Emmanuel ben Salomon de Rome. Commentaire sur les Proverbes (extraits). עמנואל בן שלמה, הרומי. פרוש כתובים לעמנואל בן שלמה משלי .
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Опубликовано 19 июня 2026 г.
Au tournant des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, l'Italie juive connaît une floraison intellectuelle singulière, à la croisée de la culture rabbinique, de la philosophie aristotélicienne transmise par le judéo-arabe, et du nouvel humanisme vernaculaire qui s'épanouit dans les cités de la péninsule. C'est dans ce milieu qu'émerge la figure d'Emmanuel ben Salomon de Rome, connu en hébreu sous le nom d'Emmanuel ha-Romi (עמנואל הרומי) et, dans les sources italiennes, sous celui de Manoello Giudeo. Emmanuel ben Solomon ben Jekuthiel de Rome (Immanuel of Rome, Immanuel Romano, Manoello Giudeo), né en 1261 à Rome et mort en 1332 à Fermo, fut un poète et écrivain juif qui vécut dans les États pontificaux et composa des œuvres en hébreu et en italien.
Si la postérité a surtout retenu de lui son chef-d'œuvre poétique, les Maḥberot (recueil de proses rimées et de poèmes), une part essentielle de son œuvre relève de l'exégèse biblique. Parmi ces écrits, le commentaire sur les Proverbes (Mishlei, משלי) occupe une place particulière : c'est le seul des nombreux commentaires bibliques d'Emmanuel à avoir connu l'honneur de l'imprimerie incunable, dès 1487 à Naples. Le présent ouvrage entend retracer l'histoire de ce texte — sa genèse, sa méthode, sa transmission manuscrite et imprimée, et sa place dans l'histoire intellectuelle du judaïsme italien.
La documentation disponible permet d'établir avec une bonne probabilité les contours de la vie de l'auteur et la nature de son projet exégétique, même si certaines questions — sa fonction communautaire, son éventuelle pratique médicale, les motifs de son départ de Rome — demeurent conjecturales. Le commentaire sur les Proverbes, à la fois grammatical et philosophique, constitue un témoin précieux de la manière dont un lettré juif italien de l'âge de Dante pensait concilier la lettre de l'Écriture, la sagesse rabbinique et le savoir scientifique de son temps.
Emmanuel ben Salomon naquit à Rome vers 1261, au sein du judaïsme romain, l'une des communautés juives les plus anciennes et les plus continûment installées d'Europe. Les sources de référence divergent légèrement sur les dates : l'Encyclopædia Britannica situe sa naissance vers 1260 et sa mort vers 1328, et le considère comme un poète hébreu ayant vécu principalement à Rome, regardé comme le fondateur de l'écriture poétique profane en hébreu. La même source ajoute que, probablement enseignant itinérant de profession, il fut un écrivain hébreu prolifique.
La biographie d'Emmanuel comporte une part notable d'incertitude que l'historiographie a appris à reconnaître. La supposition selon laquelle il aurait occupé une fonction élevée dans la communauté n'a pas été prouvée, pas plus que l'hypothèse qu'il aurait été médecin. Quant aux circonstances de son éloignement de Rome, elles restent ouvertes : Emmanuel quitta Rome pour des raisons inconnues, mais son départ peut être lié à l'édit pontifical d'expulsion prononcé contre la communauté en 1321.
Sa renommée littéraire tient avant tout à son recueil en prose rimée. L'œuvre la plus connue d'Emmanuel est sa collection de maqāmāt en langue hébraïque, les Maḥberot Immanuel. Cette œuvre, profondément ancrée dans son époque, fut composée dans un contexte mouvant : les Maḥberot Immanuel forment une collection de vingt-huit chapitres en hébreu, en prose rimée et en poésie, écrits par le poète et philosophe amateur Emmanuel de Rome durant une ère de rapides changements politiques dans l'Italie de la fin du Moyen Âge. Le dernier chapitre, en particulier, illustre la perméabilité d'Emmanuel à la grande littérature de son temps : le chapitre final, Maḥberet ha-Tofet ve-ha-'Eden (Récit de l'Enfer et du Paradis), à l'instar de la Comédie de Dante, dépeint les visites d'Emmanuel en enfer et au ciel.
Cet auteur, tour à tour poète profane, satiriste et exégète, incarne une figure de passeur entre deux mondes — celui de la tradition juive et celui de la culture italienne naissante.
Bien que la gloire poétique ait éclipsé le reste, Emmanuel fut un commentateur biblique d'une grande ampleur. Bien qu'Emmanuel de Rome soit surtout connu pour ses Maḥberot Immanuel, il fut aussi l'auteur d'une série de commentaires sur la plupart des livres de la Bible hébraïque, dont les Proverbes. Les catalogues de référence confirment cette envergure : parmi ses autres œuvres figurent des commentaires sur presque toute la Bible, dans lesquels Emmanuel explique principalement le sens littéral, tout en offrant parfois des interprétations allégoriques, philosophiques et mystiques.
