Musée juif de Thessalonique
Регион: Thessalonique, Grèce
регистр История · хранитель, не владелец
Опубликовано 16 августа 2026 г.
Музей, освещающий богатую историю сефардской общины Салоник, называемой «Иерусалимом Балкан». Документирует общину, уничтоженную во время Катастрофы.
Introduction
À l'angle des rues qui descendent vers le port de Thessalonique, un bâtiment de pierre néoclassique rescapé des flammes abrite la mémoire d'un monde englouti. Le Musée juif de Thessalonique — en grec Εβραϊκό Μουσείο Θεσσαλονίκης, en ladino Museo Djidio De Salonik — se présente comme l'institution gardienne d'une civilisation qui fit de cette cité méditerranéenne, pendant plus de quatre siècles, l'un des foyers majeurs du judaïsme séfarade. La ville, que les Juifs nommèrent dans leur tradition la « mère d'Israël » et la « Jérusalem des Balkans », fut le port d'attache d'une communauté dont l'histoire bimillénaire s'acheva dans la catastrophe de la Shoah.
Le projet muséal s'inscrit dans une double exigence : restituer la richeur d'une culture judéo-espagnole florissante et témoigner de son anéantissement. La principale mission du Musée est de préserver la mémoire des victimes de la Shoah, tout en documentant les siècles de vie, de commerce, d'érudition et de piété qui précédèrent la destruction. L'institution est ainsi à la croisée de deux registres : celui de l'histoire établie par l'archive, et celui de la mémoire transmise par les survivants et leurs descendants.
En 2026, la dynamique de préservation mémorielle franchit un seuil supplémentaire avec le lancement de la plateforme numérique Iossipos (Ιώσηπος), dépôt d'archives de la Communauté juive de Thessalonique donnant accès en ligne à plus de 212 000 documents uniques et à près de deux millions de fichiers numériques. Ce développement récent, qui constitue un prolongement naturel de l'œuvre du Musée, élargit considérablement l'horizon de la transmission. Le présent ouvrage entend retracer la genèse, la portée et la signification de cette double institution — musée physique et archive numérique — en la replaçant dans le long récit de la communauté qu'elle honore.
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Chapitre 1 : Salonique sous les sultans — l'âge d'or d'une métropole séfarade
L'institution muséale ne se comprend qu'à la lumière de la cité qui la porte. C'est en 1492 que le destin de Thessalonique bascule définitivement : chassés de la péninsule Ibérique par les décrets de Ferdinand et Isabelle, des dizaines de milliers de Juifs séfarades trouvent refuge dans les terres de l'Empire ottoman, et une part considérable d'entre eux s'installent à Thessalonique. L'arrivée massive des exilés ibériques transforme profondément la physionomie de la ville. Ces nouveaux venus apportent avec eux la langue judéo-espagnole — le ladino —, des traditions liturgiques héritées des communautés castillane, aragonaise ou portugaise, un savoir-faire artisanal et commercial, ainsi qu'une intense vie intellectuelle. Ils fondent des synagogues portant les noms de leurs villes d'origine : Castille, Aragon, Lisbonne, Cordoue — autant d'enceintes qui perpétuent le souvenir de l'Espagne perdue.
La cité acquiert rapidement un prestige singulier dans le monde juif. Des académies talmudiques de premier rang s'y établissent, des imprimeries hébraïques y fleurissent, et des rabbins de toute l'Europe orientale viennent s'y former. Thessalonique devient un centre d'érudition dont le rayonnement s'étend jusqu'en Orient et dans tout le bassin méditerranéen. C'est cette densité intellectuelle qui vaut à la ville les surnoms de « mère d'Israël » et de « Jérusalem des Balkans » — appellations qui traduisent à la fois l'importance démographique de la communauté et la qualité de sa vie spirituelle.
