Aryeh Leib
יהודה ליב משפולי
регистр История · хранитель, не владелец
Опубликовано 9 августа 2026 г.
хасидский лидер, известный как Shpoler Zeide (Дед из Шполы)
Introduction
La figure de Rabbi Aryeh Leib de Shpola, universellement connu sous le surnom yiddish de Shpoler Zeyde — « le grand-père de Shpola » —, occupe une place singulière dans le paysage du hassidisme ukrainien. Singulière, parce qu'elle est à la fois solidement documentée dans ses contours historiques et recouverte, plus tôt et plus abondamment que beaucoup d'autres, d'un manteau de légende populaire. Aryeh Leib of Shpola, aussi appelé Yehuda Leib of Shpola (1725–1811), fut un Rebbe hassidique connu comme thaumaturge populaire et guérisseur de la foi, établi à Shpola, en Ukraine, et surnommé le Shpoler Zeide, « le grand-père de Shpola ». À cette définition savante, la piété populaire a ajouté une infinité de récits de miracles, d'intercessions, de sauvetages opérés pour les Juifs sans ressources, faisant de lui l'une des figures les plus aimées du monde hassidique.
Le présent ouvrage retrace non pas une dynastie au sens strict — car la postérité du Zeyde est davantage spirituelle et mémorielle que dynastique —, mais une lignée au sens large : la chaîne des maîtres dont il fut l'héritier, le réseau des communautés qui le portèrent, et la descendance d'admiration qui, de génération en génération, a transmis son souvenir. Nous distinguons soigneusement, à chaque étape, ce que l'archive établit, ce que la recherche tient pour probable, et ce que la tradition hassidique a transmis sous la forme du récit édifiant. Son amour dévoué pour ses coreligionnaires et ses nombreux sauvetages miraculeux de Juifs en détresse firent de lui un personnage légendaire.
Honorer cette lignée, c'est donc tenir ensemble deux fils : celui de l'histoire documentée du hassidisme de troisième génération, et celui de la mémoire populaire qui a consacré le Zeyde comme l'avocat des « simples Juifs ». Entre ces deux fils court une troisième question, que ce livre ne prétend pas trancher mais ne peut esquiver : dans quelle mesure le nom d'un homme suffit-il à fonder une communauté de destin ?
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Chapitre 1 : De bedeau à tsaddik — l'ascension depuis Zlatopol
La trajectoire du Shpoler Zeyde est remarquable en ce qu'elle part de la plus humble des fonctions communautaires pour aboutir à un rayonnement qui dépasse les frontières de l'Ukraine. Aryeh Leib of Shpola (1725–1812), tsaddik hassidique, fut un thaumaturge populaire et un guérisseur de la foi, connu comme le Shpoler Zeide. Il appartenait à la troisième génération des hassidim d'Ukraine et fut un disciple de Phinehas de Koretz ; alors qu'il était bedeau (shamash) à Zlatopol, il devint célèbre.
Pendant ses années comme bedeau à Zlatopol, il se fit une réputation parmi le peuple ordinaire comme « saint » et guérisseur qui aidait les pauvres. Des histoires circulèrent sur les nombreux miracles qu'il était dit avoir accomplis. Aryeh Leib fut aussi actif dans les affaires communautaires et prit part à une assemblée de dirigeants juifs. Cette présence dans les instances de la communauté juive organisée confirme que son autorité n'était pas seulement spirituelle et thaumaturgique, mais qu'elle s'exerçait aussi dans le domaine pratique de la vie collective.
L'ascension depuis la fonction subalterne de shamash jusqu'au statut de tsaddik reconnu constitue l'un des traits marquants de la lignée : elle ne procède pas d'un héritage rabbinique prestigieux, mais d'un charisme reconnu par le peuple. C'est précisément de cette extraction modeste que la mémoire hassidique a tiré l'une de ses leçons favorites : la sainteté ne se hérite pas, elle se révèle, souvent là où on l'attendait le moins.