Cette double dimension — littérale et spéculative — constitue la signature de sa méthode exégétique. Selon les descriptions catalographiques, en divisant son exposition des passages bibliques en deux parties, Emmanuel parvient à la fois à expliquer le texte et à proposer sa propre vision philosophique. Il effectue d'abord un examen grammatical strict du passage, puis, dans la seconde partie de ses commentaires, il en explicite le contenu selon une perspective littérale, philosophique et parfois singulièrement personnelle.
Cette structure bipartite trahit l'influence du courant rationaliste judéo-espagnol et maïmonidien qui irriguait l'Italie juive. Emmanuel, lecteur assidu de la philosophie, intégrait à son exégèse un véritable curriculum intellectuel : on relève dans son œuvre poétique une longue liste de textes philosophiques qu'il a lus, équivalant à un programme d'études approuvé par Maïmonide. Ses commentaires bibliques portent la trace de cette formation : on y voit le philosophe à l'œuvre, ainsi dans son commentaire des Psaumes, où il explique le processus de la contemplation des Intellects séparés dans sa glose des Psaumes 18 et 19.
Son aura de sage exégète était reconnue de son vivant comme dans la mémoire ultérieure. Une bibliothèque savante le confirme : si les Maḥberot furent de loin sa création la plus célébrée, Emmanuel était aussi bien connu comme commentateur biblique, ainsi qu'en témoigne une autre exquise édition incunable de ses Commentaires sur Mishlé (Proverbes), publiée dès 1487 à Naples.
Le Commentaire sur les Proverbes déploie la méthode bipartite décrite plus haut, mais il se distingue surtout par l'ampleur de la curiosité scientifique qu'y déploie son auteur. Les descriptions bibliographiques détaillées soulignent ce trait : dans son commentaire aux Proverbes, Emmanuel montre un grand intérêt pour l'astronomie, la navigation et les mesures de la Terre.
Un exemple précis illustre cette inflexion savante. Commentant un passage des Proverbes, Emmanuel s'aventure dans l'interprétation d'une donnée talmudique : dans ce passage, Emmanuel explique les paroles du Rabbi Joshua ben Levi à Rabban Gamliel dans le traité Horayot — « Il existe une étoile qui se lève une fois tous les soixante-dix ans et qui désoriente les navigateurs » — qu'il explicite dans une veine astronomique, en référence aux étoiles du Nord et du Sud. Ce geste herméneutique est caractéristique : un verset de sagesse devient le prétexte d'un exposé cosmographique reliant l'Écriture, la tradition rabbinique et le savoir naturel.
La structure même du commentaire reflète une intention pédagogique et philosophique cohérente. Comme le résument les notices, Emmanuel effectue d'abord un examen grammatical strict du passage et propose ensuite, dans la seconde partie, une explicitation du contenu selon une perspective littérale, philosophique et parfois personnelle. Le livre des Proverbes, recueil de sagesse pratique et morale, se prêtait particulièrement à ce traitement : la ḥokhmah biblique pouvait y être lue comme une propédeutique à la sagesse philosophique, dans le droit fil de la lecture maïmonidienne qui assimilait la perfection intellectuelle à la fin de l'homme.
Ce commentaire s'inscrit ainsi dans une tradition exégétique italienne contemporaine, où d'autres lettrés romains travaillaient sur les mêmes livres : on note par exemple que Benjamin ben Judah de Rome, membre de la prééminente famille Bozecco, exégète biblique, grammairien et philosophe, composa un commentaire sur les Chroniques et les Proverbes, conservé en manuscrit. Le travail d'Emmanuel s'enracine donc dans un milieu d'érudition partagée, et son originalité tient à la place qu'il accorde aux sciences exactes.
L'événement majeur de l'histoire matérielle du texte est sa mise sous presse à Naples, à la fin du XVᵉ siècle, dans l'un des principaux centres de l'imprimerie hébraïque incunable. La notice d'une vente de référence l'établit précisément : il s'agit d'une Bible hébraïque, Mishlei (Proverbes), avec le commentaire d'Emmanuel de Rome, Naples : Joseph ben Jacob Ashkenazi Gunzenhauser, entre le 28 mars et le 26 septembre 1487. Une description bibliographique plus complète confirme l'identité de l'éditeur et de l'imprimeur : Sefer Mishlei (Proverbes), avec commentaire d'Emmanuel ben Solomon ben Jekuthiel de Rome, édité par Hayyim ben Isaac Halevi Ashkenazi, Naples, Joseph ben Jacob Ashkenazi Gunzenhauser, entre le 28 mars et le 26 septembre 1487.
Cette même description renseigne sur la matérialité de l'objet : il s'agit d'un in-folio de chancellerie, comptant 102 feuillets sur 104, sans foliotation ni réclames, signé au pli. Le travail typographique est lui aussi remarquable : les caractères employés comprennent un type carré non vocalisé de 185 mm pour le seul mot initial des Proverbes, et un type carré vocalisé de 120 mm pour le texte, non vocalisé pour les titres courants et les mots-clés.
