Alonso Rodriguez (†12 mars 1488) — Médecin espagnol natif de Séville, établi à Saragosse. Premier martyr nominalement documenté de la constellation Rodriguez, il fut brûlé sur le bûcher le 12 mars 1488 à Saragosse, aux côtés d'Alonso de Rivera de Cordoue, également médecin dans cette ville. Sa pratique médicale l'inscrit dans la tradition du savoir scientifique que les juifs ibériques avaient cultivé au contact de la philosophie arabe et grecque. Son exécution, antérieure au décret de l'Alhambra de 1492, en fait la figure inaugurale et la plus ancienne de ce livre.
Miguel Rodriguez (dates inconnues — brûlé le 4 juillet 1632) et Isabel Nuñez Alvarez (dates inconnues — brûlée le 4 juillet 1632) — Nouveau-chrétiens de Madrid, propriétaires d'une synagogue clandestine installée dans la Calle de los Infantes. La synagogue accueillait les judaizantes de la capitale castillane. Arrêtés et condamnés, Miguel Rodriguez et Isabel Nuñez Alvarez, ainsi que Leonor Rodriguez et son époux Hernan Baëz, furent brûlés vifs lors d'un auto-da-fé public le 4 juillet 1632. Cet acte de résistance collective — maintenir un lieu de culte clandestin au cœur même de Madrid — fait de ces figures des témoins du kiddouch Hachem séfarade.
Catalina Rodriguez, dite « la Paquina » (dates inconnues — † vers 1680) — Condamnée par l'Inquisition, elle mourut dans les prisons du Saint-Office à Saint-Jacques-de-Compostelle à l'âge d'environ soixante-dix ans. Elle fut brûlée en effigie lors du grand auto-da-fé de Madrid du 30 juin 1680. Son surnom populaire — la Paquina — dit la réalité humaine et quotidienne de la persécution : ce n'était pas une abstraction historique, mais une femme connue de son quartier, dont le nom et le sobriquet avaient traversé les bureaux du Saint-Office.
Maria Rodriguez (vers 1631 — novembre 1721) — Brûlée à Grenade en novembre 1721 à l'âge de quatre-vingt-dix ans, avec sa fille. Sa longévité exceptionnelle donne la mesure de la durée du secret marran : née vers 1631, elle avait traversé près d'un siècle entier avant que l'Inquisition ne la rattrapât. Sa condamnation est la dernière attestation nominative d'une Rodriguez au bûcher que la Jewish Encyclopedia enregistre pour l'Espagne continentale.
Isabel Rodriguez (dates inconnues — condamnée en 1726) — Désignée comme femme d'affaires dans les registres de l'Inquisition espagnole, condamnée en 1726 et associée au nom de « Constantine » dans la source. La localisation exacte de cette Constantine demeure incertaine : il pourrait s'agir de la ville d'Algérie, ce qui signalerait une présence nord-africaine de la constellation Rodriguez, ou d'une localité péninsulaire homonyme. En tout état de cause, sa désignation comme femme d'affaires témoigne d'une activité commerciale autonome, héritée des réseaux marchands séfarades.
Henrico Rodriguez (dates inconnues — actif avant 1594) — Médecin portugais et marrane, ami de Rodrigo de Castro. Il s'établit à Hambourg avant 1594, l'une des premières présences documentées d'un porteur du nom Rodriguez dans les villes hanséatiques, avant de quitter la ville quelques années plus tard en raison de la peste. Sa présence témoigne de l'extension septentrionale des réseaux de la Nation portugaise dès la fin du XVIᵉ siècle.
Manuel Rodriguez (dates inconnues — actif vers 1626–1643) — Marrane et poète, d'abord moine augustinien, puis précepteur à Anvers. Il est l'auteur du drame latin Herodes Saeviens (Anvers, 1626) et d'une ode latine sur le médecin Emanuel Gomez à Anvers (1643). Sa trajectoire illustre la zone de frontière entre monde chrétien et monde marrane : ancien religieux reconverti aux lettres humanistes, il incarne la double culture qui caractérisait nombre de cristãos-novos de la diaspora septentrionale.