Surtout, Thessalonique se distingue par une caractéristique unique en diaspora : la prépondérance démographique et économique des Juifs au sein de la cité portuaire. Pendant une bonne partie de la période ottomane, ils constituent la majorité de la population urbaine. Leur primauté se manifeste de façon particulièrement frappante dans la vie du port, où l'activité s'interrompt le jour du shabbat — fait rarissime dans l'histoire urbaine européenne. Les Juifs saloniciens tiennent le commerce des draps, la teinturerie, la manutention portuaire ; ils forment le lien vivant entre l'économie ottomane et les marchands d'Europe occidentale. C'est cette civilisation pluriséculaire — sa langue, ses rites, son artisanat, ses livres, sa musique — que le Musée juif s'attache aujourd'hui à faire revivre.
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Chapitre 2 : Du déclin ottoman à l'incorporation grecque (1912–1923)
Le tournant du XXe siècle marque le commencement d'une mutation profonde du statut de la communauté. Le déclin de l'Empire ottoman et le passage de la ville sous souveraineté grecque bouleversent l'équilibre séculaire. Lors des guerres balkaniques de 1912–1913, la Grèce arrache le contrôle de Thessalonique à l'Empire ottoman et l'annexe formellement. Pour les Juifs saloniciens, le changement de régime est ressenti avec une défiance mêlée d'inquiétude. Le nouveau gouvernement grec ne leur est pas hostile au sens légal immédiat, mais il incarne un projet national fondé sur l'identité orthodoxe et hellène dans lequel la communauté judéo-espagnole n'occupe pas la place centrale qu'elle tenait sous l'ordre ottoman. Les réseaux commerciaux tissés avec Constantinople et l'arrière-pays balkanique se défont progressivement ; l'hellénisation de la vie publique redistribue les avantages économiques et symboliques.
L'entrée des troupes grecques en 1912 est accueillie avec appréhension par une communauté consciente de la rivalité économique et culturelle latente. Cette défiance ne relève pas d'un simple attachement nostalgique à l'ancien ordre : elle traduit l'inquiétude d'une minorité voyant remis en cause un cadre institutionnel qui avait longtemps garanti son autonomie et sa prospérité. Les décennies qui suivent l'annexion voient l'émigration de nombreuses familles — vers la Palestine mandataire, vers l'Amérique, vers d'autres villes européennes —, l'hellénisation progressive de la vie publique et la fragilisation d'une communauté qui, sans le savoir, s'approche de l'épreuve la plus tragique de son histoire.
Les échanges de populations qui accompagnent les traités de paix de 1923 modifient encore la démographie de la ville. Des centaines de milliers de réfugiés grecs d'Asie Mineure s'y installent, transformant les équilibres urbains. La communauté juive, autrefois majoritaire, devient une minorité parmi d'autres dans une cité désormais majoritairement hellène et orthodoxe. Le Musée juif documente cette charnière où la « Jérusalem des Balkans » bascule d'un monde dans un autre.
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Chapitre 3 : Le grand incendie de 1917 et la métamorphose urbaine
Un événement matériel précipite la transformation bien avant les traités de paix : le grand incendie d'août 1917. Cette catastrophe, qui frappe le cœur historique de la cité, a des conséquences durables sur la communauté juive et explique, par contraste, la valeur patrimoniale du bâtiment qui abrite aujourd'hui le musée.
L'ampleur du sinistre est considérable. Le feu se propage pendant trente-deux heures consécutives et détruit les deux tiers de la ville, laissant plus de 70 000 personnes sans abri — en grande majorité issues des quartiers juif et musulman. Les synagogues, les yeshivot, les imprimeries, les archives communautaires accumulées au fil des siècles : tout disparaît dans les flammes. La destruction des archives de la communauté constitue une perte irréparable pour l'histoire : selon David Saltiel, président de la Communauté juive de Thessalonique, « l'histoire de l'archive d'avant-guerre commence essentiellement après le grand incendie de 1917, qui détruisit les archives antérieures de la communauté. Après la destruction, de nouveaux registres furent créés, couvrant principalement la période 1917–1940. » Cette rupture documentaire explique pourquoi tant de généalogies séfarades de Thessalonique commencent au lendemain du sinistre plutôt qu'au XVIe siècle.
