Регион: Europe, monde méditerranéen et arabe
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Опубликовано 16 июня 2026 г.
Grand Livre thématique consacré à la mémoire des persécutions antijuives et des pogroms, du Moyen Âge aux résurgences contemporaines, en amont de la Shoah. Documenté avec rigueur — lieux, dates, sources — et sans polémique : faire mémoire des communautés détruites et des victimes, éclairer les ressorts historiques de l'antisémitisme, sans jamais transformer le savoir en arme. Registre à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire ; tant de mondes juifs disparus le sont à cause de ces violences.

Pogrom de Chisinau - 1903 - 2
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Pogrom de Chisinau - 1903 - 1
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After Kishinyov pogrom
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<a href="https://zakhor.ai/ru/grands-livres/thematiques/memoire-persecutions-pogroms">La mémoire des persécutions et des pogroms — Zakhor</a>Citation
La mémoire des persécutions et des pogroms — Zakhor, https://zakhor.ai/ru/grands-livres/thematiques/memoire-persecutions-pogromsL'histoire des communautés juives d'Europe, du monde méditerranéen et des terres d'Islam ne saurait être pensée sans la longue trame des violences qui les ont périodiquement frappées. Du Moyen Âge aux résurgences contemporaines, en amont de la catastrophe que fut la Shoah, les persécutions antijuives composent une mémoire douloureuse, faite de communautés florissantes anéanties, de quartiers vidés, de manuscrits brûlés et de noms inscrits dans les chroniques du martyre. Faire mémoire de ces événements ne consiste pas à dresser un réquisitoire, mais à comprendre les ressorts historiques, religieux, économiques et sociaux qui, à travers les siècles, ont fait du Juif la figure du bouc émissaire désigné.
Le présent ouvrage se tient à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire. Il s'efforce de documenter avec rigueur — lieux, dates, sources — les grandes vagues de violence, tout en restituant le sens que les victimes elles-mêmes leur donnaient : celui du Kiddoush ha-Shem, la sanctification du Nom, et celui du souvenir transmis par les chroniques, les complaintes liturgiques (selihot) et, plus tard, les livres du souvenir (Yizkor). Tant de mondes juifs disparus le sont à cause de ces violences ; en restituer la chronologie, c'est rendre aux disparus une part de présence.
La Première Croisade, prêchée par le pape Urbain II en 1095, devait conduire les armées chrétiennes vers Jérusalem ; elle se solda d'abord, sur les rives du Rhin, par l'une des premières grandes vagues de massacres antijuifs de l'Occident médiéval. Au printemps et à l'été 1096, des bandes croisées, dont celle conduite par le comte Émich de Flonheim, s'abattirent sur les communautés juives prospères des villes rhénanes. Les chroniques et les travaux historiques évaluent à plusieurs milliers le nombre des victimes : selon certaines estimations, les massacres firent entre 2 000 et 12 000 morts et détruisirent les communautés de Spire, Worms, Mayence et Cologne [Historica Wiki ; Medievalists.net].
À Worms, lorsque la bande d'Émich arriva le 18 mai, la majeure partie de la communauté juive se réfugia dans le palais épiscopal ; huit jours plus tard, les croisés forcèrent l'enceinte et massacrèrent entre 800 et 1 000 Juifs [Medievalists.net ; Worms massacre (1096)]. Ces événements furent rapportés vers le milieu du XIIe siècle par le chroniqueur juif Salomon bar Simson, dont le récit, écrit une cinquantaine d'années après les faits, demeure une source majeure [Medievalists.net].
Ces massacres, désignés en hébreu sous le nom de gezerot Tatnou (les décrets de l'an 4856), marquèrent durablement la conscience juive ashkénaze. Ils donnèrent naissance à une littérature liturgique de deuil et consacrèrent l'idéal du Kiddoush ha-Shem, le martyre pour le Nom divin, qui structura la mémoire collective des communautés du Rhin pour les siècles à venir.