Abraham Rodriguez Faro (dates inconnues — actif vers 1692) — Érudit de la Nation portugaise, auteur d'un traité de droit rituel juif publié à Amsterdam en 1692, joint au recueil Arbol de Vidas du Ḥakam de Bayonne. Ce traité, dont le titre emprunte à la métaphore vétérotestamentaire de l'arbre de vie pour désigner la Torah, s'adressait à une diaspora qui avait longtemps été coupée de la pratique et des textes. Distinct d'Abraham Ḥayyim Raphaël Rodrigues, il atteste qu'un autre Rodriguez de la Nation portugaise s'inscrivit, à sa génération, dans la même vocation de transmission de la Loi.
Samuel Levi Rodriguez (dates inconnues — †1683, Livourne) — Poète espagnol à Livourne, mort en 1683. Daniel Levi de Barrios cite quelques-uns de ses poèmes et pleure sa mort. Sa présence à Livourne confirme que le nom Rodriguez comptait, dans la communauté livournaise du XVIIᵉ siècle, des représentants attachés à la culture littéraire séfarade en langue espagnole, aux côtés du savoir rabbinique qui s'y développait.
David Cohen Rodriguez (dates inconnues — actif en 1720) — Ḥakam à Amsterdam, auteur d'un sermon en espagnol, Sermon Moral. Pregado neste K. K. de Talmud Torah 27 Menahem, 5480 (Amsterdam, 1720). Ce sermon, prononcé dans la grande synagogue séfarade d'Amsterdam lors d'une date du calendrier hébraïque, témoigne d'un Rodriguez qui, au cœur de la diaspora ponentine hollandaise, exerçait une autorité spirituelle et prêchait dans la langue de la mémoire ibérique.
Raphael Rodriguez (dates inconnues — actif vers 1719) — Ḥakam à Amsterdam, fils de Judah Rodriguez. Auteur d'une dissertation funèbre, Sermão Funeral as Deploraveis Memorias de Benjamin Levi de Vittoria (Amsterdam, 1719). Ce sermon funèbre en portugais illustre le maintien de la langue lusophone comme vecteur de la vie communautaire dans la Nation d'Amsterdam, même au début du XVIIIᵉ siècle.
Abraham Ḥayyim Raphaël Rodrigues [אברהם חיים רפאל רודריגז] (actif vers 1750, † avant 1780) — Grand rabbin de Livourne dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle. Il forma parmi ses disciples Malachi ben Jacob ha-Kohen, auteur du célèbre Yad Malachi, et fut loué comme kabbaliste par J. Pacifico dans une élégie. Le Ḥida, Rabbi Ḥayyim Joseph David Azulai, le cite en termes élogieux dans son répertoire bibliographique Shem ha-Gedolim. Auteur de trois recueils halakhiques — Oraḥ la-Ẓaddiḳ (quarante-sept responsa, publié à titre posthume à Livourne en 1780), Oraḥ Mishor (ouvert par une décision de Yoreh De'ah qui suscita la réfutation anonyme Sifte Dal) et Teshubot Ḥen Ḥen (cinquante-huit contre-réfutations, publiées conjointement avec Oraḥ la-Ẓaddiḳ) —, il est la figure halakhique et intellectuelle majeure de la constellation Rodriguez. Ses recueils furent publiés à titre posthume par sa fille, veuve de Ḥayyim Hezekiah Fernandez Africano.
Jacob Rodrigues Pereire (1715–1780) — Né à Berlanga en Estrémadure espagnole dans une famille de nouveaux-chrétiens, mort à Paris. Arrivé à Bordeaux en 1741 et circoncis la même année, revenu publiquement au judaïsme, il devint le premier pédagogue à développer en France une méthode systématique pour l'éducation des sourds-muets, reconnue par l'Académie royale des sciences de Paris. Agent des juifs portugais de Bordeaux et de Paris auprès de la Couronne française, il négocia l'extension des privilèges de la Nation et œuvra au passage du statut de marchands tolérés à celui de sujets royaux. Sa vie dessine le pôle des Lumières séfarades dans la constellation Rodriguez, en pendant à la figure du savant talmudique d'Abraham Ḥayyim Raphaël Rodrigues à Livourne.
