פינטו
الأصل الجغرافي: Marrakech / Mogador
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<a href="https://zakhor.ai/ar/grands-livres/familles/pinto">Le Grand Livre des Pinto — Zakhor</a>اقتباس
Le Grand Livre des Pinto — Zakhor, https://zakhor.ai/ar/grands-livres/familles/pintoاسم واحد، مئة وجه.
نفس اسم العائلة، مكتوب بطرق مختلفة حسب اللغات والعصور والتشتتات.
لاتيني2
עברית · عبري1
Haïm Pinto
Tsaddik de Mogador
Rabbi Yoshiyahou Pinto, le Rif
Rabbin et kabbaliste de Damas et Safed, commentateur du Ein Yaakov · XVIe–XVIIe s.
Rabbi Haïm Pinto HaGadol
Tsadik de Mogador, fondateur de la dynastie marocaine · v. 1743–1845
Rabbi Haïm Pinto haKatan
Tsadik de Mogador (le Second) · XIXe s.
Rabbi Yehuda Pinto (Rabbi Hadan)
Rabbin et tsadik de Mogador
Rabbi Moshé Aharon Pinto
Tsadik, transmission de la dynastie à Ashdod · XXe s.
Isaac de Pinto
Financier et penseur séfarade (Amsterdam, La Haye) · XVIIIe s.
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Peu de noms portent, dans la mémoire du judaïsme séfarade, une charge aussi double que celui de Pinto. Il désigne tout ensemble une grande lignée savante — donneuse de rabbins, de décisionnaires et de kabbalistes dont les œuvres furent imprimées de Venise à Amsterdam — et une dynastie de tsadikim vénérés, autour desquels s'est tissée, au Maroc surtout, une intense dévotion populaire. Dire « Pinto », c'est convoquer d'un même souffle l'étude patiente du Talmud et le récit du prodige, la bibliothèque et le pèlerinage.
La tradition familiale rapporte que la maison portait d'abord le nom de « Gaon », qu'elle rattachait au lointain Rav Sherira Gaon, et qu'elle prit celui de sa ville d'Espagne, Pinto, au moment de l'expulsion de 1492. De cette racine ibérique part un arc géographique qui épouse presque toute la carte de la dispersion séfarade. Une branche orientale gagne l'Empire ottoman et la Terre sainte : là s'élève, entre Damas et Safed, la figure du Rif, Rabbi Yoshiyahou Pinto (1565-1648), dans l'orbite de l'Arizal et de son maître Rabbi Haïm Vital. Une branche occidentale, celle des « de Pinto » d'Amsterdam, de Bordeaux et de La Haye, s'illustre parmi les marranes revenus au judaïsme et dans la vie intellectuelle de l'Occident. Une branche marocaine, enfin, s'implante à Agadir puis à Mogador (Essaouira), où Rabbi Haïm Pinto le Grand devient le tsadik d'une lignée de « faiseurs de prodiges ».
De ce triple essaimage procède la diaspora contemporaine — Israël, France, Amériques — où les institutions animées par les rabbins Pinto perpétuent le nom et sa mémoire.
Ce livre suit ce fil en distinguant, comme l'exige l'honnêteté, ce que l'histoire établit — dates, lieux, œuvres, fonctions — de ce que la mémoire vénère : les récits de sainteté, transmis comme tels.
Le nom Pinto est d'abord un nom de lieu. Il renvoie à la petite ville de Pinto, en Castille, aux portes de Madrid, dont la famille aurait tiré son patronyme. Selon la tradition rapportée par ses chroniqueurs, la maison portait auparavant le nom de « Gaon », qu'une mémoire ancienne rattachait au gaon de Babylone Rav Sherira ; ce ne serait qu'à l'heure de l'exil qu'elle aurait adopté, comme nom de famille, celui de la localité où elle avait vécu.
Ce changement, la tradition le lie à l'événement fondateur de tout le judaïsme séfarade : l'expulsion des Juifs d'Espagne, décrétée en 1492. Reprendre le nom d'une ville aurait alors permis, dit-on, de se fondre dans le paysage et d'échapper à la vigilance de l'Inquisition. Comme des dizaines de milliers d'exilés, les Pinto passent d'abord au Portugal voisin ; mais le refuge est bref, le royaume expulsant à son tour ses Juifs quelques années plus tard (1496-1497). Les récits familiaux conduisent alors une partie de la maison jusqu'en Italie, dans les États pontificaux, à Ancône, dont le pouvoir romain avait un temps ouvert les portes aux réfugiés.
