Регион: Diaspora et terre d'Israël
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Опубликовано 16 июня 2026 г.
Grand Livre thématique consacré au rôle des femmes dans la transmission juive : gardiennes de la mémoire familiale, érudites, poétesses, prières vernaculaires (tkhines), tradition orale, figures bibliques et contemporaines. Là où l'archive est souvent muette, le témoignage et la mémoire transmise prennent toute leur place. Registre à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire.

San Antonio Section, National Council of Jewish Women, Texas Historical Marker (50110559641)
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The WIZO Jewish women organization holding a debate on the status of women in Israel
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<a href="https://zakhor.ai/ru/grands-livres/thematiques/femmes-transmission">Les femmes dans la transmission — Zakhor</a>Citation
Les femmes dans la transmission — Zakhor, https://zakhor.ai/ru/grands-livres/thematiques/femmes-transmissionDans l'historiographie juive classique, longtemps dominée par l'étude des textes rabbiniques, des responsa et des chroniques communautaires, la voix des femmes demeure souvent en retrait des sources écrites officielles. L'archive parle d'hommes : des décisionnaires, des copistes, des chefs de communauté. Pourtant, derrière ce silence apparent se déploie une activité de transmission essentielle, sans laquelle la continuité du peuple juif eût été impensable. La transmission — masorah, du verbe hébraïque limsor, « remettre, confier » — ne se réduit pas à la chaîne savante décrite au début du traité Avot de la Mishna, qui fait passer la Torah de Moïse à Josué, puis aux Anciens et aux Prophètes. Elle s'incarne aussi dans le foyer, dans la langue maternelle, dans le geste rituel, dans la berceuse et la prière murmurée.
Ce Grand Livre se situe délibérément à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire, selon la distinction que l'historien Pierre Nora a rendue classique. Là où l'archive est muette, le témoignage et la mémoire transmise reprennent leurs droits. Il s'agit de restituer le rôle des femmes comme gardiennes de la mémoire familiale, comme érudites parfois, comme poétesses et autrices de prières vernaculaires, et comme actrices de la tradition orale, de l'Antiquité biblique jusqu'à nos jours, sur l'ensemble de la terre d'Israël et des diasporas. Ce parcours mobilise des sources rabbiniques, des documents de la Gueniza du Caire, des recueils de tkhines en yiddish, des mémoires personnels et l'apport de l'histoire des femmes contemporaine.
La Bible hébraïque place dès l'origine la transmission sous le signe d'une transmission partagée. Les matriarches — Sarah, Rébecca, Léa et Rachel — ne sont pas de simples comparses des patriarches : elles infléchissent décisivement le destin de la lignée. Rébecca, dans le récit de la Genèse, organise délibérément la transmission de la bénédiction à Jacob plutôt qu'à Ésaü, devenant ainsi l'agent actif du choix généalogique [Genèse 27 ; Encyclopaedia Judaica, art. « Rebekah »].
D'autres figures incarnent la transmission de la mémoire et de la loi. Miryam, sœur de Moïse et d'Aaron, est désignée comme prophétesse et conduit les femmes dans le chant de la mer après la traversée [Exode 15, 20-21]. Déborah, juge et prophétesse, transmet sa parole sous un palmier où le peuple vient se faire juger, et son cantique compte parmi les plus anciens textes poétiques de la Bible [Juges 4-5]. Houldah, prophétesse consultée sous le roi Josias lors de la découverte du « livre de la Loi », joue un rôle déterminant dans l'authentification d'un texte fondateur, donc dans sa transmission [II Rois 22 ; Encyclopaedia Judaica, art. « Huldah »].
La tradition rabbinique elle-même reconnaît un canon de prophétesses. Le Talmud de Babylone, dans le traité Meguila, énumère sept femmes prophétesses : Sarah, Miryam, Déborah, Hannah, Abigaïl, Houldah et Esther [Talmud de Babylone, Meguila 14a]. Hannah, mère de Samuel, dont la prière silencieuse au sanctuaire de Silo sert de modèle à la prière juive de la Amida, illustre combien une pratique féminine a pu devenir paradigme normatif pour l'ensemble de la communauté [I Samuel 1-2 ; Talmud de Babylone, Berakhot 31a].
