Регион: Allemagne (Hesse)
регистр Память · хранитель, не владелец
Опубликовано 19 июня 2026 г.
Communauté confinée dès 1462 dans la Judengasse, l'un des plus grands ghettos d'Europe, berceau de la famille Rothschild. Elle fut un centre majeur de l'orthodoxie néo-traditionnelle au XIXe siècle.
![Wlespiègle vend à Francfort des gringuenaudes pour des prunes de Prophetie à trois des principaux juifs de la Sinagogue : [estampe]](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/26/Wlespi%C3%A8gle_vend_%C3%A0_Francfort_des_gringuenaudes_pour_des_prunes_de_Prophetie_%C3%A0_trois_des_principaux_juifs_de_la_Sinagogue_-_estampe_-_btv1b8404752f.jpg/1280px-Wlespi%C3%A8gle_vend_%C3%A0_Francfort_des_gringuenaudes_pour_des_prunes_de_Prophetie_%C3%A0_trois_des_principaux_juifs_de_la_Sinagogue_-_estampe_-_btv1b8404752f.jpg)
Wlespiègle vend à Francfort des gringuenaudes pour des prunes de Prophetie à trois des principaux juifs de la Sinagogue : [estampe]
Public domain · Wikimedia Commons

1709 Frankfurt im Coronajahr 2020
This image is a work by Wikipedia and Wikimedia Commons user C.Suthorn. When reusing, credit me as described in the Licensing information below. I would appreciate being notified (wikimail, talk page, email, Social Media) if you use my work outside Wikimedia. Do not copy this image illegally by ignoring the terms of the license below, as it is not in the public domain. If you would like special permission to use, license, or purchase the image please contact me to negotiate terms. More of my work can be found in my personal gallery or at my Peertube channel. A prepared attribution especially for use in Social Media and Print (newspapers, flyers, books, murals, mousepads, mugs, posters, t-shirts) can be copied here · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Das neue Jüdische Museum am Bertha-Pappenheim-Platz 1
Thomas Kroemer · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Frankfurt am Main, Alter Jüdischer Friedhof -- 2015 -- 6704
Dietmar Rabich · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Copy any of these formats to cite this page or link to it.
Link
https://zakhor.ai/ru/grands-livres/communautes/juifs-de-francfortHTML
<a href="https://zakhor.ai/ru/grands-livres/communautes/juifs-de-francfort">Juifs de Francfort (Judengasse) — Zakhor</a>Citation
Juifs de Francfort (Judengasse) — Zakhor, https://zakhor.ai/ru/grands-livres/communautes/juifs-de-francfortLa communauté juive de Francfort-sur-le-Main occupe, dans l'histoire des diasporas du judaïsme ashkénaze, une place singulière. Pendant plus de trois siècles et demi, ses membres ont vécu, prié, commercé, étudié et péri à l'intérieur d'une rue unique, étroite et close : la Judengasse, la « ruelle des Juifs ». Cet espace contraint — l'un des premiers ghettos institués de l'Empire et l'un des plus densément peuplés d'Europe — devint paradoxalement le théâtre d'une vie communautaire d'une richesse exceptionnelle, où coexistèrent l'oppression juridique la plus minutieuse et l'éclat d'une culture religieuse, économique et intellectuelle de premier ordre.
Selon les institutions mémorielles de la ville, dont le Museum Judengasse, la communauté de Francfort fut <cite index="2-1">l'un des quartiers juifs les plus importants d'Allemagne et un centre de la vie juive en Europe</cite>. Comprendre la Judengasse, c'est tenir ensemble deux récits apparemment contradictoires : celui de l'enfermement et de la discrimination, codifiés dans des règlements impériaux et municipaux d'une précision implacable ; et celui d'une vitalité communautaire qui donna naissance à la dynastie des Rothschild et au mouvement de l'orthodoxie néo-traditionnelle. Ce volume entend retracer cette histoire dans sa complexité, en distinguant honnêtement ce qui relève de l'archive établie, ce qui se déduit d'indices probables, et ce qui appartient à la mémoire transmise.
La présence juive à Francfort est attestée dès le XIIe siècle. Les Juifs y résidaient initialement de manière dispersée, à proximité de la cathédrale et de la place du marché, intégrés au tissu urbain comme prêteurs, marchands et artisans, sous le statut de « serfs de la Chambre impériale » (Kammerknechte) qui plaçait leur protection — et leur taxation — entre les mains de l'empereur.
Cette première communauté connut deux catastrophes majeures avant même la création du ghetto. La première fut le massacre de 1241, parfois appelé Judenschlacht, au cours duquel une grande partie de la communauté périt. La seconde survint lors des persécutions liées à la Peste noire en 1349, où la communauté fut de nouveau anéantie, ses membres accusés, comme dans toute l'Europe centrale, d'avoir empoisonné les puits. Ces deux saignées laissèrent une empreinte durable dans la mémoire liturgique de Francfort, conservée dans les Memorbücher (livres du souvenir).