L'incendie ouvre la voie à une refonte urbaine d'inspiration occidentale planifiée par l'architecte Ernest Hébrard. Ce plan de reconstruction modifie durablement la topographie communautaire, dispersant des familles autrefois rassemblées dans les mêmes ruelles et accélérant les recompositions sociales. C'est dans ce contexte que la survie de quelques édifices antérieurs au sinistre prend tout son sens patrimonial : ils sont les rares témoins matériels du tissu urbain d'avant 1917. Le bâtiment néoclassique du 13, rue Agiou Mina, construit en 1904 par l'architecte italien Vitaliano Poselli, fait partie de ces rescapés — ce qui lui confère, bien avant d'abriter le Musée, une valeur de monument involontaire. Il fut successivement le siège de la Banque d'Athènes et les bureaux du journal juif francophone L'Indépendant (1909–1941), avant de devenir l'écrin de la mémoire salonicienne.
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Chapitre 4 : L'anéantissement — la Shoah à Thessalonique (1943)
Le chapitre le plus sombre de l'histoire salonicienne s'ouvre avec l'occupation allemande. La communauté qui avait survécu aux mutations politiques et à l'incendie est presque entièrement exterminée en quelques mois de l'année 1943. C'est ce drame que le Musée a pour vocation première de commémorer.
Les rafles commencent au cœur de la ville, dans un lieu devenu symbole de la mémoire collective. Des hommes juifs âgés de 18 à 45 ans sont rassemblés place de la Liberté (Eleftherias), dans le centre de Thessalonique, et soumis à l'humiliation publique. Le 15 mars 1943, le premier convoi de déportés quitte Thessalonique en direction d'Auschwitz-Birkenau. Dix-neuf convois ferroviaires au total — dix-huit vers Auschwitz, un vers Bergen-Belsen — sont organisés entre mars et août 1943. Les déportations contraignent plus de 50 000 Juifs à monter dans des wagons à bestiaux. Sur l'ensemble de la communauté d'avant-guerre, estimée à 54 000 à 56 000 personnes, environ 46 000 à 48 000 sont déportées. Parmi les arrivants à Auschwitz, une proportion écrasante est immédiatement envoyée à la chambre à gaz ; au total, environ 1 950 personnes reviennent des camps. 54 000 des 56 000 Juifs vivant à Thessalonique avant la guerre sont assassinés durant la Shoah.
À l'échelle de la Grèce entière, la communauté salonicienne représente la part majeure des victimes. En quelques semaines, une présence bimillénaire est effacée. Le cimetière juif, l'un des plus anciens et des plus étendus d'Europe, est profané et détruit pendant l'occupation : ses stèles servent de matériaux de construction. Quelques-unes seront partiellement récupérées après la guerre et trouvent aujourd'hui leur place au rez-de-chaussée du Musée, comme des naufragés de pierre.
C'est de cette béance que naît la nécessité du Musée et, sept décennies plus tard, celle du projet Iossipos : conserver ce que les flammes de la haine n'avaient pas consumé, et restituer les noms, les visages et les voix à ceux dont l'extermination avait voulu effacer jusqu'au souvenir.
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Chapitre 5 : La fondation du Musée juif (2001) et l'édifice Poselli
Au lendemain de la catastrophe, la communauté décimée entreprend, des décennies durant, de rassembler les vestiges épargnés. Le Musée juif de Thessalonique constitue l'aboutissement institutionnel de cet effort de sauvegarde. Il est inauguré le 13 mai 2001 en présence d'Évangelos Venizélos, alors ministre grec de la Culture — choix symbolique d'une date : le 13 mai marque dans le calendrier communautaire un moment de célébration et de reconnaissance publique.
L'institution s'établit dans un édifice doublement remarquable, à la fois propriété communautaire et survivant du grand incendie. Le bâtiment néoclassique du 13, rue Agiou Mina, conçu en 1904 par l'architecte d'origine italienne Vitaliano Poselli, est l'un des rares immeubles du quartier juif à avoir traversé le sinistre de 1917. La restauration de l'édifice s'engage dès 1994 et se poursuit de 1998 à 2003, grâce aux fonds de l'Organisation Thessalonique Capitale culturelle de l'Europe 1997. Une seconde extension est inaugurée en 2019, élargissant l'espace d'exposition. La façade néoclassique de Poselli, avec ses arcades et ses proportions sobres, est en elle-même un document d'histoire urbaine : elle témoigne de l'esthétique cosmopolite de la Thessalonique ottomane tardive, à l'heure où la ville accueillait aussi bien des architectes italiens que des banques levantines.
