurs, est aujourd'hui une source de premier plan pour l'histoire intellectuelle de l'orthodoxie hongroise [découverte Zakhor du 08/09/2026 ; jewishgen.org].
Joel Teitelbaum, le rebbe de Satmar (1887–1979), יואל טייטלבוים — Né à Sighet, dans le monde hassidique Unterländer des Carpates, il devint rebbe de Szatmár (Satu Mare) en 1934. Rescapé de la Shoah grâce au train de Kasztner, il reconstruisit sa cour à Brooklyn, où elle devint l'une des communautés hassidiques les plus nombreuses et les plus influentes du monde. Farouchement antisioniste, il développa une pensée ultra-orthodoxe consignée principalement dans son œuvre majeure, le Vayoel Moshe (1959), qui demeure une référence cardinale de ce courant.
Chaim Elazar Spira, le rebbe de Munkács (1871–1937) — Maître hassidique de Munkács (Mukachevo), dans les Carpates, il incarna un hassidisme Unterländer intransigeant, opposé à la fois au sionisme et à toute modernisation de la vie religieuse. Auteur prolifique, notamment du Minchat Elazar en plusieurs volumes, il exerça une autorité considérable sur les communautés carpatiques jusqu'à sa mort à la veille de la catastrophe. Sa cour attira des milliers de disciples dans toute la région, et sa mémoire reste vive dans les communautés hassidiques issues de cette aire.
Lipót Löw (1811–1875) — Rabbin de Pápa à partir de 1846, puis grand rabbin de Szeged de 1850 à sa mort, il fut le premier à prêcher en hongrois, geste inaugural d'une magyarisation culturelle qui allait marquer la génération suivante. Partisan actif de la révolution de 1848, aumônier militaire, il fut arrêté après la défaite en même temps que son beau-père Löw Schwab et libéré au bout de deux mois. Il contribua notablement à l'adoption de la loi d'émancipation de 1867. Ses œuvres complètes furent publiées après sa mort, en cinq volumes, par son fils Immánuel [Mazsihisz, « Nagy elődeink : Lőw Lipót »].
Immánuel Lőw (1854–1944) — Né à Szeged le 20 janvier 1854, mort en 1944 à Budapest, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, dans le contexte des persécutions de cette année-là. Formé à la Hochschule für die Wissenschaft des Judentums de Berlin, il succéda à son père au rabbinat de Szeged en 1878 et devint grand rabbin en 1881. Sa thèse portait sur les noms de plantes en araméen, prélude à l'œuvre de sa vie : Die Flora der Juden, quatre volumes parus entre 1924 et 1934, qui lui valut une renommée internationale. Les motifs floraux de la grande synagogue de Szeged s'inspirent de sa passion botanique [or-zse.hu ; jguideeurope].
Theodor Herzl (1860–1904) — Né à Pest, au cœur du judaïsme magyar émancipé, avant de faire carrière à Vienne comme journaliste et dramaturge. Fondateur du sionisme politique moderne, auteur de L'État des Juifs (1896) et organisateur du premier Congrès sioniste mondial (Bâle, 1897), il illustre la trajectoire d'une génération issue du judaïsme urbain hongrois qui fut confrontée à l'antisémitisme européen et en tira des conséquences d'une portée historique mondiale. Sa maison natale, voisine de la synagogue de la rue Dohány, relie physiquement les deux faces de ce judaïsme.
Mór Réthy (1846–1925) — Né sous le patronyme Weisz, probablement dans le comté de Bihar (la fiche Zakhor mentionne Nagyszalonta ; Wikipedia indique Nagykőrös — la question mériterait vérification archivistique), il magyarisa son nom conformément à la pratique de son temps. Formé à Vienne et à Heidelberg, il enseigna la physique mathématique à l'université de Kolozsvár de 1874 à 1886, puis occupa à Budapest la chaire de mécanique rationnelle jusqu'à sa mort. Membre de l'Académie hongroise des sciences depuis 1878, auteur de travaux sur l'élasticité, l'optique non euclidienne et l'histoire du calcul infinitésimal, il est inhumé au cimetière de la rue Kozma [découverte Zakhor du 08/09/2026 ; mathshistory.st-andrews.ac.uk].
