Sir James Goldsmith
क्षेत्र : Paris, Londres (famille Goldschmidt de Francfort)
रजिस्टर इतिहास · जमाकर्ता, मालिक नहीं
31 जुलाई 2026 को प्रकाशित
Financier franco-britannique issu de la dynastie bancaire juive Goldschmidt de Francfort (nom anglicisé en Goldsmith par son père Frank). Fondateur de Cavenham Foods et raider financier, il fonde en 1994 le Referendum Party eurosceptique et siège au Parlement européen. Auteur d'essais politiques critiques du libre-échange.
Introduction
La lignée que ce volume entend retracer appartient à cette constellation de familles juives allemandes dont le nom, prononcé dans les ruelles de la Judengasse de Francfort, a franchi les frontières, les langues et les siècles pour se dire tour à tour Goldschmidt, puis Goldsmith. Elle constitue une branche anglo-française issue du réseau des Goldschmidt-Rothschild de Francfort-sur-le-Main, l'un des foyers les plus denses de la vie juive de l'Empire germanique. De cette matrice sont sortis, au vingtième siècle, deux hommes que le grand public a connus sous une identité anglicisée : Sir James Goldsmith (1933–1997), financier, industriel et homme de presse, fondateur de Cavenham Foods et du Referendum Party, auteur de deux essais politico-économiques majeurs, The Trap (1993–1994) et The Response (1995) ; et son frère aîné Edward Goldsmith (1928–2009), penseur de l'écologie et fondateur de la revue The Ecologist.
Écrire l'histoire d'une telle lignée, c'est accepter d'emblée une double tension. D'une part, la famille des dernières générations s'est largement détachée de la pratique religieuse et de l'appartenance communautaire déclarée ; d'autre part, ses racines plongent dans le sol le plus profond du judaïsme rhénan, celui des marchands, des banquiers et des lettrés de la vieille ville impériale. Le « Grand Livre » ne prétend pas réconcilier ces deux réalités : il les tient ensemble, car c'est précisément dans cet écart que se lit une part du destin juif moderne — celui de l'émancipation, de l'assimilation, de l'exil et de la mémoire persistante. Nous distinguerons donc avec soin ce qui relève de l'archive établie, ce qui relève de la vraisemblance déduite, et ce qui appartient à la tradition transmise.
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Chapitre 1 : Francfort, la Judengasse et le nom de Goldschmidt
Le berceau de la lignée est Francfort-sur-le-Main, ville libre d'Empire où la population juive fut, dès le seizième siècle, confinée dans une ruelle unique, la Judengasse, close le soir et les jours de fête chrétienne. C'est dans ce monde contraint et pourtant intensément créateur que se forment les grandes maisons de négoce et de change dont les Goldschmidt et les Rothschild sont les héritiers les plus célèbres. Le patronyme Goldschmidt — l'« orfèvre » — appartient à cette strate ancienne de noms allemands portés par les familles installées dans le quartier, souvent désignées par l'enseigne peinte de leur maison.
La vie juive francfortoise du dix-huitième siècle nous est connue avec une précision remarquable grâce aux sources rabbiniques et communautaires. Les registres de la juridiction rabbinique de la ville, tels qu'ils ont été édités et commentés par Edward Fram à partir des journaux du rabbin Hayyim Gundersheim, actifs entre 1773 et 1794, donnent à voir une communauté qui administre elle-même ses litiges, ses contrats et ses mœurs selon la halakha [Fram, 2012]. Ce gouvernement de soi par la Loi — où le rabbin est juge autant que docteur — témoigne d'une vertu proprement juive : la conviction que la justice (din) et la miséricorde (rahamim) doivent s'incarner dans des institutions concrètes, capables de protéger le faible et de régler la vie économique. La lignée Goldschmidt, marchande et prêteuse, appartient de plein droit à ce tissu où la probité commerciale était elle-même une exigence religieuse.