De cette double expulsion naît la dispersion du nom. Il essaime dans toutes les directions de l'exil séfarade : vers le Maroc, l'Empire ottoman et la Terre sainte, comme vers l'Italie, les Pays-Bas et la France. Rabbi Yossef Pinto, l'ancêtre dont la source garde le souvenir le plus ancien, quitte le Portugal en 1497 pour s'établir à Damas, où affluaient les Juifs fuyant l'Inquisition ; il y fera fortune tout en demeurant réputé pour sa charité. D'autres porteront le nom à Amsterdam, à Bordeaux, à Lisbonne, plus tard jusqu'à New York.
Ainsi, avant même d'être celui d'une lignée de savants et de saints, Pinto est le nom d'une mémoire : celui d'un lieu perdu que des exilés ont choisi de porter, faisant d'un toponyme castillan le sceau discret d'une fidélité.
الفرع الشرقي من العائلة يضرب بجذوره في المنفى الأيبيري. يضع التقليد عند أصله أخوين: الربي Shlomo Pinto — «الأول»، الذي يُروى أنه صعد إلى المحرقة al kiddouch Hachem — والربي Yossef Pinto، ويُعدّان مؤسسَي السلالة. أقدم معلم زمني موثق هو الربي Yossef Pinto، الذي غادر البرتغال عام 1497 واستقر في دمشق، التي كانت آنذاك ملجأً لليهود الفارين من محاكم التفتيش؛ وكان تاجراً ثرياً ورجل خير (tsedaka وgemilout hassadim)، وتقدمه المصدر بوصفه جد الريف، وحرص على أن يتفرغ أبناؤه كلياً للدراسة.
الربي Yoshiyahou (Josias) Pinto، المعروف بالاختصار ha-Rif، وُلد عام 1565 — في العام ذاته، كما يلاحظ المصدر، الذي وُلد فيه Maharsha — وتوفي في دمشق في شهر Adar 5408 (1648). كان غاوناً في الهلاخا والأغادا، وخطيباً ومؤلفاً، وشغل منصب حاخام دمشق مع إقامات في حلب وصفد. من جهة أمه، كان ابن أخ الربي Haïm Vital؛ والمصدر يقول أيضاً إنه كان يحمل نسباً إلى Don Isaac Abravanel من جهة جدّه، مما يربط السلالة بنبلاء سيفاراد في إسبانيا.
تتلمذ على يد الربي Yaacov Aboulafia، ونال منه semikha في صفد عام 1617، إبان محاولة إحياء الرسامة الحاخامية؛ ويُروى أن Aboulafia لم يرسم سوى تلميذين: ابنه الخاص والريف. وخلف الربي Haïm Vital في منصب حاخام دمشق. غادر عام 1625 قاصداً الاستقرار في صفد، لكنه عاد إلى دمشق بعد وفاة ابنه في العام التالي.
إسهامه العلمي ضخم. اشتهر بشرحه لـأغادوت التلمود المجموعة في Ein Yaakov، وهو Maor Einayim (البندقية، 1643). وتحمل سائر كتبه جميعها كلمة Kessef («فضة») — لا حباً في المال، كما يوضح هو بنفسه، بل إشارة إلى الفعل nikhsefa، أي «الاشتياق» إلى خدمة الله: Kessef Nivhar (دمشق، 1616)، Kessef Mezoukak (البندقية، 1628)، Kessef Tsarouf على سفر الأمثال (أمستردام، 1629)، Kessef Nimas على مراثي أرميا، والردود الهلاخية Nivhar mi-Kessef، وأحكام Kevoutsat Kessef.
