ROUMANIE
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Invasion des Chazars.
Royaume de l'Europe du sud. Si les assertions des historiens roumains sont à accepter, les Juifs ont vécu en Roumanie pendant un temps considérable avant l'arrivée des hordes de forçats romains amenés par l'Empereur Trajan dans le but de peupler le pays fertile des Daces, qu'il avait dévasté après sa sanglante conquête. Décébale, roi des Daces, accorda aux Juifs de Talmaci des privilèges spéciaux dont ils ne jouissaient pas dans d'autres lieux de Dacie, bien qu'ils eussent le droit de résidence partout. Un décret de l'empereur romain (397) accorda protection aux Juifs de Dacie et à leurs synagogues ("Cod. Theod. de Jud." xvi. 8). À l'invasion romaine, les Juifs suivirent l'armée d'occupation comme pourvoyeurs et interprètes. Au huitième siècle, il est rapporté qu'une force armée de Juifs de Russie du sud, vraisemblablement les Chazars, pénétra en Moldavie et en Valachie et s'unit aux Juifs qui y vivaient déjà ; et « pendant un nombre d'années, la religion juive régna en suprématie dans le pays ».
Après environ 400 ans, pendant lesquels on n'entend rien dire des Juifs en Roumanie, il est rapporté que lorsque la principauté de Berlad fut établie, qui comprenait la Petite Halitz (Galatz) et Tecuci, des Juifs y vivaient et s'engageaient activement dans le commerce. Quand Radu Negru traversa les Montagnes Carpates (1290) à la recherche d'un nouveau pays, il fut suivi par un nombre de Juifs, qui l'assistèrent dans l'établissement de son règne sur la Roumanie, et qui s'établirent dans diverses villes où des communautés juives existaient déjà. En 1349, lorsque la principauté moldave fut fondée, le prince régnant invita des commerçants de Pologne à s'établir dans ses domaines, leur offrant des privilèges spéciaux ; et beaucoup de Juifs répondirent à l'invitation. Quand Roman I (1391-94) fonda la ville à laquelle il donna son nom, des Juifs furent parmi les premiers colons ; et leurs maisons étaient les plus belles de la nouvelle capitale. Roman exempta les Juifs du service militaire, en contrepartie duquel ils devaient payer trois löwenthaler pour chaque personne.
En Valachie, sous Vlad Tzepesh (1456-62), les Juifs furent les plus grands souffrants de la cruauté de ce tyran. En Moldavie, Stephen Voda (1457-1504) était un prince plus humain, et les Juifs étaient traités par lui avec considération. Isaac ben Benjamin Shor de Jassy fut nommé intendant par ce prince, et fut ultérieurement promu au rang de « logofet » (chancelier) ; et il continua à tenir cette position honorable sous Bogdan Voda (1504-1517), le fils et successeur de Stephen.
Sous la suzeraineté turque.
À cette époque, les deux principautés passèrent sous la suzeraineté de la Turquie, et un nombre de Juifs espagnols vivant à Constantinople migrèrent en Valachie, tandis que des Juifs de Pologne et d'Allemagne s'établirent en Moldavie. Bien que les Juifs jouissent d'une part importante dans le gouvernement turc, les princes roumains ne firent pas grand cas de ce fait et continuèrent à les harceler dans leurs principautés respectives. Stephen le Jeune (1522) priva les marchands juifs de presque tous les droits qui leur avaient été donnés par ses deux prédécesseurs ; et malgré le fait que Peter Raresh avait été assisté dans la récupération de son trône, et avait reçu une aide pécuniaire, par une Juive, la confidente de la mère du sultan, son premier acte lorsqu'il prit les rênes du gouvernement (1541) fut de voler les marchands juifs d'une manière très ignoble. Alexander Lapushneanu (1552-61) traita cruellement les Juifs jusqu'à ce qu'il fût détrôné par Jacob Heraclides, un Grec, qui était clément envers ses sujets juifs. Quand Lapushneanu retourna à son trône, cependant, il ne renouvela pas ses persécutions.
Pendant le premier court règne de Peter le Boiteux (1574-79), les Juifs de Moldavie souffrirent sous une fiscalité lourde et furent autrement maltraités jusqu'à ce qu'il fût détrôné. En 1582, il réussit à regagner son règne sur le pays avec l'aide du médecin juif Benveniste, qui était un ami du célèbre Solomon Ashkenazi ; et ce dernier exerça alors son influence auprès du prince en faveur de ses coreligionnaires. En Valachie, le Prince Alexander Mircea (1567-77) engagea comme son secrétaire privé et conseiller le talentueux Isaiah ben Joseph, qui usa de sa grande influence en faveur des Juifs. En 1573, Isaiah fut congédié, du fait des intrigues de courtisans jaloux ; mais autrement il fut indemne. Il se rendit en Moldavie, où il entra au service du Prince Ivan le Terrible. Par les efforts de Solomon Ashkenazi, Emanuel Aaron fut placé sur le trône de Moldavie. Bien que d'origine hébraïque, il fut très cruel envers les Juifs. Toute la communauté juive de Bucarest fut exterminée ; et par les ordres d'Aaron, dix-neuf Juifs de Jassy furent amenés devant lui et, sans aucun procès régulier, décapités. Presque tous les Juifs durent quitter la Valachie ; et ceux qui restèrent en Moldavie ne furent délivrés de l'oppression inhumaine d'Aaron que lorsqu'il fut déposé et remplacé par Jeremiah Movila.