Le tournant décisif intervint au XVe siècle. Sous la pression du clergé et des autorités, et conformément à la politique de ségrégation que l'Église promouvait depuis le concile de Latran IV (1215), le conseil de la ville de Francfort décida de regrouper les Juifs en un lieu unique. Selon la Ville de Francfort, ce fut en 1462 que les Juifs furent contraints de s'installer dans une rue nouvellement aménagée à l'extérieur des anciens remparts. Cette date marque la naissance de la Judengasse en tant qu'institution.
La Judengasse était une rue courbe d'environ trois cents mètres, fermée à ses extrémités par des portes que l'on verrouillait la nuit, le dimanche et les jours de fête chrétienne. Les Juifs ne pouvaient en sortir qu'à certaines heures et selon des règles strictes : interdiction de se promener dans les jardins publics, de fréquenter certains marchés, ou de circuler à plusieurs de front. La rue, longtemps unique voie d'habitation autorisée, vit sa population croître sans pouvoir s'étendre en surface — d'où une densité extrême et une élévation des maisons, souvent reconstruites en hauteur et subdivisées à l'infini.
Cette ségrégation s'accompagnait d'un cadre juridique propre, la Stättigkeit, ensemble de règlements qui fixaient le nombre maximal de familles autorisées, le nombre de mariages annuels permis, les métiers accessibles (essentiellement le prêt, le change, le commerce d'occasion et de textile) et les taxes spéciales pesant sur les Juifs. Chaque maison portait un nom et une enseigne — souvent un animal, un objet ou une couleur — plutôt qu'un numéro ; ces noms, comme « à l'Écusson rouge » (zum roten Schild) ou « à la Maison verte », devinrent des patronymes, à l'origine du nom Rothschild.
Malgré ces contraintes, la communauté développa des institutions sophistiquées : synagogues, mikvaot (bains rituels), yeshivot, hôpital, hôtellerie pour les voyageurs, confréries charitables (hevrot) et un cimetière qui demeure l'un des plus anciens d'Europe centrale. Le Museum Judengasse conserve aujourd'hui les vestiges archéologiques de ces structures, mis au jour lors de fouilles, et documente la vie matérielle de la ruelle. Les rabbins de Francfort jouissaient d'une autorité halakhique considérable dans tout le monde ashkénaze, et la ville devint un foyer d'imprimerie hébraïque et d'érudition talmudique.
L'année 1614 constitue l'un des épisodes les plus dramatiques et les mieux documentés de l'histoire de la communauté. Le soulèvement dit « de Fettmilch », du nom du marchand et boulanger Vincent Fettmilch, illustre la précarité de la condition juive même au sein d'un cadre juridique protecteur. Selon le Leo Baeck Institute, <cite index="7-1">Vincent Fettmilch s'installa à Francfort en 1602</cite> et prit la tête d'une révolte de la bourgeoisie contre le patriciat municipal.
Ce mouvement, dirigé d'abord contre l'oligarchie urbaine et ses privilèges, se mua en violence antijuive. Selon la Brill Reference (Encyclopaedia of Jewish History and Culture), <cite index="9-1">le soulèvement de Fettmilch, qui en septembre 1614 se transforma en violence contre les Juifs de Francfort et conduisit à leur expulsion temporaire, est l'un des cas les mieux connus de troubles antijuifs en Europe centrale au XVIIe siècle</cite>. La Judengasse fut pillée et ses habitants chassés.
L'issue de l'événement révèle toutefois la portée réelle de la protection impériale. D'après le Leo Baeck Institute, <cite index="7-1">les Juifs de Francfort furent expulsés pendant deux ans, jusqu'en 1616, lorsque l'empereur intervint, reprit le contrôle de la ville et prononça un ban impérial contre Fettmilch et ses complices ; des soldats impériaux ramenèrent les Juifs dans Francfort</cite>. Fettmilch fut exécuté en 1616. La date du retour, le 20 du mois d'Adar, fut instituée par la communauté comme une fête commémorative locale, le « Pourim de Vintz » (Vinz-Hans-Purim), où la délivrance fut célébrée par des chants. Ici la mémoire liturgique transmise et l'archive impériale se confirment mutuellement.
C'est dans cet espace exigu que naquit l'une des plus célèbres dynasties financières de l'histoire. Mayer Amschel Rothschild vit le jour dans la Judengasse en 1744. Le patronyme lui-même provient, comme on l'a vu, de l'enseigne d'une maison ancestrale : selon les Archives Rothschild, le nom dérive de la maison « à l'Écusson rouge » que la famille avait habitée dans la ruelle.
Mayer Amschel, formé au négoce et passionné de monnaies anciennes et de médailles, sut tirer parti des marges étroites que laissait la Stättigkeit. Devenu fournisseur du landgrave de Hesse-Cassel, il bâtit une maison de banque dont il envoya ses cinq fils établir les ramifications dans les grandes capitales européennes — Francfort, Londres, Paris, Vienne et Naples. Selon les Archives Rothschild, c'est de cette modeste maison de la Judengasse que partit l'expansion d'une dynastie qui allait devenir, au XIXe siècle, l'une des familles les plus influentes de la finance internationale.