ينتمي الريف انتماءً كاملاً إلى المدرسة الكابالية للArizal. كان عمه Haïm Vital التلميذَ الرئيسي لـIsaac Louria في صفد وأول من دوّن تعاليمه؛ أما ابن عمه وصهره الربي Shmuel Vital — زوج ابنته Jamila — فقد حرر كتابات لوريا ونشرها. ويروي التقليد أن ضريحه في دمشق، حيث ترقد Jamila أيضاً، غدا مقاماً للصلاة مشهوراً بما يقع فيه من نجدات، وأن Shmuel Vital ألقى رثاءه. وامتد النسل من بنيه في حلب: الربي Daniel Pinto، الحاخام الأكبر لـAram Tsova، ثم الربي Shmuel Pinto.
À l'autre extrémité de la diaspora séfarade, une branche portugaise de la famille — toujours nommée de Pinto ou di Pinto — s'établit dans les grandes communautés de l'Occident marrane. Les foyers d'Amsterdam, de La Haye et de Bordeaux furent largement peuplés de « nouveaux-chrétiens » revenus ouvertement au judaïsme après avoir fui la péninsule Ibérique ; les monographies rattachent les Pinto de Hollande à la dispersion de la famille, un ancêtre, Rabbi Réouven Pinto, étant fixé à Lisbonne.
À Amsterdam, les Pinto comptent parmi les notables (gvirim) et les mécènes de la Torah. En 1673, trois frères — Rabbi Itzhak, Rabbi Yaacov et Rabbi Moché di Pinto — invitèrent le grand rabbin Yaacov Sasportas, célèbre pourfendeur du sabbataïsme, à diriger le beit midrash installé dans leur maison, où étudiaient douze des meilleurs élèves de la ville ; leurs fils, Rabbi Yossef et Rabbi David, en poursuivirent l'œuvre. En 1702, la famille dota Amsterdam d'une synagogue propre. Sasportas atteste lui-même cette hospitalité savante dans son recueil de responsa Ohel Yaakov.
La branche donna aussi des figures marquantes de la vie intellectuelle et civique. À Bordeaux, Isaac de Pinto publia en 1762 son Apologie pour la nation juive, réponse argumentée aux propos antijuifs de Voltaire — lequel répliqua n'avoir pas entendu diffamer les Juifs comme peuple. Aux Pays-Bas, Rabbi Avraham de Pinto (1819-1878), docteur en droit, procureur de l'État et, vingt ans durant, conseiller municipal d'Amsterdam, fut à la tête de la communauté séfarade néerlandaise. Au-delà de l'Atlantique, un Isaac Pinto, de la communauté Shearith Israel de New York, fit paraître en 1766 la première traduction anglaise des prières séfarades — premier livre de prières imprimé dans cette ville.
Cette lignée occidentale rejoint enfin l'une des plus célèbres maisons juives d'Europe. De la descendance de Réouven Pinto de Lisbonne naquit Dorothy Pinto (« Dolly »), qui épousa le baron James de Rothschild, membre du Parlement britannique. Grande philanthrope, cofondatrice de la fondation Yad Hanadiv, elle légua l'essentiel de sa fortune à des institutions israéliennes. La source souligne qu'elle conserva des liens avec les rabbins Pinto de Mogador : reçue discrètement par Rabbi Moshé Aharon Pinto à Ashdod, elle eut pour hôte à Londres Rabbi Haïm Pinto.
C'est au cours du XVIIIᵉ siècle que la famille Pinto prend racine au Maroc. Selon les monographies, la branche marocaine touche d'abord terre à Tanger, puis gagne Marrakech, où elle commence à se faire un nom parmi les kabbalistes du Sud. Mais le rameau dont sortira la dynastie des tsadikim de Mogador emprunte une autre voie. Rabbi Chlomo Pinto, venu de Terre d'Israël après avoir étudié en Italie, à la yeshiva de Reggio, dans l'intimité du Ramhal, quitte l'Europe sur l'invitation de son ami Rabbi Khalifa ben Malka, notable de Tétouan ; il épouse la sœur de celui-ci, la Rabbanit Simha, et s'établit à ses côtés à Agadir. Négociant autant qu'érudit, associé au commerce maritime de son beau-frère, il y prospère au point que le quartier du port aurait été surnommé « Ponti », déformation de Pinto. On ignore les dates exactes de cette installation, que la tradition place dans la vieillesse du père.