Ce n'est que tard au dix-septième siècle que les Juifs purent de nouveau entrer en Valachie et y résider en sécurité. En Moldavie, Vasili Lupul (1634-53) traita les Juifs avec considération jusqu'à l'apparition des Cosaques (1648), qui marchèrent contre les Polonais et qui, en traversant la Roumanie, tuèrent beaucoup de Juifs. Un autre massacre par les Cosaques eut lieu en 1652, quand ils vinrent à Jassy réclamer la fille de Vasili Lupul pour Timush, le fils de Chmielnicki.
Le premier accusation de crime rituel en Roumanie fut faite le 5 avril 1710. Les Juifs de Neamtz, en Moldavie, furent accusés d'avoir tué un enfant chrétien à des fins rituelles. L'instigateur était un Juif baptisé qui avait aidé à transporter le cadavre d'un enfant, assassiné par des Chrétiens, dans la cour de la synagogue. Le jour suivant, cinq Juifs furent tués, beaucoup furent mutilés et chaque maison juive fut pillée, tandis que les représentants de la communauté furent emprisonnés et torturés. Entre-temps, quelques Juifs influents firent appel au prince à Jassy, qui ordonna une enquête, et il en résultat que les prisonniers furent libérés et que les coupables furent découverts et sévèrement châtiés.
C'était la première fois que le clergé roumain participait à la persécution des Juifs, et ils furent les seules personnes qui déclarèrent qu'elles n'étaient pas convaincues de l'innocence des Juifs en ce qui concerne l'accusation de meurtre rituel. C'est en raison des manifestations continuelles d'animosité du clergé envers les Juifs qu'en 1714 une accusation similaire fut portée contre les Juifs de la ville de Roman. Là, une fille chrétienne, servante dans une famille juive, avait été enlevée par quelques Catholiques romains et étranglée. Le crime fut immédiatement imputé aux Juifs. Chaque maison juive fut pillée ; deux Juifs importants furent pendus ; et probablement chaque Juif de la ville aurait été tué si les vrais criminels n'avaient pas été découverts opportunément.
Le prince de Valachie Stephen Cantacuzène (1714-16) extorqua les Juifs à chaque occasion possible et les traita outrageusement mal. Cet état de choses dura jusqu'à ce que son successeur, Nicholas Mavrocordatos (1716-30), accédât au pouvoir. Il invita des banquiers et des marchands juifs dans le pays et accorda à toute la communauté juive de nombreux privilèges précieux.
Sous John Mavrocordatos.
L'influence la plus nuisible sur la condition des habitants juifs de Moldavie s'exerça pendant le règne de John Mavrocordatos (1744-47). C'était un personnage débauché qui sacrifia de nombreuses femmes juives à ses mauvais désirs. Un fermier juif dans le district de Suchava, dans la maison duquel il s'était livré aux orgies les plus contre nature, porta plainte contre le prince auprès du sultan, après quoi John Mavrocordatos fit pendre son accusateur. Cet acte finit par exciter le représentant musulman du sultan en Moldavie ; et le prince paya la pénalité en perdant son trône.
Sous les princes moldaves et valaques subséquents, les Juifs des deux principautés jouirent de nombreuses libertés jusqu'à l'arrivée d'Ephraim, patriarche de Jérusalem. Ce dernier commença immédiatement une accusation amère contre les Juifs, qui se termina par des émeutes et la démolition de la synagogue récemment édifiée à Bucarest.
Pendant la Guerre russo-turque, 1769-1774.
Pendant la guerre russo-turque (1769-74) les Juifs de Roumanie eurent à endurer de grandes difficultés. Ils furent massacrés et volés dans presque chaque ville et village du pays. Quand la paix fut enfin rétablie, les deux princes, Alexander Mavrocordatos de Moldavie et Nicholas Mavrogheni de Valachie, promirent leur protection spéciale aux Juifs, dont la condition demeura favorable jusqu'en 1787, quand les Janissaires d'un côté et les Russes de l'autre envahirent la Roumanie et rivalisèrent dans le massacre des Juifs.