Bernát Alexander (1850–1927) — Né Alexander Márkus le 13 avril 1850 à Pest, mort le 23 octobre 1927 à Budapest, inhumé au cimetière de la rue Kozma. Philosophe et esthéticien, professeur à l'université de Budapest à partir de 1878 (titulaire en 1895), enseignant de dramaturgie à l'Académie nationale du théâtre dès 1892, membre correspondant de l'Académie hongroise des sciences, il fut une figure centrale de la vie intellectuelle magyarophone. Mis à l'écart dans le climat antisémite post-1919, il passa quatre années à l'étranger avant de rentrer mourir dans sa ville. Père de Franz Alexander et grand-père d'Alfréd Rényi [découverte Zakhor du 29/08/2026].
Franz Alexander (1891–1964) — Né Alexander Ferenc Gábor le 22 janvier 1891 à Budapest, mort le 8 mars 1964 à Palm Springs, en Californie. Fils de Bernát Alexander, il étudia la médecine à Göttingen et Budapest, s'orienta vers la psychanalyse à Berlin et fut introduit à Freud avant d'émigrer aux États-Unis. Premier directeur scientifique de l'Institut de psychanalyse de Chicago, il est considéré comme l'un des pères fondateurs de la médecine psychosomatique moderne. Son parcours trace l'arc d'une intelligence formée dans la bourgeoisie juive de Budapest et déployée sur plusieurs continents [Wikipedia, « Franz Alexander »].
Alfréd Rényi (1921–1970) — Né le 20 mars 1921 à Budapest, mort le 1er février 1970 dans la même ville. Neveu de Franz Alexander et petit-fils de Bernát Alexander, il survécut à la Seconde Guerre mondiale en partie grâce à de faux papiers et développa après 1945 une œuvre mathématique considérable : théorie des probabilités, graphes aléatoires, théorie de l'information, et l'entropie de Rényi qui porte son nom. Fondateur et directeur de l'Institut de mathématiques de l'Académie hongroise des sciences, devenu depuis l'Institut Alfréd Rényi, il est l'une des figures majeures des mathématiques hongroises du XXe siècle.
Mihály Duschinszky (1871–1939) — Né à Námesztó, formé à la yeshiva de Pressbourg où il fut l'un des élèves préférés du Shevet Sofer, il épousa Lea Goitein (1876–1966), issue de la famille rabbinique de Hőgyész, dont il eut six enfants. Élu à vingt-sept ans, en 1898, à la tête de la communauté israélite orthodoxe autonome de Rákospalota, il la dirigea plus de quatre décennies. Homme de grande culture, parlant l'allemand, l'anglais et le français, il réussit à maintenir l'unité d'une communauté hétérogène — orthodoxe par son statut, majoritairement néologue par sensibilité — et fit construire la grande synagogue de la Régi Fóti út [zsido.com ; epa.oszk.hu, 2020].
Jenő Duschinszky (1916–1986), Jerachmiel Jakov — Fils cadet de Mihály Duschinszky, rabbin de Pestújhely, rappelé de Londres à la fin de l'automne 1939 et élu grand rabbin de Rákospalota le 24 décembre de cette année. Son ministère fut presque entièrement consacré à amortir les effets de la persécution, notamment en assurant l'approvisionnement casher de la communauté et en accompagnant les familles des hommes requis au travail forcé. Après la guerre, il dirigea la remise en état de la synagogue pillée, rendue au culte dès les fêtes d'automne 1948, puis quitta la Hongrie la même année pour Le Cap [zsido.com ; epa.oszk.hu, 2020].
