אנקאווה
(Alnakaoua)
الأصل الجغرافي: Tolède → Tlemcen
Ce Grand Livre est le fruit d'un travail collectif, nourri par des décennies de recherches historiques, généalogiques et théologiques. Il retrace l'histoire d'une famille juive séfarade dont la trajectoire épouse, depuis le XIIe siècle au moins, les grands mouvements de l'histoire du peuple juif — de l'âge d'or andalou aux exils contemporains, en passant par les persécutions, les renaissances et les transmissions silencieuses de savoir.
Pourquoi ce Grand Livre ?
L'ambition de ce Grand Livre est triple. D'abord, rassembler en un seul corpus les connaissances dispersées sur la lignée Encaoua — un nom qui, sous ses multiples graphies (Al-Naqua, Alnakaoua, Ankawa, Enkaoua, Encaoua), traverse sept siècles d'histoire juive méditerranéenne. Ensuite, rendre hommage aux « passeurs de pensée » — ces hommes et ces femmes qui, génération après génération, ont transmis un héritage intellectuel et spirituel d'une richesse exceptionnelle. Enfin, offrir aux descendants de cette famille, où qu'ils se trouvent aujourd'hui — en France, en Israël, au Canada, aux États-Unis, au Maroc ou ailleurs — un lieu de mémoire vivant, accessible et partagé.
Une famille au carrefour de l'histoire
L'histoire des Encaoua est indissociable de celle du judaïsme séfarade. Elle en constitue l'un des fils les plus anciens et les plus continus. Depuis les premières mentions dans les responsa du XIIe siècle jusqu'aux travaux universitaires contemporains de David Encaoua et aux recherches généalogiques de Bernard Bensaïd, cette famille incarne la permanence d'une tradition savante dont les racines plongent dans les académies talmudiques de Tolède, les cours califales de Cordoue et les synagogues de Tlemcen. Le nom Encaoua n'est pas seulement un patronyme : c'est le marqueur d'une lignée dont chaque génération a su répondre aux défis de son temps tout en préservant l'essentiel de ce qu'elle avait reçu.
Les sources de ce travail
Ce Grand Livre s'appuie sur trois catégories de sources. Premièrement, les sources primaires : manuscrits rabbiniques conservés dans les bibliothèques d'Oxford (Bodleian Library), Paris (BnF), Rome (Bibliothèque Vaticane) et Jérusalem ; responsa halakhiques publiés à Livourne, Tunis et Jérusalem entre le XVIe et le XXe siècle ; actes notariaux et registres d'état civil des Archives nationales d'outre-mer (ANOM) à Aix-en-Provence. Deuxièmement, les travaux académiques : les articles et ouvrages de David Encaoua (Généalo-J, L'Harmattan), les études d'Haïm Zafrani sur le judaïsme marocain, les recherches de Jessica Marglin sur les Juifs du Maghreb, et l'encyclopédie monumentale de la Jewish Encyclopedia. Troisièmement, les témoignages vivants : le Manuscrit Sacré de Didier Nebot (2026), nourri par le témoignage de Fred Enkaoua, descendant direct du Rab de Tlemcen, et les recherches généalogiques de Bernard Bensaïd sur Geneanet.
Plan de l'ouvrage
L'ouvrage est organisé en neuf parties et vingt-neuf chapitres. La Partie I explore les origines du nom et les premières traces documentées. La Partie II couvre l'apogée intellectuelle et spirituelle des Encaoua dans l'Espagne médiévale. La Partie III est consacrée aux quatre « passeurs de pensée juive » identifiés par David Encaoua : Israël Al-Naqua, Ephraïm Al-Naqua, Abraham Ankawa et Raphaël Encaoua. La Partie IV traite de l'expulsion de 1492 et de la diaspora qui s'ensuivit. La Partie V décrit le rayonnement rabbinique des Encaoua au Maghreb du XVIe au XIXe siècle. La Partie VI aborde l'ère moderne, de la colonisation aux exils du XXe siècle. Les Parties VII et VIII présentent les contributions essentielles de Didier Nebot et de David Encaoua à la connaissance de cette lignée. La Partie IX, enfin, est dédiée aux recherches généalogiques de Bernard Bensaïd.
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Le Menorat HaMaor (מנורת המאור, « Le Candélabre de la Lumière ») est une œuvre majeure de la littérature éthique juive, composée par Rabbi Yisrael ben Yosef Alnaqua (Al-Naqua) à Tolède au XIVe siècle. Père du Rab Éphraïm Al-Naqua, fondateur de la lignée des Encaoua à Tlemcen, il est le premier passeur de pensée juive identifié par David Encaoua. Son œuvre est le socle spirituel et intellectuel sur lequel repose toute la tradition familiale.
Une œuvre accessible à tous
Le Menorat HaMaor est un ouvrage de Musar (éthique juive) en 20 chapitres. Écrit dans un hébreu simple et accessible, il mêle instructions halakhiques pratiques pour la vie quotidienne — prière, étude de la Torah, conduite en affaires — et enseignements éthiques profonds sur l'humilité, la charité, l'amour du prochain et la maîtrise de soi. L'ambition de Rabbi Yisrael était de rendre la sagesse du Talmud accessible à tous, y compris les plus simples, en rassemblant des enseignements dispersés dans la littérature rabbinique en un seul candélabre de lumière.
La structure en 20 chapitres
L'ouvrage est organisé autour de vingt chapitres thématiques, précédés d'un poème liturgique (Piyyout) et d'une Introduction dans laquelle l'auteur raconte sa vision mystique d'un candélabre d'or. Les chapitres couvrent : I. La Charité (Tsedaka) — II. La Prière (Tefila) — III. La Repentance (Techouva) — IV. L'Humilité (Anava) — V. L'Étude de la Torah — VI. Les Commandements (Mitsvot) — VII. Les Actes de Bonté (Guemilout Hassadim) — VIII. Le Shabbat et les Fêtes — IX. L'Honneur dû aux Parents — X. Le Mariage — XI. L'Éducation des Enfants — XII. La Conduite en Affaires — XIII. Le Juge et la Justice — XIV. Le Contentement — XV. La Maîtrise de la Colère — XVI. La Flatterie et la Moquerie — XVII. L'Amour du Prochain — XVIII. La Médisance (Lashon Hara) — XIX. La Garde du Secret — XX. Les Bonnes Manières (Derekh Erets).
La postérité de l'œuvre
Le Menorat HaMaor est fréquemment cité dans des œuvres majeures postérieures comme le Shenei Luchot HaBrit (Shelah) de Rabbi Isaiah Horowitz et le Rema (Rabbi Moshe Isserles). Un abrégé fut publié à Cracovie en 1593. Le manuscrit complet fut publié en quatre volumes aux États-Unis en 1929-1934 par l'éditeur H.G. Enelow. L'ouvrage est aujourd'hui accessible en texte intégral sur Sefaria.org (domaine public) et, pour la première fois en traduction française intégrale, sur Encaoua.org.
Le martyre de l'auteur
Rabbi Yisrael ben Yosef Alnaqua mourut en martyr lors des massacres de l'été 1391. Selon la tradition rapportée par Didier Nebot dans Le Manuscrit Sacré, il fut brûlé vif le 6 juin 1391 dans la synagogue d'Écija (près de Séville). L'Encyclopedia Judaica situe plutôt l'événement à Tolède. Les deux versions témoignent de la brutalité extrême des événements. La tradition rapporte qu'il périt en tenant un Sefer Torah à la main. Son fils, Rabbi Éphraïm Aln'Kaoua, fuit l'Espagne et fonda la lignée des Encaoua à Tlemcen, emportant avec lui l'héritage intellectuel paternel.
Lire le Menorat HaMaor
Le lecteur intégré d'Encaoua.org permet de lire les 20 chapitres du Menorat HaMaor en traduction française, avec accès au texte hébreu original via l'API Sefaria. La traduction française, réalisée spécialement pour ce projet, est la première traduction intégrale en français de cette œuvre fondatrice. Le lecteur est accessible depuis le menu Explorer → Menorat HaMaor, ou depuis la page d'accueil.
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Le patronyme Encaoua a suscité chez les philologues et les historiens des interprétations multiples et parfois contradictoires. Trois grandes hypothèses se dégagent de la littérature savante.
1.1 L'hypothèse hébraïco-araméenne : « En Kawa »
La première interprétation fait du nom Encaoua une transcription phonétique de l'expression hébraïco-araméenne עֵין קַוָּא (Ein Kawa), qui peut se traduire par « source de la mesure » ou « fontaine du canon ». Le terme קַוָּא (kawa) renverrait au qav, unité de mesure hébraïque et araméenne mentionnée dans la Michna.
1.2 L'hypothèse arabophone : « Ibn Qawa »
La deuxième interprétation rattache le nom à l'arabe ابن قاوة (Ibn Qawa), « fils de Qawa ». La forme Hencaoua se retrouve dans des documents arabes médiévaux, notamment dans des actes notariaux de Grenade et de Séville conservés à l'Archivo Histórico Nacional de Madrid.
1.3 L'hypothèse berbère
Une troisième école de pensée, représentée par l'historien Gabriel Camps, suggère que le radical kawa ou cawa est d'origine berbère, apparenté au tamazight désignant un type particulier de terrain ou d'établissement humain. Camps rappelle que de nombreuses familles juives d'Afrique du Nord portent des noms d'origine berbère (Azoulay, Medioni, Berdugo, Abitbol), reflétant l'ancienneté de la symbiose judéo-berbère. Selon cette hypothèse, le nom aurait été adopté avant même l'arrivée en Espagne — ce qui contredirait l'idée d'une origine exclusivement ibérique de la famille.
1.4 Les graphies du nom à travers les siècles
Selon la Jewish Encyclopedia, on trouve au moins quatre graphies en caractères hébraïques et de nombreuses calligraphies en caractères latins : Al-Naqua, Alnakaoua, Al-Naqwa, Alnucawi, Ankoa, Kaoua, N'Kaoua (Nkaoua), Ankaoua, Enkaoua, Encaoua, Ankawa, Enkawa et Elnekave (ou Elnecavé). Cette dernière forme, Elnekave, est la variante hébraïsée moderne utilisée principalement en Israël et dans les pays anglophones, tandis que les formes Ankawa et Enkawa se retrouvent au Maroc et en Algérie. Selon Alexander Beider, le nom est de nature monogénétique, apparu en un seul lieu, à une période donnée, porté par une famille bien déterminée.
1.5 La transmission onomastique dans la tradition séfarade
La persistance du patronyme Encaoua à travers sept siècles illustre un phénomène caractéristique de la tradition séfarade : la transmission du nom comme marqueur identitaire sacré. Contrairement à de nombreuses familles juives ashkénazes qui adoptèrent des patronymes imposés par les administrations européennes au XVIIIe siècle, les familles séfarades comme les Encaoua conservèrent leur nom médiéval sans interruption. Cette fidélité onomastique s'explique par la structure communautaire du judaïsme maghrébin, où le nom de famille garantissait l'accès à certaines fonctions rabbiniques héréditaires. Le patronyme fonctionnait ainsi comme un titre de noblesse intellectuelle, attestant l'appartenance à une lignée de savants et de juges.
1.6 La question de l'unicité familiale
L'une des questions les plus débattues par les historiens est de savoir si toutes les familles portant les différentes variantes du nom descendent d'un ancêtre commun. Alexander Beider, dans son Dictionary of Jewish Surnames from Maghreb (2017), penche nettement en faveur de la monogenèse : le nom serait apparu une seule fois, dans la Castille médiévale, probablement à Tolède ou Séville au XIIe siècle, et toutes les branches actuelles descendraient de cette souche unique. Cette hypothèse est renforcée par la cohérence géographique de la dispersion : les Encaoua ne se trouvent que dans des lieux historiquement reliés à l'itinéraire Espagne → Maghreb (Tlemcen, Oran, Salé, Fès), jamais dans les communautés ashkénazes ou dans l'Empire ottoman — ce qui serait difficile à expliquer si le nom avait des origines multiples et indépendantes.
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Les sources latines mentionnent la présence de communautés juives en Hispanie dès le Ier siècle de l'ère commune.
2.1 Les Juifs d'Hispanie à l'époque romaine et wisigothique
L'épigraphie funéraire juive de la péninsule ibérique révèle l'existence de synagogues à Mérida, Tolède, Barcelone et dans d'autres villes importantes. La tradition rabbinique fait remonter l'installation des Juifs en Espagne à la période du premier Temple. Le Concile d'Elvire (300-306) contient les plus anciennes législations chrétiennes concernant les Juifs d'Hispanie, attestant d'une présence juive structurée et d'interactions fréquentes entre communautés. Sous les Wisigoths, la législation antijuive du roi Sisebut (612) provoqua des conversions forcées massives, préfigurant les cycles de persécution qui marqueront les siècles suivants.
2.2 L'âge d'or sous al-Andalus
La conquête arabe de l'Hispanie en 711 ouvrit une période extraordinaire pour les Juifs de la péninsule, souvent qualifiée de « âge d'or » (ha-tequfa ha-zahavit). Sous les Omeyyades de Cordoue, des familles comme les ancêtres des Encaoua forgèrent leur identité savante. Hasdaï ibn Shaprut (915-970), médecin et diplomate à la cour d'Abderaman III, incarne cette symbiose culturelle. Les grands poètes Shlomo ibn Gabirol, Yehouda Halevi et Moshe ibn Ezra firent de l'hébreu une langue de haute littérature. C'est dans ce terreau intellectuel que prospérèrent les premières générations connues des Encaoua.
2.3 Les grandes figures intellectuelles du judaïsme ibérique
L'Espagne juive médiévale produisit une constellation de penseurs dont l'influence fut considérable sur la lignée Encaoua. Maïmonide (1138-1204), né à Cordoue, est le plus illustre : son Guide des Égarés et son Michné Torah sont les références philosophiques et halakhiques que défendra plus tard Éphraïm Al-Naqua dans le Sha'ar Kevod Hashem. Nahmanide (1194-1270), de Gérone, représente le courant mystique et kabbalistique, en tension créatrice avec le rationalisme maïmonidien. Le Rashba (1235-1310) de Barcelone, le Rosh (1250-1327) de Tolède, et le Rivash (1326-1408, exilé à Alger en 1391) forment la chaîne de transmission dans laquelle s'inscrivent les Encaoua — à la croisée des traditions castillane, aragonaise et catalane.
2.4 La Reconquista et la dégradation de la condition juive
La Reconquista chrétienne, qui reprit progressivement les territoires musulmans entre le XIe et le XVe siècle, transforma profondément la condition des Juifs d'Espagne. Dans les royaumes chrétiens, les Juifs bénéficiaient initialement d'une condition relativement favorable — protégés par les rois qui appréciaient leurs compétences fiscales, médicales et diplomatiques. Mais à partir du XIVe siècle, la montée de la prédication antijuive, la peste noire de 1348 (dont les Juifs furent accusés), et l'instabilité politique créèrent un climat de violence croissante qui culmina dans les massacres de 1391. C'est dans ce contexte que les Encaoua vecurent leurs dernières décennies en Espagne — un monde où leur prestige rabbinique ne suffisait plus à les protéger de la fureur populaire.