Libérés de ces ennemis étrangers, les Roumains eux-mêmes aigrirent la vie des Juifs. Des enfants juifs furent saisis et forcément baptisés. L'accusation de meurtre rituel devint épidémique. Une accusation portée à Galatz en 1797 eut des résultats exceptionnellement graves. Les Juifs furent attaqués par une grande foule, chassés de leurs maisons, volés et attaqués dans les rues ; beaucoup furent tués sur-le-champ ; certains furent forcés dans le Danube et noyés ; d'autres qui avaient cherché refuge à la synagogue furent brûlés vifs dans le bâtiment ; et seuls quelques-uns s'échappèrent, à qui un vieux prêtre accorda protection dans son église.
En 1806 la guerre fut renouvelée entre la Russie et la Turquie. L'invasion des Russes en Roumanie fut, comme d'habitude, accompagnée de massacres de Juifs. Les Kalmouks, une horde de soldats turcs irréguliers, qui apparurent à Bucarest en 1812, devinrent une terreur pour les malheureux Juifs. Ils parcouraient quotidiennement les rues habitées par ces derniers, criblaient les enfants sur leurs lances, et, en présence de leurs parents, les rôtissaient vifs et les dévoraient. Avant la Révolution de 1848, qui balaya aussi la Roumanie, de nombreuses lois restrictives contre les Juifs avaient été édictées ; mais bien qu'elles entraînassent une souffrance considérable, elles ne furent jamais strictement appliquées. Pendant le temps des bouleversements révolutionnaires, les Juifs participèrent au mouvement de diverses façons. Daniel Rosenthal, le peintre, se distingua dans la cause de la liberté, et paya son activité de sa vie.
Après la clôture de la Guerre de Crimée, la lutte pour l'union des deux principautés commença. Les Juifs furent recherchés par les deux partis, Unionistes et anti-Unionistes, chacun desquels leur promit l'égalité complète ; et des proclamations à cet effet furent émises (1857-58).
Négociations avec Alexander Cuza.
Dès le commencement du règne d'Alexandre Couza (1859-66), premier souverain des principautés unies, les Juifs devinrent un facteur important dans la politique du pays. En 1864, le prince, en raison des difficultés surgies entre son gouvernement et l'assemblée générale, dissout cette dernière et, pour gagner la popularité des masses, décida de soumettre un projet de constitution accordant le suffrage universel. Il se proposait de créer deux chambres (de sénateurs et de députés respectivement), d'étendre le droit de vote à tous les citoyens, et d'émanciper les paysans du travail forcé, espérant ainsi annihiler l'influence des boyards, dont il avait déjà encourt l'inimité au-delà de tout espoir de réconciliation, et en même temps de gagner un soutien financier tant de la part des Juifs que des Arméniens. Il semble que le prince fût finalement très modeste dans ses exigences ; car ses aides, quand ils rencontrèrent les représentants des Juifs et des Arméniens, ne demandèrent que 40 000 galbeni (environ 90 000 dollars) aux deux groupes. Les Arméniens débattirent la question avec les Juifs, mais ils ne purent parvenir à un accord satisfaisant dans cette affaire.
Pendant ce temps, le prince pressait dans ses exigences. On prétend qu'un riche Arménien décida d'avancer la somme d'argent nécessaire, tandis que les Juifs se querellaient sur la méthode de répartition. Les Juifs riches, pour une raison ou une autre, refusèrent d'avancer l'argent ; et la classe moyenne maintint que ce serait simplement de l'argent jeté par les fenêtres, puisqu'elle ne voyait aucun avantage dans les droits politiques. Les plus pieux insistaient même pour dire que de tels droits ne feraient qu'entraver l'exercice de leur religion. Couza, étant informé que les Juifs hésitaient à payer leur part, inséra dans son projet de constitution une clause excluant du droit de suffrage tous ceux qui ne professaient pas le christianisme.
Quand Charles de Hohenzollern succéda à Couza (1866), le premier spectacle qui s'offrit à lui dans la capitale fut une émeute contre les Juifs. Un projet de constitution fut alors soumis par le gouvernement, dont l'article 6 déclarait que « la religion n'est pas un obstacle à la citoyenneté » ; mais « en ce qui concerne les Juifs, une loi spéciale devra être élaborée afin de régler leur admission à la naturalisation et aussi aux droits civils ». Le 30 juin 1866, la grande synagogue de Bucarest fut profanée et démolie. Beaucoup de Juifs furent battus, mutilés et volés. En conséquence, l'article 6 fut retiré et l'article 7 fut ajouté, ce dernier disposant que « seuls les étrangers de confession chrétienne peuvent obtenir la citoyenneté ».
Persécution par Bratianu.