L'ascension des Rothschild est inséparable du lieu qui les vit naître. Elle illustre la manière dont la communauté de Francfort, malgré l'enfermement, demeurait connectée aux grands flux économiques de l'Empire et de l'Europe, et comment le savoir-faire commercial accumulé dans la ruelle put, une fois les barrières juridiques abaissées, se déployer à l'échelle continentale. La maison familiale de la Judengasse demeura un point d'ancrage symbolique et patrimonial pour les générations suivantes.
La fin du XVIIIe siècle sonna le glas du ghetto en tant qu'enceinte physique. En 1796, le bombardement de Francfort par les troupes françaises révolutionnaires détruisit une partie de la Judengasse, et nombre de Juifs furent autorisés, pour la première fois, à s'établir hors de la rue. L'occupation napoléonienne accéléra le mouvement : sous l'influence des idées révolutionnaires, l'égalité juridique fut progressivement reconnue, et en 1811 le grand-duc Karl von Dalberg accorda — moyennant une lourde compensation financière — l'égalité civique aux Juifs de Francfort.
Cette émancipation connut des reculs. Après le congrès de Vienne (1815) et la restauration de la cité-État libre de Francfort, certains droits furent restreints, et il fallut attendre les décennies suivantes, et finalement l'unification allemande et les lois de 1864 puis de 1871, pour que l'égalité pleine et entière soit acquise. La Judengasse, désormais ouverte et dépeuplée de sa fonction ségrégative, fut peu à peu abandonnée par les familles aisées qui s'installaient dans les nouveaux quartiers de la ville.
Le déclin matériel de la ruelle conduisit à sa démolition. Selon les sources patrimoniales de la Ville de Francfort, la plus grande partie des bâtiments insalubres et vétustes de la Judengasse fut démolie au cours du XIXe siècle, le processus s'achevant largement dans les années 1870–1880. De la rue historique ne subsista bientôt presque rien en surface ; son souvenir fut préservé par les institutions communautaires, les archives et, plus tard, l'archéologie urbaine.
Au XIXe siècle, alors que l'émancipation et l'assimilation transformaient en profondeur le judaïsme allemand, Francfort devint le foyer d'un courant religieux appelé à un grand retentissement : l'orthodoxie néo-traditionnelle, ou néo-orthodoxie. Sa figure centrale fut le rabbin Samson Raphael Hirsch, né à Hambourg en 1808 et mort à Francfort en 1888.
Selon l'Encyclopædia Britannica, Hirsch fut <cite index="3-1">un penseur religieux juif majeur et le fondateur de la Trennungsorthodoxie (orthodoxie séparatiste), ou néo-orthodoxie, un système théologique qui contribua à rendre le judaïsme orthodoxe viable en Allemagne</cite>. Sa doctrine, résumée par la formule Torah im derekh erets (la Torah conjuguée à la voie du monde), entendait concilier la fidélité intégrale à la Loi avec la participation à la culture allemande moderne.
À Francfort, Hirsch prit la tête, en 1851, de la congrégation séparatiste Israelitische Religionsgesellschaft. Son objectif était de soustraire les Juifs fidèles à la tradition à la tutelle de la communauté officielle, devenue majoritairement réformée. Selon le METAhub Frankfurt et l'AustriaWiki, <cite index="6-1">Hirsch fut le fondateur de l'Austrittsgemeinde — la « communauté de sortie » — et l'une des personnalités dirigeantes du courant néo-orthodoxe en Allemagne</cite>, doctrine qui, comme le note l'AustriaWiki, <cite index="5-1">conduisit notamment à la fondation de communautés indépendantes (« Austrittsgemeinden »)</cite>. La loi prussienne de sécession de 1876 consacra juridiquement cette faculté de quitter la communauté-mère. Sous l'impulsion de Hirsch, Francfort devint ainsi le centre intellectuel et institutionnel d'une orthodoxie capable d'affronter la modernité sans renoncer à ses fondements, héritage durable de la communauté née dans la Judengasse.
L'histoire des Juifs de Francfort condense, en un espace de quelques centaines de mètres, l'essentiel des tensions qui ont traversé la diaspora ashkénaze : la dépendance à la protection impériale et sa fragilité, révélée par le soulèvement de Fettmilch ; l'enfermement ségrégatif de la Judengasse et la vitalité culturelle qu'il n'a pu étouffer ; le passage brutal du ghetto à l'émancipation ; et l'invention de réponses religieuses originales à la modernité, dont la néo-orthodoxie de Samson Raphael Hirsch demeure l'expression la plus aboutie.
De cette ruelle close sont issues une dynastie qui transforma la finance mondiale et une école de pensée qui marqua durablement le judaïsme orthodoxe. La démolition physique de la Judengasse au XIXe siècle n'a pas effacé sa mémoire : les vestiges archéologiques, les archives communautaires et les institutions muséales de Francfort en perpétuent le souvenir. La communauté connut ensuite l'épreuve de la persécution nazie, qui anéantit la vie juive d'avant-guerre — une histoire qui appelle un volume à part entière. Mais ce qui demeure, de la Judengasse, c'est le témoignage d'une humanité qui, dans la contrainte la plus extrême, sut bâtir un monde.