On imagine volontiers le Maghreb juif tourné vers l'intérieur des terres ou vers la Méditerranée. Khalifa ben Malka, rabbin et négociant du sud marocain au tournant du XVIIIᵉ siècle, rappelle qu'il regardait aussi vers l'océan.
Installé dans la région d'Agadir et de Safi, ben Malka tenait commerce avec les marchands européens, et notamment avec Amsterdam, alors capitale du négoce et du judaïsme séfarade du Nord. Sa correspondance mêle les affaires et la Loi, le prix des marchandises et les questions de droit rabbinique.
On lui doit un ouvrage, le Kaf Naki, et surtout — par les travaux du Musée des Manuscrits du Judaïsme Maghrébin — le portrait d'un judaïsme atlantique méconnu : des rabbins qui étaient aussi des hommes d'affaires, reliant les ports du Maroc atlantique aux comptoirs du Nord.
Ce Maghreb-là n'était pas un cul-de-sac de l'histoire juive. C'était un nœud de routes, où la science talmudique voyageait dans les mêmes navires que le sucre, les plumes et les étoffes.