Ármin Duschinszky (dates inconnues) — Fils de Mihály Duschinszky, il succéda à son frère Jenő à la tête de la communauté de Rákospalota après le départ de celui-ci en 1948. Son passage fut bref : il émigra à son tour et s'établit en Israël en 1950, année où la communauté perdit son autonomie administrative au profit de Pestújhely puis d'Újpest. Sa trajectoire résume la dispersion d'une famille rabbinique de faubourg après la catastrophe, de Budapest à Le Cap, de Palota à Israël [epa.oszk.hu, 2020 ; zsido.com].
Ráchel Áhároni, née Duschinszky (dates inconnues) — Fille du grand rabbin Mihály Duschinszky, établie en Israël, elle rédigea au milieu des années 1970 l'histoire de la communauté juive de Rákospalota. Son ouvrage, A rákospalotai zsidó hitközség története / Toldot kehilat Rakoshpalotah, parut en 1978 à Tel-Aviv, en hongrois et en hébreu, avec la liste des martyrs de la communauté aux pages 104 à 114. Sans ce livre de mémoire, le souvenir d'une communauté de plus de deux mille six cents personnes, et celui de son rabbin, se seraient très largement dissous [zsido.com ; collections.ushmm.org].
Jenő Schück (1895–1974), Moshé Nathan — Dernier rabbin de Rákospalota. Appelé vers 1950 par les quelque trois cents Juifs, répartis en une centaine de familles, qui vivaient encore dans la ville après le départ des fils Duschinszky, il y demeura jusqu'en 1952, date de l'extinction de la communauté indépendante. Sa présence, brève et sans éclat institutionnel, marque le moment où une communauté cesse d'être une institution pour redevenir un petit nombre de familles ; sa charge fut de tenir un service religieux dans un cadre déjà en cours de liquidation administrative [zsido.com ; epa.oszk.hu, 2020].
Mihály Feith (1892–1976) — Architecte hongrois, concepteur de la grande synagogue de Rákospalota, bâtie en 1926–1927 le long de l'actuelle Régi Fóti út. Il avait achevé ses études secondaires en 1909 au gymnase Manó Wágner de Rákospalota ; le chantier fut mené par son père, le maître d'œuvre Gábor Feith (1863–1939), installé dans la localité depuis 1896 environ. Le duo père-fils laissa ainsi à la ville l'un des derniers grands édifices religieux juifs construits en Hongrie avant la guerre, aujourd'hui restauré et rendu au culte [hu.wikipedia.org ; epa.oszk.hu, 2020].
Éva Heyman (1931–1944) — Née le 13 février 1931 à Nagyvárad (aujourd'hui Oradea, Roumanie), assassinée à Auschwitz le 17 octobre 1944. Adolescente de treize ans, elle commença son journal intime le jour de son anniversaire en février 1944 et dut s'arrêter fin mai, quelques jours avant sa déportation. Ce journal, confié à la cuisinière de la famille avant le départ, fut restitué à sa mère après la guerre et publié plusieurs décennies plus tard. Il est aujourd'hui l'un des témoignages les plus poignants de la Shoah en Hongrie, et un coin-mémorial lui est consacré dans le musée de la synagogue Aachavas Rheim d'Oradea [découverte Zakhor du 30/08/2026].
Gotthard Deutsch (1859–1921) — Historien juif né à Kanitz, en Moravie, formé dans le monde intellectuel austro-hongrois. Coauteur de l'article « Hungary » de la Jewish Encyclopedia, il compte parmi les savants qui fixèrent la connaissance moderne de l'histoire des Juifs de la région. Professeur au Hebrew Union College de Cincinnati, il œuvra à la diffusion d'une historiographie rigoureuse du judaïsme d'Europe centrale et contribua à la constitution d'une mémoire savante de ces communautés, à une époque où elles étaient encore vivantes et nombreuses.
