Le patronyme Bensillùn appartient à cette vaste constellation de noms juifs italiens recensés au début du XXᵉ siècle par Samuele Schaerf dans son inventaire devenu classique, I cognomi degli ebrei d'Italia (Florence, 1925). Ce travail pionnier, longtemps demeuré l'unique catalogue systématique des noms portés par les Juifs de la péninsule, constitue le socle documentaire à partir duquel toute enquête sur la famille Bensillùn doit nécessairement s'ouvrir. La présence du nom dans ce répertoire atteste, à tout le moins, qu'il était porté en Italie à une époque où Schaerf compilait les registres des communautés (comunità) et les listes paroissiales civiles issues de l'unification italienne.
La forme même du nom — composée du préfixe sémitique Ben- (« fils de ») suivi d'un élément Sillùn dont l'accentuation finale trahit une lecture méditerranéenne — oriente l'analyse vers les milieux séfarades et nord-africains qui, du XVIᵉ au XXᵉ siècle, alimentèrent en flux continu les ports italiens, et au premier chef Livourne. Car l'histoire des Juifs d'Italie ne saurait être pensée comme un isolat : elle est, depuis la Renaissance, traversée de mobilités, de réseaux marchands et de circulations rabbiniques reliant la péninsule à l'Afrique du Nord, à la péninsule Ibérique et au Levant [Bonfil, 1994].
Ce Grand Livre se propose donc de restituer non pas une généalogie close et certaine — l'état de la documentation ne le permet pas —, mais l'horizon historique et anthropologique au sein duquel le nom Bensillùn a pu naître, se transmettre et voyager. Conformément à la discipline de la mémoire juive, où l'acte de se souvenir, zakhor, possède une dimension à la fois historique et liturgique [Yerushalmi, 1984], nous distinguerons soigneusement ce qui relève de l'archive établie de ce qui appartient à la tradition transmise ou à l'hypothèse assumée.
Le point d'ancrage documentaire de la lignée Bensillùn est sans ambiguïté : son inscription dans I cognomi degli ebrei d'Italia de Samuele Schaerf, publié à Florence en 1925 dans la collection des « Quaderni della rivista Israel ». Cet ouvrage, le premier à entreprendre un relevé méthodique des patronymes juifs de la péninsule, dressait la liste des noms attestés dans les communautés italiennes, en indiquant fréquemment leur origine géographique présumée — hébraïque, ibérique, levantine, nord-africaine ou italienne autochtone.
La mention de Bensillùn dans ce corpus établit deux faits incontestables. Premièrement, le nom était effectivement porté par des Juifs vivant en Italie, ou rattachés aux communautés italiennes, dans la période couverte par l'enquête de Schaerf. Deuxièmement, par sa morphologie — préfixe Ben- et terminaison accentuée —, il a été classé parmi ces noms d'extraction non italienne, vraisemblablement importés par l'immigration séfarade et maghrébine.
Il convient ici d'observer la prudence du chercheur. Schaerf lui-même reconnaissait les limites de son entreprise : la transcription des noms dans les registres civils italiens, après 1870, a souvent altéré les graphies originelles, latinisant ou italianisant des formes hébraïques et arabes. Le redoublement du l dans Sillùn et l'accent grave final peuvent ainsi résulter d'une fixation administrative tardive, plaquée sur une prononciation orale. La leçon méthodologique est constante dans l'historiographie juive italienne : le nom porté n'est pas le nom d'origine, et toute reconstruction doit composer avec ce voile de la transcription [Bonfil, 1994].
Le statut de cette première strate est donc paradoxal : il est établi que le nom figure chez Schaerf, mais ce qu'il recouvre — une famille unique, un groupe de familles, une simple variante locale — demeure indéterminé en l'absence d'autres relevés. C'est précisément la valeur d'un catalogue de référence : il garantit l'existence du nom sans en épuiser le sens.
