RUTH RABBAH (appelé aussi Midrash Rut)
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RUTH RABBAH
(appelée aussi Midrash Rut)
Interprétation haggadique et homilétique du Livre de Ruth, qui, comme celle des quatre autres rouleaux ("megillot"), est incluse dans la Midrash Rabbot. Ce midrash, divisé en huit chapitres ou sections ("parashiyyot"), couvre l'intégralité du texte biblique, l'interprétant verset par verset, tantôt dans son sens littéral, tantôt dans un sens allégorique. Le premier chapitre se termine avec Ruth i. 2; le second, avec i. 17; le troisième, avec i. 21; le quatrième, avec ii. 9; le cinquième, avec iii. 7; le sixième, avec iii. 13; le septième, avec iv. 15; et le huitième, ne comprenant que deux versets, avec iv. 19, les versets 16 et 17 du ch. iv. étant omis. Comme Ekah Rabbati, le commentaire proprement dit du Livre de Ruth est précédé d'une longue introduction ("petiḥta"), qui consiste en plusieurs prolégomènes sans connexion les uns avec les autres.
Introduction et Prolégomènes
Le commentaire lui-même, sauf aux ch. i. et vii., où il suit directement le texte biblique, est généralement introduit par un ou plusieurs prolégomènes. Il est composé dans l'esprit des haggadistes palestiniens, ses principales sources étant le Talmud de Jérusalem, Bereshit Rabbah, Wayiḳra Rabbah et Ekah Rabbati. Il semblerait, en outre, que son auteur était opposé au Talmud babylonien; car dans son interprétation de iv. 7—passage qui est omis dans les éditions imprimées—il dénigre cet ouvrage. Il est vrai que des passages parallèles se trouvent dans Shir ha-Shirim Rabbah, que ce midrash ressemble étroitement quant à l'arrangement et au mode d'interprétation, et dans Ḳohelet Rabbah. Mais quant au premier, rien ne prouve qu'il soit antérieur à Ruth Rabbah, tandis que le second est reconnu par les savants modernes comme postérieur à ce midrash. Il ne semble apparemment contenir aucune haggadah babylonienne et, bien que dans i. 3 (= ii. 4) il donne l'interprétation haggadique de I Chron. iv. 22, qui se trouve aussi dans B. B. 91b, on peut voir que la source dans ce dernier traité est une baraïta et non une haggadah babylonienne. Ainsi Ruth Rabbah est l'un des midrashim plus anciens, composé à peu près à la même époque que ou peu après Shir ha-Shirim Rabbah. Selon Zunz ("G. V." éd. Brüll, p. 277, Francfort-sur-le-Main, 1892), Ruth Rabbah, ainsi que Shir ha-Shirim Rabbah et Ḳohelet Rabbah, a été l'une des sources du Yelammedenu, Debarim Rabbah, Pesiḳta Rabbati et Shemot Rabbah, servant de médiation entre ces midrashim et la plus ancienne haggadah (comp., cependant, Friedmann, introduction à son édition de la Pesiḳta Rabbati, p. 25).
Exemples de Haggadah
Ruth Rabbah est spécialement intéressante d'un point de vue historico-culturel en ce qu'elle s'efforce de jeter la lumière sur les habitudes et les conditions de l'époque dans laquelle eurent lieu les incidents du Livre de Ruth. Ainsi, interprétant les tout premiers mots du livre, "aux jours où les juges jugeaient" (Ruth i. 1), comme "aux jours où le peuple jugeait ses juges," l'auteur souhaite montrer qu'il y eut une époque où les juges pervertissaient leurs jugements au point qu'ils en étaient tenus responsables par le peuple. Mais quand y a-t-il eu une telle époque, et qui étaient ces juges? Selon Rab, les juges étaient Barak et Débora; selon R. Huna, Débora, Barak et Jaël; et selon Joshua b. Levi, Éhud et Shamgar. La famine est décrite de manière détaillée; c'était l'une des dix grandes famines qui affligèrent le monde entier.
Elimélek est présenté sous un jour peu favorable, son nom étant interprété comme signifiant "celui qui est avide de royauté." Il quitta le pays de Canaan non parce qu'il aurait lui-même souffert de la famine, mais parce qu'il craignait que le peuple ne s'adresse à lui pour obtenir de l'aide. En interprétant i. 14, l'auteur de ce midrash exprime ses vues concernant les baisers. Selon une autorité anonyme, les baisers ne sont permis qu'en trois occasions: (1) lors de la conférence d'une haute charge, comme lorsque Samuel baisa Saül (I Sam. x. 1); (2) aux rencontres, comme dans le cas d'Aaron baisant Moïse (Ex. iv. 27); et (3) à la séparation, comme lorsque Orpa baisa sa belle-mère. Selon R. Tanḥuma, les baisers sont permis aussi aux parents, comme lorsque Jacob baisa Rachel (Gen. xxix. 11). Dans d'autres circonstances, les baisers sont déclarés indécents. Très vivante est la description de l'insistance de Ruth à suivre Naomi (Ruth i. 16-18), en ce que, lorsque son attention fut dirigée par sa belle-mère vers les lois relatives aux prosélytes, elle les accepta toutes.
Naomi et Ruth sont toutes deux décrites comme des femmes justes dont les actes étaient caritatifs. Cette dernière particulièrement est présentée comme étant modeste et de manières exemplaires (ii. 5). Dans son interprétation de iii. 3, l'auteur du midrash montre la nécessité d'honorer le Sabbat en portant des vêtements spéciaux. Il peut être remarqué que dans iii. 13 se trouve une recension de l'histoire d'Elisha b. Abuyah, dont la source principale est Ḥag. 14b. Le midrash se termine par une affirmation selon laquelle le Messie doit descendre de Ruth par David.
Concernant les interprétations lexicales, dans certains cas l'explication des mots n'est pas contraire aux règles grammaticales, mais parfois, comme dans tous les autres midrashim, l'interprétation est arbitraire. Ainsi, tandis qu'« Elimelech » est interprété comme composé d'« elai » et de « melek » (= « la royauté m'appartient » ; comp. ci-dessus), « Naomi » comme « celle dont les actes sont agréables », et « Orpah » (de « 'oref » = « la nuque du cou ») comme « celle qui a tourné le dos [comp. Jér. ii. 27 et ailleurs] à sa belle-mère », « Wa-yehi » est interprété comme une exclamation de douleur ; et « Ruth » (dérivé de  = « voir ») comme « celle qui a vu ou considéré les paroles de sa belle-mère ». Pour les commentaires et éditions de Ruth Rabbah [voir Ekah Rabbati](/articles/5498-ekah-lamentations-rabbati), [Esther Rabbah](/articles/5875-esther-rabbah), et [Ḳohelet Rabbah](/articles/9414-kohelet-ecclesiastes-rabbah).