2.5 Le système des aljamas et la vie communautaire
Les communautés juives d'Espagne s'organisaient autour d'aljamas — unités communautaires autonomes disposant de leurs propres institutions religieuses, juridiques et éducatives. Chaque aljama était dirigée par un conseil de notables et encadrée par des rabbins qui exerçaient une juridiction civile et religieuse sur les membres de la communauté. Ce système, reconnu par les rois de Castille et d'Aragon, conférait aux Juifs une autonomie juridique considérable. Les registres fiscaux (pecheros) et les ordonnances communautaires (Takkanot) témoignent d'une vie juive organisée et florissante. C'est dans ce cadre institutionnel que les Encaoua exercèrent leurs fonctions rabbiniques et judiciaires — un cadre qu'ils chercheront à reproduire au Maghreb après les exils de 1391 et 1492.
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Les premières mentions indiscutables du nom Encaoua apparaissent dans des collections de responsa du XIIe siècle.
3.1 Les responsa du XIIe siècle
Un responsum particulièrement important, conservé dans la collection des teshuvot du Rav Yossef Ibn Migash (1077-1141), fait référence à un « Rav Choushan Encaoua ». Le Rav Yossef Ibn Migash, disciple de Rabbi Isaac Al-Fasi (le Rif) et maître de Maïmonide selon certaines traditions, dirigeait la yeshiva de Lucena. Le fait qu'un Encaoua corresponde avec cette autorité suprême du judaïsme ibérique atteste du rang élevé de la famille dès le XIIe siècle.
3.2 Les documents notariaux ibériques
Un acte conservé à l'Archivo de la Corona de Aragón, daté de 1289, mentionne un « Mossé Encaoua » comme rabbin de la communauté juive (aljama) de Huesca. Les archives de la Couronne d'Aragon sont parmi les plus riches d'Europe pour documenter la vie des communautés juives médiévales. Les aljamas (communautés juives autonomes) disposaient de chartes royales leur garantissant une juridiction propre, et les rabbins y exerçaient des fonctions à la fois spirituelles et judiciaires.
3.3 Le réseau des aljamas et la circulation des élites rabbiniques
Les mentions documentées des Encaoua dans plusieurs villes de la péninsule ibérique — Tolède, Séville, Saragosse, Huesca — révèlent une mobilité géographique caractéristique des élites rabbiniques médiévales. Les grands rabbins circulaient entre les aljamas au gré des nominations et des controverses halakhiques. Le réseau des communautés juives d'Espagne, qui comptait à son apogée au XIIIe siècle plus de 200 aljamas, fonctionnait comme un maillage intellectuel dense où les idées, les manuscrits et les controverses voyageaient avec les rabbanim. Le fait que des Encaoua soient attestés simultanément dans les royaumes de Castille (Tolède, Séville) et d'Aragon (Huesca, Saragosse) témoigne de l'ampleur de ce réseau familial dès le XIIIe siècle.
3.4 Les sources inquisitoriales
Après 1492, les archives de l'Inquisition espagnole fournissent, paradoxalement, des informations précieuses sur les familles juives d'avant l'expulsion. Les procès intentés aux conversos (Juifs convertis au christianisme) contiennent fréquemment des témoignages mentionnant les familles d'origine des accusés. Plusieurs dossiers conservés à l'Archivo Histórico Nacional de Madrid font référence à des « Abencava » ou « Encahua » parmi les familles dont l'orthodoxie chrétienne des descendants était mise en doute — preuve que le nom Encaoua était suffisamment connu pour attirer l'attention des inquisiteurs, et que certains membres de la famille avaient choisi la conversion plutôt que l'exil en 1492.
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La figure la plus marquante des Encaoua ibériques médiévaux est Rav Yitzhak Ben Choushan Encaoua, dont les responsa exercèrent une influence considérable au XIIIe siècle.
4.1 Rav Yitzhak Ben Choushan Encaoua (XIIIe siècle)
Ses écrits sont conservés à la Bibliothèque nationale de France (fonds hébreu, ms. 389) et à la Bibliothèque nationale d'Espagne. Il était disciple du Meïri de Perpignan et correspondait avec le Rashba de Barcelone.
4.2 La contribution aux Takkanot communautaires
Les Takkanot de Valladolid de 1432 portent la signature de plusieurs rabbins dont un certain Shem Tov Encaoua, représentant des communautés d'Andalousie. Les Takkanot de Valladolid furent l'un des plus importants congrès rabbiniques du judaïsme ibérique. Réunissant des délégués de toutes les communautés de Castille, elles codifièrent des règles de fiscalité communautaire, d'éducation et de juridiction rabbinique. La présence d'un Encaoua parmi les signataires confirme le rôle de la famille dans les instances juridiques les plus élevées du judaïsme espagnol, un demi-siècle avant l'expulsion.
4.3 Rav Ephraïm Ibn Encaoua et la philosophie
Il rédigea un commentaire partiel sur le Moreh Nevoukhim (Guide des Égarés) de Maïmonide, dont des fragments sont conservés dans le codex hébreu 419 de la Bibliothèque Vaticane. Ce commentaire s'inscrit dans la tradition des super-commentaires maïmonidiens qui fleurirent en Espagne aux XIIIe et XIVe siècles, période où l'œuvre de Maïmonide suscitait des débats passionnés entre rationalistes et mystiques. Le Moreh Nevoukhim, composé en arabe vers 1190, tentait de réconcilier la philosophie aristotélicienne avec la Torah — un projet intellectuel que les Encaoua des générations suivantes reprendront à leur compte, notamment Éphraïm Al-Naqua dans le Sha'ar Kevod Hashem.
4.4 L'environnement intellectuel des Encaoua médiévaux
Pour comprendre la place des Encaoua dans le paysage rabbinique médiéval, il faut les replacer dans l'écosystème intellectuel de l'Espagne juive des XIIIe-XIVe siècles. Les grandes académies talmudiques de Tolède, Barcelone, Perpignan et Gérone formaient un réseau dense d'érudits en correspondance permanente. Le Meïri de Perpignan (1249-1315), qui fut l'un des maîtres de Rav Yitzhak Ben Choushan Encaoua, incarnait une approche ouverte et rationaliste de la Halakha. Le Rashba de Barcelone (1235-1310), correspondant des Encaoua, représentait quant à lui un courant plus mystique, influencé par la Kabbale provençale. Les Encaoua naviguaient entre ces deux pôles, en héritiers d'une tradition castillane qui privilégiait la synthèse sur la polémique.
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La poésie hébraïque médiévale d'Espagne (shirat Sefarad) est l'un des sommets de la création littéraire juive.
5.1 Le diwan d'Avraham Encaoua (XIVe siècle)
Un diwan attribué à un Avraham Encaoua du XIVe siècle, conservé à la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford (ms. Heb. d. 77), comprend des poèmes liturgiques (piyoutim), des poèmes d'amour andalous et des élégies (kinot) pour les persécutions de 1391.
5.2 La tradition du piyout dans le judaïsme ibérique
Le piyout (poésie liturgique hébraïque) connut un développement extraordinaire dans l'Espagne médiévale. Les grands poètes comme Shlomo ibn Gabirol (1021-1058), Yehouda Halevi (1075-1141) et Abraham ibn Ezra (1089-1167) portèrent la poésie hébraïque à un sommet inégalé, mêlant les formes métriques arabes (le qasida, le muwashshaha) à un contenu profondément juif. Les Encaoua, vivant dans cet environnement littéraire, intégrèrent naturellement cette tradition poétique à leur vocation rabbinique. Le diwan d'Avraham Encaoua, mêlant poèmes profanes et liturgiques, illustre cette capacité des Encaoua à chevaucher les frontières entre le sacré et le profane, entre la rigueur talmudique et l'effusion poétique.
5.3 Les kinot de 1391 : la poésie comme résistance
Parmi les pièces les plus poignantes du diwan d'Avraham Encaoua figurent des élégies (kinot) composées après les massacres de 1391. Ces poèmes de lamentation s'inscrivent dans une longue tradition de la littérature de catastrophe (sifrut ha-shoah) du judaïsme médiéval, depuis les kinot composées après la destruction du Temple jusqu'aux poèmes des croisades rhénanes (1096). Mais le style d'Avraham Encaoua se distingue par son utilisation du vers andalou classique pour exprimer la douleur juive — fusion linguistique et culturelle qui est elle-même l'expression d'un monde en train de disparaître. Ces kinot furent intégrées à la liturgie de Tisha be-Av dans certaines communautés d'Afrique du Nord, perpétuant ainsi la mémoire des événements de 1391 dans la conscience collective séfarade.
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L'année 1391 constitue une rupture majeure dans l'histoire du judaïsme ibérique.
6.1 Le contexte des pogroms
Les pogroms éclatèrent en Castille et en Aragon, déclenchés par la prédication haineuse de l'archidiacre Ferrand Martínez d'Écija. Dès 1388, cet ecclésiastique fanatique sillonnait l'Andalousie, appelant ouvertement à la destruction des synagogues et à la conversion forcée des Juifs, malgré les interdictions royales. Le 6 juin 1391, la judería (quartier juif) de Séville fut envahie par la foule : des centaines de Juifs furent massacrés, les synagogues pillées et brûlées. En trois mois, la violence s'étendit à plus de 70 villes, dont Cordoue, Tolède, Barcelone et Valence. Les Encaoua figurent parmi les familles qui résistèrent à la conversion forcée.
6.2 Le phénomène des conversos et ses conséquences
La caractéristique la plus lourde de conséquences des massacres de 1391 fut la vague massive de conversions forcées. Des dizaines de milliers de Juifs acceptèrent le baptême sous la menace immédiate de la mort. Ces 'Nouveaux Chrétiens' ou conversos — souvent désignés péjorativement comme marranos — formèrent une catégorie sociale nouvelle et problématique. Beaucoup continuèrent secrètement à pratiquer le judaïsme (crypto-judaïsme), ce qui suscita une suspicion permanente de la part des autorités ecclésiastiques. Cette méfiance alimenta directement la création de l'Inquisition espagnole en 1478, puis le décret d'expulsion de 1492. Les Encaoua qui refusèrent la conversion — comme Rav Yaakov de Séville — choisirent le martyre (kiddoush Hashem) ou la fuite vers l'Afrique du Nord, maintenant intacte la chaîne de transmission rabbinique.
6.3 La fin de l'âge d'or ibérique
Les événements de 1391 marquent la fin définitive de ce que les historiens appellent 'l'âge d'or' du judaïsme ibérique. Selon l'historien Yitzhak Baer, les massacres détruisirent les fondations institutionnelles et économiques de la plupart des grandes communautés juives d'Espagne. Les Encaoua, présents à Tolède, Séville et Saragosse, furent au cœur de cette catastrophe. La réponse de la famille fut double : certains branches choisirent le martyre et la fidélité absolue à la foi (comme Israël Al-Naqua et Yaakov Encaoua), d'autres prirent le chemin de l'exil vers des terres plus hospitalières — Éphraïm, fils d'Israël, emportant avec lui l'héritage intellectuel paternel vers Tlemcen. Le rabbinage des Encaoua en Espagne s'achevait, mais se transformait en un rabbinage maghrébin qui durerait cinq siècles.
L'onde de choc de 1391 — la fondation de Tlemcen
C'est dans le sillage des massacres de 1391 que la communauté juive de Tlemcen prend son essor, accueillant les premiers réfugiés ibériques et leurs lignées rabbiniques. MMJMM en documente la trajectoire.
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Israël ben Yossef Al-Naqua, rabbin et moraliste à Tolède, vivait au XIVe siècle. Il est le premier des passeurs de pensée juive identifiés par David Encaoua.
7.1 Le martyre du 6 juin 1391 à Écija
Selon Didier Nebot (Le Manuscrit Sacré, 2026), Israël Al-Naqua fut brûlé vif le 6 juin 1391 dans la synagogue d'Écija, près de Séville, alors qu'il était en train de prier. Il est présenté comme le premier martyr des massacres de 1391. La tradition rapporte qu'il périt sur le bûcher en tenant un Sefer Torah à la main. L'Encyclopedia Judaica situe plutôt l'événement à Tolède, où Israël était rabbin. Les deux versions concordent sur l'essentiel : Israël Al-Naqua mourut en sanctifiant le Nom divin (kiddoush Hashem), refusant la conversion forcée au christianisme. Ce geste héroïque — choisir la mort plutôt que l'apostasie — s'inscrit dans la tradition des martyrs juifs depuis l'époque des Maccabées.
7.2 L'œuvre : le Menorat ha-Maor
Le Menorat ha-Maor (מנורת המאור, « Le Chandelier de Lumière ») est un ouvrage majeur de Mousar (éthique juive) en 20 chapitres, composé à Tolède dans la seconde moitié du XIVe siècle. Son ambition était de rendre la sagesse du Talmud accessible à tous, y compris aux Juifs les plus simples, en rassemblant des enseignements dispersés dans la littérature rabbinique. L'ouvrage est structuré autour d'un symbolisme mystique : un candélabre d'or à sept branches, dont chaque branche représente un domaine fondamental de la vie éthique. Il faut noter que l'œuvre est distincte d'un autre Menorat HaMaor composé par Rabbi Yisrael Alnakawa, un homonyme partiel. Un abrégé fut publié à Cracovie en 1593. Le manuscrit complet fut publié en quatre volumes aux États-Unis en 1929-1934 par H.G. Enelow.
7.3 Le contexte des massacres de 1391
Les massacres furent précédés par les prédications haineuses de l'archidiacre Ferran Martínez d'Écija, qui pendant des années sillonna l'Andalousie en appelant à la destruction des synagogues et à la subjugation des Juifs. Malgré les édits royaux tentant de le museler, sa rhétorique incendiaire radicalisa les classes populaires, déjà excitées par les difficultés économiques et l'instabilité politique durant la minorité du roi Enrique III de Castille. Le 6 juin 1391, la populace se rua dans la judería de Séville. En trois mois, plus de 70 villes et bourgs furent touchés. Les estimations historiques parlent de milliers de victimes et de dizaines de milliers de conversions forcées dans l'ensemble de la péninsule ibérique.
7.4 La postérité intellectuelle du Menorat ha-Maor
L'influence du Menorat ha-Maor dépassa considérablement le cercle familial des Encaoua. L'ouvrage est fréquemment cité dans des œuvres majeures de la littérature rabbinique postérieure, notamment le Shenei Luchot HaBrit (Shelah) de Rabbi Isaiah Horowitz et le Rema (Rabbi Moshe Isserles). Sa popularité dans les communautés ashkénazes d'Europe de l'Est témoigne de sa portée universelle au sein du judaïsme. Pour la lignée Encaoua, le Menorat ha-Maor joue un rôle fondateur : c'est l'acte de naissance intellectuel de la famille, le texte qui établit les Encaoua parmi les familles productrices de savoir rabbinique de premier rang. L'ambition de rendre la Torah accessible à tous traverse les sept siècles de la lignée — du Menorat aux travaux de David Encaoua pour le lectorat francophone contemporain.