Un trait juridique singulier confère aux femmes un rôle central dans la transmission de l'identité juive : le principe de matrilinéarité. Selon la halakha rabbinique, est juif l'enfant né d'une mère juive, indépendamment de l'ascendance paternelle. Ce principe est dérivé par la Mishna et le Talmud de versets relatifs aux unions mixtes, notamment dans le traité Kiddoushin, qui pose que le statut de l'enfant suit celui de la mère dans les cas où l'union n'est pas valide entre les deux parties [Mishna Kiddoushin 3, 12 ; Talmud de Babylone, Kiddoushin 68b].
Les historiens débattent de l'ancienneté de ce principe. Certains, comme Shaye J. D. Cohen dans ses travaux sur les origines de la matrilinéarité, soutiennent que la règle ne s'impose pleinement qu'à l'époque tannaïtique, et non dans la Bible où la filiation paraît d'abord patrilinéaire [selon S. J. D. Cohen, The Beginnings of Jewishness]. Quoi qu'il en soit de cette généalogie, le résultat est durable : la mère devient, en droit, le vecteur de l'appartenance. Cette centralité juridique se double d'une centralité pratique, car c'est au foyer, espace traditionnellement féminin, que se transmettent les rythmes du calendrier, la cacherout, et l'observance du shabbat.
Si l'étude formelle de la Torah a été majoritairement réservée aux hommes, certaines femmes ont franchi ce seuil et marqué la mémoire savante. La plus célèbre demeure Beruria, épouse de Rabbi Meïr, à l'époque tannaïtique. Le Talmud lui attribue une connaissance approfondie de la tradition et plusieurs interventions halakhiques et exégétiques, faisant d'elle une figure exceptionnelle d'érudition féminine [Talmud de Babylone, Pessahim 62b ; Encyclopaedia Judaica, art. « Beruryah »].
Au Moyen Âge, les documents de la Gueniza du Caire — ce dépôt de manuscrits étudié magistralement par S. D. Goitein — révèlent des femmes lettrées, commerçantes, parfois copistes ou enseignantes, dont l'activité économique et culturelle est attestée par des lettres et des contrats [selon S. D. Goitein, A Mediterranean Society]. La tradition rapporte aussi le cas de filles de savants qui transmettaient le savoir paternel : il est ainsi mentionné que la fille de Rachi, au XIe siècle à Troyes, était versée dans la connaissance des textes, et certaines responsa lui sont parfois associées dans la tradition, sans que cela soit établi avec une pleine certitude documentaire [selon la tradition rapportée par divers historiens du judaïsme ashkénaze médiéval].
Dans le monde séfarade, des femmes de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance ont exercé une influence considérable. Doña Gracia Nasi (Beatriz de Luna, XVIe siècle), issue d'une famille de conversos portugais, organisa des réseaux d'entraide pour faire échapper les marranes à l'Inquisition et fut une protectrice des lettres juives, faisant éditer des ouvrages et soutenant les communautés [Encyclopaedia Judaica, art. « Nasi, Gracia »]. Sa figure incarne la transmission par la protection matérielle et culturelle des communautés persécutées.
L'un des domaines où la voix des femmes s'est exprimée le plus directement est celui des tkhines (au singulier tkhine), prières supplicatoires rédigées en yiddish, langue vernaculaire des juifs ashkénazes, par opposition à l'hébreu liturgique réservé au culte synagogal. Ces prières, qui se développent particulièrement à partir du XVIIe siècle en Europe centrale et orientale, accompagnaient les femmes dans les moments-clés de l'existence : allumage des bougies du shabbat, grossesse et accouchement, visite au cimetière, prélèvement de la hallah [selon Chava Weissler, Voices of the Matriarchs].
Certaines de ces prières furent composées par des femmes elles-mêmes. La plus connue est Sarah bas Tovim, autrice présumée du XVIIIe siècle à laquelle on attribue des recueils tels que le Shloyshe She'orim (« Les trois portes »), devenus extrêmement populaires [selon Ch. Weissler, Voices of the Matriarchs]. Antérieurement, au XVIe-XVIIe siècle, Rivka bat Meïr Tiktiner aurait été l'une des premières femmes à publier un ouvrage en yiddish, le Meneket Rivka, traité moral destiné notamment aux mères [selon les études d'histoire de la littérature yiddish]. Ces textes constituent une véritable archive de la spiritualité féminine, où l'invocation des matriarches comme intercessrices tisse un lien entre les femmes vivantes et les figures fondatrices.