Ce siècle est aussi celui où la pensée juive de Francfort et de ses environs se confronte à la culture savante allemande. Les débats sur l'étude critique de l'Écriture, l'irruption de la Haskala et les tensions entre fidélité talmudique et intégration au monde des Lumières marquent durablement la bourgeoisie juive rhénane [Breuer, 1996]. La lignée qui nous occupe naîtra, plus tard, précisément de cette dialectique entre enracinement et ouverture.
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Chapitre 2 : Les Goldschmidt-Rothschild, une aristocratie de la finance
Au dix-neuvième siècle, l'émancipation progressive des Juifs des États allemands ouvre les portes que la Judengasse avait tenues closes. Les Goldschmidt s'élèvent au rang de banquiers de premier plan, et leur alliance avec la maison Rothschild — la plus puissante dynastie financière de l'époque — donne naissance à la branche des Goldschmidt-Rothschild, anoblie et intégrée à la haute bourgeoisie francfortoise. Cette réussite économique n'est pas seulement une aventure individuelle : elle participe d'un phénomène collectif où la finance juive, longtemps cantonnée par la loi chrétienne au prêt, devient l'un des moteurs de l'industrialisation européenne.
L'action économique, dans la tradition juive, n'est jamais neutre : elle est adossée à des obligations de charité (tsedaka) et de solidarité communautaire. Les grandes familles de Francfort finançaient synagogues, écoles, hôpitaux et fondations pour les pauvres de la communauté. Cette imbrication du succès matériel et du devoir de redistribution constitue l'une des vertus les mieux exprimées par ce milieu : la richesse s'y comprend comme un dépôt dont on rend compte, et non comme une fin en soi. La postérité de la lignée, jusque dans ses figures les plus séculières, gardera quelque chose de cette conception de l'argent comme instrument d'action sur le monde plutôt que comme simple accumulation.
C'est de cette aristocratie financière assimilée qu'émerge, à la fin du siècle, la branche appelée à se transplanter hors d'Allemagne. Le grand-père de James et Edward, Adolphe Goldschmidt, fut un membre de ce milieu prospère qui, dans les dernières décennies du dix-neuvième siècle, essaima vers l'Angleterre, où l'anglicisation du nom en Goldsmith scellera symboliquement le passage d'une identité à une autre.
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Chapitre 3 : Frank Goldsmith, de l'Allemagne à l'Angleterre
Le père des deux frères, Frank Goldsmith (Francis Bernhard Goldschmidt, 1878–1967), naquit en Angleterre dans cette famille d'origine francfortoise établie de l'autre côté de la Manche. Sa trajectoire illustre exemplairement l'assimilation de l'élite juive germano-britannique de la Belle Époque : diplômé, officier durant la Première Guerre mondiale, il fut élu député conservateur au Parlement de Westminster. Son engagement dans la vie publique et militaire de sa patrie d'adoption manifeste l'aspiration, partagée par tant de familles juives émancipées, à servir la nation qui les avait accueillies — une forme d'implication dans la vie collective assumée hors du cadre strictement communautaire.
Or ce même parcours révèle la fragilité de l'assimilation face à la montée des nationalismes. Ses origines allemandes et juives lui valurent, durant la guerre, des soupçons et une hostilité qui l'écartèrent de la vie politique. Cette expérience de la suspicion — le Juif intégré soudain renvoyé à une étrangeté qu'il croyait dépassée — est l'une des grandes constantes de la modernité juive, que l'historiographie de la persécution a longuement documentée [Friedländer, 1997]. Frank Goldsmith se tourna alors vers l'hôtellerie de luxe, en France notamment, où il fit prospérer une chaîne d'établissements. C'est de son mariage avec une Française, Marcelle Mouiller, que naquirent Edward puis James, sur ce sol français qui donne à la lignée son caractère authentiquement anglo-français.
La destinée du père, ballotté entre l'Angleterre, l'Allemagne d'origine et la France, inscrit ses fils dans une identité multiple, cosmopolite, où l'appartenance juive est davantage un héritage silencieux qu'une pratique affichée. Cette discrétion n'efface pas la mémoire : les deux frères connaîtront et assumeront leurs racines juives et francfortoises, quand bien même leur vie s'écrira dans un tout autre registre.