L'édition se présente comme la première de ce commentaire. Une notice de vente le précise sans ambiguïté : il s'agit de la première édition du commentaire, le premier mot (Mishlé) étant placé à l'intérieur d'un encadrement fleuronné. Cette présentation soignée, où le mot Mishlé trône dans une bordure ornée, témoigne du prestige attaché tant au livre biblique qu'à son commentateur. Le rôle de l'éditeur scientifique est documenté par le colophon : le commentaire fut édité par Chaim bar Isaac Halevi Aschkenazi, comme l'indique le colophon.
Les grandes bibliothèques de recherche conservent et mettent en valeur cet incunable. Ainsi, une édition incunable des Commentaires sur Mishlé (Proverbes) d'Emmanuel, publiée dès 1487 à Naples, est conservée à la Dorot Jewish Division de la New York Public Library, où le mot « Mishle » figure à l'intérieur de la bordure fleuronnée. L'imprimeur lui-même appartenait à la dynastie Gunzenhauser, active dans la production hébraïque napolitaine de la décennie 1480 — décennie qui vit Naples rivaliser avec les autres foyers italiens du livre hébreu naissant.
La transmission du Commentaire sur les Proverbes relève à la fois de la mémoire savante et de l'archive matérielle, qui se confirment mutuellement. Du côté de l'archive, les exemplaires de l'incunable de 1487 ont circulé dans les collections savantes jusqu'à l'époque contemporaine : on en trouve trace dans les catalogues de ventes prestigieuses, parfois sous la forme d'exemplaires complets et à grandes marges, parfois sous celle d'exemplaires reliés et restaurés portant les marques de leurs bibliothèques successives, ainsi une copie en cartonnage du XIXᵉ siècle, usagé, réutilisant un feuillet liturgique du XVIᵉ siècle, avec dos en toile de bibliothèque.
Du côté de la mémoire intellectuelle, la réputation d'Emmanuel comme exégète survit dans les encyclopédies et les histoires de la littérature juive, qui le rattachent à la grande tradition de l'exégèse rationaliste italienne. La part scientifique de son commentaire — astronomie, navigation, mesure de la Terre — a particulièrement retenu l'attention des bibliographes modernes, qui y voient un trait distinctif de son génie.
Le destin du commentaire est inséparable de celui, plus controversé, du poète. La figure d'Emmanuel a longtemps suscité une réception ambivalente dans le monde juif : la verve profane et parfois licencieuse des Maḥberot lui valut une postérité teintée de réticences rabbiniques, alors même que ses commentaires bibliques, plus austères, attestaient son sérieux d'érudit. Cette tension entre le poète satiriste et l'exégète philosophe traverse toute sa réception. L'historiographie récente, à travers des travaux universitaires consacrés à l'articulation de sa poésie et de sa philosophie — notamment la monographie Bridging Worlds de Dana W. Fishkin — a contribué à réévaluer l'unité de son œuvre. Comme le souligne cette recherche, les Maḥberot Immanuel furent composés durant une ère de rapides changements politiques dans l'Italie de la fin du Moyen Âge, contexte qui éclaire aussi la production exégétique. Le croisement de la mémoire littéraire et de l'archive imprimée fait du commentaire sur les Proverbes un jalon probant de l'histoire du livre hébreu en Italie.
Le Commentaire sur les Proverbes d'Emmanuel ben Salomon de Rome constitue un témoin remarquable de la culture juive italienne à l'âge de Dante. Œuvre d'un homme que la postérité a d'abord retenu comme poète, il révèle l'autre versant de son génie : celui d'un exégète rigoureux, à la fois grammairien attentif à la lettre et philosophe attentif au sens, nourri de la tradition maïmonidienne et curieux des sciences de la nature. La structure bipartite de son commentaire — examen grammatical puis explicitation philosophique — et son goût manifeste pour l'astronomie et la cosmographie font de lui une figure singulière parmi les commentateurs des Proverbes.
L'histoire matérielle du texte renforce son importance : seul de ses nombreux commentaires bibliques à avoir été imprimé, et cela très tôt, dès 1487 à Naples par Joseph Gunzenhauser, il appartient au patrimoine des incunables hébraïques. Sa transmission, documentée par les catalogues de bibliothèques et de ventes, en fait un objet à la croisée de l'histoire des idées et de l'histoire du livre.
Demeurent des zones d'ombre — la chronologie précise de la composition, les rapports exacts entre les divers commentaires bibliques d'Emmanuel, les conditions de son installation et de sa mort en Italie centrale — qui invitent à la prudence et appellent de nouvelles recherches sur les manuscrits conservés à Parme, Paris et Oxford. Mais l'essentiel est acquis : à travers ce commentaire, c'est tout un monde intellectuel qui se laisse entrevoir, celui d'un judaïsme italien capable de dialoguer simultanément avec le Talmud, avec Maïmonide et avec la grande littérature vernaculaire de son temps.
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