À côté de l'écrit, la transmission orale jouait un rôle majeur. Le yiddish, langue maternelle (mame-loshn, littéralement « langue de la mère »), portait dans son nom même cette fonction de transmission par les femmes : berceuses, contes, proverbes et chants accompagnaient l'enfance et fixaient une mémoire collective hors des canaux savants.
La mémoire familiale, transmise de génération en génération, doit beaucoup aux femmes. La figure la plus emblématique en est Glikl de Hameln (vers 1646-1724), marchande juive d'Allemagne du Nord, dont les mémoires rédigés en yiddish constituent l'un des plus précieux témoignages sur la vie quotidienne, économique et religieuse des juifs ashkénazes de l'époque moderne [Encyclopaedia Judaica, art. « Glückel of Hameln »]. Écrits d'abord pour ses enfants, dans une intention explicitement éducative et mémorielle, ces mémoires illustrent à la perfection la transmission par le récit familial : Glikl y entrelace son histoire personnelle, des considérations morales et des contes destinés à instruire sa descendance [selon les éditions critiques des mémoires de Glikl].
Cette fonction mémorielle des femmes prend une acuité particulière dans les périodes de catastrophe. Après la Shoah, ce sont fréquemment des survivantes qui ont transmis, par le témoignage oral, le souvenir des disparus et des mondes engloutis d'Europe orientale. Là où les archives furent détruites, la mémoire portée et dite — recueillie notamment par de vastes campagnes de témoignages — a permis de reconstituer des généalogies, des coutumes et des noms. Cette dimension justifie pleinement la place de la thématique à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire, l'une suppléant l'autre lorsque les sources écrites font défaut.
L'époque contemporaine voit les femmes accéder à des rôles de transmission jusque-là largement fermés. Dans l'Allemagne du début du XXe siècle, Regina Jonas obtient en 1935 une ordination rabbinique, devenant la première femme connue à recevoir le titre de rabbin ; elle exerce un ministère, notamment auprès des déportés, avant d'être assassinée à Auschwitz en 1944 [Encyclopaedia Judaica, art. « Jonas, Regina »]. Sa trajectoire, longtemps oubliée puis redécouverte par les historiennes, est devenue un symbole.
Dans la seconde moitié du XXe siècle, l'ordination de femmes se développe au sein des courants libéraux et conservateurs du judaïsme, en particulier aux États-Unis, où Sally Priesand est ordonnée rabbin réformée en 1972 [selon l'histoire du judaïsme réformé américain]. Parallèlement, le monde orthodoxe connaît un essor considérable de l'étude féminine des textes, avec la multiplication d'institutions d'enseignement supérieur (midrashot, séminaires) où les femmes étudient le Talmud et la halakha à un niveau avancé. Des chercheuses comme Nehama Leibowitz, dont les feuillets d'étude de la Torah ont marqué des générations d'enseignants en Israël et dans la diaspora, ont profondément renouvelé la pédagogie de la transmission [selon les travaux consacrés à N. Leibowitz].
Cette évolution prolonge, en la rendant visible et institutionnelle, une fonction de transmission que les femmes assumaient depuis des siècles dans l'espace domestique et vernaculaire. Le passage de la transmission silencieuse à la transmission reconnue constitue l'un des grands mouvements de l'histoire juive contemporaine.
Au terme de ce parcours, des matriarches bibliques aux rabbines contemporaines, une continuité se dessine : les femmes ont été, à travers les âges, des actrices décisives de la transmission juive. Cette transmission a emprunté des voies multiples — le droit de la filiation par la matrilinéarité, l'érudition de figures exceptionnelles comme Beruria ou Doña Gracia, la prière vernaculaire des tkhines, la langue maternelle et la mémoire familiale incarnée par Glikl de Hameln, enfin l'accès contemporain à l'étude formelle et à l'ordination. Si l'archive officielle est souvent restée muette sur leur compte, la mémoire transmise, le témoignage et les sources vernaculaires permettent de restituer leur apport. L'histoire des femmes dans la transmission n'est donc pas un chapitre annexe de l'histoire juive : elle en constitue l'une des trames les plus profondes, celle qui a relié, de foyer en foyer et de génération en génération, le passé fondateur à l'avenir.