SAVOY
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Un refuge de la France.
Ancien duché indépendant ; partie du royaume de Sardaigne à partir de 1720 ; cédé à la France en 1860 ; et formant maintenant (1905) les départements de Savoie et Haute-Savoie. Lorsqu'en 1182 les Juifs furent expulsés de France par Philippe Auguste, beaucoup d'entre eux cherchèrent refuge en Savoie, notamment dans les villes de Chambéry, Yenne, Seissel, Aiguebelle, Chillon, Chatel et Montmélian (comp. Joseph ha-Kohen, "'Emeḳ ha-Baka," p. 71) ; et un nouveau contingent de colons arriva après la deuxième expulsion française en 1306. Vers la fin du treizième siècle, Amédée V accorda aux Juifs de ses domaines de nombreux privilèges ; ceux-ci furent renouvelés le 17 nov. 1323 par Édouard, qui accorda des faveurs spéciales à Vivant de Vesos, à Magister Agin, gendre de Vivant, et à Harasson de Bianna. En 1331, Aymon le Pacifique réduisit les taxes annuelles des Juifs de Savoie de 2 000 florins d'or à 1 200.
La Savoie fut particulièrement en vue dans la tragédie de la [Mort noire](/articles/3349-black-death) en 1348. Chambéry, sa capitale, était alléguée par les accusateurs des Juifs comme étant le lieu où le poison pour les puits, prétendue origine de la peste, avait été préparé par le Rabbi Peyret et par un Juif riche nommé Aboget. En conséquence de cette accusation, des Juifs furent massacrés à Chambéry, Chillon, Chatel, Yenne, Saint-Genis, Aiguebelle et Montmélian. Dans cette dernière ville, les Juifs furent emprisonnés, et tandis qu'ils attendaient le jugement, la populace envahit la prison et les massacra, à l'exception de onze personnes qui furent brûlées vives par la suite dans une vieille grange remplie de matériaux inflammables. Un document concernant cette persécution a conservé les noms des victimes d'Aiguebelle. C'étaient : Beneyton, Saul, la Juive Joyon, Lyonetus, Soninus, Vimandus, Bonnsuper, Samuel, Mouxa, Beneyton, Coen, Helist, Jacob et son fils Bonionus, Parvus Samuel, Abraham, Benyon, Sansoninus, Samuel, et Magister Benedictus. Cependant, la persécution fut bientôt oubliée, et les Juifs de Savoie reprirent leurs occupations, qui consistaient principalement en prêts d'argent et en négoce de bijoux. Leur succès dans ce dernier domaine est attesté par le fait que les ducs eux-mêmes étaient très souvent leurs débiteurs. En 1366, la femme d'Amédée VI mit en gage ses bijoux auprès de deux Juifs ; et en 1379 le trésorier de Savoie fut chargé de payer aux Juifs Agino Ruffo et Samuel d'Aubonne 200 florins d'or pour une couronne que la reine avait achetée chez eux. En 1388, la vaisselle plate d'Amédée VII fut déposée auprès d'un Juif nommé Aaron en garantie de la somme de 800 florins d'or.
Livres hébraïques examinés.
Une nouvelle persécution se produisit en 1394 à l'instigation de Vicente Ferrer (Joseph ha-Kohen, _l.c._ p. 75). En 1417, les Juifs de Savoie furent accusés de posséder des livres contenant des blasphèmes contre le christianisme ; et deux médecins juifs convertis, Guillaum Saffon et Pierre de Mâcon, furent commis pour examiner tous les livres écrits en hébreu. Une accusation similaire fut portée en 1430, et les livres hébraïques furent à nouveau examinés, l'examinateur étant un médecin juif converti nommé Ayme, qui ordonna qu'ils soient brûlés. À partir de l'année 1429, la condition des Juifs de Savoie devint de plus en plus précaire. Cette année-là, Amédée VIII expulsa les Juifs de Châtillon-les-Dombes. Un an plus tard, il annula tous les privilèges qui avaient été accordés aux Juifs par ses prédécesseurs. Il confina les habitants juifs à des quartiers spéciaux, où ils étaient enfermés la nuit et pendant la Semaine sainte, et il ordonna qu'ils portent sur l'épaule gauche un insigne en tissu en forme de roue, moitié blanc et moitié rouge, de quatre doigts de largeur. Il renouvela aussi l'ancienne interdiction de garder des serviteurs chrétiens, et interdit l'achat de vases sacrés ou de toute marchandise sans la présence de témoins ou d'un notaire. À l'instigation d'un médecin juif converti nommé Louis, de Nice ou de Provence, qui avait été chargé par son parrain, le duc Louis, de faire l'inventaire des livres juifs de Chambéry, une persécution éclata en 1466. Cette persécution est, selon Gershon, identique à celle rapportée par Solomon ibn Verga ("Shebeṭ Yehudah," No. 11) comme ayant eu lieu en 1490. Vers la fin du quinzième siècle, suite à l'expulsion générale d'Espagne en 1492, les Juifs furent sommés de quitter la Savoie. Il semble cependant qu'une petite communauté soit restée à Chambéry, qui, selon Victor de Saint-Genis ("Histoire de Savoie," i. 455), existait encore en 1714.
Rabbins et savants.
Parmi les hommes éminents liés à la Savoie, on peut citer les suivants : R. Aaron de Chambéry, commentateur du Pentateuque ; R. Jacob Levi de Chambéry ; R. Solomon Colon, père de Joseph Colon ; et Gershon Soncino, qui, dans sa préface à la grammaire hébräique de David Ḳimḥi, dit qu'il recueillit à Chambéry les "Tosafot Ṭuk" ([voir Eliezer of Touques](/articles/5630-eliezer-of-touques)). De nombreux médecins juifs vécurent en Savoie, les plus éminents d'entre eux étant : Samson, médecin d'Amédée V. ; Palmieri, médecin de la personne d'Amédée VI et médecin de la ville de Chambéry ; Helias d'Évian, invité en 1418 à soigner les filles du comte de Savoie ; Isaac d'Annecy ; Jacob de Chambéry, médecin de Bonne de Berri, mère d'Amédée VIII. ; Solomon, médecin d'Amédée VIII. ; et Jacob de Cramonoz, médecin de la régente Yolande.