La fermeture du port d'Agadir et la crise qui l'accompagne poussent la famille à émigrer vers Mogador — Essaouira —, qui deviendra le véritable berceau marocain de la lignée : le jeune Haïm Pinto, né à Agadir, y grandira, et la ville gardera son tombeau et sa mémoire.
Les Pinto s'inscrivent alors dans un milieu d'une rare densité savante. Quelques années plus tôt, Rabbi Haïm ben Attar — le saint « Or ha-Haïm » —, ayant quitté Salé à la suite d'un différend avec son neveu, avait séjourné près de deux ans, reclus dans une chambre isolée d'une maison de Mogador, hébergé par le notable Rabbi Meïr Pinto, vice-consul de France, dont la sœur avait épousé le commentateur ; de là il monta à Jérusalem en 1742. La tradition rapporte qu'une même chambre, emplie de sainteté, vit ensuite les tsadikim Pinto naître et s'y isoler pour l'étude, de génération en génération. Par sa mère, la Rabbanit Simha, la lignée s'alliait justement aux Ben Attar.
Autour d'eux rayonnaient les grandes maisons d'étude du Maroc. Les da Avila de Salé et de Rabat, d'abord : Rabbi Shmuel da Avila, auteur du Ozen Shmuel et beau-frère de l'Or ha-Haïm, puis son fils Rabbi Eliezer da Avila — le « Rav Ada » —, génie talmudique dont les décisions du Magen Giborim firent longtemps autorité. Les Elmaleh ensuite, dont Rabbi Yosef Elmaleh, le « Tokpo shel Yosef », av beit din de Rabat et de Gibraltar, et leurs descendants fixés à Mogador. La famille Coriat, qui donnera un disciple à Rabbi Haïm Pinto. Et, au premier rang, Rabbi Khalifa ben Malka, le « Rakhbam » : rabbin, kabbaliste et poète — auteur du Kaf ve-Naki et du Kol Zimra —, négociant en relations avec la Hollande, l'Angleterre et le Portugal, lui-même issu des Ben Attar. C'est dans cette constellation de familles liées par le savoir, la kabbale et le mariage que les Pinto s'enracinèrent, avant de s'y distinguer à leur tour.
Au cœur de la ذاكرة السفاردية المغربية تتصدّر شخصيةُ Rabbi Haïm Pinto HaGadol — «الكبير»، المعروف أيضاً بـ«القديم» (الـHar"h). تُفيد التقاليد بأنه وُلد في اليوم ذاته الذي رحل فيه Rabbi Haïm ben Attar، القديسُ Or ha-Haïm، فأُعطي لهذا السبب اسمَ Haïm؛ وتُحدّد المصادر ذلك نحو عام 1743، فيما تشير مصدر آخر إلى عام 1749. وهو ابن Rabbi Chlomo Pinto، وكان شاهدَ ختانه (sandak) عمُّه Rabbi Khalifa ben Malka، الذي تربّى في كنفه مع أبيه اثنتي عشرة سنة. يُقال إنه وُلد في Agadir، وإن كانت رواية أخرى، مستندةً إلى وثيقة، تجعل مسقطَ رأسه Barcelona.
بعد نفي العائلة إلى Mogador (Essaouira)، استقبله قريبُه الوجيه Meïr Pinto وعهد به إلى يشيفا Rabbi Yaacov Bibas. وعقب وفاة هذا الشيخ عام 1769، أسندت إليه الجماعة منصب دَيَّان، فصار av beit din في Mogador، يجلس إلى جانب صديقه وزميله Rabbi David ben Hazan وRabbi Coriat — ويُقال إن الأحرف الأولى من أسمائهم الثلاثة تُكوّن كلمة «Ehad»، أي الواحد. خرّج تلاميذ كثيرين، من بينهم Rabbi Abraham Coriat وRabbi David Zagouri، وكان يستعين بالناسخ Rabbi Shlomo Azoulay. أما زوجته فكانت الرَّبّانيت Simha؛ وله أبناء عدة — منهم Rabbi Yehouda، الملقّب بـ«Rabbi Hadan»، الذي خلفه — وابنة تُدعى Mazal.