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Chapitre 4 : L'ombre des années de persécution
Aucune histoire d'une famille juive allemande du vingtième siècle ne peut faire l'économie de la catastrophe. Si la branche des Goldsmith avait quitté l'Allemagne bien avant 1933, la lignée Goldschmidt demeurée sur le continent fut prise, comme l'ensemble du judaïsme francfortois, dans l'engrenage de la spoliation et de l'extermination. Les années 1933–1939 virent la mise en place méthodique d'une législation d'exclusion qui frappa d'abord les droits civiques, les professions et les biens des Juifs allemands [Friedländer, 1997].
Le sort des grandes fortunes juives fut l'objet de négociations, de rançons et de chantages dont l'historiographie a montré la logique glaçante : l'émigration elle-même devint une marchandise, et la survie un objet de tractation [Bauer, 1994]. La famille Goldschmidt-Rothschild, riche et exposée, connut la confiscation de ses collections et de ses palais francfortois. Ce que la lignée anglo-française avait fui par anticipation, ses cousins restés en Europe le subirent dans sa pleine brutalité.
Cette proximité avec l'abîme confère à l'histoire des Goldsmith une gravité que leur réussite mondaine ne saurait masquer. Elle relie leur destin singulier à la mémoire collective d'Israël, celle des monuments et des noms que l'on refuse d'oublier [Young, 1993]. La vertu qui se dégage ici n'est pas un acte, mais une exigence : celle du souvenir, du zakhor, qui commande de ne pas laisser l'assimilation dissoudre entièrement la conscience d'avoir appartenu à un peuple persécuté. Le fait même que les deux frères n'aient jamais renié leurs origines juives — dans une Europe où tant choisirent le silence — atteste, en creux, cette fidélité minimale et pourtant essentielle.
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Chapitre 5 : James Goldsmith, la puissance et le combat politique
Sir James Michael Goldsmith (1933–1997) fut, de son vivant, l'une des figures les plus flamboyantes du capitalisme financier européen. Bâtisseur du groupe agroalimentaire Cavenham Foods, raider audacieux sur les marchés boursiers britanniques et américains, il incarna une audace économique héritée, à sa manière, de la longue tradition marchande de ses ancêtres francfortois. Son rapport à l'argent, offensif et créateur, prolonge sous un mode entièrement séculier cette conception juive ancienne de la richesse comme force agissante plutôt que comme trésor thésaurisé.
En 1993, James Goldsmith effectue un tournant radical : il abandonne le monde des affaires pour se consacrer entièrement à l'action publique et à la pensée politique. Ce revirement n'a rien d'une retraite : il constitue au contraire l'acte le plus délibéré de toute sa carrière, celui par lequel la puissance accumulée dans la finance se convertit en capital d'influence intellectuelle et politique. Cet homme, qui avait bâti des empires industriels, choisit la plume et la tribune au moment même où il aurait pu se contenter de gérer sa fortune.
La même année, il fonde en Grande-Bretagne le Referendum Party, mouvement destiné à réclamer un référendum sur la place du Royaume-Uni dans la construction européenne. Quelles que soient les appréciations que l'on porte sur ses thèses, cet acte témoigne d'une conviction profonde : que les peuples doivent conserver la maîtrise de leur destin collectif, et que le débat public, contradictoire, vaut mieux que la décision opaque des technocraties. L'implication dans la vie de la cité — vertu que son père avait exercée sur les bancs de Westminster — resurgit ainsi chez le fils, sous une forme protestataire et personnelle.