Si se busca el punto de gravedad de los patronímicos judíos mediterráneos en Italia, hay que dirigirse a Livorno. La ciudad toscana, dotada por los Médicis de los privilegios de las Livornine (1591 y 1593), se convirtió en el gran refugio de la « Nación judía portuguesa », acogiendo marranos ibéricos, mercaderes sefardíes y, a lo largo de los siglos, familias procedentes del norte de África [Lévy, 1999]. Fue allí donde se forjó una identidad judía original — la nação — cuya extraordinaria amplitud ha trazado Lionel Lévy, conectando Livorno con Amsterdam, con Tunis y más allá [Lévy, 1999].
Livorno no fue solamente un puerto: fue una matriz onomástica. Las familias que allí residían adoptaban, conservaban o transformaban sus nombres al ritmo de sus desplazamientos entre las orillas del Mediterráneo. La comunidad livornesa, cuyo lento declive hasta el « último de los Livorneses » describió Lévy, mantuvo vínculos estrechos con las comunidades del Magreb, en particular con Tunis, donde se estableció una colonia de Grana — los judíos livorneses de Tunis [Lévy, 1996].
Es en este marco donde hay que situar la probable trayectoria de un nombre como Bensillùn. Su terminación meridional y su prefijo semítico lo vinculan menos al judaísmo italiano autóctono — el de los italkim establecidos en Roma desde la Antigüedad — que a los aportes sefardíes y norteafricanos que transitaron por los puertos tirrénicos. La presencia del nombre en el repertorio de Schaerf sería entonces la huella de una de esas familias mediterráneas integradas en el tejido italiano, cuyo sas, si no la cuna, constituyó Livorno. Esta hipótesis, verosímil a la luz de la morfología y de las dinámicas migratorias documentadas, queda sin embargo por confirmar mediante registros comunitarios precisos.
L'analyse linguistique invite à pousser l'enquête vers l'Afrique du Nord, et singulièrement vers l'Algérie occidentale. Les communautés de Tlemcen, ancienne capitale spirituelle au rayonnement rabbinique considérable, et de Sidi Bel Abbès, plus tardive, ont produit et conservé un répertoire onomastique où abondent les noms en Ben- suivis d'un élément arabe ou berbère [Botbol, 2000].
Tlemcen occupe une place singulière dans la mémoire juive maghrébine : carrefour entre le Maroc et l'intérieur algérien, elle fut un foyer d'érudition dont l'histoire a été minutieusement reconstituée [Botbol, 2000]. Les archives rabbiniques de Sidi Bel Abbès, pour leur part, conservent la trace des actes de la vie communautaire — mariages, naissances, décès — qui constituent la source la plus fiable pour suivre la transmission effective des noms dans cette région [Archives rabbiniques de Sidi Bel Abbès].
L'intersection est ici féconde : la tradition orale des familles de l'Oranais rapporte d'innombrables noms composés à partir de la particule Ben, tandis que les actes notariés et rabbiniques permettent, dans les cas favorables, d'en vérifier la continuité sur plusieurs générations. Pour Bensillùn, aucune attestation directe ne saurait être affirmée sans dépouillement de ces fonds ; mais la cohérence entre la forme du nom, son classement par Schaerf parmi les patronymes non autochtones et les dynamiques migratoires qui menèrent tant de familles oranaises vers Livourne et l'Italie rend cette filiation maghrébine hautement plausible. Le va-et-vient entre Livourne et le Maghreb, abondamment documenté, fournit le pont concret par lequel un tel nom aurait pu rejoindre les registres italiens [Lévy, 1996].
Un linaje judío no se deja aprehender únicamente a través de los registros del estado civil: vive también en los márgenes de los libros, los colofones de los manuscritos y las firmas de los contratos. La Italia judía del Renacimiento y de la época moderna fue un foco de producción y circulación del libro hebreo de una riqueza excepcional, donde los manuscritos decorados dan testimonio del refinamiento de las comunidades [Tamani, 2010].
Es en estos objetos donde se conservan, a veces, los nombres más humildes. Un copista que firma su colofón, un propietario que inscribe su nombre en una página de guarda, un testigo que rubrica un acta de matrimonio: otros tantos gestos mediante los cuales un patronímico como Bensillùn podía quedar fijado en el tiempo, independientemente de los avatares de la administración civil. El estudio codicológico de los manuscritos hebreos de Italia, al catalogar estas menciones marginales, abre una vía de investigación complementaria a la de los catálogos onomásticos [Tamani, 2010].
