Регион: Galicie (Ukraine)
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Опубликовано 19 июня 2026 г.
Grande communauté galicienne partagée entre quartier intra-muros et faubourg, célèbre pour sa synagogue de la Rose d'Or. Elle fut exterminée durant l'occupation allemande.

Lwow Ghetto (spring 1942)
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1941 Lwów Ghetto residence permit
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Hanging of the Lwów Ghetto Judenrat
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<a href="https://zakhor.ai/ru/grands-livres/communautes/juifs-de-lvov">Juifs de Lvov (Lemberg) — Zakhor</a>Citation
Juifs de Lvov (Lemberg) — Zakhor, https://zakhor.ai/ru/grands-livres/communautes/juifs-de-lvovSur les hauteurs de la Galicie orientale, à la croisée des routes commerciales reliant la Baltique à la mer Noire et l'Occident latin aux confins ruthènes, s'éleva l'une des plus illustres communautés juives d'Europe centrale : celle de Lvov, que l'on nomma en allemand Lemberg, en polonais Lwów, et qui porte aujourd'hui le nom ukrainien de Lviv. Pendant près de six siècles, les Juifs y constituèrent une présence ininterrompue, façonnant la vie économique, intellectuelle et religieuse de la cité jusqu'à leur anéantissement durant la Shoah.
La singularité de cette communauté tient d'abord à sa structure dédoublée, héritée de la topographie et du droit médiéval : il existait deux établissements juifs distincts, l'un intra muros, au sein de la vieille ville fortifiée, l'autre dans le faubourg de Cracovie, hors les murs. Cette dualité, source de tensions internes mais aussi de richesse institutionnelle, demeure l'une des marques propres de Lemberg parmi les grandes communautés ashkénazes.
Sa renommée fut considérable. Au XVIIe siècle, la plus grande synagogue de Lvov fut édifiée en 1582-1595 grâce aux fonds fournis par le marchand Izak Nachmanowicz, et nommée plus tard « Di Goldene Royz » (la Rose d'Or) en l'honneur de Rosa, la belle-fille de Nachmanowicz. Centre d'érudition rabbinique, place de foire et nœud de la diaspora galicienne, Lemberg fut, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, l'une des trois plus importantes communautés juives de Pologne. La présente notice se propose de retracer, depuis les premières attestations médiévales jusqu'à la liquidation du ghetto en 1943, le destin de cette communauté, en distinguant scrupuleusement ce que l'archive établit, ce que la recherche tient pour probable, et ce que la mémoire collective a transmis.
L'implantation juive à Lemberg remonte au Moyen Âge, dans une ville fondée par le prince ruthène Daniel de Galicie au XIIIe siècle, puis intégrée au royaume de Pologne sous Casimir III en 1349. Les premières mentions documentées de Juifs s'inscrivent dans le contexte de l'essor commercial de la cité, point de passage obligé entre l'Orient et l'Occident.
La caractéristique la plus remarquable de l'organisation juive fut sa division en deux communautés. En 1869, on comptait 26 694 Juifs à Lemberg ; en 1880 ils étaient 31 000 ; et en 1900 la population atteignit 44 258. Ces chiffres du XIXe siècle témoignent de l'ampleur qu'avait prise une présence dont les racines étaient bien plus anciennes : dès la fin du Moyen Âge coexistaient un quartier juif intra muros, niché dans l'angle sud-est de la vieille ville fortifiée, et un établissement plus vaste situé dans le faubourg de Cracovie. Cette dualité résultait des privilèges et restrictions municipales qui limitaient l'espace concédé aux Juifs à l'intérieur des remparts.
Les Juifs galiciens vivaient pour l'essentiel d'activités artisanales et commerciales. La plupart des Juifs de Galicie vivaient pauvrement, travaillant en grande partie dans de petits ateliers et entreprises, et comme artisans — tailleurs, charpentiers, chapeliers, joailliers et opticiens ; près de 80 % de tous les tailleurs de Galicie étaient juifs. À Lemberg, toutefois, une élite marchande et financière, dont les Nachmanowicz furent les figures les plus éminentes, sut s'élever au plus près du pouvoir royal et exercer une influence dépassant largement le cadre local.
