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Zakhor
244 · Doura Europos, Euphrate

La synagogue peinte

Un mur de terre effondré conserve pendant seize siècles une salle de prière juive entièrement couverte de personnages. On croyait la chose impossible.

EstablishedDoura EuroposFresquesSecond commandementSyrie

Doura Europos est une ville de garnison posée sur une falaise au-dessus de l'Euphrate. En 256, menacée par les Sassanides, sa garnison romaine a remblayé l'intérieur de la muraille pour la renforcer : on a comblé de terre les bâtiments qui la longeaient.

La ville est tombée quand même, et n'a jamais été relevée. Mais le remblai a fait ce que personne n'avait voulu : il a scellé ces bâtiments jusqu'aux murs.

En 1932, les fouilles conduites par Yale et l'Académie française — commencées en 1928 sous la direction de Michael Rostovtzeff, avec Clark Hopkins sur le terrain — dégagent l'un d'eux. C'est une synagogue, et ses quatre murs sont peints du sol au plafond.

Une date, en araméen, sur le mur

La synagogue n'a pas à être datée par comparaison : elle porte son millésime. Une inscription araméenne donne l'année de son achèvement, 244 de notre ère.

C'est un luxe rare en archéologie. On ne discute donc pas de la date des peintures, seulement de ce qu'elles signifient — et il y a de quoi discuter.

Ce que les murs racontent

Les fresques déroulent des scènes bibliques en registres superposés : Moïse sauvé des eaux et devant le buisson, la traversée de la mer, Ézéchiel dans la vallée des ossements, Esther et Assuérus, le sacrifice d'Élie, l'arche des Philistins.

Les personnages sont nombreux, nommés parfois, vêtus tantôt à la grecque tantôt à la perse. Ce n'est pas un décor : c'est un programme, ordonné autour de la niche où se rangeait la Torah.

Une main y figure même, sortant du ciel, là où le texte parle de l'intervention divine. On a représenté ce qu'on croyait irreprésentable — non pas Dieu, mais son geste.

Ce que la découverte a défait

Jusqu'en 1932, on tenait pour acquis qu'une synagogue antique ne pouvait pas être peinte de figures : le deuxième commandement l'interdisait, et l'absence de contre-exemple valait démonstration.

Doura a retourné la charge de la preuve. Depuis, les mosaïques figurées de Galilée, les verres dorés de Rome, les bêtes du pavement de Maon ont confirmé qu'il n'y avait pas une règle mais des pratiques.

Il faut se garder de l'excès inverse. Doura ne prouve pas que l'interdit n'existait pas : elle prouve qu'une communauté au moins, à une date connue, l'a compris autrement que ses voisines. C'est plus modeste, et cela suffit à changer le tableau.

Ce qui reste, et ce qui a été perdu deux fois

Les peintures ont été déposées et remontées au Musée national de Damas, où elles sont conservées. C'est là qu'on les voit — pas sur place.

Le site lui-même a été systématiquement pillé et bouleversé au milieu des années 2010, pendant la guerre de Syrie ; les images satellitaires montrent une falaise criblée de trous de fouille clandestine.

La synagogue de Doura aura donc été sauvée deux fois par des gestes qui ne la visaient pas : un remblai militaire du IIIᵉ siècle, et une dépose de musée du XXᵉ. Ce qui restait sur place, personne ne l'a sauvé.