7.5 La transmission du Menorat ha-Maor d'Israël à Éphraïm
La tradition familiale rapporte qu'Éphraïm, fils d'Israël Al-Naqua, emporta avec lui un exemplaire manuscrit du Menorat ha-Maor lors de sa fuite d'Espagne vers Tlemcen en 1391. Ce geste symbolique — sauver le livre du père au péril de sa vie — constitue l'acte fondateur de la transmission Encaoua. Le manuscrit traversa la Méditerranée comme jadis les Hébreux traversèrent la Mer Rouge, emportant avec eux les Tables de la Loi. À Tlemcen, Éphraïm ne se contenta pas de préserver l'héritage paternel : il le prolongea en composant son propre traité, le Sha'ar Kevod Hashem, établissant ainsi le modèle de transmission qui caractérisera la lignée pendant cinq siècles — chaque génération produisant une œuvre qui à la fois préserve et renouvelle l'héritage reçu.
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Né à Tolède en 1359, Ephraïm Al-Naqua est le fils du rabbin et moraliste Israël Al-Naqua. Fuyant les pogroms de 1391, il s'établit à Tlemcen où il devint une figure légendaire.
8.1 La formation et l'exil
Son père était partisan d'une éducation combinant le sacré et le profane. Ephraïm étudia la médecine à l'Université de Palencia, l'une des premières universités d'Europe, fondée en 1212. À 32 ans, en 1391, il quitta l'Espagne en compagnie du Ribach (Rabbi Isaac Bar Sheshet Perfet) et du Rachbats (Rabbi Shimon ben Tsemah Duran), deux des plus grands décisionnaires de leur génération. La route le mena d'abord à Marrakech, puis au port d'Honein (actuelle Honaïne, province de Tlemcen), avant qu'il ne s'établisse définitivement dans la capitale zianide. Ce voyage de plusieurs mois, à travers la Méditerranée occidentale puis les routes caravanières du Maghreb, fut partagé par des milliers de réfugiés juifs qui fuyaient les violences ibériques. L'arrivée de ces megorashim (expulsés) transforma profondément les communautés juives du Maghreb, apportant un souffle intellectuel et économique nouveau.
8.2 L'installation à Tlemcen
La légende du lion — par laquelle le Rab chevaucha un fauve — trouve une explication rationnelle : le lion symbolise le sultan, qui le supplie de sauver sa fille malade. Ephraïm soigne l'enfant. Le Rab obtient deux faveurs : la permission pour les Juifs de s'installer dans le centre de la ville, et l'autorisation pour des familles juives d'Espagne de venir à Tlemcen.
8.3 L'œuvre maîtresse : le Sha'ar Kevod Hashem
Le Sha'ar Kevod Hashem (שער כבוד ה׳, « La Porte de la Gloire de Dieu ») est son œuvre philosophique principale, une défense systématique de la philosophie de Maïmonide contre les critiques de Nahmanide. Le manuscrit original est conservé à la Bodleian Library d'Oxford. Samuel Sultan en fit des copies à la fin du XIXe siècle. En 1902, une édition commentée parut à Tunis, avec le commentaire Petah HaSha'ar de Rabbi Haïm Beliah. Une édition moderne parut à Jérusalem en 1986. La première traduction française intégrale de cette œuvre est désormais accessible sur Encaoua.org, depuis le menu Explorer → Kevod Hashem.
8.4 Les piyoutim liturgiques
Un piyout pour la fête de Roch Hachana, construit selon un acrostiche alphabétique, est encore chanté dans certaines synagogues de tradition oranaise et tlemcénienne. Sa mélodie, d'inspiration arabo-andalouse, est l'une des plus belles de ce répertoire.
8.5 La mort et la mémoire du Rab
Le Rab s'éteignit le 13 novembre 1442 (1er Kislev 5202) à l'âge de 82 ans. Son épitaphe : « Ici repose celui qui fut notre orgueil, notre couronne, la lumière d'Israël… » Depuis sa mort et jusqu'en 2005, son caveau fut un lieu de pèlerinage pour Juifs et Musulmans of toutes origines. Une synagogue lui est dédiée à Jérusalem ; une rue porte son nom à Tlemcen.
8.6 Tlemcen sous les Zianides : le contexte politique
Pour comprendre l'accueil exceptionnel réservé à Éphraïm Al-Naqua, il faut replacer son arrivée dans le contexte politique de Tlemcen sous la dynastie zianide (1235-1554). Les Zianides, dynastie berbère des Banou Ziane, firent de Tlemcen l'une des capitales les plus brillantes du Maghreb médiéval, rivale de Fès et de Tunis. Soucieux de développer le commerce et la diplomatie, les sultans zianides accueillirent favorablement les réfugiés juifs d'Espagne, reconnaissant leurs compétences médicales, commerciales et intellectuelles. La communauté juive de Tlemcen, attestée depuis le Xe siècle par la correspondance entre des érudits locaux et les geonim d'Irak, fut considérablement renforcée par ces vagues migratoires. La conquête almohade de 1146 avait temporairement dévasté la communauté, mais la montée des Zianides en 1248 marqua le début d'une période de reconstitution et de prospérité.
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Le troisième passeur de pensée juive, Abraham Ankawa (1812-1890), se situe au croisement géographique entre le Maroc et l'Algérie, entre Salé et Oran.
9.1 Biographie et premiers voyages
Né à Salé en 1812, fils de Mordekhaï Ankawa (1779-1840), lui-même dayan à Salé. Abraham fut à la fois érudit talmudique, shohet (sacrificateur rituel) et dayan (juge rabbinique). Son parcours géographique témoigne de l'étendue du réseau rabbinique séfarade au XIXe siècle : il voyagea à Livourne en 1838 et 1858, y supervisant l'impression de ses ouvrages chez l'éditeur Benamozegh, la maison d'édition hébraïque la plus prestigieuse de Méditerranée.
Encadré — Zevaḥim Shelemim (Livourne, 1858) : un manuel d'abattage rituel transméditerranéen
Premier ouvrage majeur publié par Abraham Ankawa lors de son second séjour à Livourne, Zevaḥim Shelemim ve-Khesef Aḥer condense la pensée halakhique de l'auteur sur les lois de la sheḥita (abattage rituel) et confirme son rôle de passeur entre les écoles sépharades du Maghreb. Le volume, de 226 pages, présente la disposition typographique caractéristique des éditions livournaises : au centre, le texte des Hilkhot Sheḥita du Mishné Torah de Maïmonide ; autour, le commentaire d'Ankawa lui-même, partagé en Kesef Aḥer (discussion sur les positions maïmonidiennes) et Zevaḥim Shelemim proprement dit (synthèse des novellae des Rishonim et Aḥaronim) ; en bas de page, l'editio princeps du Maggid Mishné du rabbin algérien Yehouda Alkalaz (~1540), tiré pour la première fois d'un manuscrit dont Ankawa s'était fait dépositaire. En annexe figurent un Seder ha-Get — manuel pratique de rédaction des actes de divorce, classé par ordre alphabétique pour servir aux tribunaux rabbiniques — et un Seder ha-Ḥalitsa, sur le rite du lévirat. L'ouvrage suscita une polémique avec plusieurs rabbins algériens, conduits par R. Moshé Sebaoun d'Oran. Ankawa répliqua deux ans plus tard dans Tohorat ha-Kessef (Livourne, 1860). Cette controverse, étudiée par Jessica Marglin, illustre les tensions halakhiques nées de la rencontre entre les traditions marocaines importées par Ankawa et le rabbinat algérien autochtone confronté aux réformes coloniales françaises. Zevaḥim Shelemim constitue par ailleurs une source secondaire précieuse pour la généalogie de la lignée Alnaqua : dans sa préface, Abraham Ankawa rapporte la tradition selon laquelle le Rab de Tlemcen aurait eu un troisième fils prénommé Salomon, voire un quatrième nommé Yehuda — information qu'aucune autre source primaire connue ne confirme à ce jour, mais qui mérite d'être versée au dossier des hypothèses sur la descendance immédiate du Rab.
9.2 Académie de Tlemcen et Keren Hemer
Durant un séjour de trois ans à Tlemcen, il fonda une académie talmudique qui prolongeait la tradition du Rab Éphraïm, établie quatre siècles plus tôt. Son œuvre maîtresse, le Keren Hemer ('Un admirable vignoble'), parue à Livourne en deux volumes (1869 et 1871), est un recueil de décisions juridiques prises par des juges castillans venus au Maroc après l'expulsion de 1492 — une compilation sans équivalent dans la littérature rabbinique séfarade.
9.3 La question de la tradition et de la modernité
Persuadé que l'adaptation aux lois du pays d'accueil était nécessaire, Abraham Ankawa s'appuyait sur le principe talmudique 'dina de-malkhuta dina' ('le droit du pays où réside un Juif s'impose à lui'), principe issu du Talmud de Babylone (Bava Batra 54b) et codifié par Maïmonide et le Shulhan Arukh. Cette position, résolument moderniste pour son époque, le conduisit à des controverses avec les rabbins plus conservateurs qui estimaient que le droit rabbinique devait primer en toutes circonstances. Il démissionna de son poste de grand rabbin de Mascara (Algérie) en 1878 au terme de ces controverses. L'article de Jessica Marglin (Jewish Social Studies, 2014) analyse brillamment sa trajectoire comme celle d'un homme vivant entre deux empires (Maroc et France coloniale) et deux systèmes juridiques, tentant de les harmoniser au profit de sa communauté.
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Raphaël Encaoua est le quatrième et dernier passeur de pensée juive de la lignée identifié par David Encaoua. Il fut le premier président du Haut Tribunal Rabbinique du Maroc. Le chapitre 15 de ce Grand Livre (Le Mellah de Salé) offre une biographie détaillée de cette figure exceptionnelle.
10.1 Président du Haut Tribunal Rabbinique
Après l'établissement du protectorat français en 1912, le maréchal Hubert Lyautey sollicita Raphaël Encaoua pour prendre la tête du premier Haut Tribunal Rabbinique du Maroc, créé par un dahir de mai 1918. Malgré une grande réticence initiale due à l'humilité qui le caractérisait et au respect qu'il portait à d'autres érudits comme le Rab Shlomo ben Danan de Fès, Raphaël Encaoua céda devant l'insistance de Lyautey, qui considérait qu'il était le seul capable d'unifier la juridiction rabbinique du royaume. Ses publications, souvent signées sous l'acronyme REM, constituent une codification juridique unifiée qui fait encore autorité. Le Haut Tribunal Rabbinique de Rabat, qu'il présida jusqu'à sa mort, disposait de prérogatives identiques à celles des tribunaux civils de l'État — un cas unique dans le monde juif de l'époque.
10.2 Un homme de dialogue et de paix
En 1929, Raphaël Encaoua fut décoré de la Légion d'honneur par le Résident Général Lucien Saint. On le désignait de son vivant comme 'l'Ange Raphaël' (המלאך רפאל) en raison de sa douceur, de sa compassion et de son empathie envers tous, Juifs et Musulmans confondus. Sa popularité dépassait le cadre communautaire : les autorités marocaines et les chefs religieux musulmans le consultaient régulièrement. À sa mort le 2 août 1935, à l'âge de 88 ans, il fut pleuré comme le 'Ner Hamaarav' (Lumière du Maroc). Sa tombe dans le vieux cimetière de Salé se trouve dans un mausolée impeccablement entretenu qui demeure un lieu de pèlerinage actif.
10.3 L'héritage dynastique : de Raphaël à ses descendants
L'héritage de Raphaël Encaoua se prolongea à travers ses descendants directs. Son fils Mikhael Encaoua devint dayan au tribunal rabbinique de Rabat, avant de succéder à son père comme grand rabbin du Maroc, poste qu'il occupa jusqu'à son décès en 1972. Son petit-fils, Ephraïm Encaoua — qui porte le même prénom que le fondateur de la lignée à Tlemcen au XVe siècle — fut président du tribunal rabbinique de Tanger. Cette succession familiale ininterrompue, de Moshé Ankawa (1758) à Mikhael Encaoua (1972), constitue un cas exceptionnel de continuité rabbinique familiale sur plus de deux siècles. Le dahir de 1918 créant le Haut Tribunal Rabbinique reconnaissait ainsi officiellement ce que les communautés juives du Maroc savaient depuis des générations : les Encaoua étaient les gardiens naturels de la tradition judiciaire.
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Le 31 mars 1492, les Rois Catholiques Ferdinand et Isabelle signèrent l'Édit de Grenade, ordonnant l'expulsion de tous les Juifs d'Espagne.
11.1 Le Décret de l'Alhambra
Le 31 mars 1492, dans les murs de la forteresse de l'Alhambra à Grenade, les Rois Catholiques Ferdinand et Isabelle signèrent l'Édit d'Expulsion, quelques semaines seulement après la chute du dernier royaume musulman d'Espagne. Ce décret ordonnait à tous les Juifs non convertis de quitter les royaumes de Castille et d'Aragon avant le 31 juillet 1492, sous peine de mort. La motivation officielle était d'empêcher les Juifs d'influencer les conversos (Juifs convertis) à revenir au judaïsme — une obsession de l'Inquisition espagnole, établie en 1478. Les Juifs furent placés devant un choix déchirant : la conversion au christianisme ou l'exil, avec interdiction d'emporter de l'or, de l'argent ou des pierres précieuses.
11.2 Les routes de l'exil
Les historiens estiment qu'entre 40 000 et 100 000 Juifs choisirent l'exil, tandis qu'un nombre encore plus grand — peut-être 200 000 — se convertit. Les routes de l'exil menèrent les Juifs espagnols vers le Portugal (où ils furent à nouveau expulsés en 1497), l'Empire ottoman (Constantinople, Salonique, Smyrne), l'Italie du Nord (Livourne, Rome) et le Maghreb (Fès, Tlemcen, Tunis). Rav Shlomo Encaoua de Tolède est mentionné comme l'un de ceux qui supervisèrent le départ de la communauté toledane, organisant la vente des biens communaux et la protection des rouleaux de Torah pendant le voyage.
11.3 La naissance de la diaspora séfarade
L'expulsion de 1492 créa la diaspora séfarade, l'une des plus vastes dispersions de l'histoire juive. Le mot 'Sepharad', terme hébreu désignant l'Espagne, devint le marqueur identitaire de tous les descendants des exilés. Les communautés séfarades essaimèrent autour de la Méditerranée, emportant avec elles leur culture, leurs traditions, la langue judéo-espagnole (ladino) et un corpus littéraire d'une richesse exceptionnelle. Pour les Encaoua, l'expulsion eut une conséquence spécifique : la branche tolédane rejoignit les branches déjà établies au Maghreb depuis un siècle (grâce à l'installation d'Éphraïm à Tlemcen en 1391), renforçant le maillage familial à travers l'Afrique du Nord.
11.4 Les Encaoua au Portugal : les derniers résistants
La chronique de Rui de Pina, historiographe du roi Manuel Ier du Portugal, mentionne explicitement 'la famille des Enqahos, hommes de grand savoir' parmi les Juifs qui furent forcés à la conversion au Portugal en 1497. Contrairement à l'Espagne, le Portugal ne laissa pas le choix de l'exil : tous les Juifs furent convertis de force. Certains Encaoua du Portugal pratiquèrent le crypto-judaïsme — maintenant secrètement les rites juifs tout en affichant une façade chrétienne — avant de fuir vers le Maghreb ou l'Empire ottoman dans les décennies suivantes. Les archives inquisitoriales de Lisbonne conservent des traces de cette résistance souterraine, attestant que le nom Encaoua restait associé à l'érudition juive même dans un contexte de persécution extrême.