La vie communautaire s'organisa autour du kahal, dont les délégués participaient à la gouvernance supra-locale des Juifs polonais. Les délégués des régions et des principales communautés se réunissaient aux foires de Lublin et de Jarosław pour discuter de la répartition de l'impôt national sur les Juifs versé collectivement au gouvernement polonais, ainsi que d'une grande variété d'autres questions telles que les politiques éducatives, l'âge de la majorité, l'interdiction des hérétiques et les procédures de faillite. Lemberg occupait une place de premier rang dans cette structure, le Conseil des Quatre Pays, qui constituait l'instance d'autonomie juive la plus achevée de l'Europe moderne.
Nul monument n'incarne mieux la communauté de Lemberg que la synagogue dite de la Rose d'Or (Di Goldene Royz, hébreu Turei Zahav). Son histoire est emblématique de la manière dont l'archive et la mémoire collective s'entremêlent.
Les faits établis sont les suivants. La synagogue de la Rose d'Or (« Złota Róża »), également connue sous le nom de « Turei Zahav », fut construite en 1582 comme un temple privé appartenant à Izaak Nachmanowicz, marchand lvovien renommé et influent à la cour du roi Stefan Batory. Édifiée intra muros, dans le quartier juif de la vieille ville, elle fut l'œuvre d'un maître bâtisseur italien. Construite en style Renaissance en 1582-1595, en brique et en pierre, par l'architecte Paweł Szczęśliwy, et financée par la riche famille Nachmanowicz, la synagogue était l'une des plus anciennes des frontières actuelles de l'Ukraine.
À ces données documentaires s'attache une légende tenace, transmise de génération en génération. Selon la légende, Rosa racheta la synagogue en 1609 aux Jésuites qui la revendiquaient. Le récit veut qu'une femme de la famille Nachmanowicz, prénommée Rosa (Roza), ait sacrifié sa fortune, puis sa vie, pour sauver le sanctuaire d'une saisie par la Compagnie de Jésus. Sa sacrifice de richesse et de vie pour la subsistance spirituelle de son peuple devint matière à légende ; ainsi Rosa acquit une renommée qui a duré bien plus longtemps que sa vie.
La recherche historique invite à distinguer le noyau réel du récit de ses embellissements. Cette histoire correspond grossièrement au cadre des faits : Rosa était une personne réelle, liée par mariage à Nachmanowicz ; les Jésuites étaient tout-puissants à l'époque ; ils avaient le roi et le système juridique de leur côté. Le conflit foncier autour du terrain de la synagogue, mêlant marchands juifs, autorité royale et ordre jésuite, est attesté. Les Jésuites produisirent une documentation montrant que le terrain avait jadis appartenu à un prêtre catholique, et avaient désormais le roi de leur côté. Le nom alternatif de l'édifice perpétue par ailleurs la mémoire d'un grand juriste : la synagogue fut aussi connue sous le nom de Turei Zahav en l'honneur du rabbin David ha-Levi Segal (1586-1667), dont l'œuvre la plus célèbre, un commentaire sur la loi juive, était intitulée Turei Zahav.
Du XVIe au XVIIIe siècle, Lemberg s'imposa comme l'un des grands foyers de la science talmudique en Europe orientale. La présence d'un maître comme David ha-Levi Segal, dont le Turei Zahav (« Les Piliers d'Or ») devint l'un des commentaires de référence du Choulhan Aroukh, atteste du rayonnement intellectuel de la ville. La plus grande synagogue de Lvov fut bâtie en 1582-95 avec les fonds du marchand Izak Nachmanowicz ; elle fut plus tard nommée « la Rose d'Or » en l'honneur de Rosa, belle-fille de Nachmanowicz, une femme instruite activement engagée dans le travail caritatif communautaire.
Cette mention d'une femme « instruite » et engagée dans la charité éclaire un trait souvent négligé : la vie communautaire ne se réduisait pas à l'élite rabbinique masculine, mais reposait sur un dense réseau d'œuvres de bienfaisance, de confréries (hevrot) et d'institutions d'entraide. Le kahal de Lemberg administrait écoles, tribunaux rabbiniques, hôpitaux et caisses de secours, exerçant une véritable souveraineté interne reconnue par la Couronne polonaise.