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Chapitre 2 : Les maîtres — formation spirituelle dans l'Ukraine hassidique
La filiation spirituelle du Zeyde inscrit sa lignée dans le cœur même de l'arbre hassidique, mais elle se laisse lire à plusieurs niveaux, dont certains sont fermement documentés et d'autres relèvent de la mémoire pieuse. Ce qui est certain, c'est l'appartenance à la troisième génération des hassidim d'Ukraine et la formation reçue auprès de Pinhas de Koretz. Rabbi Yehudah Aryeh Leib ben Boruch, né en 1725 à Ouman et mort en 1812 à Shpola, dans ses jeunes années fut un disciple de Rabbi Pinchas de Koretz, figure éminente de la première génération des hassidim.
La tradition élargit cependant le cercle des maîtres. Il apprit sous les grands disciples du Baal Shem Tov : Rabbi Pinchas de Koretz, le Toldos Yaakov Yosef de Polna'ah, et le Maggid de Mezeritch. Ce triple rattachement — à Pinhas de Koretz, à Yaakov Yosef de Polna'ah et au Maggid — situe la lignée au confluent des grandes sources du hassidisme primitif. Que la chronologie rende délicat un apprentissage direct auprès du Baal Shem Tov lui-même (mort en 1760, alors que le Zeyde avait une trentaine d'années) ne diminue en rien la force du lien revendiqué : la mémoire hassidique tient à inscrire le grand-père de Shpola dans la proximité immédiate du fondateur.
La tradition rapporte par ailleurs une anecdote décisive, celle de la cérémonie de la circoncision. Lors de la brit milah de l'enfant qui allait devenir le Shpoler Zeyde, un inconnu ressemblant à un paysan, qui s'avéra être le Baal Shem Tov, donna sa bénédiction à l'enfant en ces termes : « Je bénis cet enfant pour qu'il soit un grand-père pour le peuple d'Israël, comme Avraham l'a été. » La foule rit de bon cœur, mais les parents en prirent pride, sachant que le Baal Shem Tov était un homme saint. Le surnom resta. Le Shpoler Zeyde lui-même rapporta un jour cet épisode de sa circoncision à son ami le Rabbi Shneur Zalman de Liadi, connu comme l'Alter Rebbe. Ce témoignage indirect, recueilli par une figure historique de premier plan, confère au récit une crédibilité particulière dans la chaîne de transmission.
La recherche historique retient surtout le magistère de Pinhas de Koretz et l'appartenance à la troisième génération comme faits assurés. Les autres liens — avec le Maggid, avec Yaakov Yosef — sont vraisemblables compte tenu du milieu, sans être directement vérifiables par des sources indépendantes.
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Chapitre 3 : L'errance et la révélation — sept ans parmi les humbles
Avant de s'établir à Shpola et d'y fonder sa cour, le Zeyde traversa une période de retrait et d'errance que la tradition hassidique a élevée au rang d'épreuve fondatrice. Comme un certain nombre d'autres figures du mouvement hassidique naissant, il prit le chemin de « l'exil » : pendant une période de sept ans, il erra de lieu en lieu à travers les villes et villages d'Ukraine, habillé en pauvre, aidant de nombreux Juifs dans le besoin en chemin. Finalement, il revint à Shpola, où il fut reconnu comme un grand tsaddik et faiseur de miracles.
Ce motif de l'errance volontaire sous l'apparence d'un mendiant — le galut intérieur que s'impose le juste pour mieux comprendre la souffrance du peuple — est l'un des grands thèmes du hassidisme primitif. Il relie le Zeyde au type même du juste caché, du nistar, dont la sainteté ne se révèle qu'après une longue dissimulation. La tradition recueillie le dit explicitement : longtemps, Rabbi Aryeh Leib fut un nistar, un tsaddik caché, jusqu'à ce qu'il fût « contraint » de se dévoiler. Le Shpoler Zeyde fut un rebbe du peuple : chantant, dansant, joyeux.