Raoul Wallenberg (1912 — disparu en 1945) — Diplomate suédois en poste à Budapest à partir de juillet 1944, il n'était pas juif mais son action est indissociable de l'histoire des Juifs hongrois. Par la délivrance de passeports protecteurs (Schutzpass) et la création de maisons sous protection suédoise, il contribua à sauver des dizaines de milliers de personnes durant les persécutions des Croix fléchées. Arrêté par les Soviétiques en janvier 1945, il disparut en détention. L'association qui porte son nom a cofinancé en 2026 la plaque commémorative de Köröstarcsa [szombat.org, 2026].
François Fejtő (1909–2008), né Ferenc Fischel — Né le 31 août 1909 à Nagykanizsa, mort le 2 juin 2008 à Paris. Fils d'un libraire-imprimeur juif de province, il dut faire ses études de lettres à Pécs, le numerus clausus lui fermant l'université de Budapest. Réfugié en France en 1938, naturalisé, il devint l'un des meilleurs analystes occidentaux des régimes communistes d'Europe centrale ; son récit de l'insurrection hongroise de 1956 compte parmi les travaux de référence sur l'événement. Sa trajectoire illustre l'exil intellectuel de deux générations juives hongroises [ofpra.gouv.fr ; Zakhor Online].
Nicolas Muller (1913–2000) — Photographe juif hongrois né à Orosháza. Contraint à l'exil par la montée du nazisme, il s'établit en Espagne où son œuvre documenta avec une acuité rare la vie populaire espagnole sur plusieurs décennies [Zakhor Online, « Quelques photographies »]. Figure de la diaspora intellectuelle issue du judaïsme hongrois, il illustre la trajectoire de ces artistes qui, dispersés par la persécution, enrichirent de leur regard les cultures d'accueil sans cesser d'être porteurs d'une identité forgée en Hongrie.
András Koerner (dates inconnues) — Auteur d'une œuvre consacrée à la culture alimentaire des Juifs de Hongrie, notamment à travers l'étude des premiers livres de cuisine juifs, et concepteur d'une exposition budapestoise sur les pratiques culinaires juives hongroises. Ses travaux ont contribué à établir que les recettes, les ustensiles et les manières de table constituent une archive à part entière du judaïsme d'Europe centrale, éclairant les contraintes rituelles autant que les emprunts culturels. Ils préparent le terrain d'études telles que celle parue dans la Jewish Quarterly Review en 2026 [The Marginalia Review of Books].
László Csősz (dates inconnues) — Archiviste en chef au Magyar Zsidó Múzeum és Levéltár (MILEV) à Budapest. Avec Mátyás Király, son collègue du MILEV, il a étudié les briques gravées découvertes dans la cheminée du siège de la Mazsihisz, rue Síp, en établissant leur appartenance à la période du ghetto de 1944–1945 et en restituant la signification des dates qui y sont inscrites. Contributeur également au volume Hungarian Holocaust Revisited, il illustre le rôle des archives institutionnelles dans la reconstitution des traces matérielles de la persécution [Mazsihisz, exposition MILEV, 2026 ; MTMT2, 2026].
Dóra Pataricza (dates inconnues) — Chercheuse rattachée à l'Országos Rabbiképző–Zsidó Egyetem (ORE–ZSE) de Budapest, elle est l'une des trois directrices du volume collectif Hungarian Holocaust Revisited : New Discoveries and Insights, paru chez De Gruyter Brill en juin 2026. Spécialiste des approches de genre appliquées à l'histoire de la Shoah en Hongrie, elle contribue à l'internationalisation d'une recherche longtemps confinée à l'espace linguistique hongrois et représente, avec ses coéditeurs, une génération d'historiens qui renouvellent les méthodes et les questions de ce champ [or-zse.hu, 2026].