Jean Bratianu, nominalement libéral, le premier antisémite du type moderne en Roumanie, fut alors appelé à la présidence du conseil. Charles était très timide, et n'osait pas s'immiscer dans les affaires nationales. Bratianu gagna ainsi le pouvoir absolu ; et son premier pas fut de fouiller les archives du pays à la recherche d'anciens décrets contre les Juifs et de les appliquer avec une rigueur impitoyable. Les Juifs furent alors chassés des communautés rurales, et beaucoup de ceux qui habitaient les villes furent déclarés vagabonds et, en vertu de certains anciens décrets, furent expulsés du pays. Un certain nombre de ces Juifs qui prouvèrent leur naissance roumaine furent forcés de traverser le Danube, et quand la Turquie refusa de les recevoir, furent jetés dans le fleuve et noyés. Presque tous les pays d'Europe furent horrifiés par ces barbaries. Le gouvernement roumain fut averti par les puissances ; et Bratianu fut par la suite écarté du pouvoir.
Cependant, quand les Conservateurs arrivèrent au pouvoir, ils traitèrent les Juifs non moins durement. Après quelque temps, les Libéraux reprirent l'ascendant, et Bratianu reprit la direction. C'était un diplomate sans scrupules, et il savait comment apaiser la colère des autres pays d'Europe. Pendant ce temps, la situation dans les Balkans devint menaçante. Les Turcs en Bulgarie attaquèrent les Chrétiens, et la guerre russo-turque approchait. Cette guerre fut conclue par le traité de Berlin (1878), qui stipulait (article 44) que les Juifs de Roumanie devraient recevoir la citoyenneté complète. Après de nombreuses scènes mouvementées à l'intérieur et des négociations diplomatiques à l'étranger, le gouvernement roumain finit par accepter d'abroger l'article 7 de sa constitution ; mais à la place, il déclara que « la naturalisation des étrangers non placés sous la protection étrangère devrait en chaque cas particulier être décidée par le Parlement ».
Une apparence de conformité au traité de Berlin étant nécessaire, 883 Juifs, participants à la guerre de 1877 contre la Turquie, furent naturalisés en bloc par un vote des deux chambres. Cinquante-sept personnes votées individuellement furent naturalisées en 1880 ; 6 en 1881 ; 2 en 1882 ; 2 en 1883 ; et 18, de 1886 à 1900 ; en tout, 85 Juifs en vingt-et-un ans, dont 27 entre-temps décédés. Outre cette violation de ses obligations contractuelles, la Roumanie, après le traité de Berlin, commença une persécution systématique des Juifs, qui fut relâchée seulement quand le gouvernement avait besoin d'argent juif. Dès qu'un emprunt auprès de banquiers juifs d'autres pays avait été obtenu, les Juifs furent à nouveau chassés des communautés rurales et petites villes. Diverses lois furent adoptées jusqu'à ce que l'exercice de toutes les vocations exercées par les Juifs fût rendu dépendant de la possession de droits politiques, que seuls les Roumains pouvaient exercer. Même contre les ouvriers juifs, des lois furent édictées qui forcèrent plus de 40 pour cent d'entre eux à l'inactivité.
Exclus de l'Éducation.
Des lois analogues ont été promulguées concernant les professions libérales, affectant les avocats juifs, les médecins, les pharmaciens, les vétérinaires, etc. La loi la plus malveillante fut celle promulguée en 1893, qui priva les enfants juifs du droit d'être éduqués dans les écoles publiques. Cette loi stipulait que les enfants d'étrangers ne pouvaient être admis qu'après que les enfants de citoyens aient été pourvus de places, et qu'ils devaient de plus payer des droits de scolarité exorbitants. En 1898, une autre loi fut promulguée, excluant les Juifs des écoles secondaires et des universités.
Pendant ce temps, le gouvernement était très actif dans l'expulsion des Juifs du pays. Cela s'accordait avec la loi de 1881, qui permit « l'expulsion des étrangers indésirables ». Les autorités ont commencé par l'expulsion du Dr M. Gaster, du Dr E. Schwarzfeld, et d'autres Juifs de renom qui avaient osé protester contre le traitement cruel réservé par le gouvernement à leurs coreligionnaires ; puis les journalistes, les rabbins, les marchands, les artisans, et même les ouvriers ordinaires devinrent victimes de telles proscriptions. Le [Serment More Judaico](/articles/11640-oath-more-judaico) dans sa forme la plus honteuse était exigé par les tribunaux, et ne fut aboli (en 1904) qu'en conséquence de commentaires défavorables dans la presse française. En 1892, quand les États-Unis adressèrent une note aux puissances signataires du traité de Berlin, elle fut amèrement critiquée par la presse roumaine. Le gouvernement, cependant, en fut quelque peu effrayé ; et après un certain temps un conseil ministériel fut convoqué et la question fut discutée. Il en résulta que le gouvernement roumain publia quelques brochures en français, réitérant ses accusations contre les Juifs et soutenant que, quelle que fût la persécution qu'ils avaient subie, ils l'avaient pleinement méritée en conséquence de leur exploitation de la population rurale.