La création du musée s'inscrit dans une dynamique culturelle plus large portée par la ville à l'occasion de son titre de Capitale culturelle européenne. Le choix de l'ancienne galerie commerciale — successivement siège de la Banque d'Athènes et bureaux du journal judéo-espagnol francophone L'Indépendant — n'est pas anodin : ce bâtiment incarne, dans sa propre biographie architecturale, la pluralité de la vie salonicienne d'avant-guerre. Ainsi le musée articule-t-il en un même lieu la grandeur séfarade et la mémoire du deuil, l'histoire documentée et la transmission fragile.
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Chapitre 6 : L'exposition permanente — parcours dans trois millénaires
L'exposition permanente du Musée juif de Thessalonique organise son récit sur trois niveaux thématiques, chacun constituant une porte d'entrée distincte vers la civilisation séfarade salonicienne.
Le rez-de-chaussée accueille le visiteur avec les vestiges les plus lourds — au sens littéral comme au sens symbolique. Des stèles funéraires monumentales et des inscriptions rescapées du cimetière juif détruit sous l'occupation y sont exposées, aux côtés de clichés historiques restituant la physionomie du site en 1914. Ces pierres tombales, déracinées de leur contexte funèbre, rappellent que la destruction des morts précède et annonce celle des vivants ; leur présence au seuil du musée place d'emblée le visiteur dans une relation au temps long, à l'enracinement, à la perte.
Le premier étage déroule la chronologie de la présence juive à Thessalonique depuis le IIIe siècle avant l'ère commune jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Des salles consacrées à la vie quotidienne — coutumes liturgiques, cycle des fêtes, économie domestique, artisanat — restituent la texture d'une existence séfarade dont presque tous les témoins humains ont disparu. Objets rituels, photographies de familles, fragments de presse en ladino : chaque pièce est, selon l'expression du Musée, un « survivant matériel » d'un monde détruit. Au terme de cet étage, la Salle de la Shoah présente les noms d'environ 27 000 victimes de la communauté salonicienne — un mur de mémoire qui transforme la visite en acte de deuil collectif.
Le deuxième niveau de l'exposition aborde, à travers des vitrines thématiques, la dimension historique et archéologique plus large : la présence juive hellénistique et romaine en Macédoine, les traces militaires et sionistes, l'histoire des Juifs grecs dans le contexte européen du XXe siècle. Des films éducatifs et une visite audioguidée virtuelle de l'exposition permanente permettent aux groupes scolaires et aux visiteurs étrangers d'approfondir leur compréhension. L'extension inaugurée en 2019 a enrichi ce niveau et modernisé les dispositifs de médiation, conférant au parcours une profondeur pédagogique renforcée.
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Chapitre 7 : Iossipos — la mémoire numérisée (2026)
Le 23 janvier 2026, la Communauté juive de Thessalonique présente à Thessalonique même un projet d'une ambition sans précédent dans l'histoire de la préservation du patrimoine juif grec : la plateforme numérique Iossipos (Ιώσηπος). Une seconde présentation publique se tient à l'Athens Concert Hall le 30 mars 2026, en présence de David Saltiel, président du Conseil central des communautés juives de Grèce (KIS) et de la Communauté juive de Thessalonique, de Dimitris Papastergiou, ministre grec de la Gouvernance numérique, et d'Adonis Georgiadis, ministre de la Santé. Le 31 mars 2026, la plateforme est mise en accès libre en ligne, accessible à tout internaute dans le monde.
Le nom choisi est lui-même un programme : Iossipos est la transcription grecque de Josephus, en référence à Flavius Josèphe, l'historien judéo-romain du Ier siècle, auteur de La Guerre des Juifs et des Antiquités judaïques. En nommant ainsi leur dépôt numérique, les initiateurs placent l'entreprise dans la continuité d'une tradition bi-millénaire de témoignage et de transmission de l'histoire juive.