سرعان ما تجاوزت مكانتُه حدود الجماعة اليهودية وحدها: إذ تُصوّره التقاليد محلَّ تبجيل اليهود والمسلمين على حدٍّ سواء. كان يُعلّم دون انقطاع فضيلةَ الصدقة، حتى بات من عادة كل بيت في المدينة أن يحتفظ بصندوق تبرعات يُسمّى «صندوق Rabbi Haïm Pinto». ومن مؤلفاته في الهلاخاه والأغاداه والقبّالاه، ضاع كلُّ شيء تقريباً لعدم طباعته؛ ولم يبقَ منه سوى بعض الردود (responsa) المنقولة عند غيره، وبعض piyyoutim كـ«Ham libi be-kirbi».
سمعتُه في القداسة شاهقة، ولا بدّ من استقبالها بما هي عليه حقاً: ذاكرةٌ حيّة. تصوّره روايات القداسة «صانعَ المعجزات» — إذ ينفخ في الشوفار ويتلو الصفاتِ الثلاثَ عشرة لصرف الجراد والجفاف والغزوات عن Mogador، أو يُشكّل — كما يُقال — غولِيم من الطين لحماية يهود المدينة، ثم يُفككه لأنه رأى أن الأجدر التوكلُ على الخالق لا على مصنوع من يد إنسان. هذه الأعاجيب من قبيل الرواية التقليدية لا الحقيقة الثابتة؛ غير أن الورعَ الذي تحمله حقيقيٌّ. وحين أحسّ بدنوّ أجله، خاطب Rabbi Haïm تلاميذه خمسة أيام متواليةً ثم فاضت روحه في السادس والعشرين من Eloul عام 1845، وقد أوصى ألّا يُنصب له شاهدُ قبر مديح، بل اسمُه وحده. لا يزال كرسيُّه محفوظاً في Essaouira، وقبرُه في المقبرة العتيقة لا يزال حتى اليوم موضعَ حجٍّ وزيارة — وتُخلّد ذكراه هيلولا السادس والعشرين من Eloul.
Lorsque Rabbi Haïm Pinto HaGadol s'éteignit à Mogador le 26 Eloul 5605 (1845), à quatre-vingt-seize ans et après plus de soixante-dix ans à la tête du tribunal rabbinique, il laissa quatre fils — Yehouda, Yossef, Yashia et Yaacov. Avec eux, la communauté allait tenir pour héréditaire non un trône dynastique, mais la transmission, de génération en génération, d'une même réputation de savoir et de sainteté.
L'aîné, Rabbi Yehouda, que tous appelaient « Rabbi Hadan », succéda à son père. Grand en Torah et en kabbale, homme de conseil et polyglotte — il maîtrisait l'anglais, le français et l'espagnol —, il fut consulté par des dignitaires et des représentants étrangers par l'entremise des consulats qu'abritait Mogador. Des archives marocaines rapportent qu'il aurait été consulté par le Premier ministre Benjamin Disraeli et reçu en Angleterre par la reine Victoria — tradition plus que fait établi. Homme de grande charité, il pourvoyait au talit, aux tefillin, aux vêtements neufs et au mariage des fils de pauvres. Il mourut le 15 Av 5641 (1881) et fut enterré près de son père, au vieux cimetière de Mogador.
Son fils, Rabbi Haïm Pinto — dit « le Petit » (ha-Katan) ou « le Second », pour le distinguer de son illustre aïeul — porta le centre de son activité de Mogador à Casablanca, où la communauté lui acquit un logement. Il vivait dans une simplicité extrême, vêtu comme un pauvre et parmi les pauvres, ne revêtant l'habit d'honneur que pour Chabbat et les fêtes, répétant sans cesse : « prenez garde aux fils des pauvres ». Ayant perdu la vue en fin de vie, il conserva, selon la tradition, une acuité de perception qui lui valut le surnom de « Prophète » (ha-Navi). Il mourut à Casablanca, terrassé durant la prière du matin, revêtu du talit et des tefillin ; à ses funérailles, les commerces fermèrent, y compris ceux de musulmans.
