En 1896, le baron Edmond de Rothschild achète les terres de Kfar Saba, en plaine du Sharon.
Il y engage des sommes considérables dans une tentative de culture de plantes à parfum. L’expérience échoue.
En 1903, les terres sont revendues à des agriculteurs de Petah Tikva, à huit francs le dounam — l’idée étant d’y installer les enfants des colons de la génération précédente.
Ce qu’ils plantent
Vignes, amandiers, oliviers. Et des eucalyptus, arbre importé d’Australie que l’on plantait alors partout dans le pays pour assécher les marécages et repousser la malaria.
L’installation est lente et difficile : peu de colons s’établissent réellement sur place les premières années.
1917
Kfar Saba se retrouve sur la ligne de front entre l’armée britannique et l’armée ottomane. Le village est détruit.
La même année, les Ottomans expulsent la population juive de Tel-Aviv et de Jaffa. Un millier d’expulsés viennent camper dans la plantation d’eucalyptus.
Une épidémie de typhus s’y déclare. Plusieurs centaines de personnes y meurent l’année suivante.
Ce que ce lieu accumule
Une spéculation agricole ratée, un village de seconde génération, une ligne de front, un camp d’expulsés, un cimetière de typhus.
Tout cela en vingt ans, sur quelques centaines de dounams.
Le récit ordinaire de la colonisation agricole en Palestine — l’achat, le défrichement, la récolte — laisse habituellement de côté cette couche-là, qui est pourtant la plus dense.
Le retour
En 1922, les habitants d’origine reviennent. En 1924, d’autres colons les rejoignent.
On passe alors aux agrumes, qui feront la richesse de la plaine côtière pendant un demi-siècle.
Kfar Saba est aujourd’hui une ville de plus de cent mille habitants. Le bosquet d’eucalyptus où l’on est mort du typhus est un lieu de mémoire au milieu des immeubles.