Le projet est cofinancé par l'Union européenne dans le cadre du programme grec de Transformation numérique (ESPA/NSRF 2021–2027), pour un montant d'environ 4 millions d'euros. L'Organisation hellénique des Télécommunications en assure la supervision ; la société Enneas IKE en est le sous-traitant. Une équipe de trente spécialistes travaille pendant un peu plus de trois ans à collecter, numériser et organiser la matière en un système de recherche structuré. Le résultat : plus de 212 000 documents uniques et environ 2 000 000 de fichiers numériques — actes d'état civil, témoignages oraux, photographies, sources d'archives, enregistrements sonores de musique judéo-espagnole.
La portée géographique du dépôt dépasse Thessalonique. Iossipos rassemble des fonds issus des communautés juives de Thessalonique, d'Athènes, de Rhodes, de Larissa et de Volos, embrassant les trois grandes traditions du judaïsme grec : romaniote, séfarade et ashkénaze. Il vise à reconstituer des fonds dispersés après l'incendie de 1917, les spoliations de l'occupation nazie et la dispersion d'après-guerre des communautés grecques entre l'Europe, Israël, la Russie et les États-Unis. La plateforme intègre des outils de recherche avancée, une carte interactive des lieux de mémoire juive en Grèce, des expositions en réalité augmentée, une reconstruction en trois dimensions de la Thessalonique de l'entre-deux-guerres, des ressources pédagogiques et des profils biographiques de figures marquantes du judaïsme grec — parmi lesquelles Albertos Nar, chroniqueur de la Shoah salonicienne, Mordechai Frizis, premier officier grec tombé sur le front albanais en 1940, et Julio Kaimi, érudit du théâtre d'ombres Karagiozis. Un atlas folklorique et des enregistrements sonores issus des archives privées de la famille Molho complètent l'ensemble.
Iossipos est pensé comme un prolongement numérique du travail accompli depuis 2001 dans les salles du Musée juif : là où l'exposition permanente offre au visiteur présent à Thessalonique une expérience sensible et incarnée, le dépôt numérique ouvre à quiconque dispose d'une connexion internet l'accès à des sources primaires qui étaient jusqu'alors dispersées sur plusieurs continents. Les responsables du projet indiquent par ailleurs qu'Iossipos a vocation à soutenir la future construction d'un Musée de la Shoah à Thessalonique, en lui fournissant une infrastructure documentaire de référence.
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Les grandes figures
Vitaliano Poselli (vers 1836–1918) — Architecte d'origine italienne installé à Thessalonique, Poselli est l'auteur de nombreux édifices qui marquèrent le paysage de la ville ottomane tardive. Il conçoit en 1904 le bâtiment néoclassique du 13, rue Agiou Mina, qui abrite aujourd'hui le Musée juif de Thessalonique. Son œuvre illustre le cosmopolitisme architectural de la Thessalonique fin de siècle, mêlant références classiques, influences levantines et esthétique européenne. Le bâtiment qu'il signe est l'un des rares témoins matériels de la ville d'avant l'incendie de 1917.
Albertos Nar (dates précises non établies, XXe–XXIe siècle) — Figure de premier plan dans la transmission de la mémoire de la Shoah à Thessalonique, Albertos Nar est reconnu comme l'un des principaux chroniqueurs et collecteurs de témoignages sur la destruction de la communauté juive salonicienne. Son travail de mémorialiste, situé à l'intersection du témoignage personnel et de la rigueur historique, est désormais représenté au sein du dépôt numérique Iossipos dans la section consacrée aux grandes figures du judaïsme grec.
Mordechai Frizis (vers 1893–1940) — Officier de l'armée grecque et membre de la communauté juive de Chalcis, Mordechai Frizis est le premier officier grec à mourir au combat sur le front albanais, lors de la guerre italo-grecque de 1940. Sa mort au champ d'honneur symbolise l'attachement des Juifs de Grèce à leur patrie adoptive, même à l'heure où d'autres horizons s'assombrissaient. Son profil biographique figure parmi ceux mis en avant par la plateforme Iossipos comme exemple de l'intégration du judaïsme grec dans l'histoire nationale.