Vint ensuite Rabbi Moshé Aharon Pinto, nommé par son père en mémoire d'Aaron le Prêtre et de Moïse. Il vécut reclus à Mogador quarante années durant, vouées à la prière et à l'étude, afin — selon la tradition familiale — de veiller sur la maison de son aïeul le Har"h et d'y maintenir les prières quotidiennes tandis que la ville se vidait de ses Juifs. Après la création de l'État d'Israël, il monta en Terre sainte et s'établit à Ashdod, où il fonda un vaste ensemble d'étude — beit midrash, synagogue, mikvé, yeshiva — et fit essaimer des maisons de Torah en Angleterre, à Lyon, à Paris (confiée à son fils David) et en Californie (confiée à son fils Yaacov). Il mourut le 5 Eloul 5745 (1985). Par ses fils, dont Rabbi David Pinto et le Rabbi Haïm Pinto d'aujourd'hui, la charge et la mémoire des tsadikim de Mogador se sont transmises jusqu'à nos jours.
De génération en génération, la tradition a désigné les rabbins de la maison Pinto comme des baalei mofet — « faiseurs de prodiges » — et des meloumadim be-nissim, « versés dans les miracles ». Il faut entendre ces mots pour ce qu'ils sont : non le compte rendu d'événements vérifiables, mais une mémoire de sainteté, transmise oralement puis recueillie par les monographies familiales, où la dévotion d'un peuple a déposé son espérance. Les récits de mofet — guérisons, sécheresses rompues, dangers écartés, songes annonciateurs — forment un genre à part entière, que l'on rapporte en croyant et non en témoin.
Fait remarquable, la tradition elle-même met en garde contre l'idolâtrie du miracle. Les fidèles racontent que Rabbi Haïm Pinto le Second enseignait à ceux qu'il bénissait et qui recouvraient la santé de rendre grâce non à lui, mais au Créateur : ses bénédictions, disait-il, n'agissaient qu'en vertu des mérites du malade et de ceux des saints ancêtres qu'il évoquait dans ses prières. La sainteté, dans ces récits, n'est jamais un pouvoir personnel ; elle est intercession, chaîne de mérites remontant aux aïeux.
C'est pourquoi la vénération s'est concentrée sur les tombeaux. Au vieux cimetière de Mogador, où reposent Rabbi Haïm Pinto le Grand, Rabbi Hadan et les leurs — le Grand ayant, dit-on, interdit toute stèle élogieuse et voulu qu'on n'y gravât que son nom —, les Juifs venaient prier, déposer leurs suppliques et allumer des lumières. La tradition rapporte qu'un orfèvre aveugle depuis dix ans y recouvra la vue à force de Psaumes, et revint chaque année honorer la tombe ; on raconte aussi que, dans chaque foyer juif de la ville, une tirelire de charité — la « caisse de Rabbi Haïm Pinto » — perpétuait son souvenir et son enseignement du mérite de la tsedaka.
La hiloula du 26 Eloul, anniversaire de la disparition du Grand, devint le foyer de cette dévotion. Après le départ des Juifs du Maroc, elle se transporta jusqu'en Israël, à Ashdod, où la famille avait établi son siège. Les fidèles racontent qu'à la première hiloula de Rabbi Moshé Aharon Pinto, une eau jaillit de sa tombe à l'endroit de son nom gravé et se tarit dès que la foule y trempa les mains ; d'autres rapportent des guérisons obtenues lors de ces rassemblements. Énoncés comme tels — mémoire et croyance, non chronique —, ces récits disent la ferveur d'une communauté pour qui les Pinto demeurent, selon la formule répétée, de ceux dont « les justes, même dans la mort, sont appelés vivants ».
أدّى قيام دولة إسرائيل إلى إعادة رسم الجغرافيا العائلية من جديد. في Mogador (Essaouira)، التي كانت تتفرّق منها جاليتها اليهودية شيئاً فشيئاً، ظلّ الرابي Moshé Aharon Pinto — نجل الرابي Haïm Pinto الثاني — في البداية الحارس الوحيد لدار أسلافه، يُديم فيها الصلوات اليومية حفاظاً على بيت الـHar"h. وبعد سنوات قضاها في Casablanca، صعد هو الآخر إلى إسرائيل في ستينيات القرن الماضي، واستقرّ في Ashdod. ثمّة وضع حجر الأساس لمجمّع فسيح للدراسة والعبادة — بيت ميدراش، وكنيس، وميقوه، ويشيفا — ليغدو ذلك المجمّع القلبَ الإسرائيلي للسلالة. وقد لخّصت شعارُه «letaken olam be-malkhout Shaddaï» مسيرةَ نقلٍ للإرث متّجهةً نحو العالم. توفّي في Ashdod عام 1985.