L'intégration de Lemberg au réseau des foires régionales en faisait un carrefour de la diaspora. La communauté entretenait des liens étroits avec Cracovie, Lublin et les bourgades de toute la Galicie, dont elle constituait la métropole spirituelle. Les marchands juifs de la ville participaient au grand commerce de transit — textiles, vins, bétail, métaux précieux — qui irriguait l'économie de la République des Deux Nations.
Le partage du droit catholique sur les premières communautés se reflète encore dans la topographie funéraire et religieuse. Selon les travaux de l'historien Majer Bałaban, dont les études Dzielnica żydowska (Le quartier juif, 1909) et Dzieje Żydów w Galicyi (Histoire des Juifs en Galicie, 1914) demeurent fondatrices, la communauté de Lemberg fut, dès l'époque moderne, l'une des mieux documentées de tout l'espace polono-lituanien [M. Bałaban, Dzielnica żydowska, Lviv 1909].
Le premier partage de la Pologne, en 1772, fit passer Lemberg sous l'autorité de la monarchie des Habsbourg, dont elle devint la capitale du royaume de Galicie et de Lodomérie. Cette rupture politique inaugura une longue ère de transformations pour la communauté juive.
La législation joséphine bouleversa l'équilibre ancien. La législation de Joseph II interdit aux Juifs non-établis certaines activités, dans un contexte où la population rurale de la Galicie orientale était à prédominance ukrainienne (ruthène). Dans la ville, en revanche, les Juifs formaient une part croissante et structurante de la société urbaine. À Lviv durant cette période, les Polonais constituaient la population majoritaire, les Juifs environ 30 %, les Ukrainiens environ 15 %.
Le XIXe siècle vit la communauté se diversifier et s'ouvrir à la modernité. La croissance démographique fut spectaculaire — de moins de 27 000 âmes en 1869 à plus de 44 000 en 1900 — et s'accompagna d'une montée en puissance de l'éducation laïque. Le nombre d'étudiants juifs à l'université crût aussi : en 1881-1886, on comptait 251 étudiants juifs inscrits, et en 1901-1906 le total atteignit 561. Lemberg devint un théâtre majeur des grands courants qui traversaient le judaïsme : la Haskala (Lumières juives), le hassidisme, les débuts du sionisme et le mouvement ouvrier. À l'échelle de la province, en 1910, les 872 000 Juifs de Galicie représentaient 10,9 % de la population totale, contre environ 45,4 % de Polonais, 42,9 % de Ruthènes et 0,8 % d'Allemands.
La communauté se fractura sur le plan religieux et politique, entre orthodoxes attachés à la tradition, partisans de l'assimilation à la culture polonaise ou germanique, et tenants des nationalismes juifs émergents. Cette pluralité, loin d'affaiblir Lemberg, en faisait un laboratoire de la modernité juive d'Europe centrale, où coexistaient shtibels hassidiques, temples réformés et associations sionistes.
L'effondrement de l'Autriche-Hongrie en 1918 et la guerre polono-ukrainienne firent de Lwów une ville de la Deuxième République polonaise. Les Juifs y subirent dès novembre 1918 un pogrom meurtrier, prélude tragique aux décennies suivantes, mais la communauté se reconstitua et prospéra durant l'entre-deux-guerres.
La ville comptait alors l'une des plus grandes populations juives de Pologne. Entre les deux guerres mondiales, la ville multiethnique de Lwów se trouvait en Pologne orientale et abritait l'une des plus grandes communautés juives du pays ; les Juifs représentaient environ un tiers de la population de Lwów, soit quelque 100 000 personnes à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Cette communauté frappait par sa diversité interne. La diversité des Juifs de Lwów se reflétait dans de nombreux aspects de leur vie quotidienne ; la plupart d'entre eux étaient multilingues.
