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Zakhor
1875 – 1961 · Cincinnati, Ohio

Un coffre de manuels

Cent trois livres enfermés dans un coffre, gardés par le concierge. C’est le point de départ de la plus grande bibliothèque juive hors d’Israël.

EstablishedBibliothèqueCincinnatiAmériqueAccumulation

Le Hebrew Union College ouvre à Cincinnati en 1875 — premier séminaire rabbinique durable des États-Unis, fondé par Isaac Mayer Wise pour le judaïsme réformé américain.

Sa bibliothèque commence la même année : cent trois volumes, des manuels, enfermés dans un coffre dont le concierge du bâtiment avait la garde.

Ce qu’il a fallu décider

En 1878, l’Union of American Hebrew Congregations vote un budget d’acquisition. C’est la décision qui change tout : la bibliothèque cesse d’être un dépôt et devient une collection.

En 1931, elle emménage dans un bâtiment à elle — première bibliothèque juive au monde à occuper son propre édifice.

En 1961, elle déménage à nouveau et prend le nom de Klau Library.

Ce qu’elle contient

Cinq cent trente mille volumes imprimés. Deux mille cinq cents manuscrits reliés et des milliers de feuillets. Quatorze mille livres en réserve précieuse. Dix-neuf mille bobines de microfilm. Cent mille images numériques de manuscrits et d’imprimés anciens.

C’est l’une des plus grandes collections de matériel judaïque et hébraïque au monde, et la plus grande hors d’Israël.

Une part de ce fonds vient d’Europe : bibliothèques rachetées, collections privées sauvées avant 1939, et lots issus de la restitution d’après-guerre, quand il a fallu redistribuer des livres dont les propriétaires et les communautés n’existaient plus.

Pourquoi Cincinnati

La question se pose : pourquoi la plus grande bibliothèque juive hors d’Israël se trouve-t-elle dans une ville de l’Ohio ?

Parce que le judaïsme américain du XIXᵉ siècle avait son centre dans le Midwest allemand, et non sur la côte Est. Cincinnati était une grande ville d’immigration allemande, prospère, et Wise y a installé son séminaire.

La démographie s’est déplacée ensuite vers New York, mais la bibliothèque est restée où elle avait été bâtie. C’est le même campus qui abrite, depuis 1947, les American Jewish Archives de Jacob Rader Marcus.

Ce que quatre-vingts ans d’accumulation produisent

Aucune décision spectaculaire n’a fait cette collection. Elle est le produit d’un budget voté en 1878 et reconduit chaque année pendant un siècle et demi.

C’est ce qui la distingue des autres collectes racontées dans cette rubrique — Wiener en 1933, la brigade du papier en 1942, Marcus en 1947 : toutes répondaient à une urgence.

Ici, il n’y a eu que de la constance. Cent trois livres dans un coffre, et cinq cent trente mille aujourd’hui.