Konstantynów
Region: Lublin (Pologne)
Intersection register · custodian, not owner
Published on September 13, 2026
Locality in Poland where a Jewish cemetery is catalogued: Jewish Cemetery of Konstantynów. No burials are entered: the catalogue records the existence of the site, but does not survey its tombstones. Recorded by: Wikidata. This record is based solely on the cemetery catalogue: it tells nothing of the history of the community, its founding, or its extent — a cemetery survey knows nothing of such matters.
The cemetery of this place
Each cemetery’s register — the names surveyed, the sections, the photographs of the headstones — opens from its own page.
Introduction
Le point de départ de ce livre est une ligne de catalogue : à Konstantynów, en Pologne, il existe un cimetière juif. Le relevé — versé par Wikidata sous l'identifiant Q9194112 — enregistre le site, sa commune, ses coordonnées, une date de fondation portée à 1827 ; il ne relève aucune sépulture, ne transcrit aucune stèle, ne dit rien de la communauté qui creusa ces tombes [Wikidata]. C'est la condition ordinaire des lieux juifs de Pologne centrale : le catalogue atteste une existence, l'histoire doit la remplir.
Encore faut-il savoir de quel Konstantynów il s'agit. Le toponyme, formé sur le prénom Constantin, a été donné à plusieurs localités du royaume, et trois au moins ont porté une population juive : Konstantynów Łódzki, ville d'usine née en 1821 aux portes de Łódź ; Konstantynów nad Bugiem, dit aussi Konstantynów Podlaski, bourg de la Podlachie sur le Boug ; et, plus à l'est, le Stary Konstantynów volhynien. Le cimetière catalogué est celui de la première, sise rue Łaska, dans le voïvodat de Łódź [Wikidata] [NID, zabytek.pl]. C'est donc de Konstantynów Łódzki que ce livre traite d'abord — sans taire la seconde, dont l'histoire, elle aussi, s'achève en 1942, ni la confusion savante que le nom a produite. Ce que ces pages tentent, c'est de rendre à un enclos boisé sans une seule pierre la ville, les métiers, les querelles et les noms qui lui donnaient sens.
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Chapitre 1 : 1821 — la ville de drap de Mikołaj Krzywiec-Okołowicz
Konstantynów ne descend d'aucun shtetl ancien : c'est une fondation industrielle. En 1821, sur les terres du village de Żabice Wielkie, le propriétaire Mikołaj Krzywiec-Okołowicz crée une colonie manufacturière privée destinée aux drapiers et tisserands de lin venus d'Allemagne, de Moravie, de Silésie, de Saxe, mais aussi de Poznań et de Kalisz ; le lieu reçoit son nom en 1824 et les droits de ville en 1830 [Wirtualny Sztetl] [NID, zabytek.pl]. Les fondateurs n'avaient pas prévu de Juifs. Il en vint aussitôt : ils étaient 516 dès 1827 [Wirtualny Sztetl].
La communauté s'organise avec une rapidité qui dit tout de la vitalité de cette population : dès 1823, une gmina dispose d'une synagogue, d'une maison d'étude, de bains rituels, d'un hospice et d'un cimetière [Pinkas Hakehillot Polin, I]. Un dayan siège avant même la reconnaissance officielle : Jechezkiel Naumberg, venu de Lutomiersk, exerce de 1823 à 1832 — sans traitement, rapporte la tradition communale — avant de gagner Łódź [Wirtualny Sztetl]. L'indépendance de la kehilla n'est formellement admise qu'en 1835, les autorités ayant longtemps rechigné à la reconnaître ; les premières élections communautaires se tiennent en 1832, et le dayan Pinchas Freidenreich devient le premier rabbin de la ville [Pinkas Hakehillot Polin, I]. Le mouvement est celui-là même que Simon Schwarzfuchs a décrit pour l'Europe du XIXe siècle : l'État moderne entend encadrer, dénombrer et normaliser des communautés qui, jusque-là, se gouvernaient seules [Schwarzfuchs, 1989].
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Chapitre 2 : Le décret de 1830 et la barrière du métier
L'année même où Konstantynów devient ville, un décret gouvernemental y règle le statut des Juifs. Sa clause décisive subordonne toute installation à un permis de séjour signé du bourgmestre, au motif déclaré d'empêcher une « concentration dommageable » de Juifs dans la cité — formule que les sources polonaises et hébraïques reproduisent identiquement [Pinkas Hakehillot Polin, I] [NID, zabytek.pl]. La disposition reste en vigueur jusqu'en 1862, date à laquelle un oukase impérial abolit les restrictions de mobilité des Juifs dans le royaume de Pologne [Pinkas Hakehillot Polin, I].
La croissance juive n'en fut pas pour autant rapide, et les raisons en sont instructives. La corporation des tisserands interdisait aux Juifs l'accès au textile ; ceux-ci répugnaient de leur côté au travail d'usine à cause du shabbat ; enfin, Łódź toute proche aspirait sans relâche les forces vives [Pinkas Hakehillot Polin, I]. En 1857, la ville compte 613 Juifs sur 2 917 habitants, soit 21 % ; en 1897, 1 091 sur 5 582, soit 19,5 % [Wirtualny Sztetl]. La structure des métiers, telle que la donne la liste des cent contribuables communautaires de 1864, révèle une économie de boutique et d'aiguille : cinquante-deux petits commerçants, dix-huit tailleurs, deux pelletiers, deux chapeliers, trois cordonniers, trois tanneurs, un rubanier, deux propriétaires [Pinkas Hakehillot Polin, I]. La ville drapière avait produit, à sa lisière, une communauté de colporteurs et d'artisans.
