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Zakhor
10 septembre 1952 · Luxembourg et Jérusalem

L'accord

Sept ans après, un État juif signe avec l'Allemagne. À Jérusalem, la foule marche sur la Knesset et les pierres brisent les fenêtres du parlement.

EstablishedRéparationsGoldmannIsraëlAllemagne

En 1951, l'État d'Israël a trois ans. Il a absorbé des centaines de milliers de survivants et de réfugiés des pays arabes, et il est au bord de la faillite : rationnement, pénurie, réserves de devises épuisées.

Le gouvernement adresse aux quatre puissances occupantes une demande de réparations pour les biens juifs spoliés et pour le coût de l'installation des survivants. Elles ne répondent pas. Restent les Allemagnes.

Ce que le mot posait

La question n'était pas d'argent, et tout le monde le savait des deux côtés.

Accepter des paiements, c'était engager une relation avec l'État successeur de celui qui avait organisé l'extermination — sept ans après. Beaucoup y voyaient un prix mis sur des morts, et une absolution vendue à bon compte.

Le terme hébreu retenu, shilumim, a été choisi pour éviter le mot qui signifie réparation ou compensation : il évoque un paiement, non une réparation — parce que réparer était précisément ce qui était impossible.

Janvier 1952

Le débat à la Knesset, les 7 et 8 janvier 1952, est le plus violent de l'histoire du Parlement israélien.

Menahem Begin, chef de l'opposition, parle place de Sion devant une foule immense et annonce qu'il empêchera l'accord. Les manifestants marchent sur la Knesset ; des pierres brisent les vitres de la salle des séances, où les débats se poursuivent au milieu des gaz lacrymogènes. Une centaine de policiers et des dizaines de manifestants sont blessés.

Beaucoup de manifestants étaient eux-mêmes des rescapés. Le vote passe de justice — 61 voix contre 50.

Goldmann

Les négociations s'ouvrent en mars 1952 aux Pays-Bas, entre l'Allemagne fédérale, Israël, et une troisième partie : la Conférence des réclamations juives, créée pour représenter les victimes qui n'étaient pas israéliennes.

Nahum Goldmann, président du Congrès juif mondial, la préside et conduit cette part de la négociation. C'est lui qui avait obtenu d'Adenauer, en décembre 1951, l'engagement préalable qui a rendu la suite possible.

L'accord est signé à Luxembourg le 10 septembre 1952 par Adenauer, par le ministre israélien des Affaires étrangères Moshe Sharett et par Goldmann. L'Allemagne versera à Israël environ 845 millions de dollars en biens et marchandises sur douze à quatorze ans, dont 110 millions à la Conférence.

Ce que l'argent a fait, et ce qu'il n'a pas fait

Les livraisons — navires, machines-outils, matériel ferroviaire, équipements industriels — ont représenté une part considérable des investissements israéliens des années 1950 et ont sorti le pays de la crise.

La Conférence des réclamations verse encore aujourd'hui des pensions à des survivants dans le monde entier, et le mécanisme a été élargi à plusieurs reprises.

Rien de tout cela n'a réglé la question posée en 1952, et personne n'a jamais prétendu le contraire. Ben Gourion soutenait qu'il fallait prendre l'argent pour que les meurtriers n'héritent pas aussi des biens ; Begin soutenait qu'il y a des choses qu'on ne monnaie pas. Les deux positions se défendent, et le débat n'est pas clos.