Le yiddish, le polonais, l'allemand et l'hébreu cohabitaient dans les rues, les écoles et la presse. La vie associative était foisonnante : partis politiques, syndicats, clubs sportifs, mouvements de jeunesse sionistes et bundistes, réseaux d'écoles religieuses et laïques. La communauté disposait d'une presse vivante, de théâtres yiddish, d'institutions philanthropiques et d'une représentation active dans la vie municipale et parlementaire. Cette effervescence devait être brutalement interrompue.
L'occupation allemande, à partir de la fin juin 1941 après la rupture du pacte germano-soviétique, scella le destin de la communauté. Lemberg, capitale du district de Galicie au sein du Gouvernement général, devint l'un des principaux théâtres de la Shoah par balles et par déportation. Dès l'entrée des troupes allemandes, des pogroms d'une extrême violence firent des milliers de victimes, et les objets religieux de la synagogue de la Rose d'Or furent pillés avant que l'édifice ne fût détruit en 1943.
Un ghetto fut institué. Le ghetto de Lwów exista du 8 novembre 1941 au 20 juin 1943, à Lwów, dans le quartier de Zamarstynów, en Pologne occupée par les Allemands. Il fut le cadre d'une répression systématique : emprisonnement, fusillades de masse, travail forcé, famine, avortements et stérilisations forcés, perpétrés par la SS et la Milice populaire ukrainienne. Le nombre de victimes fut effroyable : le ghetto fit 120 000 victimes juives polonaises, et l'on ne dénombra que 823 survivants.
L'extermination procéda par vagues de déportation vers les centres de mise à mort et le camp voisin de Janowska. Au cours de l'été et de l'automne 1942, des milliers de Juifs (principalement du ghetto de Lvov) furent déportés à Janowska et tués. La grande rafle de l'été 1942 frappa avec une violence inouïe : en août 1942, plus de 65 000 Juifs avaient été déportés du ghetto de Lvov et assassinés. La destination principale de ces convois fut le camp d'extermination de Bełżec, dont un témoin laissa une description glaçante : il y assista au déchargement de 45 wagons à bestiaux bondés de 6 700 Juifs déportés du ghetto de Lwów situé à moins de cent kilomètres, dont 1 450 étaient déjà morts à l'arrivée, par suffocation et soif.
Le camp de Janowska conjuguait travail forcé, transit et mise à mort. Situé à Lemberg, dans le district de Galicie du Gouvernement général, exploité par la SS et opérationnel de septembre 1941 à juillet 1944, il accueillit plus de 100 000 détenus, dont 35 000 à 40 000 furent tués. L'évacuation du camp de Janowska commença en novembre 1943, tandis que les Allemands tentaient d'effacer les traces du meurtre de masse.
La liquidation finale du ghetto consomma la destruction de la communauté. Début juin 1943, les Allemands détruisirent le ghetto, tuant des milliers de Juifs dans le processus ; les habitants restants furent envoyés au camp de travail forcé de Janowska ou déportés. En quelques mois, une présence juive vieille de plus de six siècles fut effacée de la ville.
L'histoire des Juifs de Lvov-Lemberg se déploie comme une parabole du destin juif en Europe centrale : une présence médiévale enracinée, une dualité institutionnelle singulière entre la cité et son faubourg, un âge d'or d'érudition rabbinique illustré par la Rose d'Or et le Turei Zahav, une modernisation foisonnante sous les Habsbourg puis dans la Pologne de l'entre-deux-guerres, et enfin l'anéantissement quasi total durant la Shoah.
Des quelque cent mille âmes que comptait la communauté à la veille de la guerre, il ne resta qu'une poignée de survivants. Le sort de la synagogue de la Rose d'Or, pillée puis dynamitée en 1943, condense ce destin : un monument cinq fois centenaire, chargé d'archives et de légendes, réduit à des vestiges que l'on s'emploie aujourd'hui à préserver comme lieu de mémoire. La tension qui parcourt ce livre — entre ce que l'archive établit et ce que la mémoire transmet — n'est pas un défaut de la connaissance historique, mais sa condition même : la communauté de Lemberg ne survit désormais que dans le croisement de l'acte notarié et du récit transmis, de la statistique démographique et du nom murmuré. C'est dans cet entrelacs que cet ouvrage a tenté de lui rendre une voix.