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Zakhor
1925 – 1975 · Wadi Abou Jamil, Beyrouth

Le Wadi

Le seul pays arabe où la communauté juive a grandi après 1948. Elle vivait dans une vallée du centre de Beyrouth, autour d'une synagogue payée par un Sassoon de Calcutta.

EstablishedBeyrouthLibanWadi Abou JamilDépart

Wadi Abou Jamil est un vallon du centre de Beyrouth, longtemps appelé Wadi al-Yahoud — la vallée des Juifs. C'était le quartier juif de la ville, avec ses écoles, ses commerces et sa grande synagogue.

Maghen Abraham y est édifiée en 1925, financée par Moïse Abraham Sassoon, de Calcutta, et nommée d'après son père Abraham — un rameau de la maison partie de Bagdad un siècle plus tôt.

Le seul pays arabe où la communauté grandit

C'est le fait qui distingue le Liban de tous ses voisins. Après la création d'Israël en 1948, les communautés juives d'Irak, d'Égypte, de Syrie, du Yémen, de Libye se vident.

Au Liban, la communauté augmente. Des Juifs de Syrie et d'Irak s'y réfugient ; le pays, avec son équilibre confessionnel et sa constitution qui reconnaît le judaïsme parmi les communautés officielles, offre une stabilité relative.

Le Wadi compte alors plusieurs milliers d'habitants, une école de l'Alliance israélite universelle, des clubs, une vie de quartier documentée par des photographies et des mémoires.

1967

La guerre des Six Jours change tout. L'émigration commence pour de bon, vers la France, les Amériques, Israël.

Ce n'est pas un départ ordonné par l'État — il n'y a pas eu de loi de dénaturalisation comme en Irak, ni de spoliation générale. C'est un retrait par prudence, famille après famille, sur plusieurs années.

La guerre civile, à partir de 1975, achève le mouvement. Le Wadi, situé sur la ligne de front du centre-ville, est vidé et ruiné. La synagogue Maghen Abraham est fermée et endommagée par les bombardements.

Un quartier reconstruit sans ses habitants

Après la guerre, le centre de Beyrouth est reconstruit par une société privée dans le cadre d'un vaste projet immobilier. Wadi Abou Jamil devient un quartier d'affaires et de résidences de luxe.

Les anciens habitants n'y sont pas revenus. Le nom subsiste sur les plans.

La synagogue a été restaurée à partir de 2009, financée en partie par des donateurs de la diaspora libanaise juive. Elle est belle et elle est vide : il ne reste au Liban qu'une trentaine de Juifs, pour la plupart âgés.

Ce que ce cas ajoute

L'histoire des départs juifs du monde arabe se raconte souvent d'un seul bloc, comme une expulsion générale consécutive à 1948.

Le Liban ne rentre pas dans ce cadre : la communauté y a grandi après 1948, elle est partie après 1967 et surtout après 1975, et c'est la guerre civile libanaise — qui n'était pas dirigée contre elle — qui l'a achevée.

Cela n'atténue rien de ce qui s'est passé ailleurs. Cela rappelle qu'un même mouvement d'ensemble recouvre des histoires qui ne se ressemblent pas, et qu'il faut les compter séparément.