Le patronyme Catarivas appartient à cette catégorie singulière de noms juifs ibériques que l'histoire a, en quelque sorte, déracinés deux fois : une première fois lors de l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, une seconde fois en les confinant à une aire géographique précise — celle de l'Empire ottoman — où ils ont survécu, parfois jusqu'à nos jours, comme des fossiles vivants de la mémoire sépharade. Selon l'onomasticien Joseph Toledano, Catarivas est « un nom patronymique d'origine espagnole, indicatif d'une origine » ; après l'expulsion, on n'en trouvait des porteurs que dans l'Empire ottoman, le nom n'étant pas porté au Maghreb [J. Toledano, Une histoire de familles].
Cette double indication — origine ibérique d'une part, diffusion exclusivement levantine d'autre part — constitue le fil rouge de cet ouvrage. Elle inscrit la lignée Catarivas non dans la trajectoire des Juifs qui, fuyant la péninsule Ibérique, traversèrent le détroit de Gibraltar pour s'établir à Fès, Tétouan ou Tlemcen, mais dans celle, distincte, de ceux qui prirent la route de l'Orient : Salonique, Constantinople, Smyrne, Andrinople. Là où d'autres patronymes sépharades essaimèrent simultanément sur les deux rives de la Méditerranée, Catarivas demeura, semble-t-il, un nom de l'Orient ottoman exclusivement.
L'objet de ce Grand Livre est de reconstituer, avec la prudence qu'impose la rareté des sources directes, l'histoire de ce nom : sa probable étymologie ibérique, le contexte de l'exil qui le déporta vers le Levant, le milieu judéo-espagnol dans lequel ses porteurs vécurent durant quatre siècles, et enfin sa survivance contemporaine. Nous distinguerons soigneusement, à chaque étape, ce qui relève de l'archive établie, de la déduction probable, et de la tradition transmise.
El análisis de un apellido raro comienza siempre por su estructura. Catarivas presenta la fisonomía de un nombre compuesto o aglutinado de origen romance, y más precisamente ibérico, de acuerdo con la calificación dada por Toledano de un «nombre de origen español» [J. Toledano, Une histoire de familles].
Varias hipótesis etimológicas pueden plantearse, a título conjetural. La primera descompone el nombre en cata- y -rivas. El segmento rivas es, tanto en español como en portugués, un topónimo y un apellido enormemente extendido: designa las orillas, las riberas de un curso de agua (del latín ripa), y ha dado lugar a numerosos nombres de lugares — Rivas, Ribas, Riba — de los cuales varios pueblos aún llevan ese nombre en la península Ibérica. Los nombres judíos sefardíes de origen toponímico son legión: señalan frecuentemente la localidad de donde procedía la familia antes de establecerse en otro lugar, y es sabido que esta práctica de designación por el lugar de origen era habitual entre los judíos de España [Encyclopaedia Judaica, Names]. En esta lectura, Catarivas remitiría a un microtopónimo ibérico hoy difícil de identificar con certeza.
Una segunda hipótesis, más aventurada, vería en el prefijo cata- una deformación de casa («casa de») o una aglutinación de un determinante regional, siendo entonces el nombre algo así como «[los] de las riberas». La fonética judeoespañola, el ladino, ha conservado y transformado efectivamente numerosas formas castellanas del siglo XV, fijando pronunciaciones que el español peninsular abandonó posteriormente. Los apellidos sefardíes de Oriente llevan con frecuencia la marca de esta lengua arcaica, y su ortografía, fijada tardíamente y de manera variable según las administraciones otomana, italiana o francesa, explica las variantes gráficas que se encuentran (Catarivas, Cattarivas, y formas afines).
Pour comprender por qué el nombre Catarivas se encuentra en el Imperio otomano y no en el Magreb, es necesario remontarse al gran giro histórico de la historia judía ibérica: el decreto de expulsión promulgado por los Reyes Católicos Fernando de Aragón e Isabel de Castilla, el Edicto de la Alhambra, firmado el 31 de marzo de 1492 [Encyclopaedia Judaica, Spain]. Conminados a convertirse al cristianismo o a abandonar los reinos de España en el plazo de unos pocos meses, decenas de miles de judíos tomaron el camino del exilio.