James Goldsmith fut aussi un homme de presse, propriétaire de titres et bâtisseur d'opinion, ce qui l'inscrit dans la tradition juive moderne d'une intelligence attentive au pouvoir des mots et à la circulation des idées. Sa vie privée tumultueuse, ses fortunes contrastées et son goût du risque ne doivent pas masquer la cohérence d'un caractère : celui d'un homme qui refusa toujours de se soumettre au conformisme de son milieu. Il mourut en juillet 1997, laissant l'image d'un franc-tireur du capitalisme et de la politique dont les avertissements allaient résonner bien au-delà de sa mort.
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Chapitre 6 : *The Trap* (1993–1994) — Le diagnostic d'une civilisation en péril
En 1994, James Goldsmith publie The Trap, essai de combat dont le titre dit à lui seul l'ambition : dénoncer le piège dans lequel les démocraties occidentales s'enfoncent, conduit par la logique aveugle du libre-échange global et du productivisme technologique. L'ouvrage, traduit en plusieurs langues, fait scandale : un milliardaire qui a lui-même profité des marchés mondiaux en retourne les arguments contre le système qui l'a enrichi. Ce paradoxe apparent est précisément ce qui donne à son diagnostic une force singulière.
La thèse centrale de The Trap repose sur une observation arithmétique brutale : l'intégration dans l'économie mondiale de milliards de travailleurs — notamment en Asie et dans les anciennes économies planifiées d'Europe de l'Est après l'effondrement du communisme — crée une concurrence salariale que les travailleurs des pays développés ne peuvent structurellement pas soutenir. Pour rester compétitives, les entreprises d'Europe et d'Amérique du Nord n'ont d'autre choix que d'externaliser leur production vers les zones de bas salaires, condamnant ainsi à la précarité ou au chômage leurs propres populations. Ce n'est pas, selon Goldsmith, une fatalité naturelle : c'est le résultat d'un choix idéologique présenté abusivement comme une évidence scientifique.
Au-delà de la question des salaires, The Trap s'attaque à deux autres piliers du consensus progressiste de l'époque : l'agriculture industrielle et l'énergie nucléaire. Goldsmith y voit une même logique de substitution — celle qui remplace la complexité du vivant et de la société par la rationalité mécanique de la production de masse. Dans tous ces domaines, il diagnostique ce qu'il nomme une « inversion des valeurs » : au lieu de mesurer le progrès à l'aune du bien-être humain et de la stabilité sociale, la civilisation industrielle moderne a érigé la croissance économique et l'innovation technologique en fins absolues, indépendamment de leurs effets sur les communautés et les personnes.
L'ouvrage s'inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur ce que signifie une société juste. Pour Goldsmith, la stabilité sociale — la capacité des familles, des communautés et des nations à maintenir des liens durables et des modes de vie viables — constitue la valeur suprême, celle à laquelle les impératifs économiques devraient être subordonnés et non l'inverse. Cette hiérarchie des fins n'est pas étrangère à la tradition juive : la Torah elle-même subordonne l'activité économique à des exigences d'ordre moral et social, réglant le prêt, le salaire, le repos et le soin du prochain par des commandements qui limitent la logique du profit pur. Sans que Goldsmith revendique explicitement cette filiation dans ses écrits, la structure de sa pensée retrouve, par une voie séculière et politique, quelque chose de cette préoccupation pour l'équilibre entre le marché et la dignité humaine.
The Trap déclencha, à sa parution, un feu roulant de critiques de la part des économistes orthodoxes et des partisans du libre-échange, qui lui reprochèrent son manque de rigueur académique, son simplisme analytique et sa vision trop binaire des échanges internationaux. Ces critiques n'empêchèrent pas l'ouvrage de connaître un succès de librairie considérable et d'influencer durablement le débat public, notamment au Royaume-Uni et en France. Rétrospectivement, plusieurs des tendances que Goldsmith identifiait en 1994 — la désindustrialisation des pays riches, la montée des inégalités salariales, la crise des classes moyennes — se révélèrent effectivement à l'œuvre dans les décennies suivantes, alimentant une réception posthume de l'ouvrage souvent qualifiée de « prophétique ».