Ces sept années d'errance donnent une assise concrète à la réputation du Zeyde comme homme qui connaissait de l'intérieur la condition des Juifs démunis. Il n'intercédait pas pour eux depuis un trône lointain, mais depuis le souvenir vécu de la route, de la faim et de l'humiliation. C'est cette authenticité-là que la mémoire hassidique a gardée avec le plus de constance.
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Chapitre 4 : Shpola, cœur du hassidisme populaire ukrainien
La géographie de la lignée se concentre autour de deux bourgades du district de Kiev, puis de Tcherkassy : Zlatopol, où le futur Zeyde exerça ses premières fonctions, et Shpola, dont il fit un foyer rayonnant. L'apogée du shtetl juif de Shpola et son émergence comme centre hassidique au XVIIIe siècle furent liés au tsaddik Shpoler Zeide. La ville devint ainsi un point de convergence des pèlerinages et des suppliques, un lieu hassidique par excellence où se nouent la dévotion, l'intercession et la solidarité communautaire.
La démographie de la bourgade illustre l'essor de la communauté dans le sillage de la renommée du Zeyde. À la fin du XVIIIe siècle, on y comptait 231 Juifs. En 1847, la communauté atteignait 1 516 Juifs, et en 1863, 2 534. Le chemin de fer Kiev-Odessa, qui passa près de la ville, contribua à son développement et en fit un centre du commerce des céréales et de l'industrie sucrière. En 1897, Shpola comptait 5 388 Juifs, soit 45,3 % de la population totale. Cette croissance démographique spectaculaire tout au long du XIXe siècle, qui dépassa largement la disparition du Zeyde en 1811, témoigne du dynamisme que sa présence avait insufflé à la communauté.
La cour du Zeyde attira une vaste clientèle de dévots venus des villes et villages environnants. La lignée s'enracine moins dans un sol qu'autour d'une cour, ce lieu hassidique par excellence où se lient dévotion, intercession et solidarité communautaire. Shpola devint ainsi, à la manière de Medziborz pour le Besht ou de Liadi pour l'Alter Rebbe, un nom de lieu porteur d'une identité spirituelle propre.
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Chapitre 5 : Le tsaddik du peuple — joie, danse et intercession
Si l'archive établit les dates et les lieux, c'est la mémoire hassidique qui a forgé le visage du Shpoler Zeyde tel que la postérité l'a chéri : celui d'un rebbe populaire, accessible aux plus humbles, qui faisait de la joie un instrument du service divin. Il fut un rebbe du peuple : chantant, dansant, joyeux. Il consolait, encourageait, conseillait, donnait des remèdes, faisait la paix entre mari et femme et entre parents et enfants, défendait les faibles, menaçait les puissants de châtiments spirituels, et prenait la défense des arrendateurs juifs abusés.
Cette description — qui mêle l'accompagnement pastoral, la médecine populaire et l'activisme social — dessine un portrait cohérent d'un homme ancré dans la réalité quotidienne de ses fidèles. La dimension chorégraphique et festive — la danse comme prière, la mélodie comme élévation — caractérise toute la lignée spirituelle qui se réclame de lui. Le surnom de « grand-père » lui-même dit tout du personnage : non pas un maître distant, mais un aïeul protecteur, un patriarche affectueux veillant sur la maisonnée d'Israël.
La vénération qui l'entoure va jusqu'au titre hébraïque de Saba Kadisha. Yehuda Leib of Shpola était mieux connu comme le Shpoler Zeide — « grand-père de Shpola » en yiddish — ou Saba Kadisha, « le saint grand-père » en hébreu. Ces deux titres, l'un populaire et l'autre savant, résument à eux seuls la double appartenance du personnage : enraciné dans le yiddish du peuple, consacré par la tradition hébraïque de la sainteté.
Ces traits — la joie, la danse, l'humilité du juste caché, la tendresse paternelle — appartiennent au registre de la mémoire transmise. Ils ne se laissent pas vérifier par l'acte d'archive, mais ils constituent la substance même de la lignée telle qu'elle s'est perpétuée dans le cœur des fidèles.
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Chapitre 6 : La question de Leib Sarah's — deux figures ou une seule ?