Borbála Klacsmann (dates inconnues) — Historienne rattachée à l'Eötvös Loránd Tudományegyetem (ELTE) de Budapest, spécialiste de la micro-histoire de la Shoah en Hongrie et des processus de restitution aux survivants. Coéditrice de Hungarian Holocaust Revisited (De Gruyter Brill, 2026), elle a publié la même année des travaux sur les lettres de restitution des survivants hongrois, source peu exploitée qui permet d'approcher les expériences individuelles dans l'immédiat après-guerre, entre démarches administratives, spoliations non réparées et retour impossible [Tanfonline, 2026 ; MTMT2, 2026].
Péter Henger (dates inconnues) — Chroniqueur d'histoire locale établi à Mezőberény, dans le comitat de Békés. Ses recherches sur la population juive des villages de la Körös ont fourni la base documentaire de la plaque commémorative inaugurée le 26 juin 2026 à Köröstarcsa : courbe démographique de 1880 à 1941, rattachement à la communauté statu quo de Mezőberény, itinéraire des derniers habitants juifs jusqu'à Békéscsaba puis Auschwitz. Son travail illustre le rôle décisif des érudits locaux dans la reconstitution des micro-histoires que les synthèses nationales ne peuvent pas contenir [szombat.org, 2026 ; behir.hu, 2026].
Gábor Gordon (dates inconnues) — Collaborateur de la Mazsihisz chargé des commémorations. Il a préparé et coordonné la campagne de 2026 visant à organiser des cérémonies et des inaugurations de plaques dans quatorze localités hongroises où aucune mémoire publique de la Shoah n'avait jamais été instituée depuis la guerre, en repérant lui-même les sites d'anciennes institutions, synagogues et cimetières juifs. Il a joué un rôle déterminant dans les cérémonies d'Ibrány, de Szentistván, de Zalaegerszeg, de Kistarcsa, d'Opályi et de Zsarolyán [mazsihisz.hu ; découverte Zakhor du 14/07/2026].
Ákos Kurucz (dates inconnues) — Rabbin de la communauté juive de Pécs. Il a pris la parole le 8 juillet 2026 à Paks, aux côtés du maire-adjoint Barnabás István, lors de la commémoration du quatre-vingt-deuxième anniversaire de la déportation de la communauté juive locale, tenue contre le mur de l'ancienne synagogue de la rue Villány devenue bibliothèque municipale. Sa présence à cent kilomètres de sa propre communauté dit l'état du judaïsme de la Transdanubie : les cérémonies de province se tiennent désormais avec des officiants venus de la ville voisine [telepaks.net, 2026 ; découverte Zakhor du 19/07/2026].
Péter Dansky (dates inconnues) — Rescapé hongrois de la Shoah établi en Israël, initiateur du mur du souvenir de Kistarcsa, où fonctionna en 1944 un camp d'internement d'où partirent des convois vers Auschwitz. Il assistait le 10 juin 2026 à la commémoration organisée devant ce mur dans le cadre de la campagne de la Mazsihisz. Son cas rappelle que plusieurs de ces lieux de mémoire nouvellement institués existent grâce à l'obstination de survivants ou de descendants qui, depuis l'étranger, ont demandé qu'une trace soit posée [mazsihisz.hu].
Lajos Boros, dit « Lali Király » (1947–2024) — Né le 12 avril 1947 à Budapest, mort le 8 août 2024. Pionnier de la radio commerciale hongroise — Hungaroton, Danubius Rádió, Sláger Rádió —, décoré de la Croix de chevalier de la République hongroise en 2007, il consacra une part discrète mais durable de son énergie à la documentation des cimetières juifs de Hongrie, en créant et animant le site oroklet.hu, base de données de recherche des défunts. La Mazsihisz révéla cet engagement à l'annonce de son décès : des centaines de personnes en quête de leurs racines lui avaient adressé des demandes, qu'il traitait et corrigeait lui-même [Mazsihisz, notice nécrologique ; découverte Zakhor du 28/08/2026].