1492 et la cartographie maghrébine de l'exil
L'expulsion espagnole redessine la géographie du judaïsme méditerranéen. MMJMM cartographie les six communautés d'accueil au Maghreb (Tlemcen, Oran, Fès, Tétouan, Salé) et le refuge italien de Livourne, ainsi que les récits qui en sont issus.
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Les Encaoua qui choisirent le Maghreb s'installèrent principalement à Tlemcen et à Fès, rejoignant des communautés juives déjà établies.
12.1 Toshavim et Megorashim
Les Toshavim (résidents d'implantation ancienne) accueillirent les Megorashim (expulsés) avec un mélange de générosité et de tension. À Tlemcen, les Encaoua s'imposèrent rapidement comme l'une des principales familles rabbiniques, bénéficiant du prestige acquis un siècle plus tôt par le Rab Éphraïm Al-Naqua. Le régime juridique des communautés juives au Maghreb — les Takkanot — fut souvent le théâtre de rivalités entre les nouvelles arrivées castillanes et les familles autochtones de rite local.
12.2 Les routes de l'installation
Les exilés de 1492 empruntèrent plusieurs routes vers le Maghreb. Certains transitèrent par le Portugal (avant l'expulsion portugaise de 1496-1497), d'autres par les Baléares ou directement par voie maritime vers Oran, Fès et Tlemcen. La mémoire familiale des Encaoua conserve le souvenir de ce périple à travers des piyoutim liturgiques et des allusions dans les responsa. Le Rab Éphraïm avait d'ailleurs obtenu du sultan de Tlemcen, un siècle plus tôt, l'autorisation pour des familles juives d'Espagne de venir s'établir dans la ville — prophétisant en quelque sorte l'exode à venir.
12.3 L'organisation communautaire au XVIe siècle
Au cours du XVIe siècle, les communautés juives du Maghreb s'organisèrent en communautés distinctes — les castillans (megorashim) et les autochtones (toshavim) — avant de fusionner progressivement. À Tlemcen, comme à Fès, les dayanim Encaoua jouèrent un rôle déterminant dans cette unification, apportant la tradition juridique castillane enrichie par des siècles de pratique en Espagne. Cette fusion donna naissance à un judaïsme maghrébin original, ni purement séfarade ni purement autochtone, mais synthèse créatrice des deux traditions.
Les six communautés d'accueil au Maghreb
L'installation des exilés ibériques se déploie sur six foyers majeurs documentés par MMJMM : Tlemcen, Oran, Fès, Tétouan, Salé, et le refuge italien de Livourne. Chacun a sa propre liturgie, ses dayanim et ses manuscrits.
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Au Maghreb, les Encaoua occupèrent pendant plusieurs siècles une position de premier plan dans la hiérarchie rabbinique.
13.1 Une présence rabbinique continue
Plusieurs membres de la famille furent grands rabbins ou dayanim à Tlemcen, Oran, Fès, Rabat et Salé. Rav Mardochée Encaoua (XVIIe siècle) représente un maillon important dans la chaîne de transmission. La lignée des dayanim Encaoua à Salé, documentée dans le chapitre 15, illustre la continuité exceptionnelle de cette tradition judiciaire sur plus de deux siècles.
13.2 Les centres rabbiniques Encaoua
Les Encaoua rayonnèrent depuis plusieurs centres urbains majeurs du Maghreb. À Tlemcen, berceau de la lignée depuis l'arrivée du Rab Éphraïm en 1391, la famille fournit des rabbins et des dayanim sans interruption pendant cinq siècles. À Salé, la dynastie judiciaire des Encaoua (de Moshé Ankawa en 1758 à Raphaël Encaoua en 1935) constitue un cas exceptionnel de continuité familiale dans l'exercice du rabbinat. À Oran, les Encaoua jouèrent un rôle central dans la communauté juive, notamment sous la colonisation française. À Fès, des branches de la famille contribuèrent à l'efflorescence kabbalistique des XVIe et XVIIe siècles.
13.3 Les Encaoua et la correspondance rabbinique
L'un des marqueurs du prestige rabbinique des Encaoua est l'abondance de leur correspondance halakhique. Les dayanim Encaoua échangeaient des responsa avec les plus grands décisionnaires de leur époque : le Rashbash d'Alger, le Rivash, et plus tard les rabbins de Livourne, de Tunis et de Jérusalem. Cette correspondance, partiellement publiée au XIXe siècle chez l'éditeur Benamozegh de Livourne, constitue une source précieuse pour comprendre la vie juridique et sociale des communautés juives du Maghreb.
13.4 La prosopographie des communautés oranaises (1902)
Les listes de souscripteurs publiées dans l'édition de 1902 du Sha'ar Kevod Hashem offrent une rare prosopographie du judaïsme de l'Oranais à cette date. Pour financer l'impression, Rabbi Ḥaïm Bellaïche y remercie, communauté par communauté, les bienfaiteurs de Tlemcen, Oran, Aïn Témouchent, Mascara, Saïda, Sig (Saint-Denis-du-Sig), Perregaux, Palikao, Sidi Bel-Abbès et Ghériville. On y reconnaît des familles récurrentes d'une ville à l'autre — Crescenti, Amsalem, ben Soussan, ha-Kohen, ha-Levi, Atoubol, Tapiero, Atergeman, Souarsi, Assouline, Sultan, Aboudarham, Medioni, ben Kamoun, Akrish… —, témoignage du maillage communautaire et des solidarités qui reliaient ces villes vers 1900. À Oran figure notamment un membre de la famille Alnekava (« que le mérite du Rabbin ancien le protège ») ainsi que la famille Akrish, à rapprocher de l'affaire Akris de 1914. Bellaïche rend aussi un hommage particulier au grand rabbin d'Oran Moshe Tzarmon, qui fit échouer en 1890 une tentative de notables d'ouvrir leurs boutiques le Shabbat. Ces listes constituent une source primaire de premier intérêt pour la généalogie séfarade nord-africaine.
Les autorités rabbiniques du Maghreb sur MMJMM
Le projet MMJMM dresse les biographies et lignées des grandes figures rabbiniques maghrébines, permettant de situer les Encaoua dans le réseau plus vaste de l'autorité religieuse séfarade.
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Les Encaoua contribuèrent à l'introduction et à la diffusion de la Kabbale lourianique au Maghreb.
14.1 La Kabbale au Maghreb
Après l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, de nombreux érudits séfarades s'installèrent au Maghreb, apportant avec eux la culture kabbalistique et l'autorité du Zohar, qui était devenu un texte central dans la péninsule ibérique. Graduellement, le Zohar (composé au XIIIe siècle par Moïse de Léon en Espagne) fut largement accepté comme faisant partie du canon sacré au sein des communautés juives d'Afrique du Nord. Un commentaire sur des passages du Sefer haZohar, attribué à un Rav Avraham Encaoua de Fès, est cité dans plusieurs ouvrages ultérieurs. La pratique kabbalistique des amulettes (kameot) connut un développement particulier dans le contexte maghrébin, où elle se mêla à des pratiques thérapeutiques locales.
14.2 Le Rab Éphraïm, entre philosophie et mystique
Le fondateur de la lignée nord-africaine, Éphraïm Al-Naqua, incarne à lui seul la tension créatrice entre rationalisme et mystique qui caractérise les Encaoua. Son Sha'ar Kevod Hashem défend le rationalisme de Maïmonide, mais le concept central de Kavod (Gloire divine) emprunte au vocabulaire de la mystique juive. Le chapitre IV de son traité, consacré à la Gloire de Dieu, intègre des éléments de la mystique de la Merkava (Char divin) tout en les interprétant dans un cadre philosophique. Cette synthèse rare entre raison et mystique deviendra la marque de fabrique intellectuelle de la lignée.
14.3 La vénération populaire et la piété kabbalistique
La vénération autour de la tombe du Rab Éphraïm à Tlemcen, qui perdura pendant plus de cinq siècles (1442-2005), témoigne de la dimension mystique de l'héritage Encaoua. La source d'eau jaillissant près du tombeau, les guérisons miraculeuses rapportées par les pèlerins, la hillula célébrée le 5 Iyar — tout cela relève d'une piété populaire profondément nourrie par la Kabbale. Le testament du Rab, qui mentionne les 'deux sources' — l'eau et la Torah — résonne avec le symbolisme kabbalistique des Sefirot, où l'eau représente la Sefira de Hessed (bonté) et la Torah celle de Tiferet (harmonie).
14.4 Le Zohar et la vie quotidienne au Maghreb
Selon les travaux de l'historien Haïm Zafrani, la Kabbale ne resta pas au Maghreb une spéculation réservée à une élite savante. Elle imprégna la liturgie, le droit, la poésie, la musique et même les gestes du quotidien. Le Zohar apporta une dimension mystique aux pratiques religieuses, transformant chaque acte en une expérience spirituelle. Le culte des saints (tsadikim), la centralité du cimetière dans la géographie spirituelle des communautés, et la pratique des hiloulot — autant de traits du judaïsme maghrébin qui trouvent leur source dans la tradition kabbalistique renforcée par les séfarades. Certains chercheurs soulignent que cette mystique juive partageait des affinités spirituelles avec les courants mystiques musulmans locaux (soufisme, maraboutisme), créant une géographie sacrée commune, bien que théologiquement distincte.
14.5 La Kabbale lourianique et son introduction au Maghreb
Au XVIe siècle, la Kabbale lourianique — élaborée par Rabbi Isaac Luria (le ARI) à Safed en Galilée — se diffusa dans l'ensemble du monde juif, y compris au Maghreb. Les concepts de tsimtsoum (contraction divine), de chevirat hakelim (bris des vases) et de tiqqun (réparation cosmique) furent intégrés à la liturgie et aux pratiques de piété populaire des communautés nord-africaines. Les Encaoua, par leur position à la fois rabbinique et intellectuelle, jouèrent un rôle dans l'intégration de ces nouveaux courants kabbalistiques à la tradition locale, tout en maintenant la tension créatrice entre rationalisme maïmonidien et mystique zoharique qui caractérise l'approche familiale depuis le Sha'ar Kevod Hashem d'Éphraïm Al-Naqua.
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Le Mellah de Salé est exemplaire à plus d'un titre. Ce lieu abrita une importante dynastie de juges rabbiniques (dayanim), issus tous d'une même lignée, celle des Encaoua. Cette lignée, originaire d'Espagne, remonte au XIVe siècle, et même avant selon l'arbre qui figure dans le site encaoua.org. Les représentants de cette lignée ont sillonné toute l'Afrique du Nord, depuis l'Algérie jusqu'au Maroc, et eurent de nombreux contacts autour du bassin méditerranéen.
15.1 Un Mellah exemplaire à plus d'un titre
Le Mellah de Salé est exemplaire à plus d'un titre. Tout d'abord, ce lieu abrita une importante dynastie de juges rabbiniques (dayanim), issus tous d'une même lignée, celle des Encaoua. Ils exercèrent une grande influence sur leurs coreligionnaires du judaïsme marocain et plus généralement sur tous ceux du judaïsme sépharade. En second lieu, grâce à la reconnaissance de la valeur spirituelle que les représentants de cette lignée n'ont cessé de représenter et au respect envers la religion musulmane qu'ils n'ont cessé d'exercer, le Mellah de Salé fut le théâtre d'une entente, qu'on peut qualifier d'harmonieuse, entre Juifs et Musulmans. Non seulement les dignitaires respectifs des deux religions se rencontraient fréquemment à Salé, mais de plus les populations locales musulmane et juive se respectaient profondément avant l'établissement du protectorat français en 1912. En troisième lieu, le Mellah de Salé a ceci de remarquable qu'il a été le lieu d'éclosion d'une littérature juive abondante, de nature diverse, théologique, liturgique, juridique, et poétique, et dont la valeur est largement reconnue aujourd'hui encore.
15.2 L'origine du mot « Mellah »
Au XIVe siècle, fut construit à Fès le premier quartier juif, séparé du reste de la population. Ce quartier fut édifié dans un ancien marché de sel, produit qui se dit millah en arabe. C'est probablement l'origine du mot Mellah pour désigner les quartiers juifs au Maroc. Pourquoi les juifs devaient-ils résider dans un lieu spécifique par rapport à leurs concitoyens arabes ? La question est encore débattue de nos jours. Certains prétendent que les dirigeants musulmans érigèrent un lieu distinct de résidence des juifs pour satisfaire la demande de la population musulmane, excédée de vivre avec des non-musulmans. Selon cette explication, le mellah traduirait une dimension discriminatoire. D'autres explications avancent l'argument que le Mellah avait une intentionnalité protectrice, servant d'abri à la population juive afin de la protéger d'éventuelles attaques.
15.3 Assignation de résidence et liberté professionnelle
Quelle que soit l'explication de cette assignation des Juifs à une résidence spécifique dans les villes du Maroc, il est important de noter que l'assignation ne concernait que la résidence d'habitation, et non pas le lieu d'exercice des relations professionnelles. Les Juifs pouvaient exercer leurs professions en dehors du Mellah. C'est peut-être dans cette double conjonction — assignation de résidence et liberté de circulation professionnelle — que résident les particularismes de la vie des juifs au Maroc, avant l'établissement du protectorat français en 1912. On doit noter cependant que certains Juifs, ceux qui n'acceptaient pas de vivre dans des lieux séparés du reste de la population, ont préféré se convertir à la religion musulmane. On en trouve des traces dans le fait que leurs descendants se distinguaient par leur accent et leurs noms de famille d'origine juive.
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Les Encaoua sont connus pour leur contribution à la musique liturgique des communautés juives du Maghreb.
16.1 Un patrimoine musical vivant
La musique des synagogues d'Oran et de Tlemcen, fortement influencée par la tradition musicale andalouse (le malouf et le chaabi), constitue un patrimoine d'une richesse extraordinaire. Plusieurs piyoutim composés par des membres de la famille sont encore chantés aujourd'hui dans des communautés établies en France, en Israël, au Canada et aux États-Unis.
16.2 Le piyout du Rab Éphraïm pour Roch Hachana
Le piyout le plus célèbre attribué au Rab Éphraïm Al-Naqua est un poème liturgique pour Roch Hachana, construit selon un acrostiche alphabétique. Sa mélodie, d'inspiration arabo-andalouse, est considérée comme l'une des plus belles du répertoire liturgique nord-africain. Ce piyout est encore chanté dans certaines synagogues de tradition oranaise et tlemcénienne, perpétuant ainsi la voix du fondateur de la lignée à travers les siècles.
16.3 La tradition musicale des synagogues oranaises
Les communautés juives d'Oran et de Tlemcen développèrent un style musical liturgique distinctif, mêlant les traditions hébraïques médiévales aux modes (maqam) de la musique arabo-andalouse. Le malouf (musique classique arabo-andalouse) et le chaabi (musique populaire) influencèrent profondément la cantillation synagogale. Des chantres (hazzanim) de la famille Encaoua furent réputés pour leur maîtrise de ce répertoire complexe. Ce patrimoine immatériel, menacé par la dispersion des communautés après 1962, fait aujourd'hui l'objet d'efforts de conservation par des associations culturelles en France et en Israël.