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Chapitre 7 : *The Response* (1995) — La riposte aux critiques et la vision d'un ordre alternatif
Un an après The Trap, Goldsmith publie The Response, ouvrage conçu expressément pour répondre, point par point, aux objections que son premier essai avait suscitées. Ce second livre témoigne d'un trait de caractère constant chez son auteur : le refus de laisser la polémique sans réplique, et la conviction que le débat d'idées est une affaire de résistance intellectuelle autant que de persuasion initiale.
The Response approfondit et systématise les thèses de The Trap en les articulant plus explicitement autour de trois axes. Le premier est la critique du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) et de l'Organisation mondiale du commerce qui lui succède : Goldsmith soutient que l'intégration commerciale universelle, loin de produire la prospérité partagée que promettent ses promoteurs, génère au contraire du chômage et de la pauvreté dans les pays industrialisés, tout en ravageant simultanément les économies agricoles et artisanales du tiers-monde, contraintes de s'aligner sur un modèle productiviste qui détruit leurs structures sociales traditionnelles. Le libre-échange global, dans cette lecture, est un mécanisme à double destruction.
Le deuxième axe est proprement politique : Goldsmith met en cause la légitimité démocratique des institutions supranationales — GATT, Union européenne dans sa trajectoire technocratique, organisations financières internationales — au nom du principe selon lequel les décisions qui affectent la vie quotidienne des citoyens doivent demeurer sous le contrôle des représentants que ces mêmes citoyens ont élus. Ce n'est pas un rejet de la coopération internationale en tant que telle, mais une remise en cause du transfert de souveraineté opéré sans consentement explicite des peuples. La formule qu'il développe dans The Response — opposant la souveraineté populaire à l'intégration bureaucratique, la démocratie à la technocratie, le peuple aux élites — anticipe avec une précision troublante le lexique du débat politique des décennies suivantes, jusqu'aux discussions sur le Brexit.
Le troisième axe est plus philosophique : Goldsmith y articule une conception de la nation et de la communauté locale comme espaces irréductibles de vie sociale et d'identité collective. Contre le cosmopolitisme libéral qui dissout les appartenances particulières dans un marché universel, il défend la pluralité des sociétés et leur droit à préserver leurs structures propres. On retrouve ici, transposée dans le vocabulaire de la politique contemporaine, la même intuition qui animait The Ecologist de son frère Edward : la diversité — culturelle, sociale, écologique — est une valeur intrinsèque, non un simple obstacle à l'uniformisation efficiente.
Les critiques de The Response soulignèrent, à juste titre, certaines fragilités de l'argumentation : la conception goldsmithienne de la nation-État tend à idéaliser des formes de souveraineté dont la réalité historique est autrement complexe, et ses propositions de politique économique restent souvent formulées dans des termes généraux qui résistent mal à l'examen détaillé. Il demeure que The Response constitue, pour les historiens de la pensée politique européenne, un document de première importance : il cristallise, à mi-chemin des années 1990, un moment charnière où le consensus en faveur de la mondialisation libérale commence à fissurer, et où des voix isolées — dont celle d'un milliardaire reconverti en dissident intellectuel — esquissent les termes du débat qui allait structurer la politique occidentale des décennies suivantes. Pour les études sur les racines idéologiques du populisme de droite, du souverainisme et du mouvement eurosceptique, les deux essais de Goldsmith constituent des sources primaires incontournables.
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Chapitre 8 : Edward Goldsmith et la conscience écologique
L'aîné, Edward « Teddy » Goldsmith (1928–2009), suivit une voie radicalement opposée à celle de son frère financier, et pourtant complémentaire dans son ambition de peser sur le monde. Fondateur en 1970 de la revue The Ecologist, il fut l'un des pionniers de la pensée écologique en Europe, critique précoce de la croissance industrielle illimitée et défenseur des sociétés traditionnelles, de la diversité culturelle et de l'équilibre entre l'homme et la nature.