Slomó Köves (dates inconnues) — Rabbin dirigeant de l'EMIH, l'Union des communautés juives hongroises, organisation d'obédience Habad active à Budapest et en province. Il a piloté la reprise et la restauration de la grande synagogue de Rákospalota, contribuant au financement de l'évacuation des collections de la Bibliothèque nationale Széchényi qui y étaient entreposées, et inscrit cette opération dans un programme déclaré de rétablissement du culte dans toute synagogue hongroise autour de laquelle une communauté peut être réorganisée [nepszava.hu, 2025 ; neokohn.hu, 01/09/2026].
Eli Nógrádi (dates inconnues) — Rabbin de la synagogue restaurée de Rákospalota. Revenu s'installer à Budapest à l'automne 2025 avec son épouse Shterna comme famille d'émissaires Habad, il s'est fixé pour tâche de créer un point de rencontre pour les Juifs du quartier et de ses environs, afin d'en faire une communauté réelle, déclarant les portes ouvertes à tous les habitants intéressés. Le couple a formulé son horizon en termes de décennie : voir, dans dix ans, une communauté vivante et soudée dans ce secteur du nord de Budapest [zsido.com ; neokohn.hu, 01/09/2026].
László Borbély (né vers 1971) — Entrepreneur en bâtiment de Tamási, dans le comté de Tolna. En 2026, lors d'un nettoyage de grenier, il découvrit une valise en cuir contenant quinze livres de prières et Bibles en hébreu, scellée depuis environ soixante-quinze ans, dans une maison proche de l'emplacement de l'ancienne synagogue de la ville. Son geste — faire don de la collection à l'association Max Nordau de Bonyhád plutôt que de la laisser se perdre ou de la mettre en vente — illustre, à sa manière non savante et spontanée, la possibilité d'une transmission entre des mondes que la catastrophe avait séparés [teol.hu, 2026].
Beáta Hetesi (dates inconnues) — Présidente de l'association d'amitié hungaro-israélienne Max Nordau de Bonyhád, dans le comté de Tolna. Elle prit en charge les quinze livres de prières et Bibles hébraïques découverts à Tamási en 2026 et fit aménager une vitrine dans l'ancienne synagogue historique de Bonyhád pour les exposer, engageant parallèlement des recherches parmi les descendants des familles dont les noms figurent sur les pages. Son association décrit ce travail de conservation, d'exposition et de restitution comme une obligation sacrée [teol.hu, 2026].
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संस्करण (1)
- v1 · वर्तमान · 16 सित॰ 2026
Conclusion
L'histoire des Juifs hongrois est celle d'une dualité constitutive devenue destin. La ligne qui séparait les Oberländer occidentaux des Unterländer orientaux ne fut pas une simple frontière interne : elle produisit deux modèles de fidélité — l'orthodoxie savante de Pressbourg et la ferveur des cours hassidiques — qui, ensemble, firent de la Hongrie l'un des foyers les plus intenses de la vie juive européenne. Les disciples formés à Pressbourg ne restèrent pas confinés au royaume : Hillel Lichtenstein porta ce modèle jusqu'en Galicie, où il contribua à fonder la Machzikei Hadas ; un autre, Mihály Duschinszky, l'installa dans un faubourg industriel de Pest où il maintint pendant quarante ans une communauté qui ne se divisa pas. Ce combat doctrinal avait ses relais imprimés : la revue Tel Talpiyot, publiée à Vác de 1892 à 1938 par David Tsevi Katzburg, fut pendant quarante-six ans l'un des organes de la pensée orthodoxe hongroise — une tribune qui disparut six ans avant la communauté qu'elle servait.
La séparation n'était pourtant pas écrite d'avance. En août 1844, dans la petite ville danubienne de Paks, les rabbins des deux camps furent convoqués pour tenter de s'entendre, et l'entreprise échoua faute de sincérité de son organisateur. Vingt-quatre ans plus tard, le congrès de 1868–1869 institutionnalisa la fracture en trois obédiences reconnues par l'État. Que la même ville ait vu, cent ans après le rendez-vous manqué, sa communauté entière conduite au ghetto de la rue Villány puis à Auschwitz, et que l'on ait scellé en juillet 2026 une plaque sur le mur de sa synagogue devenue bibliothèque municipale, donne à ce lieu une place singulière dans la géographie mémorielle hongroise : Paks est à la fois le site d'une conciliation impossible et celui d'une destruction accomplie.