Le XIIe et le XIIIe siècle virent se cristalliser des accusations diffamatoires durables. L'accusation de meurtre rituel apparut en Angleterre, avec l'affaire de Guillaume de Norwich (vers 1144), puis se diffusa sur le continent. L'accusation de profanation de l'hostie et les calomnies d'empoisonnement des puits nourrirent un imaginaire persécuteur. En Angleterre, le massacre d'York de mars 1190, au cours duquel la communauté juive assiégée dans la tour du château — aujourd'hui Clifford's Tower — périt en grande partie, parfois par suicide collectif pour échapper à la conversion forcée, demeure emblématique de ces violences ; le royaume d'Angleterre expulsa ses Juifs en 1290, suivi par le royaume de France en 1306.
La Peste noire, qui ravagea l'Europe à partir de 1347-1348, déclencha l'une des vagues persécutrices les plus meurtrières. Accusées à tort d'avoir propagé l'épidémie en empoisonnant les sources, des communautés entières furent anéanties dans le Saint-Empire. Le massacre de Strasbourg, le 14 février 1349, au cours duquel des centaines de Juifs furent brûlés, illustre l'ampleur de ces pogroms qui détruisirent des centaines de communautés en Rhénanie, en Souabe et en Franconie. Ces persécutions accélérèrent le déplacement du centre de gravité du judaïsme ashkénaze vers l'est de l'Europe, en Pologne et en Lituanie, où des chartes de protection offraient un refuge relatif.
Le 31 mars 1492, les rois catholiques Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille promulguèrent le décret de l'Alhambra, ordonnant l'expulsion de tous les Juifs de leurs royaumes. En 1492, le roi Ferdinand et la reine Isabelle promulguèrent le décret de l'Alhambra, ordonnant l'expulsion de tous les Juifs de leurs royaumes ; en quelques mois, les Juifs espagnols furent contraints de renier leur foi ou d'abandonner une terre qu'ils habitaient depuis mille ans [Museum of Jewish Heritage]. Cet édit imposait que tous les Juifs qui ne se convertissaient pas au christianisme quittent le pays avant la fin du mois de juillet de la même année, sous peine de mort ; l'expulsion, formalisée par le décret de l'Alhambra le 31 mars 1492, marqua un événement majeur et tragique de l'histoire juive [EBSCO Research Starters].
Cette expulsion mit fin à la civilisation judéo-espagnole médiévale, l'une des plus brillantes que le judaïsme ait connues. Elle dispersa les exilés séfarades à travers le bassin méditerranéen : dans l'Empire ottoman, qui les accueillit notamment à Salonique, Istanbul et Smyrne, en Afrique du Nord, en Italie et aux Pays-Bas. Le Portugal procéda à une conversion forcée en 1497. De cette dispersion naquit le monde séfarade et la langue judéo-espagnole, le ladino, mais aussi la longue tradition de mémoire de l'exil. Il convient de noter que, si les terres d'Islam offrirent souvent aux Juifs un statut protégé de dhimmi, ce statut s'accompagnait de sujétions juridiques et fut, à plusieurs reprises, rompu par des violences locales.
Au milieu du XVIIe siècle, la grande communauté juive de la République des Deux Nations polono-lituanienne subit une catastrophe d'une ampleur inédite depuis les croisades. Les pogroms de Khmelnytsky furent des pogroms menés contre les Juifs de l'actuelle Ukraine durant le soulèvement de Khmelnytsky de 1648, mené par les Cosaques et les serfs sous la conduite de Bohdan Khmelnytsky [Khmelnytsky pogroms]. Les Juifs, souvent perçus comme les agents économiques de la noblesse polonaise dans les terres ukrainiennes — fermiers d'impôts, régisseurs, aubergistes —, se trouvèrent pris dans l'engrenage d'une révolte à la fois sociale, nationale et religieuse.
Le soulèvement, qui mêlait Cosaques zaporogues et leurs alliés tatars de Crimée, infligea de lourdes défaites aux forces polono-lituaniennes dans l'actuelle Ukraine [Khmelnytsky's campaign of 1648]. Les estimations du nombre de victimes juives varient considérablement selon les sources, allant de plusieurs dizaines de milliers à des chiffres bien plus élevés que la recherche contemporaine a révisés à la baisse. Après près d'une décennie de bains de sang, le soulèvement réussit à renverser la domination polono-lituanienne, et il a pris une grande importance symbolique dans l'histoire de l'Ukraine [Study.com]. Dans la mémoire juive, l'année 1648 — Tah ve-Tat — devint synonyme de catastrophe et nourrit, selon plusieurs historiens, l'effervescence messianique qui culmina avec le mouvement de Sabbataï Tsevi.