Cette pensée, souvent qualifiée de radicale, entre en résonance profonde avec certaines intuitions du judaïsme : l'idée que la Création est confiée à la garde de l'homme, non à sa prédation ; que le sol, les eaux et les vivants ne sont pas des marchandises absolues ; que le shabbat et l'année sabbatique inscrivent au cœur de la Loi une limite au travail et à l'exploitation. Sans qu'Edward Goldsmith ait développé son œuvre en termes religieux, on peut lire dans sa défense de la mesure et de la responsabilité intergénérationnelle une transposition séculière du tikkoun olam, la « réparation du monde ». Le soin apporté à ce qui est fragile, la charité étendue aux générations à venir et aux communautés menacées, constituent la vertu maîtresse de son œuvre.
La convergence est frappante entre les préoccupations du frère aîné et celles du frère cadet dans ses deux essais : là où James Goldsmith dénonce dans The Trap la destruction des communautés humaines par la logique du marché global, Edward avait depuis des décennies articulé une critique parallèle de la destruction des écosystèmes et des cultures traditionnelles par la même logique industrielle. Les deux frères raisonnaient depuis des lieux intellectuels très différents — l'un depuis les salles des marchés et les tribunes politiques, l'autre depuis les sciences naturelles et la pensée holiste — mais leurs diagnostics se rejoignaient sur un point central : la primauté de la stabilité des systèmes vivants — biologiques comme sociaux — sur les impératifs de la croissance et de l'efficience. Frère d'un homme d'argent, Edward Goldsmith fut ainsi la conscience critique de la lignée, celui qui interrogea les fondements mêmes de la prospérité matérielle dont sa famille avait tiré son ascension.
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Les grandes figures
Adolphe Goldschmidt (dates précises inconnues, actif dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle) — Grand-père paternel de James et Edward Goldsmith, membre de la haute bourgeoisie financière juive francfortoise issue de la branche Goldschmidt-Rothschild. Il appartient à la génération des grandes familles juives allemandes qui, dans les dernières décennies du dix-neuvième siècle, essaiment vers l'Angleterre, contribuant à l'émergence d'une élite judéo-britannique cosmopolite. Son installation outre-Manche prépare le terreau familial dans lequel naîtra Frank, puis ses deux fils.
Frank Goldsmith (Francis Bernhard Goldschmidt, 1878–1967) — Né en Angleterre d'une famille d'origine francfortoise, il incarne la figure de l'émancipé accompli de la Belle Époque : officier, puis député conservateur à Westminster, avant d'être écarté de la vie politique par la suspicion que ses origines allemandes et juives suscitèrent durant la Première Guerre mondiale. Il se reconvertit dans l'hôtellerie de luxe en France, où il épousa Marcelle Mouiller. Père d'Edward et de James, il transmet à ses fils un héritage de pluralité identitaire et d'engagement dans la vie publique qui marquera leurs destins respectifs.
Edward « Teddy » Goldsmith (1928–2009) — Aîné des deux frères, diplômé d'Oxford, il fonde en 1970 la revue The Ecologist, qui deviendra l'une des publications environnementales les plus influentes d'Europe. Auteur notamment de A Blueprint for Survival (1972) et The Way: An Ecological World-View (1992), il est l'un des architectes intellectuels de l'écologie radicale européenne. Sa pensée, qui défend la primauté des systèmes vivants et la valeur des sociétés traditionnelles contre la logique industrielle, entre en résonance avec la critique que son frère James formule dans The Trap et The Response, depuis un angle politique et économique distinct.
Sir James Michael Goldsmith (1933–1997) — Né à Paris le 26 février 1933, fils de Frank et de Marcelle Mouiller, James Goldsmith est l'un des financiers les plus audacieux de la seconde moitié du vingtième siècle. Fondateur de Cavenham Foods, il mène dans les années 1970 et 1980 une série de raids boursiers sur les marchés britannique et américain qui lui valent fortune et controverse. En 1993, il quitte le monde des affaires pour se consacrer à l'action politique et intellectuelle : il publie The Trap (1994) puis The Response (1995), deux essais de combat contre la mondialisation libérale et le libre-échange universel, et fonde le Referendum Party pour exiger un référendum sur la place du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Il meurt en juillet 1997 à Marbella, laissant une œuvre intellectuelle dont la résonance ne cessera de croître.
