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Zakhor
IIᵉ siècle · Terre d’Israël

Un tribunal sanglant

Un tribunal qui exécute une fois en sept ans est dit sanguinaire. Deux maîtres ajoutent qu’ils n’auraient jamais laissé mourir personne — et un troisième leur répond.

EstablishedPeine capitaleMishnaDébatJustice

La Mishna, traité Makkot, chapitre 1, dernière phrase. Quatre voix en trois lignes.

« Un Sanhédrin qui met à mort une fois en sept ans est appelé sanguinaire. »

« Rabbi Élazar ben Azaria dit : une fois en soixante-dix ans. »

L’enchère

« Rabbi Tarfon et Rabbi Akiva disent : si nous avions siégé au Sanhédrin, jamais personne n’aurait été mis à mort. »

Ils ne disent pas que la peine est illégitime — elle est dans la Torah, et ils ne peuvent pas l’en retirer.

Ils disent qu’ils l’auraient rendue inapplicable, en exigeant de la preuve ce qu’aucune preuve ne peut donner. C’est une abolition par la procédure, énoncée sans le mot.

La réplique

« Rabban Chimon ben Gamliel dit : eux aussi auraient multiplié les meurtriers en Israël. »

Cette phrase n’a pas été effacée. Elle clôt le passage, et elle dit exactement le contraire de ce qui précède.

C’est la manière de la Mishna : elle conserve la position perdante, souvent au dernier mot, et laisse le lecteur avec le désaccord sur les bras.

Ce que le texte ne dit pas

Il ne dit pas que le judaïsme abolit la peine de mort. On le lui fait dire souvent, et c’est plus commode que vrai.

Ce qu’il établit, c’est qu’une exécution tous les sept ans est déjà de trop pour la majorité, et que deux des plus grands maîtres du IIᵉ siècle revendiquent de n’en avoir jamais prononcé.

Il établit aussi qu’on leur a répondu, et que la réponse porte sur les victimes que la clémence produirait. Le débat contemporain n’a rien ajouté à ces trois lignes.

Le contexte qu’on oublie

Quand cette page est rédigée, le Sanhédrin n’a plus le pouvoir de condamner à mort : Rome se l’est réservé.

Ces maîtres discutent donc d’une compétence qu’ils n’exercent pas, et Akiva mourra lui-même supplicié par les Romains.

Cela ne rend pas le débat théorique. Cela le rend libre — on peut dire ce qu’on ferait quand on ne le fera pas, et c’est précisément dans cet état que la tradition a fixé sa position.