Los destinos de esta diáspora se distribuyeron según ejes geográficos distintos. Una parte de los exiliados se dirigió al vecino Portugal —de donde serían a su vez expulsados o convertidos por la fuerza en 1497—. Otros cruzaron hacia el norte de África, poblando las comunidades de Marruecos y fundando el judaísmo llamado megorashim (los «expulsados»), por oposición a los toshavim, los judíos autóctonos. Otros más, en fin, eligieron la ruta del Mediterráneo oriental y encontraron refugio en el Imperio otomano, cuyo sultán Bayezid II acogió de buen grado a estas poblaciones cualificadas, cuyas competencias comerciales, artesanales y médicas supo apreciar [Encyclopaedia Judaica, Ottoman Empire].
Es en esta última corriente migratoria donde hay que situar la lignée Catarivas. La ausencia del nombre en el Magreb, señalada por Toledano, no es un detalle menor: indica que la familia no formó parte de la rama que se estableció en el norte de África, sino de aquella que siguió la ruta levantina [J. Toledano, Une histoire de familles]. Los exiliados ibéricos aflueron así hacia Salónica —que se convirtió en el siglo XVI en una ciudad de mayoría judía y fue apodada la «Jerusalén de los Balcanes»—, hacia Constantinopla, Esmirna (Izmir), Andrinópolis (Edirne) y las ciudades de Anatolia y los Balcanes otomanos [Encyclopaedia Judaica, Salonika]. La propia distribución de los portadores del nombre es, en sí misma, un documento histórico: traza en filigrana el itinerario del exilio.
Une fois fixées dans l'Empire ottoman, les familles sépharades formèrent un monde culturel d'une remarquable cohérence et d'une longévité exceptionnelle. Au cœur de cette civilisation se trouvait la langue : le judéo-espagnol, ou ladino, idiome dérivé du castillan du XVe siècle, enrichi d'emprunts à l'hébreu, au turc, au grec et à l'italien, et transmis de génération en génération pendant plus de quatre siècles [Encyclopaedia Judaica, Ladino]. Une famille telle que les Catarivas aurait vécu, prié, commercé et chanté dans cette langue, dont la persistance constitue l'un des phénomènes de conservation linguistique les plus remarquables de la diaspora juive.
Le monde sépharade ottoman s'organisait autour de communautés (les kehilot) souvent structurées selon la ville d'origine des exilés en Espagne : on trouvait à Salonique des congrégations dites « de Castille », « d'Aragon », « de Catalogne », « de Lisbonne », perpétuant ainsi la mémoire des terres perdues [Encyclopaedia Judaica, Salonika]. Dans ce contexte, un patronyme « indicatif d'une origine » comme Catarivas prenait tout son sens : il rattachait ses porteurs à un lieu précis de la péninsule, signe d'appartenance et de continuité.
Sur le plan économique et social, les Juifs sépharades de l'Empire jouèrent un rôle de premier plan dans le commerce, l'artisanat textile — Salonique fut un grand centre de production de laine et de draps —, la finance, la médecine et l'imprimerie, l'un des premiers ateliers typographiques hébraïques de l'Orient ayant été établi à Constantinople dès la fin du XVe siècle [Encyclopaedia Judaica, Ottoman Empire]. C'est dans cette trame dense de vie communautaire, religieuse et économique qu'évoluèrent, selon toute vraisemblance, les générations successives de la lignée Catarivas, jusqu'aux bouleversements du XXe siècle.
Le long équilibre du judaïsme sépharade ottoman se rompit avec l'entrée dans la modernité. Le déclin de l'Empire ottoman au XIXe siècle, puis son démembrement après la Première Guerre mondiale, redessinèrent la carte des Balkans et de l'Anatolie. Salonique passa sous souveraineté grecque en 1912, et les communautés juives se trouvèrent insérées dans de nouveaux États-nations — Grèce, Turquie, Bulgarie, Yougoslavie — où leur statut et leur avenir se modifièrent profondément [Encyclopaedia Judaica, Salonika].
La catastrophe survint avec la Seconde Guerre mondiale. La Shoah frappa de plein fouet le judaïsme sépharade des Balkans : la communauté de Salonique, qui comptait quelque cinquante mille âmes, fut presque entièrement déportée vers Auschwitz en 1943 et anéantie [Encyclopaedia Judaica, Salonika]. Les communautés judéo-espagnoles de Grèce, de Yougoslavie et d'une partie des Balkans furent détruites dans une proportion qui figure parmi les plus élevées de toute l'Europe occupée. La langue ladino, jusque-là parlée par des centaines de milliers de locuteurs, vit le nombre des siens s'effondrer en quelques années.