L'émigration des Juifs roumains à une plus grande échelle a commencé peu après 1878 ; et elle s'est poursuivie jusqu'à ce jour (1905). Il est admis qu'au moins 70 pour cent quitteraient le pays à tout moment si les frais de voyage nécessaires leur étaient fournis. Il n'existe pas de statistiques officielles d'émigration ; mais il est sûr de placer le nombre minimum d'émigrants juifs de 1898 à 1904 à 70 000.
Statistiques.
Selon les statistiques officielles de 1878, il y avait alors 218 304 Juifs en Roumanie. L'excédent des naissances sur les décès de 1878 à 1894 étant de 70 408, le nombre de Juifs à la fin de 1894 aurait dû être de 288 712. Mais le recensement de décembre de cette année-là n'en montrait que 243 225, soit 45 487 de moins que le nombre attendu. En 1904, on estimait que le nombre de Juifs qui vivaient en Roumanie ne dépassait pas 250 000.
L'administration des affaires communales juives en Roumanie diffère très peu de celle de la Russie méridionale ; et elle est restée dans un état presque identique depuis des temps immémoriaux. Il existe la « gabella » (taxe sur la viande), par laquelle les rabbins et les synagogues sont entretenus, ainsi que les hôpitaux juifs, les écoles hébraïques gratuites, etc. Dans la vie religieuse, le Ḥasidisme a le plus grand nombre d'adeptes ; il est en effet affirmé que le berceau du Ḥasidisme reposait sur le sol roumain. Là, [Ba'al Shem-Ṭob](/articles/2252-ba-al-shem-tob-israel-b-eliezer), le fondateur de la secte, exposa ses doctrines ; et ses descendants sont maintenant représentés par la famille Friedmann, dont divers membres se sont établis dans la petite ville de Buhush.
Rabbins et Savants.
Dans les anciens cimetières de Jassy, Botushani, et d'autres villes de Moldavie, les pierres tombales indiquent les lieux de repos d'auteurs rabbiniques bien connus. Nathan (Nata) [Hannover](/articles/7229-hannover-nathan-nata-ben-moses), rabbin à Fokshani au début du dix-septième siècle, était l'auteur de « Yewen Meẓulah », un récit précieux des persécutions des Juifs de son vivant. Julius [Barasch](/articles/2502-barasch-julius) est probablement le Juif le plus intéressant de l'histoire de la littérature roumaine. Il fut le premier à introduire la pensée occidentale dans cette littérature ; et il est justement affirmé qu'il a enseigné aux Roumains comment employer dans leur propre langue un style gracieux jusqu'alors inconnu d'eux. Hillel Kahane de Botushani a écrit un ouvrage laborieux en hébreu sur la géographie physique. Wolf Zbarzer et M. T. Rabener se sont distingués dans la poésie hébraïque par leur style facile et élégant. Le Baron Waldberg et D. Wexler ont largement contribué à la littérature hébraïque moderne ; et M. Brauenstein est un publiciste hébreu fluide et prolifique.
M. Gaster, haham de la communauté juive portugaise de Londres, est l'auteur d'une œuvre de référence, en vernaculaire roumain, sur la littérature roumaine ; M. Schwarzfeld, écrivain prolifique sur l'histoire des Juifs en Roumanie ; Lazar Shaineanu, philologue roumain dont les œuvres ont remporté des prix offerts par l'Académie roumaine ; et Heimann Tiktin, le plus célèbre grammairien roumain. Ces deux derniers se sont récemment convertis au Christianisme.
Ronetti Roman est indubitablement le plus grand de tous les poètes roumains ; son poème « Radu » est la plus haute réussite poétique de la littérature roumaine, et d'égal mérite est son drame « Manasse », sur le problème de l'apostasie juive, qui suscita l'admiration et les louanges des critiques en général. Un poète allemand qui est né en Roumanie est Marco Brociner. Solomon Schechter, découvreur du Ben Sira hébreu, et maintenant président du Jewish Theological Seminary of America, est né à Fokshani, et a reçu son instruction première au bet ha-midrash qui s'y trouve.
Parmi les travailleurs communautaires méritant une mention spéciale se trouvent Adolf Stern de Bucharest et Karpel Lippe de Jassy. Ce dernier est aussi auteur d'ouvrages sur les sujets juifs.
[Voir B'nai B'rith](/articles/3438-b-nai-b-rith-messenger); [Jewish Colonization Association](/articles/8633-jewish-colonization-association); [Peixotto,](/articles/11993-peixotto) [Benjamin Franklin](/articles/8756-jonas-benjamin-franklin); [United States](/articles/14589-united-states). Pour les périodiques juifs roumains, voir Jewish Encyclopedia, ix. 608b, _s. v._ [Periodicals](/articles/12034-periodicals), et la liste donnée à la fin de cet article.
