NARBONNE (Hébr. נרבונה)
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NARBONNE (Hébr. נרבונה)
Chef-lieu du département de l'Aude, France. Des Juifs s'y étaient établis dès le cinquième siècle. Ils vivaient dans l'ensemble en bonne entente avec leurs voisins chrétiens, bien qu'en 589 le concile de Narbonne leur interdît de chanter les psaumes aux inhumations, sous peine d'une amende de six onces d'or. En 673 les Juifs de Narbonne prirent une part active à la révolte du comte Hilderic de Nîmes et du duc Paul contre le roi Wamba. Le roi fut victorieux, et les Juifs furent expulsés de la ville. En 768 le pape Étienne III se plaignit amèrement à l'archevêque Aribert des privilèges accordés aux Juifs—entre autres, du droit de posséder des biens immeubles, de vivre dans la même maison que des chrétiens, et d'employer des chrétiens à la culture de leurs champs et vignobles.
Siège légendaire.
Il est rapporté dans le roman provençal de « Philomena » (« Histoire Générale du Languedoc, » iii., Addenda, p. 29) qu'après le siège légendaire de Narbonne, Charlemagne, ou selon d'autres, Charles Martel ou Pépin le Bref, accordèrent de nombreux privilèges aux Juifs de la ville en récompense de la part qu'ils avaient prise à sa reddition, et leur présentèrent un tiers de la cité. Cette histoire est confirmée par deux écrivains hébreux : Meïr ben Siméon de Narbonne et Abraham ibn Daud de Tolède. Meïr, dans son ouvrage intitulé « Milḥemet Miẓwah », fait référence aux privilèges que le roi Charles accorda aux Juifs de Narbonne ; et Abraham ibn Daud dit, dans son « Sefer ha-Ḳabbalah », que le calife Harun al-Rashid, à la demande de Charlemagne, envoya à Narbonne Machir, un Juif savant de Babylone, à qui l'empereur donna de nombreuses prérogatives et qu'il nomma chef de la communauté. C'est évidemment une légende ; mais il ne fait aucun doute que Machir s'établit à Narbonne, où il acquit bientôt une grande influence sur ses coreligionnaires. Il n'est pas certain, toutefois, s'il portait lui-même le titre de [Nasi](/articles/11330-nasi) (« prince » ou « roi » des Juifs) comme ses descendants, qui continuèrent à diriger les affaires de la communauté juive.
Au douzième siècle la communauté comptait environ 2 000 âmes ; mais en conséquence d'une guerre entre la ville et le comte de Toulouse, après la mort de Don Emeric IV., vicomte de Narbonne, en 1137, la communauté diminua tellement que en 1165 Benjamin de Tudèle y trouva seulement 300 Juifs, le reste ayant émigré vers l'Anjou, le Poitou et autres provinces françaises. En 1236 la vie et les biens des Juifs furent mis en péril. À la suite d'une querelle entre un Juif et un chrétien, la populace se jeta sur les Juifs et pilla leurs maisons ; mais heureusement le gouverneur de la ville, Don Emeric, et les autorités municipales réussirent à rétablir l'ordre et à rendre aux propriétaires les biens qui avaient été emportés. Meïr b. Isaac, l'une des victimes de l'émeute, institua le Pourim de Narbonne en commémoration de l'événement.
L'archevêque de Narbonne protégeait les Juifs avec tant de soin qu'en 1241 le chapitre lui reprocha de les favoriser aux dépens des chrétiens. En 1245 R. Meïr ben Siméon s'engagea dans une dispute religieuse publique devant l'archevêque En Guillem de la Broa et les notables juifs de Narbonne et Capestang. Il plaida en faveur de ses coreligionnaires, et souligna leur fidélité aux souverains chrétiens aussi bien que leur loyauté dans la lutte contre les Sarrasins. En 1276 l'archevêque, conformément à un accord entre lui et le vicomte, réglementa le statut légal des Juifs favorablement pour eux ; et en 1284 il leur accorda des privilèges spéciaux. Quand Philippe le Bel les expulsa en 1306 et confisqua leurs biens, l'archevêque et le vicomte défendirent leurs intérêts respectifs et obligèrent le roi à dresser un inventaire des biens saisis, afin d'aboutir à un partage. À cet effet le roi et le vicomte convinrent d'un accord (1309) par lequel le vicomte accepta 5 000 livres Tours et diverses parcelles de biens immeubles qui n'avaient pas encore été vendus.
Le Ghetto.
Les Juifs étaient sous la juridiction de l'archevêque et du vicomte, dont chacun avait sa propre Juiverie. Celle de l'archevêque était dans le faubourg de Belvèze, près du Mont Judaïque, où se trouvait aussi le cimetière juif. Quelques pierres tombales de ce cimetière portant des inscriptions hébraïques sont conservées au musée de Narbonne. Dans le district du vicomte se trouvaient les Grandes Juiveries, comprenant l'Hôpital de l'Aumône, les bains, les boutiques, les fours et les magasins. Les « Vieilles Écoles », ou synagogues, se trouvaient aussi dans ce district. En 1218 le vicomte Aimery et sa femme Marguerite de Montmorency cédèrent aux Juifs le territoire des Grandes Juiveries et des Vieilles Écoles en contrepartie d'un paiement annuel de dix sous monnaie de Narbonne. Dans ce don les droits du « roi des Juifs » étaient réservés, et il continua de jouir de sa prérogative en tant que propriétaire franc. Les Juiveries étaient gouvernées par des consuls élus par les Juifs eux-mêmes. Ces consuls exerçaient une supervision générale sur les Juiveries, qui étaient cependant soumises aux ordonnances municipales émises par les consuls de la ville.
Savants.
Au douzième siècle, Narbonne était l'un des principaux centres de la science juive. Les savants et les « grands » de Narbonne sont souvent mentionnés dans les ouvrages talmudiques. Selon Abraham ibn Daud de Tolède, ils occupaient une position similaire à celle des exilarques de Babylone. Ils étaient les plus hautes autorités pour rendre les décisions ; et ils gouvernaient les Israélites avec justice. Benjamin de Tudèle dit : « Cette ville est l'une des plus célèbres quant à la Loi ; c'est un centre d'où la Loi s'est répandue dans toutes ces régions. On y trouve des sages et des princes célèbres. » Les savants les plus remarquables de Narbonne étaient les suivants :
[Machir](/articles/10242-machir), qui devint le progéniteur d'une famille qui occupa une position dominante jusqu'au quatorzième siècle, les principaux membres étant : Todros, Kalonymus le Grand, Kalonymus ben Todros (XIIe siècle) ; Nasi Levi, qui présida en 1215 à Saint-Gilles sur la réunion des délégués des communautés du midi de la France ; [Meshullam b. Nathan](/articles/10718-meshullam-ben-nathan-of-melun), qui s'établit par la suite à [Melun](/articles/10609-melun) ; [Meshullam b. Kalonymus b. Todros](/articles/10716-meshullam-ben-kalonymus-ben-todros), [Nathan](/articles/10749-meyer-annie) de Babylone, Jacob Gaon, [Moses ha-Darshan](/articles/11073-moses-ha-darshan), David b. Joseph, Merwan ha-Levi, Abraham b. Isaac ; la famille [Ḳimḥi](/articles/9320-kimhi) ou Ḳamḥi ; Solomon [Benveniste](/articles/3011-benveniste), Isaac ha-Kohen, et David b. Joseph [Narboni](/articles/11322-narboni-david-ben-joseph).