Le trait qui domine la mémoire du Shpoler Zeyde, et que la recherche corrobore en partie, est sa fonction d'avocat et de sauveur des Juifs les plus démunis. Là, tradition et documentation se répondent. Il est réputé comme thaumaturge et dévoué au secours des Juifs pauvres en détresse. Cette vocation de défense des humbles — au croisement du miracle et de la solidarité matérielle — fonde la singularité de la lignée dans le paysage hassidique.
L'intercession du Zeyde s'exerçait notamment par le rachat des captifs et le secours aux prisonniers, motif récurrent du hassidisme primitif. C'est précisément ce trait qui a nourri l'hypothèse, débattue, d'une identité entre le Zeyde et un autre tsaddik errant. Leib Sarah's (Aryeh Leib fils de Sarah, 1730–1791) fut un Rebbe hassidique et un disciple du Baal Shem Tov, tenu en haute estime par ce dernier. L'un des « justes cachés », il passa sa vie à errer de lieu en lieu pour réunir de l'argent en vue du rachat des Juifs emprisonnés. On a spéculé qu'il pourrait être la même personne que le Shpoler Zeide, mais cela est douteux car leurs parents portaient des noms différents.
Ici, l'intersection entre la tradition et l'archive se révèle féconde et nuancée. La légende fait du Zeyde le rédempteur infatigable des captifs ; l'historiographie reconnaît le bien-fondé du portrait tout en distinguant prudemment deux figures que la dévotion populaire a parfois fondues en une seule. La confusion est compréhensible : même patronyme (Aryeh Leib), même génération, même vocation d'errance et de rachat des captifs, même rattachement à l'orbite du Baal Shem Tov. Mais les généalogies familiales ne coïncident pas, et la critique historique s'en tient à la distinction. La lignée se définit ainsi moins par le sang que par cette mission partagée : être, depuis l'Ukraine, la voix des sans-voix.
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Chapitre 7 : La querelle avec Rabbi Nahman de Breslov — frontières du hassidisme
Aucune étude de la lignée du Shpoler Zeyde ne serait complète sans l'épisode qui, à la fois, l'oppose et l'arrime à une autre grande lignée hassidique : sa controverse retentissante avec Rabbi Nahman de Breslov. Il fut un farouche adversaire de Nahman de Breslov, critiquant le nouveau mouvement hassidique. Le conflit ne fut pas une simple rivalité de cours, mais une confrontation d'ordre doctrinal et générationnel, qui révèle les tensions internes du hassidisme à son tournant.
La géographie explique en partie l'embrasement. Au début des années 1800, Rabbi Nahman s'installa à Zlatopol, une ville d'Ukraine. Ce déménagement fut perçu par certains comme un défi à l'autorité de Rabbi Aryeh Leib, connu comme le Shpoler Zaide (1725–1812), qui résidait à Shpola, à seulement quelques kilomètres de là, et sous la juridiction duquel tombait la ville de Zlatopol. Bien que le Shpoler Zaide, qui avait alors 75 ans, eût initialement soutenu Rabbi Nahman, il devint l'un de ses adversaires les plus farouches. L'installation de Nahman dans la zone d'influence directe du vieux maître constitua un acte de présence difficile à interpréter autrement que comme une provocation, voulue ou non.
L'enjeu de la dispute touchait au péril sabbataïste, soupçon redoutable dans le monde juif de l'époque. Il fut connu comme thaumaturge et appelé Sabba (« grand-père ») par ses fidèles ; lui et Nahman de Bratslav s'engagèrent dans un différend au sujet du sabbataïsme, querelle qui fut poursuivie par leurs disciples. Que le débat se soit perpétué après la mort des protagonistes témoigne de sa portée : il s'agissait de définir les frontières de l'orthodoxie hassidique elle-même.