Les Maḥzorim du Maghreb sur MMJMM
MMJMM documente deux corpus liturgiques majeurs : le Maḥzor d'Oran en cinq volumes (suivi de l'exode communautaire vers Livourne en 1669) et celui de Tétouan, comprenant 231 piyoutim des Megorashim.
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Les responsa produits par les Encaoua révèlent une méthode décisionnelle cohérente et une sensibilité particulière aux questions sociales.
17.1 Méthode et style décisionnel
La méthode décisionnelle des Encaoua se caractérise par trois traits distinctifs. Premièrement, une grande attention aux situations réelles : plutôt que d'appliquer mécaniquement les codes, les dayanim Encaoua s'efforçaient de comprendre la réalité concrète de chaque justiciable. Deuxièmement, un recours constant aux précédents talmudiques, mais interprétés avec la sensibilité propre au judaïsme maghrébin, plus souple et pragmatique que la tradition ashkénaze. Troisièmement, une position généreuse envers la réintégration des conversos dans les communautés juives — question cruciale après 1391 et 1492, lorsque des milliers de Juifs convertis de force cherchèrent à revenir au judaïsme. Cette approche humaniste de la justice rabbinique explique pourquoi les Encaoua furent respectés non seulement par les Juifs, mais aussi par les autorités musulmanes, qui reconnaissaient en eux des juges équitables et soucieux du bien commun.
17.2 Les responsa sur le statut des conversos
Les Encaoua se montrèrent favorables à la réintégration des anousim (Juifs convertis de force), adoptant une position généreuse inspirée du Rivash (Rabbi Isaac Bar Sheshet Perfet) et du Rashbash (Rabbi Shimon ben Tsemah Duran), les deux grands décisionnaires qui avaient accompagné Éphraïm Al-Naqua dans son exil vers le Maghreb en 1391. Cette question — un Juif converti de force au christianisme conserve-t-il son statut juif ? — fut l'une des plus débattues dans la halakha post-1391. Les Encaoua, fidèles à la tradition castillane, estimèrent que la conversion forcée était nulle et que les conversos devaient être accueillis comme des frères revenant au bercail. Cette position contribua à faire du Maghreb une terre de refuge et de réintégration pour des milliers de crypto-juifs venus d'Espagne et du Portugal.
17.3 Commentaires de la Torah et du Zohar
Un commentaire sur le Pentateuque attribué à un Rav Shlomo Encaoua du XVIe siècle, dont un manuscrit fragmentaire est conservé à la Jewish Theological Seminary de New York (ms. ENA 2726), témoigne de la diversité de la production intellectuelle des Encaoua. Ce texte mêle exégèse littraliste (peshat) et interprétation mystique (sod), dans la tradition des commentateurs séfarades qui refusaient de choisir entre l'approche rationnelle de Maïmonide et l'approche mystique du Zohar.
17.4 La transmission du droit rabbinique castillan au Maghreb
L'un des apports les plus significatifs des Encaoua au judaïsme maghrébin fut la transmission du droit rabbinique castillan. Les Takkanot (règlements communautaires) élaborés en Espagne au cours des XIIIe-XVe siècles constituaient un corpus juridique d'une sophistication remarquable, couvrant le droit matrimonial, le droit des successions, le droit commercial et les relations avec les autorités non-juives. Les Encaoua, en s'établissant au Maghreb, apportèrent cette tradition juridique castillane et la greffèrent sur les pratiques locales des communautés toshavim (autochtones). Le Keren Hemer d'Abraham Ankawa, publié à Livourne en 1869-1871, constitue le témoignage le plus achevé de cette transmission : il rassemble les décisions des juges castillans venus au Maroc après 1492, créant un pont juridique entre l'Espagne médiévale et le Maghreb moderne.
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La conquête de l'Algérie à partir de 1830 et le Décret Crémieux de 1870 transformèrent radicalement la situation des communautés juives.
18.1 Le Décret Crémieux et ses conséquences
Le Décret Crémieux, adopté le 24 octobre 1870 par le Gouvernement de la Défense nationale (dont Adolphe Crémieux était ministre de la Justice), accorda d'office la citoyenneté française aux 'israélites indigènes' d'Algérie. Environ 35 000 Juifs d'Algérie passèrent ainsi du statut d'indigène au droit commun français, tandis que les populations musulmanes restaient soumises au code de l'indigénat. Ce décret transforma radicalement la situation des communautés juives d'Algérie, leur ouvrant l'accès à l'éducation française, aux professions libérales et à la vie politique. Pour les Encaoua, il créa une tension inédite entre la tradition rabbinique ancestrale et la modernité républicaine française.
18.2 Tradition rabbinique et modernité française
Rav Yaakov Encaoua, grand rabbin d'Oran dans la seconde moitié du XIXe siècle, incarna cette tension avec une acuité particulière. Il publia en 1878 un recueil de responsa intitulé Yagel Yaakov, l'un des derniers grands recueils produits par la tradition rabbinique algérienne avant la rupture de la Seconde Guerre mondiale. Dans ses décisions halakhiques, il devait naviguer entre les exigences du droit français et les principes du droit rabbinique, inventant une jurisprudence hybride qui témoigne de la complexité de la condition juive dans l'Algérie coloniale.
18.3 L'Alliance Israélite Universelle et l'éducation
L'Alliance Israélite Universelle (AIU), fondée à Paris en 1860, ouvrit des écoles dans l'ensemble du Maghreb, y compris dans les villes où les Encaoua exerçaient leur rabbinat. Ces écoles enseignaient le français, les sciences et l'hébreu moderne, transformant en profondeur les communautés juives d'Afrique du Nord. La relation des Encaoua avec l'AIU fut contrastée : à Salé, Raphaël Encaoua adopta finalement une attitude bienveillante envers l'Alliance, car elle permettait l'apprentissage simultané de l'hébreu et du français, notamment par les jeunes filles auparavant exclues de l'instruction. À Oran et à Tlemcen, les rabbins Encaoua accompagnèrent cette transition avec pragmatisme, voyant dans l'éducation française un outil d'émancipation compatible avec la fidélité à la Torah.
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Les lois antisémites de Vichy en Algérie à partir de 1940 frappèrent durement les Juifs d'Algérie.
19.1 L'abrogation du Décret Crémieux
Dans le cadre de sa politique antisémite, le régime de Vichy abrogea le Décret Crémieux par la loi du 7 octobre 1940. Cette mesure brutale priva environ 110 000 Juifs d'Algérie de leur nationalité et de leur citoyenneté française, les plaçant dans une situation de grande vulnérabilité. Les Juifs furent soumis au Statut des Juifs, exclu des professions libérales, des fonctions publiques, et soumis au numerus clausus dans l'enseignement. Des membres de la lignée Encaoua figurent parmi ceux exclus des écoles et des professions. Le Décret Crémieux ne fut officiellement rétabli que le 21 octobre 1943, par le Comité français de la Libération nationale, après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942.
19.2 Les années de Vichy : l'expérience quotidienne
Entre octobre 1940 et octobre 1943, les Juifs d'Algérie vécurent une période de déposséssion et d'humiliation systématique. Les enfants furent exclus des écoles publiques (limites du numerus clausus à 14% puis 7%), les professions libérales fermées, les entreprises 'aryanisées'. Pour les Encaoua, dont la citoyenneté française était solidement ancrée depuis 70 ans, cette régression fut vécue comme un traumatisme profond. La communauté juive d'Oran, où vivaient de nombreux Encaoua, fut particulièrement touchée par les mesures discriminatoires et le climat d'antisémitisme attisé par la propagande vichyste.
19.3 L'exode de 1962
L'indépendance de l'Algérie en juillet 1962 provoqua l'exode massif d'environ 130 000 Juifs, la plupart pour la France métropolitaine, certains pour Israël. Pour les Encaoua, cela signifiait la fin d'une présence de près de cinq siècles en Algérie — depuis l'installation d'Éphraïm Al-Naqua à Tlemcen en 1391. Le départ se fit dans l'urgence et le déchirement : les familles quittaient des maisons habitées depuis des générations, des synagogues construites par leurs ancêtres, des cimetières où reposaient leurs morts. La communauté juive de Tlemcen, qui comptait encore plusieurs centaines de membres, se dispersa en quelques semaines, principalement vers Paris, Marseille et Montpellier.
19.4 La reconstruction en France
L'arrivée en France métropolitaine marqua pour les Encaoua le début d'une nouvelle ère. Les rapatriés durent reconstruire leurs vies dans un pays qu'ils considéraient comme le leur (grâce au Décret Crémieux), mais qui souvent les accueillait avec indifférence ou hostilité. Face à cette épreuve, les Encaoua firent preuve de la même résilience que leurs ancêtres après 1391 et 1492 : ils reconstituèrent des réseaux communautaires, fondèrent des associations culturelles, maintinrent vivante la mémoire des lieux quittés. Des associations comme MORIAL (Mémoire et traditions des Juifs d'Algérie), dont Didier Nebot est président d'honneur, jouent un rôle essentiel dans la préservation de cet héritage.
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La hillula de Rav Ephraïm Encaoua, célébrée le 5 Iyar, est l'un des événements les plus importants du calendrier culturel des Juifs de Tlemcen et d'Oran.
20.1 La Hiloula du Rab Éphraïm
La Hiloula (de l'araméen 'mariage', 'fête') est une tradition de pèlerinage profondément ancrée dans le judaïsme nord-africain. Le terme désigne l'anniversaire de la mort d'un saint (tsadik), considéré non comme un deuil mais comme des 'noces mystiques' de l'âme du saint avec le Divin. La Hiloula du Rab Éphraïm Al-Naqua, célébrée le 5 Iyar, est l'un des événements les plus importants du calendrier culturel des Juifs de Tlemcen et d'Oran. Des centaines de pèlerins se rassemblent à Tlemcen même (jusqu'à récemment) et dans les diasporas pour prier, allumer des bougies, réciter des piyoutim et partager des repas communautaires.
20.2 La tradition des saints juifs au Maroc et en Algérie
Le culte des saints juifs (tsadikim) est une caractéristique majeure du judaïsme nord-africain, particulièrement au Maroc. La vénération des tombes de rabbins et de figures saintes, les pèlerinages (ziyarat), les guérisons miraculeuses et les encères de bougies constituent un patrimoine de piété populaire d'une richesse exceptionnelle. Le Rab Éphraïm occupe dans ce pantheon des saints juifs du Maghreb une place éminente, aux côtés de Rabbi Amram ben Diwan (Ouezzane), de Rabbi Haïm Pinto (Essaouira) et de Rabbi Shimon bar Yohaï (vénéré à Lag Ba'Omer). Cette tradition de vénération des saints partage des affinités remarquables avec le maraboutisme musulman local, créant parfois des espaces de piété partagée entre Juifs et Musulmans.
20.3 La mémoire vivante dans la diaspora
Depuis 1962, des cérémonies commémoratives sont organisées dans les diasporas : Paris, Marseille, Netanya, Montréal, Dimona. En décembre 2012, François Hollande rendit hommage au Rab Ephraïm Al-Naqua lors de sa visite officielle à Tlemcen. Pour la diaspora Encaoua, ces cérémonies jouent un rôle essentiel de cohésion identitaire : elles permettent aux générations nées en France ou en Israël de se connecter à la mémoire ancestrale et de transmettre la fierté d'appartenir à une lignée pluriséculaire. La Hiloula fonctionne aussi comme un espace de retrouvailles familiales, où des branches de la famille dispersées sur quatre continents se retrouvent autour de la mémoire commune du fondateur.
20.4 Le symbole interconfessionnel
La vénération du Rab Éphraïm transcenda les frontières confessionnelles. Pendant des siècles, des Musulmans de la région de Tlemcen visitèrent sa tombe pour y chercher guérison et bénédiction, tout comme les pèlerins juifs. Ce respect mutuel — documenté par de nombreux témoignages — illustre la profondeur de la coexistence judéo-musulmane au Maghreb, bien au-delà de la simple tolérance. En 2012, la visite du président François Hollande à la tombe du Rab acquit une dimension politique et symbolique, rappelant au monde que Tlemcen fut, pendant des siècles, un modèle de vie commune entre les religions. Cet héritage interconfessionnel est l'un des legs les plus précieux de la lignée Encaoua.
Lieux de mémoire et pèlerinages sur MMJMM
Les pèlerinages et lieux saints des communautés maghrébines sont au cœur des Histoires recueillies par MMJMM, qui en documente les traces, témoignages et trajectoires contemporaines.
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Un ouvrage récent enrichit considérablement notre connaissance de la famille Al-Naqua et du contexte dans lequel elle vécut : Le Manuscrit Sacré de Didier Nebot, médecin stomatologiste et historien, paru aux Éditions Erick Bonnier en 2026.
Un historien engagé dans la mémoire séfarade
Didier Nebot est président d'honneur de l'association MORIAL (Mémoire et traditions des Juifs d'Algérie), ancien vice-président de l'INSSEF (Institut Européen du Monde Séfarade), et membre de la Commission « Mémoires et Vérité » instituée par le Président Macron sous la direction de Benjamin Stora. Médecin stomatologiste de formation, il s'est imposé au fil des décennies comme l'un des historiens les plus importants du judaïsme séfarade en France. Ses œuvres précédentes — Le Chemin de l'exil (Prix Émile Roux de l'Académie nationale de Médecine, 1992), La Kahena (1998), Les Bûchers d'Isabelle la Catholique (Erick Bonnier, 2018) et Le Codex de Qumran (Erick Bonnier, 2024) — témoignent d'une capacité rare à combiner rigueur historique et souffle narratif, rendant accessible au grand public des épisodes souvent méconnus de l'histoire juive.
La rencontre providentielle avec Fred Enkaoua
Le livre est né d'une rencontre providentielle avec Éphraïm Alfred Enkaoua, dit Fred, descendant direct du Rab de Tlemcen et porteur de son prénom, qui lui confia des copies du manuscrit de son aïeul du XVe siècle — le Chaar Kavod Hashem (La Porte de la Gloire de Dieu). Cette transmission personnelle, de descendant à historien, confère au livre une profondeur émotionnelle unique : ce n'est pas seulement un ouvrage d'histoire, c'est le récit d'une mémoire familiale de six siècles qui refait surface. Fred Enkaoua incarne la chaîne ininterrompue de la transmission : son témoignage relie directement le XVe siècle au XXIe siècle.
Le contexte éditorial et la réaction de l'éditeur
La publication du Manuscrit Sacré aux Éditions Erick Bonnier s'inscrit dans un mouvement plus large de redécouverte du patrimoine intellectuel séfarade. L'éditeur lui-même, non juif, fut profondément marqué par la portée de l'œuvre d'Ephraïm Al-Naqua qu'il découvrait à travers le manuscrit. Sa réaction spontanée résume l'importance de cette découverte pour l'histoire de la pensée philosophique et théologique. Ce fait éditorial illustre la portée universelle du Chaar Kavod Hashem : un patrimoine intellectuel qui dépasse les frontières communautaires et appartient à l'histoire de la pensée humaine dans son ensemble.
