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Zakhor
1952 – 1957 · Kampala, Ouganda

Le gouverneur

Un haut fonctionnaire britannique juif est nommé gouverneur de l’Ouganda. Il y prépare l’indépendance — et déporte le roi du Buganda.

EstablishedOugandaDécolonisationEmpire britanniqueAndrew Cohen

Andrew Benjamin Cohen appartient à une famille anglo-juive établie de longue date. Haut fonctionnaire du Colonial Office, il y a dirigé la section africaine et compte parmi les artisans de la doctrine britannique de préparation à l’indépendance.

Il est nommé gouverneur de l’Ouganda en 1952.

Ce qu’il a fait

Il ouvre le Conseil législatif à des représentants africains élus dans les districts, ce qui n’existait pas. Il crée l’Uganda Development Corporation, met fin à des monopoles commerciaux réservés aux Européens et aux Asiatiques, ouvre la fonction publique.

Ses biographes rapportent que son antiracisme était explicite et qu’il le rattachait à ce qu’il avait vu de l’Europe des années 1930 et 1940.

Il était considéré à Londres comme un progressiste, et par une partie des colons comme un homme qui allait trop vite.

L’affaire du Kabaka

En 1953, il déporte en Angleterre le Kabaka Mutesa II, souverain du Buganda, qui s’opposait au projet d’un État ougandais unitaire et réclamait l’indépendance séparée de son royaume.

La décision déclenche une crise majeure. Le Buganda se soulève, et Cohen doit reculer : le Kabaka rentre en 1955 comme monarque constitutionnel, aux termes d’un nouvel accord.

L’épisode est celui qu’on retient contre lui, et à juste titre : un gouverneur qui préparait l’autonomie a déporté un souverain africain parce qu’il ne pliait pas devant son plan.

Ce que sa trajectoire donne à voir

Il serait facile d’en faire un juste, et tout aussi facile d’en faire un colonisateur de plus. Il était les deux.

Un homme dont la famille avait connu en Angleterre les incapacités civiles levées un siècle plus tôt, et qui savait ce qui venait de se passer en Europe, a servi un empire dont il préparait sincèrement la fin — sans cesser d’en exercer les pouvoirs.

C’est une position qu’on ne peut pas simplifier sans la fausser.

Après

Il quitte l’Ouganda en 1957, devient représentant britannique au Conseil de tutelle des Nations unies, puis dirige l’administration britannique de l’aide au développement, dont il est l’un des fondateurs. Il meurt en 1968.

L’Ouganda accède à l’indépendance en 1962. Mutesa II en devient le premier président, puis est renversé par Milton Obote et meurt en exil à Londres en 1969.

L’université Makerere de Kampala conserve la mémoire du passage de Cohen ; une salle y porte son nom.