Esta dimensión escribal se une a una verdad más profunda del judaísmo, donde lo escrito no es nunca un simple instrumento sino un modo de ser en el mundo. La tradición judía se concibe a sí misma como un diálogo permanente entre la palabra y lo escrito, entre la transmisión oral y su fijación [Askénazi, 1999]. Inscribir un nombre es arrancarlo al olvido; y la persistencia del nombre Bensillùn hasta el relevamiento de Schaerf da testimonio, a su manera modesta, de esa voluntad tenaz de preservar la Memoria. A falta de haber podido identificar un manuscrito vinculado nominalmente a la familia, formulamos aquí una orientación de investigación más que un hecho establecido — de ahí el carácter probable de este capítulo.
Au-delà des archives, une lignée se define por lo que transmite: una manera de habitar el tiempo, de conectar las generaciones, de mantener juntos el exilio y la fidelidad. Las familias judías del Mediterráneo — ya fueran de Livourne, de Tlemcen o de las comunidades italianas — portaron una cultura en la que el pensamiento y la práctica se entrelazan estrechamente. La filosofía judía, desde el Medievo ibérico hasta las síntesis modernas, ha buscado constantemente articular la fidelidad a la Ley y la apertura al mundo [Hayoun, 2023]; [Sirat, 1983].
La Memoria transmitida de una familia como los Bensillùn — aunque hoy sea tenue — se inscribe en esta antropología del deseo y de la alianza que estructura el pensamiento judío desde el desierto bíblico [Abécassis, 1987]. El nombre mismo, por su prefijo Ben, enuncia la filiación: ser «hijo de» es situarse en una cadena, recibir antes de dar. Esta estructura genealógica del nombre no es un detalle filológico; expresa la convicción de que la identidad se recibe de un padre, de una tradición, de una Memoria.
La condición de estas familias fue también la, más amplia, de la diáspora: el arte de permanecer uno mismo en tierra de acogida, entre integración y fidelidad, que los pensadores del siglo XX han analizado como una de las tensiones fundadoras de la existencia judía moderna [Berlin, 1973]. El paso de un nombre magrebí o Séfarade por los registros italianos, su latinización parcial, su acento conservado, narran en miniatura esta historia de adaptación sin renegación. Este capítulo pertenece conscientemente a la Memoria y a lo transmitido: no pretende documentar hechos propios de la familia, sino iluminar el horizonte de sentido en el que se inscribe toda lignée de este tipo.
Al término de esta investigación, la figura de la familia Bensillùn se deja definir por un haz convergente de indicios más que por una cadena continua de actos documentados. Un hecho está establecido: el nombre está atestiguado en el repertorio fundacional de Samuele Schaerf, I cognomi degli ebrei d'Italia (Florencia, 1925), entre los patronímicos judíos de la península. Más allá de esta certeza, la morfología del nombre — prefijo semítico Ben-, terminación meridional acentuada — y el conocimiento de las dinámicas migratorias mediterráneas trazan una trayectoria verosímil: la de una familia de extracción sefardí o magrebí, que pasó por los puertos italianos, y singularmente por Livourne, ese gran crisol de la Nación judía portuguesa [Lévy, 1999].
Las comunidades del Oranesado — Tlemcen, Sidi Bel Abbès — ofrecen el trasfondo más coherente para tal filiación, sin que pueda afirmarse aquí ninguna atestación directa [Botbol, 2000]. Quedan abiertas las vías de la codicología y de los archivos rabínicos, donde el nombre podría un día resurgir, fijado por la mano de un copista o de un testigo [Tamani, 2010]. Este Gran Libro habrá querido, fiel a la exhortación del zakhor, mantener juntos la honestidad del archivo y la paciencia de la Memoria [Yerushalmi, 1984]: no afirmar nada que no pueda sustentarse, pero no renunciar a ningún hilo que vincule el nombre Bensillùn con la gran Historia de las diásporas judías mediterráneas.