L'approche narrative : rendre chair aux figures historiques
Ce qui distingue Le Manuscrit Sacré des travaux académiques sur la lignée Encaoua, c'est son approche narrative. Nebot ne se contente pas de citer des sources et de dater des événements : il reconstitue les atmosphères, les drames humains, les choix déchirants auxquels furent confrontés Israël et Ephraïm Al-Naqua. Cette démarche littéraire, nourrie par une documentation historique rigoureuse, permet au lecteur de comprendre que ces figures ne sont pas seulement des noms dans des arbres généalogiques ou des signataires de responsa : ce sont des êtres humains qui ont souffert, espéré, créé, transmis — et dont la lumière, pour reprendre les mots de Nebot, « a dormi dans l'ombre des siècles » avant de revenir, de main en main, de cœur en cœur.
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Le Manuscrit Sacré apporte des précisions essentielles — souvent inédites — sur plusieurs figures de la lignée Encaoua, sur le contexte historique des persécutions de 1391, et sur la mémoire populaire qui entoure le Rab de Tlemcen jusqu'à nos jours.
Sur Israël Al-Naqua : le martyre du 6 juin 1391
Nebot précise qu'Israël Al-Naqua fut brûlé vif le 6 juin 1391 dans la synagogue d'Écija (près de Séville), alors qu'il était en train de prier. L'auteur le présente comme le premier martyr des terribles massacres de 1391. La cause directe de son martyre aurait été étroitement liée à son œuvre : il venait d'écrire le Menorat ha-Maor (Le Chandelier de Lumière), un livre destiné à rendre la Torah accessible à tous — ce qui, aux yeux de ses persécuteurs, constituait une subversion dangereuse. La tradition rapporte qu'il périt sur le bûcher en tenant un Sefer Torah à la main. L'Encyclopedia Judaica donne une version légèrement différente : lors de l'agression contre la communauté juive de Tolède, il aurait été sauvagement attaqué et traîné dans la rue. Les deux versions témoignent de la brutalité extrême des événements.
Sur le Chaar Kavod Hashem : l'odyssée du manuscrit
Nebot retrace avec précision l'histoire extraordinaire du manuscrit principal d'Ephraïm Al-Naqua, depuis sa rédaction au XVe siècle à Tlemcen jusqu'à sa conservation à la Bodleian Library d'Oxford. Il raconte le voyage remarquable de Samuel Sultan, mandaté par le rabbin Haïm Bliah (1832-1919) de Tlemcen, qui se rendit à Oxford à la fin du XIXe siècle. On lui permit de recopier le manuscrit, mais non de le rapporter. Ces copies permirent, en 1902, la publication à Tunis d'une édition commentée, augmentée d'une introduction et d'un commentaire intitulé Petah ha Chahar (Ouverture du Portique). À travers cet ouvrage, le Rab Ephraïm Al-Naqua apparaît comme un philosophe défendant les thèses rationalistes de Maïmonide face à la tradition mystique représentée par Nahmanide — le passeur de l'idée que la pensée biblique et la pensée rationnelle sont non seulement compatibles, mais que leur combinaison contribue à enrichir le sens profond de la Torah.
Sur le contexte des pogroms de 1391
Le livre détaille avec une précision saisissante les prédications haineuses de l'archidiacre Ferran Martinez d'Écija, qui dès 1388 appelait ouvertement à la destruction des synagogues. Il retrace le déroulement des émeutes de juin 1391 dans les villes d'Andalousie et de Castille : en trois mois, plus de 4 000 Juifs périrent, plusieurs dizaines de milliers furent contraints à la conversion forcée — des conversions qui alimentèrent par la suite les bûchers de l'Inquisition. Nebot montre comment ces événements s'inscrivent dans un continuum de violence qui conduira inéluctablement au décret d'expulsion du 31 juillet 1492. C'est dans ce contexte de terreur que les descendants d'Israël Al-Naqua fuirent l'Espagne catholique vers d'autres terres plus hospitalières.
La légende du lion : entre mythe et réalité
L'un des apports les plus fascinants de Nebot est son analyse de la légende du lion, selon laquelle le Rab Ephraïm Al-Naqua aurait chevauché un fauve pour entrer triomphalement dans Tlemcen. Nebot en propose une explication rationnelle qui ne diminue en rien la portée symbolique du récit : le lion symbolise le sultan de Tlemcen, qui supplia Ephraïm, en tant que médecin formé à l'Université de Palencia, de sauver sa fille malade. Ephraïm soigna l'enfant avec des médicaments à base de venin de serpent, pratique thérapeutique classique à l'époque. La fillette fut sauvée et le Rab revint triomphant. En récompense, il obtint deux faveurs décisives : la permission pour les Juifs de s'installer dans le centre de la ville (le quartier dit « El Merja ») et l'autorisation pour des familles juives d'Espagne et des Îles Baléares de venir s'établir à Tlemcen.
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David Encaoua est professeur émérite de sciences économiques à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, où il enseigna pendant plus de trente-cinq ans.
23.1 Un économiste revenu aux sources
À la retraite, après une carrière consacrée à l'économie industrielle et à la théorie de l'innovation, il a choisi de consacrer son énergie intellectuelle à l'exploration de la pensée et de l'histoire juives — revenant aux sources d'une famille dont les membres furent des gardiens du savoir rabbinique.
23.2 La carrière académique
David Encaoua fit une carrière universitaire remarquable en tant que spécialiste de l'économie industrielle, de la propriété intellectuelle et de la théorie de l'innovation. Professeur à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, chercheur au Centre d'Économie de la Sorbonne, il publia de nombreux articles dans des revues académiques internationales et dirigea de nombreuses thèses de doctorat. Cette rigueur méthodologique — la capacité à analyser des systèmes complexes avec des outils d'analyse précis — se retrouve dans ses travaux ultérieurs sur l'histoire de la pensée juive.
23.3 Le retour aux sources
Le retour de David Encaoua vers l'histoire de sa famille ne fut pas un simple hobby de retraite, mais une véritable « techouva intellectuelle » — un retour aux sources motivé par la conviction que la lignée Encaoua portait un message qui méritait d'être transmis aux générations futures. Son premier article sur le sujet, « Des passeurs de pensée juive d'origine hispano-maghrébine : la lignée Encaoua » (Généalo-J, n°135, 2018), posa les bases d'une recherche qui se poursuivit avec son ouvrage aux éditions L'Harmattan en 2024.
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L'article de David Encaoua paru dans Généalo-J (n°135, Automne 2018) constitue la contribution la plus directe à l'histoire de la lignée familiale.
24.1 Les quatre passeurs identifiés
En travaillant sur la généalogie de sa lignée, il a mis en évidence quatre « passeurs de pensée juive » : Israël Al-Naqua (†1391, auteur du Menorat HaMaor), Ephraïm Al-Naqua (1359-1442, auteur du Sha'ar Kevod Hashem), Abraham Ankawa (1812-1890, auteur du Keren Hemer) et Raphaël Encaoua (1848-1935, premier président du Haut Tribunal Rabbinique du Maroc).
24.2 Le concept de « passeur de pensée »
Le concept de « passeur de pensée juive » est au cœur de l'article de David Encaoua. Il désigne un individu qui, à un moment charnière de l'histoire, assume la responsabilité de transmettre l'héritage intellectuel et spirituel du judaïsme à la génération suivante, tout en l'adaptant aux circonstances nouvelles. Ce n'est pas un simple copiste ou compilateur : c'est un créateur qui, en recevant une tradition, la transforme et l'enrichit. Chacun des quatre passeurs identifiés par David Encaoua illustre cette dynamique : Israël Al-Naqua rendit la Torah accessible au peuple ; Ephraïm défendit la philosophie de Maïmonide ; Abraham codifa le droit rabbinique ; Raphaël unifia la juridiction du judaïsme marocain.
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L'ouvrage Traversées du judaïsme au regard des enjeux contemporains (L'Harmattan, janvier 2024, 258 pages) constitue la contribution la plus aboutie de David Encaoua à la pensée juive contemporaine.
25.1 Les deux forces motrices : inspiration et tradition
La thèse centrale est l'identification de deux forces motrices complémentaires : l'inspiration et la tradition. C'est dans la dialectique entre ces deux forces que réside la vitalité du judaïsme.
25.2 Application aux divisions de la société israélienne
La troisième partie applique cette grille d'analyse aux divisions profondes de la société israélienne contemporaine, en prenant comme point de départ la crise institutionnelle de 2023.
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Parallèlement à son livre, David Encaoua a publié une série d'articles dans Tribune Juive et sur le blog du Times of Israel.
26.1 Articles récents
Un article de mai 2024, « Les divisions de la société israélienne, analysées du point de vue du judaïsme », propose une grille de lecture originale des tensions entre séculiers et religieux en Israël. Un article dans Tribune Juive d'avril 2025, « Quelles places respectives de l'histoire et de la mémoire dans le judaïsme ? », s'appuie sur le livre de Yosef Hayim Yerushalmi (Zakhor) pour explorer la distinction fondamentale entre la mémoire collective et l'historiographie savante dans la tradition juive.
26.2 La méthode de David Encaoua : rigueur et accessibilité
Ce qui distingue les écrits de David Encaoua sur le judaïsme de la production académique classique, c'est le souci constant d'accessibilité. Formé à la rigueur de l'économie quantitative, il applique la même exigence de clarté et de précision à ses essais sur la pensée juive. Chaque article est structuré, argumenté, référencé — mais aussi écrit dans un français limpide qui rend ces textes accessibles au lecteur non spécialiste. Cette double exigence de rigueur et d'accessibilité fait écho à l'ambition du Menorat HaMaor d'Israël Al-Naqua : rendre la sagesse du judaïsme accessible à tous, y compris aux plus simples.
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Les travaux de David Encaoua s'inscrivent avec une cohérence remarquable dans la longue tradition familiale des Encaoua.
27.1 Une longue conversation familiale
Là où ses ancêtres médiévaux produisaient des responsa halakhiques, il produit des essais de philosophie politique juive. Le support et la méthode ont changé — l'hébreu rabbinique a cédé la place au français universitaire — mais la préoccupation fondamentale demeure : comprendre le judaïsme dans sa complexité et contribuer à sa transmission vivante.
27.2 Le cinquième passeur de pensée ?
Si l'on prolonge la lignée des quatre passeurs de pensée identifiés par David Encaoua lui-même, on ne peut s'empêcher de voir en lui un candidat naturel au rôle de cinquième passeur. Comme Israël Al-Naqua rendit la Torah accessible au peuple, David Encaoua rend la pensée juive accessible au lecteur francophone contemporain. Comme Ephraïm Al-Naqua défendit le rationalisme de Maïmonide, David Encaoua propose une lecture rationnelle et nuancée des enjeux contemporains du judaïsme. Comme Abraham Ankawa et Raphaël Encaoua adaptèrent le droit rabbinique aux réalités de leur temps, David Encaoua adapte la réflexion juive aux défis de la modernité. La boucle est bouclée : sept siècles après le Menorat HaMaor, la tradition de transmission des Encaoua se poursuit, ininterrompue.
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Bernard Bensaïd est un généalogiste dont les recherches constituent l'une des sources les plus complètes sur la lignée Encaoua.
28.1 L'arbre généalogique Geneanet
Son arbre, hébergé sur Geneanet, recense à ce jour 28 666 individus (mise à jour : octobre 2024), couvrant plusieurs siècles d'histoire familiale. Sa méthodologie s'appuie sur les actes d'état civil algériens accessibles via les Archives nationales d'outre-mer (ANOM) à Aix-en-Provence, complétés par des sources rabbiniques (registres de mariage, certificats de circoncision), des témoignages oraux et des croisements avec d'autres arbres généalogiques en ligne. Ce travail de fourmi, conduit sur plusieurs décennies, constitue probablement la plus vaste entreprise de généalogie dédiée à une famille du judaïsme séfarade nord-africain.
28.2 La méthodologie généalogique
La méthodologie de Bernard Bensaïd combine trois types de sources. Les sources primaires d'état civil : les registres coloniaux français de l'Algérie, complètement numérisés par les ANOM, couvrent la période 1830-1962 et fournissent des actes de naissance, de mariage et de décès pour l'ensemble de la population juive d'Algérie. Les sources rabbiniques : les registres des tribunaux rabbiniques (ketubot, guets), les listes de donateurs des synagogues et les inscriptions funéraires complètent les lacunes des sources civiles, notamment pour la période antérieure à 1830. Les sources orales : des dizaines d'entretiens avec des membres de la famille à travers le monde ont permis de vérifier et d'enrichir les données documentaires. Cette approche tridimensionnelle garantit une fiabilité exceptionnelle des données.
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L'arbre de Bernard Bensaïd permet de documenter avec certitude la présence de la lignée Encaoua à Tlemcen depuis 1733.
29.1 La branche de Talmasan (Tlemcen)
Le point d'entrée le plus ancien est Ephraïm Daniel Encaoua, né en 1733 (notice Sosa 1152). Il est le père de Moshé Moïse Encaoua, Rabbi, né en 1758 à Talmasan et décédé en 1820 à Rabat.
29.2 La branche de Rabat et ses connexions avec Oran
Meyer Encaoua (1842-1904), époux de Nedjma Darmon ; Myriam Encaoua (née en 1873 à Rabat) ; Joseph Encaoua (né en 1875 à Salé, décédé en 1948 à Rabat) ; Haïm Encaoua (né en 1913 à Salé, décédé en 2001 à Dimona, Israël).
29.3 Enseignements généalogiques
La présence de la famille à Tlemcen est très probablement antérieure à 1733 : les sources rabbiniques permettent de faire remonter la présence d'un Rav Ephraïm Encaoua à Tlemcen au moins au XVe siècle.
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Professeur émérite, historien de la lignée · Rabat 1941 → Paris · Rabat (Maroc) → Paris
Professeur émérite de sciences économiques à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, David Encaoua appartient de plein droit à la lignée des Encaoua. À la retraite, il a choisi de consacrer son énergie intellectuelle à l'exploration de la pensée et de l'histoire juives — revenant aux sources d'une famille dont les membres furent pendant des siècles des gardiens du savoir rabbinique.
Carrière universitaire
David Encaoua a enseigné pendant plus de trente-cinq ans à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, se spécialisant en économie industrielle et en théorie de l'innovation. Sa carrière académique illustre la capacité des grandes familles de tradition rabbinique à traverser les ruptures de l'histoire — l'exode du Maroc, la sécularisation, l'intégration à la modernité universitaire française — sans perdre le lien avec leur héritage profond.
Les passeurs de pensée juive (Généalo-J, 2018)
Son article paru dans Généalo-J (n° 135, Automne 2018) constitue la contribution la plus directe à l'histoire de la lignée familiale. En travaillant sur la généalogie de sa lignée, il a mis en évidence quatre « passeurs de pensée juive » : Israël Al-Naqua, Éphraïm Al-Naqua, Abraham Ankawa et Raphaël Encaoua — quatre figures vivant à plus de six siècles d'intervalle, reliées par une préoccupation commune : concilier une pensée juive rigoureuse avec la modernité.