L'histoire de la législation roumaine contre les Juifs durant le dix-neuvième siècle est l'une des plus remarquables dans tous les annales de la persécution des Juifs. Elle culmina dans la Loi sur les Artisans du 16 mars 1902, qui avait pour objet d'empêcher les Juifs de gagner leur vie par quelque forme que ce soit d'artisanat ou de commerce, et contre laquelle le Secrétaire Hay protesta dans une note ministérielle au gouvernement roumain (11 août 1902), en soulignant la tendance de telle législation à produire un flux anormal d'émigration vers les États-Unis. Le résumé suivant des édits comprend la plupart des mesures adoptées au cours du siècle :
- 1803. Alexander Monize de Moldavie interdit aux Juifs de louer des fermes (« American Jewish Year Book », 1901, p. 48). - 1804, 18 mai. Alexander Moronzi de Moldavie interdit aux Juifs d'acheter des produits agricoles (Loeb, « La Situation des Israélites en Turquie, en Serbie et en Roumanie », p. 212, Paris, 1877 [cité désormais comme « Loeb »]). - 1817. « Code Cahmachi », section 1430, interdit aux Juifs de Roumanie d'acquérir des biens immobiliers (Loeb, p. 213). - Jusqu'en 1818. Le Code de John Caradja de Valachie réitère les lois de l'Église contre le fait de permettre aux Juifs d'être témoins contre les Chrétiens (« Am. Jew. Year Book », 1901, p. 50). Jusqu'en 1819. Le Code de Kallimachor de Moldavie accorde des droits civils aux Juifs, qui, cependant, ne peuvent pas posséder de terres (« Am. Jew. Year Book », 1901, p. 50). - 1831. Loi fondamentale de Moldavie, ch. III, section 94, ordonne que tous les Juifs et leurs occupations soient enregistrés ; les Juifs dont l'utilité n'est pas prouvée doivent être expulsés ; les autres de cette même classe ne seront pas autorisés à entrer (Loeb, p. 214). - 1839, 11 mars. Une taxe de 60 piastres par an est imposée aux Juifs de Moldavie (Loeb, p. 215). - 1850, 12 décembre. Aucun Juif ne peut entrer en Roumanie à moins de posséder 5 000 piastres et une profession connue (Loeb, p. 216). - 1851, 5 mai. Nomination d'une commission de vagabondage à Jassy pour déterminer le droit d'entrée des Juifs étrangers (Loeb, p. 216). - 1861, 17 juin. Circulaire du ministère roumain, empêchant les Juifs d'être cabaretiers dans les districts ruraux (Loeb, p. 217). - 1864, 12 avril. Loi communale de Roumanie permettant la naturalisation uniquement des Juifs qui (1) ont atteint le grade de sous-officier dans l'armée, (2) ou ont suivi un cursus universitaire, (3) ou possèdent un diplôme étranger reconnu, (4) ou ont fondé une fabrique (Loeb, pp. 107-108). - 1864, 4 décembre. Les Juifs sont exclus d'être avocats (Loeb, p. 124). - 1864, 7 décembre. Instruction élémentaire obligatoire de tous les enfants entre huit et douze ans (Sincerus, « Les Juifs en Roumanie » [cité désormais comme « Sincerus »]). - 1866, 14 avril. Ghika, ministre roumain de l'intérieur, permet aux Juifs déjà établis dans les districts ruraux de conserver les fermes jusqu'à l'expiration des baux, mais ils ne doivent pas les renouveler (Loeb, p. 218). - 1868, mars. Loi présentée à la chambre empêchant les Juifs de posséder des terres, de s'établir à la campagne, de vendre des denrées alimentaires, de tenir des auberges, d'occuper des fonctions publiques, de commercer sans permis spéciaux. Les Juifs déjà établis dans les districts ruraux devaient en être chassés. Cela a été retiré le 5 avril, par crainte de l'intervention des puissances (Loeb, pp. 169, 311-312). - 1868, 23 juin. Tous les Roumains sont tenus de servir dans l'armée, « mais non les étrangers » (Loeb, p. 109) ; par conséquent, les Juifs qui ont servi ont été à cette fin considérés comme Roumains. - 1868, 27 décembre. Les Juifs sont exclus de la profession médicale en Roumanie (Loeb, p. 124). Cette clause a été omise dans le décret de juin 1871. - 1869, 15 janvier. Les Juifs ne sont pas autorisés à être collecteurs d'impôts dans les communes rurales (Loeb, p. 112). - 1869, juillet. Note de M. Cogalniceano au consul français à Bucarest refusant de considérer les Juifs comme Roumains (Loeb, p. 102). - 1869, octobre. Une taxe supplémentaire est imposée sur la viande cascher à Roman et Focsan (Loeb, p. 127). - 1869, 25 octobre. Les Juifs sont empêchés d'être pharmaciens en Roumanie, sauf là