وقد شرع الرابي Moshé Aharon في حياته بالانتشار إلى ما هو أبعد من إسرائيل؛ إذ أسّس أو أشرف على تأسيس يشيفوت في إنجلترا، وفي Lyon (مع ميقوه)، وفي Paris — أسندها إلى نجله الرابي David Pinto — وفي California أسندها إلى نجله الآخر الرابي Yaacov Pinto. وهكذا امتدّت السلالة المغربية في جيل واحد على ثلاث قارات.
واليوم، يواصل ابنان الحفاظ على هذا الإرث. يترأّس الرابي David Pinto من Paris يشيفا Pinto، قلبَ شبكة تعليمية في فرنسا. أمّا أخوه الرابي Haïm Pinto (shlita) — صهر الرابي Meïr Abou'hatséra، نجل Baba Sali — فيترأّس في Ashdod مؤسّسات Otzrot Haïm – Yismah Moshe، التي تحمل اسمَي الصادقَين Haïm Pinto وMoshé Aharon Pinto، وتضمّ كنائس، ويشيفا Divrei Edmond Safra (التي افتُتحت عام 1991 وتحمل اسم المحسن الحلبي Edmond Safra، أحد كبار رعاتها)، ومدرسة البنات Neot Esther. وبوصفه الحاخام الأكبر لـKiryat Malachi، فقد حرص على نقل رفات أربعة صادقين من أبناء العائلة من المغرب قبل إزالة المقبرة، وينظّم hilloulot حاخامات Pinto في إسرائيل كما في المغرب. وسلالةٌ باتت موزّعةً بين إسرائيل وفرنسا والأمريكتَين لم تفقد بذلك شيئاً من وحدتها.
D'une bourgade castillane proche de Madrid jusqu'aux yeshivot d'Ashdod, de Paris et de Californie, le nom Pinto aura traversé plus de cinq siècles sans jamais rompre le fil qui l'anime : l'alliance du savoir et de la sainteté. La famille en offre une image presque exemplaire de la transmission séfarade et marocaine. Le savoir, d'abord : le Rif de Damas et son commentaire du Ein Yaakov, les décisionnaires d'Alep et de Marrakech, les kabbalistes de la « confrérie des lions », les lettrés et apologistes de l'Occident marrane — Amsterdam, Bordeaux, La Haye, New York. La sainteté, ensuite : la lignée des tsadikim de Mogador, de Rabbi Haïm Pinto le Grand à Rabbi Moshé Aharon, dont les tombeaux et les hilloulot demeurent, pour tant de fidèles, des foyers de mémoire vivante.
Ce qui frappe, au terme de ce parcours, c'est l'unité d'une famille pourtant éclatée sur trois continents. Chassés d'Espagne, dispersés entre l'Orient ottoman, l'Europe et le Maghreb, puis rassemblés par l'aliyah et la diaspora contemporaine, les Pinto semblent avoir fait de l'exil non une dissolution mais une fécondité : chaque déplacement a laissé des œuvres, des écoles, des maîtres. En cela, leur histoire condense quelque chose du judaïsme séfarade tout entier — la capacité à rester soi-même en tout lieu, autour d'un livre et d'un nom.
Ce Grand Livre s'appuie sur deux monographies hébraïques d'Ehud Michelson, « Keter Kedusha — Toledot ha-Zahav le-Beit Pinto » et « Ha-Shoshelet le-Beit Pinto », sérialisées sur moreshet-morocco.com, la bibliothèque numérique d'Elie Pilo. Qu'ils soient ici remerciés : sans ce patient travail de collecte, de vérification et de préservation, la mémoire de la famille Pinto — ses dates, ses œuvres, ses récits — n'aurait pu être rassemblée ni transmise.
Rabbi David Pinto
Dirigeant de la dynastie contemporaine (institutions Orot Haïm ou-Moché) · contemporain