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Conclusion
De la Judengasse de Francfort aux salles des marchés londoniens, des registres rabbiniques du dix-huitième siècle aux tribunes politiques où James Goldsmith défendait la souveraineté des peuples contre les technocraties du libre-échange, la lignée Goldsmith parcourt en quelques générations l'immense trajectoire du judaïsme européen moderne : le confinement, l'émancipation, la réussite financière, l'assimilation, l'exil devant la catastrophe, et la dispersion dans les grandes causes séculières du monde contemporain. Elle illustre à la fois ce que l'intégration a permis d'accomplir et ce qu'elle a comporté de perte et de silence.
Les deux essais de la maturité de James Goldsmith, The Trap et The Response, méritent d'être lus dans cette longue perspective. Lorsque cet héritier des Goldschmidt-Rothschild de Francfort se dresse contre l'idéologie du marché universel, lorsqu'il plaide pour la stabilité des communautés, pour le droit des peuples à se gouverner eux-mêmes, pour la subordination de l'économique au social, il ne fait peut-être que retrouver, par un chemin entièrement séculier et très éloigné de toute observance religieuse, quelque chose de la structure profonde du droit juif : cette conviction que l'économie doit être encadrée par des normes qui la dépassent, que la collectivité ne se réduit pas à la somme des intérêts individuels, et que le faible mérite une protection que le marché seul ne saura jamais lui garantir. Ce n'est pas une filiation directe ni consciente : c'est une consonance, et peut-être est-ce suffisant pour que l'historien la note.
Parmi toutes les vertus que la tradition juive a portées à travers les siècles, c'est peut-être l'action dans le monde ordonnée à une fin qui la dépasse que cette lignée aura le mieux exprimée. Chez les Goldschmidt de Francfort, la richesse commerciale se doublait du devoir de tsedaka ; chez Frank Goldsmith, la fortune servit l'engagement public ; chez James, la puissance financière déboucha d'abord sur des combats boursiers, puis sur un combat intellectuel et politique pour la souveraineté des peuples et la dignité des communautés ; chez Edward, enfin, la même énergie familiale se retourna en critique de la démesure et en soin de la Création. Aucun de ces hommes ne fut un docteur de la Loi, et le récit ne saurait les hausser au rang de justes qu'ils n'ont pas prétendu être. Mais tous partagèrent ce refus de la passivité, cette conviction que l'on a une prise sur le réel et une responsabilité devant lui — écho lointain, mais reconnaissable, de la voix qui, à Francfort, disait la justice au nom d'une Loi plus ancienne que les empires. En cela, le destin singulier des Goldsmith rejoint la mémoire collective d'Israël, ce peuple qui n'a jamais consenti à croire que le monde était achevé.
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इस किताब के दिन
- 18 जुलाई 2027 को शीघ्र ही308 दिनों में
Mort de Sir James Goldsmith, financier et homme politique · 1933 – 1997
Décès à Benahavís (Espagne) des suites d'un cancer du pancréas, deux mois après avoir été candidat aux élections législatives britanniques de 1997.
स्रोत और संसाधन
- Saul Friedländer, Nazi Germany and the Jews, Volume 1: The Years of Persecution, 1933-1939 (1997)
- Yehuda Bauer, Jews for Sale? Nazi-Jewish Negotiations, 1933-1945 (1994)
- Edward Fram, A Window on Their World: The Court Diaries of Rabbi Hayyim Gundersheim, Frankfurt am Main, 1773-1794 (2012)
- Edward Breuer, The Limits of Enlightenment: Jews, Germans, and the Eighteenth-Century Study of Scripture (1996)
- James E. Young, The Texture of Memory: Holocaust Memorials and Meaning (1993)
- en.wikipedia.org ↗
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