où il n'existe pas de pharmaciens roumains (Loeb, p. 125 ; Sincerus, p. 102). - 1870, 10 novembre. Les Juifs serbes sont obligés de servir dans l'armée (Loeb, p. 57). - 1872, 15 février. Tous les marchands de tabac en Roumanie doivent être des « Roumains » (Loeb, p. 120). - 1873, 1er avril. Loi interdisant aux Juifs de vendre des alcools dans les districts ruraux (Loeb, p. 188). Une licence ne peut être accordée qu'à un électeur (Sincerus, p. 19). - 1873, 4 août et 5 septembre. Les médecins en chef des districts sanitaires doivent être des « Roumains » (Sincerus, p. 102). - 1874, 8-20 juin. Le code sanitaire limite la fonction de médecin en chef des districts et hôpitaux aux Roumains. Aucune pharmacie ne peut être ouverte sans permis spécial du ministre de l'intérieur. Les directeurs de pharmacies peuvent être des « étrangers » jusqu'en 1878 ; après cela, uniquement s'il n'existe pas de pharmacie roumaine. Les nouvelles pharmacies ne peuvent être ouvertes que par des Roumains (Sincerus, p. 103). - 1876. La loi militaire révisée de Roumanie déclare les « étrangers » assujettis au service militaire à moins qu'ils ne puissent se prouver d'une autre nationalité (Loeb, p. 109). - 1879, 21 octobre. Le Sénat roumain adopte une loi stipulant que les distinctions religieuses ne seront pas une entrave aux droits civils ou politiques, mais que les « étrangers » ne peuvent obtenir la naturalisation que par loi spéciale sur demande individuelle et après dix ans de résidence (Acte VII de la Constitution ; Sincerus, pp. 3-4). - 1880, 6 juin. Les directeurs et auditeurs de la Banque nationale de Roumanie doivent être Roumains (Sincerus, p. 77). - 1881, 18 mars. Loi d'expulsion adoptée, autorisant le ministre de l'intérieur à expulser, ou à ordonner le déplacement d'un endroit à un autre, sans donner de raison, à tout étranger susceptible de troubler la tranquillité publique (Sincerus, p. 146). (Originellement destinée contre les nihilistes après le meurtre du tsar, mais appliquée par la suite aux Juifs.) - 1881, 16 juillet. Loi promulguée déclarant que tous les « agents de change » ou « courtiers de merchandise » doivent être Roumains ou naturalisés, sauf dans les ports (où il existe des « étrangers » chrétiens) (Sincerus, p. 45). - 1881, 21 octobre. Le conseil ministériel étend la loi excluant les Juifs de la vente d'alcools dans les districts ruraux, aux villes et municipalités incluses dans ces districts (Sincerus, pp. 22-23). - 1881, 11 novembre. Tous les « étrangers » en Roumanie doivent obtenir un permis de résidence avant de pouvoir se déplacer d'un endroit à un autre (Sincerus, p. 163). - 1882, 26 février. Les Juifs sont interdits d'être officiers des douanes (Sincerus, p. 53). - 1882, 3 novembre. Le Sénat roumain adopte une loi déclarant tous les « habitants » assujettis au service militaire, sauf les sujets d'États étrangers (Sincerus, p. 35). Voir ci-dessus, 23 juin 1868. - 1884, 31 janvier. Le Sénat roumain décide que les « étrangers » n'ont pas le droit de présenter une pétition au Parlement (Sincerus, p. 197). - 1884, 19 mars. Loi adoptée interdisant aux colporteurs de commercer dans les districts ruraux (Sincerus, p. 65). - 1885, 15 avril. La loi sur les pharmacies permet au ministre de l'intérieur de fermer toute pharmacie qui ne serait pas sous la direction d'une personne reconnue ; les pharmacies ne peuvent être acquises que par des Roumains ou par des citoyens naturalisés ; l'autorisation d'employer des « étrangers » est prolongée jusqu'en 1886 (Sincerus, p. 104). - 1886, 13 mars. Les électeurs des chambres de commerce doivent être des personnes jouissant de droits politiques (Sincerus, p. 75). - 1886, 16 juin. Les pharmaciens doivent être Roumains ou citoyens naturalisés (Sincerus, p. 84). - 1886, 7 décembre. Les livres de comptes doivent être tenus en roumain ou dans une langue européenne moderne (Sincerus, p. 81). (L'objectif était d'exclure le yiddish.) 