C'est ainsi que commença la campagne véhémente du Shpoler Zeyde contre le hassidisme de Breslov. La lignée du Zeyde s'inscrit dans une dialectique : héritière de Koretz et du Maggid, elle se pose en gardienne d'une tradition établie face à l'audace mystique du jeune arrière-petit-fils du fondateur. Le grand-père de Shpola, figure de l'ancienne génération, incarne la continuité ; Nahman, l'innovation. Le heurt de ces deux lignées demeure l'un des chapitres les mieux documentés de l'histoire hassidique ukrainienne.
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Chapitre 8 : Le nom, le yichus et les variantes patronymiques
Le nom Aryeh Leib est l'un des plus répandus dans l'onomastique juive ashkénaze : Aryeh est le lion en hébreu, Leib son exact équivalent en yiddish. Ce doublet hébreu-yiddish, désignant le même animal royal, était couramment attribué au signe astrologique ou à la tribu de Juda, dont le lion est l'emblème biblique. La fréquence du nom explique en partie la confusion entre le Shpoler Zeyde et d'autres porteurs du même prénom dans la même génération — en particulier Leib Sarah's, comme on l'a vu — et elle invite à ne pas se fier au seul patronyme pour établir des identités.
La forme complète du nom varie selon les sources. JewUA.org le nomme Rabbi Yehudah Aryeh Leib ben Boruch, faisant apparaître le prénom du père, Boruch (Baruch), qui permet de le distinguer de Leib Sarah's dont la mère Sarah était au contraire le repère mémoriel. La tradition Breslev retient simplement Rabbi Aryeh Leib. Avotaynu Online l'identifie comme Yehuda Leib of Shpola (vers 1725–1811), mieux connu comme le Shpoler Zeide ou Saba Kadisha.
La particule géographique — de Shpola, mi-Shpola, Shpoler — est le vrai marqueur identitaire. Elle indexe non pas une famille mais un lieu, une cour, une fonction : le Zeyde est celui de Shpola, comme le Besht est celui de Medziborz et le Maggid celui de Mezeritch. Cette géographie du nom dit quelque chose d'essentiel sur la nature de la lignée : elle s'est construite non par la transmission du sang, mais par l'attachement à un lieu chargé de mémoire et à une posture — celle du grand-père veillant sur son peuple.
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Les grandes figures
Rabbi Aryeh Leib de Shpola, le Shpoler Zeyde (vers 1725 – 6 Tishrei 1811) — en hébreu Yehuda Aryeh Leib ben Boruch, en hébreu liturgique Saba Kadisha. Figure centrale du hassidisme ukrainien de troisième génération, il s'éleva de la fonction de bedeau (shamash) à Zlatopol jusqu'au rang de tsaddik vénéré de toute l'Ukraine méridionale. Établi à Shpola, il fit de cette bourgade un centre hassidique de premier plan. Connu pour sa joie, sa danse et son intercession en faveur des pauvres, il fut mêlé à une controverse doctrinale majeure avec Rabbi Nahman de Breslov. Son tombeau à Shpola resta lieu de pèlerinage après sa mort.
Rabbi Pinhas de Koretz (vers 1726 – 1791) — en hébreu Pinchas mi-Koretz. Disciple direct du Baal Shem Tov et l'un des maîtres de la première génération hassidique, il fut le principal formateur du Shpoler Zeyde. Établi à Koretz en Volhynie, il développa une pensée hassidique centrée sur la sincérité (emet) et la crainte du péché. Sa ligne spirituelle, plus sobre et moins thaumaturgique que d'autres courants, marqua durablement le Zeyde dans sa méfiance envers les innovations doctrinales.
Rabbi Yaakov Yosef de Polna'ah (vers 1710 – vers 1784) — en hébreu Yaakov Yosef mi-Polna'ah, auteur du Toldos Yaakov Yosef, premier livre hassidique imprimé. Disciple du Baal Shem Tov, il joua un rôle théologique décisif en formulant les grandes thèses du hassidisme primitif. La tradition recueillie indique que le Shpoler Zeyde bénéficia aussi de son enseignement, ce qui l'inscrit dans la lignée directe des principaux disciples du fondateur.