L'émancipation offrit à cette communauté un âge d'or et une scission ; la modernité lui apporta la gloire de Budapest et le poison de l'antisémitisme. L'appartenance se dit alors de mille manières, dont les plus ordinaires ne sont pas les moins parlantes : par les noms adoptés — Weisz devenu Réthy, Márkus devenu Alexander, Fischel devenu Fejtő —, par les chaires occupées à Kolozsvár et à Budapest, par les synagogues monumentales de Szeged et d'Oradea, par le livret de prières de quarante-quatre pages imprimé en 1926 pour financer la synagogue de Rákospalota et qui montrait déjà, dessinée, une façade encore inexistante, et jusque dans les casseroles, où le paprika venu des plaines du sud fit entrer le goût national dans les cuisines juives, objet d'une étude parue dans la Jewish Quarterly Review en 2026, au moment même où cette revue ouvrait librement ses cent trente-six années d'archives. Le rabbin Immánuel Lőw, botaniste de Szeged, et le mathématicien Mór Réthy, inhumé dans le carré 5B du cimetière de la rue Kozma, appartiennent au même mouvement : celui d'une communauté qui crut pouvoir être pleinement juive et pleinement hongroise.
La persécution vint en plusieurs temps : d'abord le munkaszolgálat, qui fit mourir des hommes sans leur reconnaître le statut de soldats ; puis les déportations de 1944, qui anéantirent en quelques semaines ce que des siècles avaient patiemment édifié — à Budapest, à Oradea, à Vác, à Szeged, à Paks dont le ghetto fut liquidé dans la première semaine de juillet, dans les bourgades du comté de Tolna dont les quelques centaines de Juifs de Tamási furent presque entièrement effacés, dans les villages de la Körös où les dix-sept derniers Juifs de Köröstarcsa partirent le 26 juin pour être assassinés le 29, et dans les faubourgs du nord de la capitale, où des deux mille six cents Juifs de Rákospalota à peine trois cents revinrent. L'échelle des chiffres change du tout au tout d'un lieu à l'autre ; la structure de l'événement, elle, ne change pas.
Il reste, de ce monde englouti, plusieurs strates de mémoire. Celle des ruines de province et des communautés effacées, dont Oradea est l'un des exemples les mieux documentés, entre la synagogue Aachavas Rheim convertie en musée, le journal d'Éva Heyman republié et traduit, et les expositions de photographies qui restituent la physionomie d'une ville vivante. Celle des objets retrouvés — valises de grenier, livres de prières aux pages brûlées, cachets de familles sans héritiers connus. Celle des vestiges arrachés à la disparition : la synagogue en bois de Náznánfalva, transportée à Budapest en 1941 par des conservateurs qui en avaient compris la valeur, et les briques gravées de la rue Síp, désormais réunies dans l'exposition « Az írás a falon ». Celle des monuments enfin restaurés du cimetière de la rue Kozma, où l'État hongrois a inscrit côte à côte, en janvier 2026, ses soldats juifs de 1914–1918 et ses travailleurs forcés de 1939–1945. Celle, institutionnelle, d'une mémoire en recomposition, avec la première exposition nationale consacrée au judaïsme orthodoxe d'avant-guerre, inaugurée en 2024 rue Páva et portée jusqu'à Kiev le 27 janvier 2026. Celle, savante, d'une recherche qui franchit désormais la barrière de la langue, avec Hungarian Holocaust Revisited et l'ouverture en libre accès des archives de la plus ancienne revue anglophone d'études juives. Celle, livresque, des yizkor bukher composés en exil, dont A rákospalotai zsidó hitközség története, écrit par la fille d'un rabbin et imprimé à Tel-Aviv en 1978, reste le modèle : une monographie qui est aussi une pierre tombale.