1887, 28 février. Tous les employés de la « régie » doivent être Roumains ou naturalisés (Sincerus, p. 29). - 1887, 28 avril. Les fermiers d'impôts en Roumanie doivent être des personnes susceptibles d'être officiers publics (Sincerus, p. 89). - 1887, 22 mai. La majorité des administrateurs des sociétés privées doivent être Roumains (Sincerus, p. 78). - 1887, 24 mai. Cinq ans après la fondation d'une fabrique, les deux tiers de ses ouvriers doivent être Roumains (Sincerus, p. 94). - 1887, 4 août. Circulaire ministérielle ordonnant de donner la préférence aux enfants de Roumains dans l'ordre d'admission aux écoles publiques (Sincerus, p. 123). - 1889. Sur 1 307 permis accordés aux colporteurs, seulement 126 ont été attribués à des Juifs ; parmi ceux-ci, seulement 6 ont été délivrés en Valachie (Sincerus, p. 70). - 1892, 31 août. Les soldats juifs à la retraite ne sont pas autorisés à servir comme gendarmes ruraux (Sincerus, p. 40). - 1893, 21 avril. L'instruction professionnelle est permise aux « étrangers » uniquement lorsque des places sont disponibles et moyennant le paiement de frais. Le nombre d'« étrangers » sur le registre d'une telle institution d'enseignement ne doit pas dépasser un cinquième du total, et ceux-ci ne peuvent pas concourir pour les bourses. Les « étrangers » ne sont pas admis du tout aux écoles d'agriculture (Sincerus, p. 138). - 1893, 20 mai. Le Sénat roumain adopte une loi donnant la préférence aux enfants de Roumains dans les écoles publiques élémentaires, et imposant une taxe sur les enfants d'« étrangers » admis (Sincerus, p. 129). Cette taxe s'élevait à 15 francs pour les écoles rurales et 30 pour les écoles urbaines (ib. 127). - 1893, 26 juin. Décret royal déclarant que tous les fonctionnaires du service sanitaire doivent être Roumains, sauf dans les districts ruraux. Les invalides « étrangers » ne peuvent être admis aux hôpitaux publics gratuits que moyennant le paiement de frais, et ils ne peuvent en aucun cas occuper plus de 10 pour cent des lits. Un « étranger » ne peut être pris comme apprenti par un pharmacien que là où il existe un apprenti roumain (Sincerus, pp. 106, 110, 115). - 1894, 26 janvier. Les fermiers peuvent être représentés en justice par leurs intendants, si ces derniers sont Roumains et non Juifs (Sincerus, p. 44). - 1895, 22 mai. Les étudiants des hôpitaux militaires et les médecins militaires doivent être soit Roumains, soit citoyens naturalisés (Sincerus, p. 117). - 1896, 13 avril. Les Juifs ne peuvent pas servir d'intermédiaires aux douanes en Roumanie (Sincerus, p. 54). - 1896, juin. Un ordre ministériel déclare que les lettres concernant les affaires scolaires (excuses d'absence, etc.) n'ont pas besoin d'être timbrées, sauf dans le cas des « étrangers » ; seuls les enfants d'« étrangers » sont tenus de payer des frais d'entrée aux examens (Sincerus, p. 130). - 1896, 26 juin. Un ordre ministériel enjoint aux conseils ruraux que la permission de rester dans un district rural peut être révoquée à tout moment (Sincerus, p. 185). - 1898, 4 avril. Loi permettant l'instruction secondaire des enfants d'« étrangers » uniquement lorsque des places sont disponibles et moyennant le paiement de frais, alors qu'elle est gratuite pour les Roumains (Sincerus, p. 133). - 1898, octobre. L'admission aux écoles publiques en Roumanie est refusée à 11 200 enfants juifs (Sincerus). - 1899, 18 février. Seuls les Roumains sont désormais admis comme employés sur les chemins de fer de l'État (Sincerus, p. 97). - 1899, 21 octobre. Un ordre ministériel ferme les écoles juives privées en Roumanie le dimanche (Sincerus, p. 141). - 1900. Le nombre d'enfants juifs dans les écoles publiques élémentaires en Roumanie est réduit à 5½ pour cent ; dans les écoles secondaires, de 10½ pour cent (en 1895) à 7½ pour cent (Sincerus, p. 133). - 1900, 27 février. Une circulaire ministérielle ordonne aux élèves de recevoir l'instruction dans les écoles juives privées la tête découverte (Sincerus, p. 143). - 1900, 28 mars. Sur les chemins de fer privés, 60 pour cent des employés doivent être Roumains (Sincerus, p. 99). - 1900, 17 avril. Une circulaire ministérielle ordonne aux écoles juives privées d'être ouvertes le samedi (Sincerus, p. 142). - 1902, 16 mars. Le projet de loi sur les artisans exige une autorisation spéciale des autorités pour exercer tout métier, à obtenir par les « étrangers », c'est-à-dire les Juifs, sur présentation de passeports étrangers, et preuve que dans leurs « pays respectifs » des droits réciproques sont accordés aux Roumains (« Am. Jew. Year Book », 1902-3, p. 30.).