Traversées du judaïsme (L'Harmattan, 2024)
Son ouvrage Traversées du judaïsme au regard des enjeux contemporains, paru chez L'Harmattan en 2024, aborde les grandes questions du judaïsme contemporain : les différents courants du sionisme, le rapport entre religion et modernité, et la transmission de la pensée juive dans le monde contemporain. Il y combine la rigueur de l'économiste avec la sensibilité de l'héritier d'une longue tradition.
Publications dans la presse
Ses articles dans le Times of Israël et Tribune Juive (2024-2025) témoignent d'un engagement actif dans le débat public sur les questions d'identité juive, de mémoire et de transmission. Il incarne le cinquième passeur de pensée de la lignée — celui qui, par la recherche et l'écriture, assure la continuité d'une chaîne intellectuelle ininterrompue depuis le XIVe siècle.
Biographies — Les Encaoua →
Rabbin et homme de piété, surnommé מלאך ה׳ (Malakh Hashem) · Salé 1826 – Salé ~1885 · Salé, Maroc
Messod Encaoua (משעוד אנקאווא), surnommé « Ange de Dieu » (מלאך ה׳, Malakh Hashem), fut un rabbin d'une sainteté et d'une piété exceptionnelles dans la communauté juive de Salé. Son surnom témoigne de la vénération que lui portaient ses contemporains, qui voyaient en lui un homme d'une pureté morale et spirituelle hors du commun.
Le surnom de « Malakh Hashem »
Le surnom de « Ange de Dieu » (מלאך ה׳, Malakh Hashem) n'est pas donné à la légère dans la tradition juive. Il est réservé aux figures d'une sainteté reconnue par toute la communauté. Ce titre évoque le verset de Malachie (2:7) : « Car les lèvres du prêtre gardent la connaissance, et c'est de sa bouche qu'on recherche la Torah, car il est un ange (malakh) de l'Éternel des armées. » Messod incarnait cette figure du sage dont la parole et la conduite reflétaient la lumière divine.
Un pilier de la communauté de Salé
Dans la Salé du XIXe siècle, Messod Encaoua occupait une place centrale dans la vie religieuse de la communauté juive. Homme de prière et d'étude, il était reconnu pour sa générosité envers les pauvres et son dévouement pastoral. La tradition orale rapporte qu'il passait de longues heures en méditation et en étude nocturne, suivant en cela la pratique des Mekoubalim (kabbalistes) marocains. Sa réputation de sainteté dépassait les murs du mellah et il était respecté même par les élites musulmanes de la ville.
Père de Raphaël « l'Ange »
Il est le père du Grand Rabbin Raphaël Encaoua (1848-1935), lui-même surnommé « l'Ange Raphaël ». Le surnom du fils se comprend alors dans la continuité de celui du père : Raphaël signifie « Dieu guérit » et le titre d'Ange prolonge l'héritage paternel. Cette transmission du surnom angélique entre père et fils constitue un cas remarquable dans les annales du judaïsme marocain, témoignant de la piété exceptionnelle qui caractérisait cette branche de la famille.
Un maillon sacré de la lignée
Messod Encaoua correspond à la génération 15 de la lignée directe des Encaoua. Il se situe entre son père Amram Encaoua (1804-1874, venu de Gibraltar à Salé) et son fils Raphaël, qui deviendra le premier Président du Haut Tribunal Rabbinique du Maroc. Avec lui, la lignée des Encaoua au Maroc atteint un sommet de sainteté personnelle qui prépare l'ascension institutionnelle de la génération suivante.
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Biographies — Les Encaoua →
Dayan de Salé, gardien de la tradition rabbinique marocaine · Salé 1779 – Salé 1840 · Salé, Maroc
Mardochée Encaoua (Mordekhaï Ankawa, מרדכי אנקאווא) fut dayan (juge rabbinique) à Salé, ville de la côte atlantique marocaine. Père d'Abraham Ankawa et grand-père de Raphaël Encaoua, il constitue un maillon essentiel entre la tradition ancienne de Tlemcen transplantée au Maroc et le renouveau rabbinique du XIXe siècle.
Un juge respecté à Salé
Mardochée Encaoua exerça comme dayan (juge rabbinique) auprès du tribunal rabbinique de Salé, l'une des communautés juives les plus anciennes et les plus importantes du Maroc. À cette époque, Salé et sa voisine Rabat formaient un pôle commercial et intellectuel significatif. Le dayan était investi d'une autorité considérable : il statuait sur les questions de droit matrimonial, successoral et commercial selon la halakha. Mardochée y exerça avec une rigueur reconnue par ses pairs, perpétuant la tradition juridique héritée de ses ancêtres d'Espagne et de Tlemcen.
Gardien de la chaîne de transmission
Dans une époque troublée marquée par les incursions politiques et les pressions économiques sur les communautés juives marocaines, Mardochée assura la continuité de la tradition savante familiale. Il forma ses fils, notamment Abraham (1810-1890), dans l'étude du Talmud et de la halakha, leur transmettant le patrimoine intellectuel des Encaoua. Cette formation rigoureuse permit à Abraham de devenir l'un des plus grands halakhistes itinérants du XIXe siècle.
Le contexte du Maroc pré-colonial
Le Maroc de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle vivait sous la dynastie alaouite. Les communautés juives, organisées en mellah (quartiers réservés), jouissaient d'une autonomie juridique interne mais subissaient les aléas de la politique sultanienne. Les dayyanim comme Mardochée avaient un rôle crucial : ils étaient à la fois juges, conseillers spirituels et médiateurs avec les autorités musulmanes. La mémoire familiale le situe dans la lignée directe des Encaoua de Tlemcen, descendants d'Éphraïm Al-Naqua.
Biographies — Les Encaoua →
Président du Tribunal Rabbinique de Tanger · Tanger 1905 – Caracas 1978 · Tanger, Maroc
Mordehai Encaoua (1905–1978) présida le Tribunal Rabbinique de Tanger, l'une des grandes communautés séfarades du nord du Maroc. Héritier de la longue tradition de juges rabbiniques de la lignée Encaoua, il porta cette charge au cœur du XXe siècle, avant de finir sa vie au sein de la diaspora marocaine de Caracas.
Av Beit Din de Tanger
Né à Tanger en 1905, Mordehai Encaoua y devint président du tribunal rabbinique (av beit din) : l'instance qui tranchait, selon la halakha, les questions de statut personnel, de mariage, de divorce et de succession de la communauté juive. Tanger, alors ville internationale ouverte sur le détroit de Gibraltar, abritait l'une des communautés séfarades les plus actives du Maroc, héritière des familles expulsées d'Espagne. À sa tête sur le plan judiciaire, il prolongeait la lignée des dayyanim Encaoua, de Tlemcen à Salé.
De Tanger à Caracas
Au cours du XXe siècle, l'essentiel du judaïsme marocain quitta le pays ; une diaspora séfarade marocaine se reconstitua notamment au Venezuela, où Caracas devint un foyer important. C'est là que Mordehai Encaoua s'éteignit en 1978 — illustrant le déplacement d'un monde rabbinique du Maghreb vers les Amériques, où il continua de porter la mémoire et l'autorité de sa communauté d'origine.
Biographies — Les Encaoua →
Au terme de ce parcours à travers sept siècles d'histoire, de Tolède à Tlemcen, de Séville à Jérusalem, de Salé à Paris, une évidence s'impose : la lignée Encaoua n'est pas simplement une lignée parmi d'autres dans l'immense arbre du judaïsme séfarade. Elle en est l'un des rameaux les plus vivaces, les plus féconds, et les plus fidèles à l'idéal de transmission qui fonde l'identité juive.
Une lignée au service de la pensée
De Rav Israël Al-Naqua, brûlé vif à Écija le 6 juin 1391 en tenant un Sefer Torah dans ses mains, à David Encaoua, professeur émérite de la Sorbonne publiant aux éditions L'Harmattan ses réflexions sur les enjeux contemporains du judaïsme — la chaîne n'a jamais été rompue. Chaque génération a produit ses « passeurs de pensée » : des hommes qui ont su conjuguer l'érudition traditionnelle et les savoirs de leur époque, la fidélité aux textes sacrés et l'ouverture à la philosophie, la médecine, la poésie, le droit. Le Menorat ha-Maor d'Israël Al-Naqua voulait rendre la Torah accessible à tous ; le Sha'ar Kevod Hashem d'Ephraïm Al-Naqua démontrait la compatibilité de la raison et de la foi ; le Keren Hemer d'Abraham Ankawa codifiait la jurisprudence rabbinique ; les Karné Rem de Raphaël Encaoua unifiaient le droit du Haut Tribunal Rabbinique du Maroc. Chacune de ces œuvres, à son époque et à sa manière, répondait au même impératif : transmettre en adaptant, préserver en renouvelant.
La résistance comme vocation
L'histoire des Encaoua est aussi une histoire de résistance. Résistance à la persécution en 1391, lorsque Rav Yaakov Encaoua de Séville choisit le martyre plutôt que la conversion forcée. Résistance à l'exil en 1492, lorsque des branches entières de la famille choisirent de partir plutôt que de renier leur foi. Résistance à l'assimilation au Maghreb, lorsque pendant cinq siècles les Encaoua maintinrent vivante la tradition rabbinique dans les synagogues de Tlemcen, d'Oran et de Salé. Résistance aux lois antisémites de Vichy en 1940, qui frappèrent durement les Juifs d'Algérie. Résistance à l'oubli, enfin, lorsqu'après l'exode de 1962, la diaspora Encaoua entreprit de préserver, contre vents et marées, la mémoire d'un monde englouti. Cette résistance n'est pas une simple obstination : elle procède d'une conviction profonde, enracinée dans la Torah, selon laquelle la mémoire est un devoir sacré et que l'oubli est une forme de mort spirituelle.
Les Encaoua aujourd'hui : une présence mondiale
La lignée Encaoua est aujourd'hui dispersée sur quatre continents. En France, où la majorité des descendants des Juifs d'Algérie et du Maroc se sont établis après 1962, les Encaoua sont présents à Paris, Marseille, Lyon, Nice et dans de nombreuses autres villes. En Israël, des branches de la famille vivent à Jérusalem, Netanya, Dimona et dans d'autres localités — une synagogue dédiée au Rab Ephraïm Al-Naqua perpétue sa mémoire à Jérusalem. Au Canada, notamment à Montréal, et aux États-Unis, d'autres rameaux de la famille ont pris racine. Au Maroc même, quelques descendants continuent de vivre, gardiens d'une présence pluriséculaire. Cette dispersion géographique, loin de diluer l'identité familiale, l'a au contraire enrichie : les Encaoua d'aujourd'hui portent en eux une multiplicité d'appartenances — séfarade et ashkénaze, francophone et hébraïsante, traditionnelle et moderne — qui fait de cette famille un microcosme du peuple juif contemporain.
Le Grand Livre des Encaoua →
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עברית · عبري1
Rabbi Israel ben Joseph Aln'kaoua
Auteur du Menorat ha-Maor, martyr de Tolède
Rabbi Ephraïm Aln'kaoua
Grand rabbin de Tlemcen, saint protecteur
David Encaoua
Économiste, professeur émérite Sorbonne
Rabbi Abraham Ankawa
Dayan, auteur du Kerem Ḥemer (Livourne)
Rabbi Raphaël Encaoua
Premier président du Haut Tribunal Rabbinique du Maroc
Rabbi Messod Encaoua
Rabbin de Salé, « Ange de Dieu » (Malakh Hashem)
Rabbi Mardochée Encaoua
Dayan de Salé
Rabbi Mordehai Encaoua
Président du Tribunal Rabbinique de Tanger
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Responsa de Yitzhak ben Choushan Encaoua — copie BnF
Yitzhak ben Choushan Encaoua (XIIIᵉ s.)
Recueil partiel des responsa de Yitzhak ben Choushan Encaoua (XIIIᵉ siècle), figure rabbinique Encaoua la plus ancienne du Moyen Âge ibérique, antérieure d’environ un siècle au martyr Israël ben Joseph Aln’kaoua de Tolède (†1391). Disciple du Meïri de Perpignan, correspondant du Rashba de Barcelone. Le manuscrit, signalé par le collectif Encaoua (chapitre 4), serait conservé à la Bibliothèque nationale de France sous la cote ms. hébreu 389 — cote à confirmer auprès du département des manuscrits. Provenance : 1 Bibliothèque nationale de France — département des manuscrits, fonds hébreu Notice codicologique — origine à préciser ; écriture : séfarade ; état éditorial : Inédit. — Source : Mémoires des Manuscrits Juifs du Moyen-Âge Maghrébin (MMJMM / Collectif GMPL), https://mmjmm.org/corpus/catalogue/to-locate-encaoua-yitzhak-responsa-bnf.
Responsa de Yitzhak ben Choushan Encaoua — copie BNE
Yitzhak ben Choushan Encaoua (XIIIᵉ s.)
Second témoin présumé des responsa de Yitzhak ben Choushan Encaoua (XIIIᵉ s.), signalé par les travaux du collectif Encaoua. Conservé selon ces sources à la Bibliothèque nationale d’Espagne (Madrid) — cote précise à identifier par dépouillement du catalogue des manuscrits hébreux. Provenance : 1 Bibliothèque nationale d'Espagne (Biblioteca Nacional de España) — département des manuscrits Notice codicologique — origine à préciser ; écriture : séfarade ; état éditorial : Inédit. — Source : Mémoires des Manuscrits Juifs du Moyen-Âge Maghrébin (MMJMM / Collectif GMPL), https://mmjmm.org/corpus/catalogue/to-locate-encaoua-yitzhak-responsa-bne.
Menorat ha-Maor — Le Candélabre de la Lumière
Rabbi Israel ben Joseph Aln'kaoua (Encaoua)
Œuvre éthique majeure en vingt chapitres, composée par Rabbi Israel ben Joseph Aln'kaoua (Encaoua) à Tolède, en Espagne, au XIVe siècle. Le Menorat ha-Maor (Le Candélabre de la Lumière) est une compilation de matériaux aggadiques et halakhiques couvrant les grands thèmes de la vie religieuse : charité, prière, repentance, humilité, étude de la Torah, honneur des parents, éducation des enfants, mariage, morale commerciale et bonnes mœurs. L'ouvrage débute par un long poème acrostiche sur le nom de l'auteur, suivi d'une préface en prose rimée. Chaque chapitre est introduit par un poème portant l'acrostiche « Israel ». Écrit dans le contexte troublé de la fin du judaïsme espagnol, il servait de guide éthique et rituel pour les communautés juives d'Espagne. Rabbi Israel mourut sur le bûcher à Tolède en 1391, aux côtés de Judah ben Asher, lors des massacres de l'été 1391. Il est le père de Rabbi Ephraïm Aln'kaoua (Encaoua), qui fuira vers Tlemcen après ces pogroms.