À ces strates, l'année 2026 en a ajouté deux. La première est celle des plaques : quatorze localités où, pour la première fois depuis la guerre, une cérémonie publique a nommé les Juifs disparus — Ibrány, Szentistván, Zalaegerszeg, Köröstarcsa, Barcs, Szikszó, Tiszafüred, Nemesvid, Marcali, Göncruszka, Kistarcsa, Abaújszántó, Opályi, Zsarolyán —, auxquelles il faut joindre Paks. Ces cérémonies ne restituent rien ; elles inscrivent. Elles ont ceci de particulier qu'elles se tiennent le plus souvent sans Juifs sur place, avec des élèves d'école, un chroniqueur local, un rabbin venu d'une ville voisine et un élu municipal : la mémoire juive hongroise de province est devenue, par la force des choses, une affaire commune. La seconde strate est technique et silencieuse : depuis le 24 juin 2026, les registres d'état civil hongrois postérieurs à 1895 sont interrogeables en texte intégral, leurs pages manuscrites transcrites par une machine. Un descendant qui ne dispose que d'un nom et d'une région peut désormais chercher dans du texte, non plus feuilleter des images.
Et puis il y a la strate des réouvertures. En septembre 2026, la grande synagogue de la Régi Fóti út, construite en 1927, vidée de ses fidèles en 1944, fermée au début des années 1950, transformée en magasin de la Bibliothèque nationale en 1964, doit redevenir un lieu de prière, avec un jeune couple de rabbins installé sur place et des descendants de l'ancienne communauté conviés à la cérémonie [découverte Zakhor du 14/09/2026 ; neokohn.hu, 01/09/2026]. Rien ne s'y répare : les deux mille trois cents personnes qui manquent ne reviendront pas, et l'assemblée qui s'y formera, si elle se forme, sera une autre assemblée. Mais quelque chose s'y renverse. Entre les diasporas reconstruites de Brooklyn, de Jérusalem et de Bnei Brak, les lignées intellectuelles de Chicago, de Paris et de Budapest, la plaque de bronze scellée contre le mur d'une bibliothèque municipale de Paks, les dix-sept noms retrouvés d'un village de la Körös et ce bâtiment du XVe arrondissement dont on a sorti les rayonnages pour y remettre une arche, court le même fil que tenait Lajos Boros devant son écran, corrigeant un à un les noms relevés sur les pierres des cimetières hongrois : la conviction qu'un nom retrouvé n'est jamais un détail, et que la mémoire, pour tenir, a besoin d'être écrite quelque part — sur une planche de bois peinte, sur une brique de cheminée, sur la page de garde d'un livre de prières oublié dans un grenier, dans la liste de martyrs d'un livre imprimé à Tel-Aviv, sur une plaque apposée un jeudi de juillet, ou dans une base de données patiemment tenue à jour.
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इस किताब के दिन
- 15 मई 2027 को शीघ्र ही236 दिनों में
Début de la déportation systématique des Juifs de Hongrie · 1944
Le 15 mai 1944, des experts allemands de la déportation et des gendarmes hongrois entament la déportation systématique des Juifs de Hongrie ; environ 437 000 personnes seront déportées en 147 convois avant le 9 juillet 1944.
स्रोत और संसाधन
- Jean Baumgarten, La naissance du hassidisme : Mystique, rituel et société (XVIIIe-XIXe siècle) (2006)
- David Lemler, L'invention du judaïsme. Comment les Juifs se définissent eux-mêmes (2025)
- Gotthard Deutsch, Alexander Büchler, Hungary, Funk & Wagnalls (Jewish Encyclopedia) (1906) ↗
- The Holocaust in Hungary, United States Holocaust Memorial Museum, Holocaust Encyclopedia (2025) ↗
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