Pour une famille comme les Catarivas, dont les porteurs se concentraient précisément dans cet espace ottoman et post-ottoman, cette période représente très probablement une rupture démographique majeure. Les survivants de ce monde se dispersèrent vers de nouveaux rivages : la France, les Amériques, et surtout l'État d'Israël, fondé en 1948, qui devint le principal foyer de recomposition des judaïcités sépharades orientales. C'est là, dans cette migration de la survivance, qu'il faut chercher la trace contemporaine du nom.
À l'époque contemporaine, le patronyme Catarivas se rencontre principalement en Israël et, plus marginalement, dans la diaspora occidentale issue des sépharades d'Orient — conformément à la logique migratoire décrite plus haut. La rareté du nom, qui rendait nos recherches en sources ouvertes difficiles, est elle-même significative : Catarivas n'est pas un patronyme à large diffusion, mais un nom de niche, propre à un nombre restreint de familles, ce qui renforce l'hypothèse d'une souche unique ou de quelques souches apparentées remontant à un même point d'origine ibérique.
Cette rareté correspond bien à la note de Toledano, pour qui le nom ne se trouvait, après l'expulsion, que dans l'Empire ottoman et n'était pas porté au Maghreb [J. Toledano, Une histoire de familles]. Un patronyme aussi géographiquement circonscrit a, mécaniquement, un réservoir de porteurs plus limité qu'un nom répandu sur les deux rives de la Méditerranée. La concentration israélienne actuelle s'explique alors aisément : l'État d'Israël ayant accueilli, après 1948, les rescapés des communautés sépharades de Turquie, de Grèce et des Balkans, c'est tout naturellement là que les héritiers du nom se sont regroupés.
Il faut, sur ce chapitre, redoubler de prudence : faute d'avoir pu accéder à des registres d'état civil, à des recensements communautaires ou à des bases généalogiques fiables au moment de la rédaction, nous ne pouvons documenter ni une généalogie nominative, ni l'existence d'individus précis portant ce nom. Nous nous bornons donc à projeter, sur la trame historique établie, la trajectoire la plus vraisemblable d'un patronyme sépharade oriental rare : un déplacement de l'Orient ottoman vers Israël et la diaspora occidentale au XXe siècle. Toute affirmation plus précise relèverait de l'invention, ce que la déontologie de cet ouvrage interdit.
L'historia del linaje Catarivas, tal como puede reconstituirse a partir de los escasos indicios disponibles, es menos la de una familia documentada que la de un nombre-testigo. Cada elemento de este patronímico relata un fragmento de la historia sefardí: su etimología probablemente ibérica evoca las orillas de la España perdida; su condición de nombre «indicativo de un origen» remite a la memoria de las tierras natales que los exiliados portaron como viaticum; su difusión exclusivamente otomana traza en filigrana el itinerario de un exilio — no la ruta del Magreb, sino la del Levante.
En eso consiste el diálogo entre la tradición y el archivo. La nota onomástica de Toledano, que pertenece a la transmisión erudita, se ve confirmada e iluminada por la historia general documentada de la diáspora sefardí: la expulsión de 1492, la acogida otomana, la civilización judeoespañola de Salonika y de Smyrne, la catástrofe de la Shoah, y finalmente la recomposición israelí [J. Toledano, Une histoire de familles; Encyclopaedia Judaica, Spain, Ottoman Empire, Salonika]. El nombre Catarivas, por su sola geografía, valida e ilustra ese gran relato colectivo.
Queda la confesión de humildad que debe cerrar todo trabajo honesto: la genealogía nominativa precisa de este linaje permanece, en esta etapa, fuera del alcance de las fuentes que hemos podido movilizar. El presente Gran Libro no es, pues, el punto final de una investigación, sino su primera piedra — un sólido armazón histórico sobre el cual los archivos familiares, los registros comunitarios y las bases genealógicas sefardíes podrán, llegado el momento, inscribir los nombres y los rostros que la gran historia ha esbozado aquí en silueta.