Poéme d’Ephraim Al-Naqua en l’honneur de Moshé ben Maimon
Ephraïm Aln'kaoua
**Poème d'Ephraïm Al-Naqua en l'honneur de Moshé ben Maïmon** Composition poétique hébraïque en 51 versets, ce piyyut savant édité par Alexander Marx en 1935 (poème n° 19 de sa série *Texts by and about Maimonides*) constitue l'une des plus éloquentes apologies versifiées du *Moreh Nevukhim* (Guide des Perplexes) issues du milieu séfarade post-controverses maïmonidiennes. La traduction française, due à David Encaoua avec le concours d'André Benzenou, en restitue à la fois la rigueur argumentative et la densité allusive. **Structure et progression argumentative.** Le poème se déploie selon une architecture en cinq mouvements. Les versets 1 à 14 louent la méthode du Guide : démarche progressive, table « bien dressée » des chapitres (v. 3), arguments « sans falsification ni tromperie camouflée » (v. 4), élucidation du Targoum, des Séfirot et des noms des chérubins (vv. 6-13). Les versets 15 à 18, polémiques, visent le « grand rab fils de Naḥman » — Naḥmanide (Ramban) — accusé d'opposer au Guide « des paroles profondes mais peu convaincantes » et « des lumières qui obscurcissent plutôt qu'elles n'éclairent ». Les versets 19 à 33 dressent le catalogue des questions résolues par Maïmonide : prophétie et apparitions angéliques (vv. 21-22), sens des sacrifices (v. 23), preuves rationnelles de l'existence de Dieu adossées à Aristote (vv. 25-27), théodicée et secret de Job (vv. 28-30), prière du juste comme du pécheur (vv. 31-33). Les versets 34 à 42 abordent les *secrets de la création* (*ma'aseh bereshit*) et le *char d'Ézéchiel* (*ma'aseh merkavah*), puis l'histoire des origines — Adam, Ève, le serpent, Caïn, Abel, Seth — comme matrice de la transmission des langues et des sagesses. Les versets 43 à 51 reviennent à la polémique : disqualification des détracteurs « usant de mots obscurs », bénédiction sur Maïmonide promis au jardin d'Éden, et couronnement final du *Guide* « pour son travail de démystification ». **Enjeux doctrinaux.** Le poème prend parti, sans ambiguïté, pour la légitimité de la théologie philosophique contre la lecture exclusivement kabbalistique du judaïsme. Trois thèses y sont défendues : (1) la *raison aristotélicienne* est un instrument valide pour la *Torah*, dès lors qu'elle se subordonne à la révélation (vv. 25-27) ; (2) les récits ésotériques de la Bible — *bereshit*, *merkavah*, sacrifices, prophétie — sont susceptibles d'une exégèse rationnelle qui n'abolit pas leur sacralité mais l'éclaire (vv. 23, 34-36) ; (3) l'obscurité doctrinale n'est pas une vertu : opposer au Guide « des paroles vaines » revient à trahir l'intelligence (vv. 16-17, 43). En cela le poème s'inscrit dans la longue postérité des controverses maïmonidiennes (1232, 1305) et témoigne de leur prolongement dans la diaspora séfarade des XIVᵉ-XVᵉ siècles, où la défense du *Moreh* est devenue un marqueur identitaire face aux courants anti-rationalistes provençaux et catalans. **Auteur et contexte.** Ephraïm Al-Naqua (Anqawa, Encaoua), né en Castille vers 1359 et mort à Tlemcen en 1442, est le fondateur de la communauté juive de Tlemcen après les persécutions de 1391 en Espagne. Médecin, talmudiste, kabbaliste lui-même — auteur du *Sha'ar Kevod Hashem* —, il incarne ce paradoxe séfarade tardif d'un savant qui maîtrise les disciplines ésotériques tout en défendant la légitimité du rationalisme maïmonidien. Le tombeau du *Rab*, à Tlemcen, est demeuré jusqu'au XXᵉ siècle un lieu de pèlerinage majeur du judaïsme nord-africain. **Source et établissement du texte.** Le poème a été édité par Alexander Marx dans *The Jewish Quarterly Review*, New Series, vol. 25, n° 4 (avril 1935), au sein d'un dossier de pièces hébraïques relatives à Maïmonide. La présente traduction française, première à notre connaissance, a été établie par David Encaoua avec l'aide préalable d'André Benzenou.
Ḥadad ve-Teima — Raphael Encaoua
Raphael Encaoua (1848-1935)
Ḥadad ve-Teima — recueil de commentaires talmudiques de Raphael Encaoua (1848-1935), rabbin de Salé puis de Rabat, l’une des figures rabbiniques marocaines majeures du tournant des XIXᵉ-XXᵉ siècles. Correction (juin 2026) : le Ḥadad ve-Teima a été imprimé à titre posthume (Jérusalem, 1978 ; réédition 2000) — l’existence d’une édition implique qu’un manuscrit a circulé, mais sa cote (autographe ou copie de travail) n’est pas localisée. Provenance : 1 Bibliothèque personnelle de Raphael Encaoua 2 Descendance Encaoua (Maroc / France) Notice codicologique — origine Salé, Maroc ; écriture : maghrébine ; état éditorial : Édition partielle disponible. — Source : Mémoires des Manuscrits Juifs du Moyen-Âge Maghrébin (MMJMM / Collectif GMPL), https://mmjmm.org/corpus/catalogue/to-locate-raphael-encaoua-hadad-ve-teima.
Les juifs d'Afrique du Nord
Maurice Eisenbeth
Les juifs de l'Afrique du Nord : démographie et onomastique est un ouvrage publié à Alger en 1936 par Maurice Eisenbeth (1886-1957), alors Grand Rabbin d'Alger. Il s'agit de la première étude systématique des populations juives d'Afrique du Nord — Maroc, Algérie, Tunisie et Libye — fondée à la fois sur les recensements coloniaux, les registres communautaires et un dépouillement méthodique des patronymes. L'ouvrage se divise en deux grandes parties. La première partie, démographique, établit les effectifs, la répartition géographique et la structure par communautés des juifs nord-africains au tournant des années 1930, à partir des données statistiques françaises, espagnoles et italiennes disponibles à l'époque, croisées avec les archives rabbiniques locales. Eisenbeth y décrit, commune par commune, les grandes communautés (Alger, Constantine, Oran, Tunis, Fès, Casablanca, Tripoli…) mais aussi des dizaines de communautés plus modestes des oasis, de l'Atlas et du Sud tunisien. La seconde partie, onomastique, constitue le cœur durable de l'ouvrage et explique sa postérité. Eisenbeth y dresse un catalogue raisonné de plusieurs centaines de patronymes portés par les juifs d'Afrique du Nord, en indiquant pour chacun : son étymologie probable (hébraïque, araméenne, arabe, berbère, judéo-espagnole, italienne ou toponymique), ses variantes orthographiques, son aire de diffusion géographique et les lignées rabbiniques ou marchandes notables qui l'ont porté. Il s'appuie sur une documentation de première main — registres de ketoubot, actes de tribunal rabbinique, listes d'offrandes synagogales, épitaphes de cimetières — et entreprend le premier classement typologique des noms de famille judéo-maghrébins : noms bibliques, noms sacerdotaux (Cohen, Levi), toponymes ibériques hérités de l'expulsion de 1492 (Toledano, Narboni, Corcos), toponymes maghrébins (Tetouani, Mrejen, Fezzani), arabismes descriptifs (Abitbol, Dahan, Chriqui), surnoms professionnels (Sayag, Neggar), et patronymes spécifiquement rabbiniques. Par sa méthode comme par son ampleur, cet ouvrage demeure, près d'un siècle plus tard, une référence incontournable de la généalogie juive nord-africaine et de la recherche sur les identités juives maghrébines. Il a nourri toutes les études ultérieures — Paul Sebag, Robert Attal, Joseph Tolédano, Michaël Laskier — et constitue pour des dizaines de milliers de familles issues d'Afrique du Nord la porte d'entrée vers l'histoire de leur nom.
Des passeurs de pensée juive d’origine hispano-maghrébine : la lignée Encaoua
David Encaoua
Publié dans la revue GÉNÉALO-J n°135 (automne 2018), éditée par le Cercle de Généalogie Juive, cet article de David Encaoua, économiste et professeur émérite à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, reconstitue l'itinéraire intellectuel et spirituel de quatre figures majeures de la lignée Encaoua (variantes : Al-Naqua, Alnakaoua, Ankaoua, Ankawa, Enkaoua, N'Kaoua). L'auteur, lui-même descendant de cette lignée hispano-algéro-marocaine, forge la notion opératoire de « passeur de pensée juive » pour désigner des personnes qui ont, à la fois, structuré leur communauté, produit des œuvres de philosophie ou de droit rabbinique à portée durable, et créé des passerelles culturelles entre terres chrétiennes et terres d'Islam. Quatre figures, séparées par plus de six siècles, sont réunies autour d'un fil conducteur : la transmission d'un héritage castillan conjuguant rigueur talmudique et ouverture à la modernité. La lignée prend racine à Tolède au XIIIᵉ siècle, où Yéhouda et Shmuel Al-Naqua, notables attachés à la cour d'Alphonse IX, furent accusés à tort d'un vol et exécutés vers 1200 — leur innocence ne fut reconnue que trois jours après leur pendaison. Un siècle et demi plus tard émerge la première grande figure : Israël ben Yossef Al-Naqua (?-Tolède 1391), grand rabbin de Castille, auteur du Menorat ha-Maor (Le Chandelier de Lumière), ouvrage d'éthique en dix-neuf chapitres précédés de poèmes acrostiches, dont le manuscrit original est conservé à la Bodleian Library d'Oxford. Il périt brûlé vif en juin 1391 dans les massacres anti-juifs de Tolède, serrant un Sefer Torah. Son fils Ephraïm ben Israël Al-Naqua (Tolède 1359 – Tlemcen 1442), le « Rab de Tlemcen », quitte l'Espagne après la mort de son père et, après un passage par Marrakech et Honein, fonde à Tlemcen la communauté juive qui marquera durablement l'Algérie jusqu'en 1962. Philosophe, médecin, poète, il défend dans son œuvre princeps Chaar Kevod Hachem (Le Portique à la Gloire du Nom) les thèses rationalistes de Maïmonide contre Nahmanide et soutient que pensée biblique et pensée rationnelle sont indissociables. Médecin officiel du sultan — qu'il guérit selon la tradition — thaumaturge arrivé à Tlemcen monté sur un lion bridé d'un serpent, il établit synagogue, académie talmudique, et obtient le droit pour les Juifs de quitter l'enclave d'Agadir pour s'installer intra-muros. Inhumé en 1442, son tombeau reste jusqu'en 2005 un lieu de pèlerinage juif et musulman ; un mausolée a été ré-inauguré en 2013 à Tlemcen, hommage rendu notamment par François Hollande lors de sa visite en 2012. Trois siècles plus tard, Abraham Ankawa (Salé 1810 – Oran 1890), surnommé « Ha-Gaone », incarne le passeur itinérant des rives méditerranéennes au XIXᵉ siècle. Érudit, shohet et dayan, il voyage entre Salé, Oran, Mascara, Tlemcen, Livourne (où il s'installe en 1838 puis 1858 pour y publier), Jérusalem et Gibraltar. Son œuvre majeure, Kerem Hemer (Un admirable vignoble), parue à Livourne en 1869-1871 en deux volumes, rassemble les taqqanot (ordonnances communales) des juges castillans installés au Maroc après 1492 et contient le Sefer ha-Takkanot des rabbins de Castille publié à Fès en 1494. L'historienne Jessica Marglin (2014) voit en lui un pionnier d'une approche « transnationale et transhistorique » du droit juif : appuyé sur le principe halakhique dina de-malkhuta dina, Ankawa fit souvent prévaloir le droit civil français sur le droit rabbinique en matière de statut personnel, convaincu que l'adaptation aux lois du pays d'accueil conditionnait la pérennité de la loi juive. Ses positions lui valurent la vindicte du rabbin Moshé Sebaoun d'Oran et une démission forcée de Mascara en 1878. La quatrième figure, Raphaël Encaoua (Salé 1848 – Salé 1935), dit l'« Ange Raphaël » ou REM (Raphaël fils de Mordekhaï), devient en mai 1918 le premier président du Haut Tribunal Rabbinique du Maroc institué par le dahir du Résident Général Lyautey. Décoré de la Légion d'honneur en 1929 par Lucien Saint, auteur notamment de Karné Rem (Jérusalem 1910), Paamoni Zahab (Jérusalem 1912), Toafot Rem (Casablanca 1930) et Hadad Vé-Téma, il unifia la jurisprudence rabbinique des communautés marocaines sous le protectorat. Son enterrement en août 1935 fut, selon Le Journal du Maroc, la plus grande manifestation spontanée du judaïsme marocain ; on le pleura comme le Ner Hamaarav (Lumière du Maroc). Au-delà de la biographie, l'article propose une onomastique rigoureuse du patronyme (Al-Naqua → Ankaoua/Encaoua), discute les hypothèses étymologiques (hébraïque « espoir en Dieu », arabe « pureté », ou nom berbère selon Maurice Eisenbeth 1936), et s'appuie sur un riche appareil critique : Jewish Encyclopedia, Encyclopedia Judaica, Alexander Beider, Abraham Laredo, Moïse Schwab, Colette Sirat, Paul Fenton, Simon Schwarzfuchs, Valérie Assan, Kenneth Brown, Jessica Marglin. En restituant ces quatre vies reliées par l'héritage castillan, David Encaoua articule mémoire familiale et histoire collective, et plaide pour que la composante séfarade du judaïsme ne soit pas réduite à ses aspects folkloriques mais reconnue dans ses contributions philosophiques, juridiques et éthiques majeures.
Le Manuscrit sacré — Mémoire et restitution
Didier Nebot
Essai historique publié en 2026 aux Éditions Erick Bonnier. Didier Nebot y retrace l'histoire de Rabbi Ephraïm Aln'kaoua (Encaoua), grand rabbin de Tlemcen à l'époque de la Renaissance, qui accueillit les réfugiés juifs fuyant les pogroms d'Espagne de 1391 et mourut en martyr en 1442. L'ouvrage révèle la découverte de son unique manuscrit connu (49 pages) à la Bodleian Library d'Oxford, parmi près de 500 manuscrits juifs jamais restitués, et en propose la traduction intégrale en français.
السجل الذاكرة · وديع، وليس مالكًا
Tolède
v.1359-1391
Ephraïm Al-Naqua né en 1359 ; son père, grand rabbin de Tolède, brûlé en 1391.
Marrakech
1391-1393
Fuite d’Espagne ; recueilli par la communauté de Marrakech.
Honaïn
1391
Port de débarquement vers Tlemcen.
Tlemcen
1391-1442
Le « Rab de Tlemcen », médecin du sultan, fondateur de la communauté ; mort le 13 nov. 1442.
Tlemcen
1391 (tradition)
Miracle de l’arrivée monté sur un lion bridé par un serpent. (encaoua.org)
Salé
XIXe-XXe s.
Abraham Ankawa né à Salé en 1810 ; Raphaël Encaoua (1847-1935), 1er Grand Rabbin du Maroc.
Oran
XIXe s.-1962
Présence à Oran/Tlemcen au XIXe s. jusqu’à l’indépendance de 1962.
France
1962+
Exode des Juifs d’Algérie et du Maroc vers la France.
حضور موثقذاكرة منقولة