Julio Kaimi (dates précises non établies, XIXe–XXe siècle) — Érudit et artiste salonicien, Julio Kaimi est présenté par les sources documentaires comme un spécialiste éminent du théâtre d'ombres Karagiozis et une figure culturelle importante de la Thessalonique de l'entre-deux-guerres. Son œuvre illustre la capacité des Juifs séfarades à s'inscrire dans les traditions populaires et artistiques de leur environnement grec, tout en maintenant une identité propre. Il est inclus dans les profils biographiques de la plateforme Iossipos.
David Saltiel (né vers la seconde moitié du XXe siècle) — Président du Conseil central des communautés juives de Grèce (KIS) et de la Communauté juive de Thessalonique, David Saltiel est la figure institutionnelle contemporaine la plus associée au développement de la mémoire juive salonicienne organisée. Il prend la parole lors des présentations officielles d'Iossipos à Thessalonique (janvier 2026) et à Athènes (mars 2026), soulignant la responsabilité de la communauté envers la préservation de la mémoire historique. Sous sa présidence, la Communauté juive de Thessalonique pilote le projet numérique le plus ambitieux jamais consacré au judaïsme grec.
La famille Molho (XIXe–XXe siècle, présence documentée) — La famille Molho, dont le patronyme reste associé à la plus ancienne et plus grande librairie de Thessalonique, est une lignée de la communauté séfarade dont l'archive musicale privée constitue l'une des sources les plus précieuses pour la connaissance de la musique judéo-espagnole de la ville. Des enregistrements uniques issus de cet fonds figurent dans la section musicale du dépôt Iossipos. La librairie Molho, établie dans le quartier central de la ville, est décrite comme un lieu de rencontre de l'élite culturelle, et la famille fut sauvée pendant la guerre grâce à une famille orthodoxe grecque.
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Conclusion
Le Musée juif de Thessalonique cristallise, en un seul lieu, le destin d'une communauté qui fut parmi les plus illustres de la diaspora séfarade. Né en 2001 dans un édifice néoclassique de 1904 — œuvre de Vitaliano Poselli, successivement banque, rédaction de journal et témoin silencieux du grand incendie — il assume la tâche redoutable de représenter à la fois une plénitude et un anéantissement. La plénitude : la « Jérusalem des Balkans », foyer de la plus grande communauté séfarade du monde, où le shabbat arrêtait le port et où les imprimeries hébraïques produisaient pour toute la Méditerranée orientale. L'anéantissement : les dix-neuf convois de 1943, les chambres à gaz d'Auschwitz, les 54 000 morts sur 56 000 âmes.
Cette tension fondatrice définit l'institution. En collectant les vestiges échappés à la destruction, en étudiant la présence juive bimillénaire de la cité depuis le IIIe siècle avant notre ère, en nommant sur le mur de la Salle de la Shoah environ 27 000 victimes individuelles, le Musée accomplit un travail de transmission où l'histoire et la mémoire se conjuguent sans jamais se confondre.
La dynamique s'est prolongée en 2026 avec Iossipos, le dépôt numérique qui met à disposition du monde entier plus de 212 000 documents et deux millions de fichiers, couvrant trois millénaires de présence juive en Grèce. Ce projet, pensé comme un complément à l'exposition physique du Musée et comme fondation documentaire d'un futur Musée de la Shoah à Thessalonique, transforme l'acte de mémoire local en ressource universelle. Ce que le feu de 1917 et les convois de 1943 avaient dispersé — les noms, les visages, les actes, les chants — se reconstitue patiemment en archives accessibles à quiconque dans le monde.
Le Musée juif de Thessalonique demeure ainsi le lieu où la « mère d'Israël » continue, malgré tout, de parler — et désormais aussi de se faire entendre au-delà de ses murs, dans l'espace sans frontières de la mémoire numérique.
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Источники и ресурсы
- Joseph Nehama, Histoire des Israélites de Salonique (1978)
- Gilles Veinstein (dir.), Salonique 1850-1918 : la « ville des Juifs » et le réveil des Balkans (1992)
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