L'assassinat du tsar Alexandre II en 1881 déclencha, dans les provinces méridionales de l'Empire russe, une première grande vague de pogroms. Confinés dans la Zone de résidence, soumis à des lois discriminatoires, les Juifs furent les cibles désignées d'une violence populaire souvent tolérée, voire encouragée, par certaines autorités locales. Ces violences précipitèrent une émigration massive vers l'Amérique du Nord et l'Europe occidentale, et donnèrent une impulsion décisive aux mouvements d'émancipation juive, du sionisme naissant au socialisme du Bund.
Le pogrom de Kichinev de 1903 demeura l'événement le plus retentissant de cette période. Le pogrom de Kichinev fut un massacre antijuif qui se déroula sur une journée et demie, les 19 et 20 avril 1903, dans la ville de Kichinev de la Russie impériale, aujourd'hui connue sous le nom de Chișinău, capitale de la Moldavie [Stanford Report]. Situé à Kichinev, dans le gouvernement de Bessarabie de l'Empire russe, le pogrom se déroula du 19 au 21 avril 1903 et visa les Juifs de Bessarabie ; il fit 48 morts, 92 personnes gravement blessées et plus de 500 légèrement blessées, et fut motivé par l'antisémitisme [Kishinev pogrom].
L'écho international du massacre fut considérable. Il inspira le poème Dans la ville du massacre de Hayim Nahman Bialik, qui transforma la honte de la passivité en appel à l'autodéfense, et il mobilisa l'opinion occidentale. Une seconde vague de pogroms, plus meurtrière encore, accompagna la révolution de 1905, notamment à Odessa. La recherche contemporaine, comme celle de l'historien Steven Zipperstein, s'attache aujourd'hui à distinguer les faits avérés des mythes qui se sont greffés sur la mémoire de Kichinev [Stanford Report].
Si les persécutions antijuives furent en Europe d'une intensité particulière, le monde arabe et méditerranéen connut lui aussi des épisodes de violence, dont l'intensité s'accrut au XXe siècle sous l'effet conjugué des nationalismes, des tensions liées à la Palestine mandataire et de la propagande de l'Axe. L'épisode le plus marquant fut le Farhoud, pogrom perpétré à Bagdad les 1er et 2 juin 1941, à la faveur du vide de pouvoir consécutif à l'effondrement du gouvernement pro-allemand de Rachid Ali al-Gaylani. La communauté juive de Bagdad, l'une des plus anciennes du monde, vit des dizaines de ses membres assassinés et ses biens pillés ; cet événement est généralement considéré comme une rupture historique dans la relation entre les Juifs et la société irakienne.
Le Farhoud annonça, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale et de la décolonisation, l'effacement progressif des communautés juives multiséculaires du monde arabe — d'Irak, du Yémen, d'Égypte, de Libye, du Maroc et d'ailleurs — au cours des décennies suivantes. Il s'inscrit ainsi, comme les violences européennes, dans la longue histoire de la fragilité des minorités juives diasporiques et de la mémoire des mondes disparus.
De la Rhénanie de 1096 au Bagdad de 1941, en passant par Strasbourg, Sefarad, l'Ukraine de Khmelnytsky et le Kichinev de 1903, se dessine une trame récurrente : la désignation du Juif comme bouc émissaire en temps de crise religieuse, sociale ou politique. Les ressorts varient — fanatisme religieux médiéval, calomnies rituelles, ressentiment économique, nationalismes modernes —, mais la structure du mécanisme persécuteur présente des constantes que l'histoire permet de mettre au jour.
Ces violences, antérieures à la Shoah, n'en préfigurent pas le caractère industriel et génocidaire, qui constitue une rupture singulière ; elles en éclairent toutefois le terreau ancien. Faire mémoire de ces communautés détruites — sans transformer le savoir en arme — relève d'un double devoir : celui de l'historien envers la vérité des faits, et celui de la mémoire envers les disparus. Car derrière chaque date et chaque lieu se tiennent des hommes, des femmes et des enfants dont les noms, parfois sauvés par une chronique ou un livre du souvenir, attestent que ces mondes ont existé.