Rabbi Dov Ber de Mezeritch, le Maggid (vers 1700 – 1772) — en hébreu HaMaggid mi-Mezeritch. Successeur du Baal Shem Tov à la tête du mouvement hassidique naissant, il fut le maître d'une génération entière de tsaddikim ukrainiens. La tradition rattache le Shpoler Zeyde à son cercle, bien que la chronologie de ce lien reste difficile à établir avec précision. Le Maggid forma aussi bien Rabbi Shneur Zalman de Liadi que le fondateur de nombreuses dynasties hassidiques d'Europe orientale.
Rabbi Shneur Zalman de Liadi, l'Alter Rebbe (1745 – 1812) — en hébreu Shneur Zalman mi-Liadi, fondateur du mouvement Habad-Loubavitch et auteur du Tanya. Contemporain exact du Shpoler Zeyde, il entretint avec lui des relations d'amitié : c'est à lui que le Zeyde confia le récit de sa propre brit milah et de la bénédiction du Baal Shem Tov. Cette proximité entre les deux grands maîtres de leur génération illustre la densité du réseau hassidique ukrainien à la fin du XVIIIe siècle.
Rabbi Nahman de Breslov (1772 – 1810) — en hébreu Nahman mi-Breslov, arrière-petit-fils du Baal Shem Tov et fondateur du mouvement hassidique de Breslov. Installé à Zlatopol au début du XIXe siècle, dans la zone d'influence directe du Shpoler Zeyde, il devint la cible d'une opposition vigoureuse de la part du vieux maître, qui l'accusait notamment de tendances sabbataïstes. Cette querelle, poursuivie par leurs disciples respectifs bien après la mort des deux protagonistes, constitue l'un des conflits internes les mieux documentés de l'histoire hassidique.
Leib Sarah's (vers 1730 – 1791) — en hébreu Aryeh Leib ben Sarah. Disciple du Baal Shem Tov et l'un des « justes cachés » (nistarim) du hassidisme primitif, il consacra sa vie à errer à travers les communautés juives pour réunir l'argent nécessaire au rachat des prisonniers. La similitude de son prénom, de sa génération et de sa vocation avec ceux du Shpoler Zeyde a alimenté une hypothèse d'identification que la critique historique rejette, faute de concordance entre les patronymes familiaux des deux figures.
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Conclusion
La lignée du Shpoler Zeyde se laisse lire comme une double trame. Sur le plan de l'histoire établie, elle s'inscrit avec netteté dans le hassidisme de troisième génération : un homme né vers 1725 à Ouman, formé à l'école de Pinhas de Koretz et, selon la tradition, du Maggid de Mezeritch et de Yaakov Yosef de Polna'ah, élevé de la fonction de bedeau à Zlatopol au rang de tsaddik vénéré de Shpola, mort le 6 Tishrei 1811, et engagé dans une controverse doctrinale majeure avec Nahman de Breslov. Sur le plan de la mémoire transmise, elle se déploie comme la geste d'un « grand-père » du peuple — thaumaturge joyeux, danseur et chanteur, juste caché devenu protecteur déclaré, infatigable avocat des simples et rédempteur des captifs.
Entre ces deux trames, l'historien tient une position d'équilibre : il reconnaît la solidité du noyau documentaire — dates, lieux, filiation spirituelle, querelle sabbataïste, présence dans les assemblées communautaires — tout en restituant honnêtement la part de la légende, sans laquelle la figure du Zeyde resterait incompréhensible. La confusion avec Leib Sarah's, loin d'être une erreur à corriger sommairement, révèle quelque chose de vrai sur le personnage : il y a, dans la figure du Shpoler Zeyde, quelque chose qui attire à lui toutes les vocations de rachat et d'errance que le hassidisme a produites.
Ce que la lignée du grand-père de Shpola a transmis de plus durable n'est ni un trône dynastique ni un corpus doctrinal, mais une posture : celle du maître qui se tient du côté des humbles. En ce sens, la lignée Shpoler Zeyde demeure vivante partout où la mémoire juive célèbre la tendresse d'un aïeul veillant sur les siens.
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