Malachi ben Jacob ha-Kohen (vers 1695/1700, Livourne — 1772, Tripoli) — Talmudiste, kabbaliste et l'une des plus grandes autorités rabbiniques séfarades du XVIIIᵉ siècle, disciple d'Abraham Ḥayyim Raphaël Rodrigues et du kabbaliste Joseph Ergas. Auteur du Yad Malachi, dictionnaire méthodologique de la littérature talmudique et rabbinique devenu ouvrage de référence dans les yeshivot séfarades et ashkénazes. Il succéda à Joseph Ergas comme rabbin de Livourne après 1730, fit paraître les œuvres de son maître kabbalistique, et organisa la commémoration du tremblement de terre de 1742. Il mourut à Tripoli, en mission comme émissaire pour la Terre d'Israël. Sa trajectoire atteste l'envergure de l'enseignement reçu de Rodrigues à Livourne.
Abraham Rodrigues (actif dans la période 1740–1839) — Attesté sous la graphie Rodrigues, rabbin de Salé au Maroc, recensé dans l'ouvrage de référence Malkhei Rabbanan de Yosef Ben Naim (Jérusalem, 1931), au folio 15-4. Le catalogue de la plateforme Zakhor rapproche cette figure de la lignée Rodriguez sur la base de la graphie ; aucune filiation n'est établie. Sa présence à Salé témoigne d'un rayonnement du patronyme jusqu'au monde séfarade marocain, dans le cadre de la diaspora qui reliait Livourne aux ports du Maghreb.
Olinde Rodrigues (6 octobre 1795, Bordeaux — 17 décembre 1851, Paris) — Attesté sous la graphie Rodrigues, que le catalogue rapproche de cette lignée sans établir de filiation. Mathématicien, banquier et réformateur social, fils d'une famille de banquiers juifs séfarades de Bordeaux. Docteur en sciences de l'Université de Paris en 1815, il énonce dans sa thèse la formule qui porte aujourd'hui son nom pour les polynômes de Legendre, ainsi que, dans un mémoire de 1840, la formule de rotation de Rodrigues et les paramètres d'Euler-Rodrigues, qui anticipent la théorie des quaternions. Principal disciple et héritier du comte de Saint-Simon, il fonde en 1825 le journal Le Producteur et organise le mouvement saint-simonien en une communauté structurée, défendant une vision humaniste de la réforme sociale jusqu'à sa mort. Sa sœur épousa Émile Pereire, tissant une alliance matrimoniale entre les deux familles séfarades bordelaises les plus en vue.
Hippolyte Rodrigues (4 août 1812, Bordeaux — 23 juillet 1898, Versailles) — Attesté sous la graphie Rodrigues, que le catalogue rapproche de cette lignée sans établir de filiation. Fils du banquier Alexandre-Isaac Rodrigues-Henriques et d'Esther Gradis, frère de la romancière Eugénie Foa et de Léonie Halévy. Agent de change à la Bourse de Paris à partir de 1840, il se retire des affaires en 1855 pour se consacrer à l'écriture et à l'exégèse religieuse. Membre fondateur et secrétaire de la Société scientifique d'études juives, il publie une œuvre abondante sur l'histoire des religions et la pensée judéo-chrétienne — dont Les Trois Filles de la Bible (1865), Les Origines du sermon de la montagne (1868) et Apologues du Talmud (1883) —, traduite en anglais et en allemand. Ce passage de la Bourse à l'étude des textes sacrés dit, à lui seul, la permanence du rapport au Livre dans ces familles séfarades bourgeoises du XIXᵉ siècle.
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