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Chapitre 3 : Sztiblekh, yeshiva et chaire rabbinique (1885–1939)
La vie religieuse de Konstantynów fut massivement traditionnelle et hassidique. Le courant dominant fut celui de Radoszyce–Sobota ; des partisans des tsadikim de Góra Kalwaria, d'Aleksandrów Łódzki et de Sochaczew entretenaient chacun leur propre sztibl, et une yeshiva réunissait plus de quatre-vingts élèves de la ville et des environs [Wirtualny Sztetl]. Une bourgade de quelques centaines de familles juives soutenait donc quatre lieux de prière distincts et une école supérieure : proportion qui en dit long sur l'intensité de l'étude dans ce paysage d'usines.
La succession rabbinique est documentée. Après Freidenreich, Szmuel Weiss occupe la chaire de 1885 à 1890 ; il laisse deux ouvrages, le Minchat Szmuel, consacré à la quatrième partie du Choulhan Aroukh, et le Diwrej Szmuel, recueil de réflexions talmudiques, avant de partir pour Węgrów [Wirtualny Sztetl]. Lui succède Menachem Dawid Grinbaum, venu de Nowy Dwór Mazowiecki, mort vers 1910 ; puis Jakow Aron Lewi, disparu pendant la Première Guerre mondiale ; enfin son gendre Chaim Radziński, dernier rabbin de Konstantynów, en fonction jusqu'en septembre 1939 [Wirtualny Sztetl]. Vers 1930, la communauté entreprend de bâtir une nouvelle synagogue destinée à remplacer l'ancienne, en bois ; les travaux n'étaient pas achevés en 1939 et ne le furent jamais [NID, zabytek.pl].
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Chapitre 4 : L'entre-deux-guerres — l'Aguda, le Beth Jacob et les jeunesses sionistes
Dans la Pologne indépendante, la politique juive locale fut dominée par l'Agoudat Israël, dont la section naît après la Première Guerre mondiale : tous les élus juifs au conseil municipal, trois ou quatre selon les mandatures, en relevaient. L'Aguda ouvre un heder en 1920, puis en 1925 une école Beth Jacob pour les filles [Wirtualny Sztetl]. Face à elle, les militants du Makabi et des Filles de Sion fondent une section de l'Organisation sioniste qui compte plus de cent adhérents, avec bibliothèque et club sportif ; suivent des groupes Poalei Tsion, Hitahdout et révisionnistes, et des mouvements de jeunesse — Gordonia dans les années 1920, Betar à partir de 1928, Brit he-Hayal en 1932, ce dernier présidé par le rabbin Naftali Meir Rozenblum [Wirtualny Sztetl]. Tous préparaient l'émigration vers la Palestine. Aux élections au congrès sioniste de 1937, les Sionistes généraux recueillent 48 voix, la Ligue pour la Palestine ouvrière 28, le Mizrahi 4 [Wirtualny Sztetl]. Aucune section du Bund n'est attestée dans les relevés locaux, alors même que le mouvement ouvrier juif structurait la Łódź voisine [Minczeles, 1995] : Konstantynów, ville de boutiquiers et de hassidim, échappa largement à cette matrice.
Les années 1930 apportent la peur. Les agressions antisémites y viennent surtout de la minorité allemande, organisée dans le Parti jeune-allemand de Pologne (Jungdeutsche Partei), dont le district était à Pabianice : en 1932, ses militants lapident un cortège de hassidim de Sochaczew portant de nouveaux rouleaux de la Torah vers leur sztibl ; en 1935, ils brisent les fenêtres de maisons juives et colportent la rumeur d'un attentat juif contre le temple protestant [Wirtualny Sztetl]. À la veille de la guerre, la ville comptait environ 1 300 Juifs [Wirtualny Sztetl] ; le catalogue du cimetière en retient 1 330 [Wikidata].
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Chapitre 5 : Treustadt — du 7 septembre 1939 au 22 décembre 1939
Les premières patrouilles allemandes paraissent à Konstantynów le 7 septembre 1939, la ville n'ayant pas été défendue ; elle est occupée le lendemain [Wirtualny Sztetl] [Histmag]. Incorporée au Reich dans le Warthegau, elle est rebaptisée Treustadt le 3 décembre 1939, puis Lindenau en 1941, enfin Tuchingen — du mot allemand désignant le drap — le 18 mai 1943 [Wikipédia polonaise, Konstantynów Łódzki]. Le programme est explicite : germanisation totale, expulsion des Polonais et des Juifs.
Les Volksdeutsche font aussitôt courir le bruit d'une liste noire de Juifs qui auraient aidé les autorités polonaises à réprimer les nazis locaux — y figuraient le rabbin Majer Rozenblum, les quatre frères Lautenberg, marchands, ainsi que Jehuda Lejb Bogajewicz et Mosze Zilberman, ces deux derniers quittant immédiatement la ville [Wirtualny Sztetl]. Les Juifs restés sont raflés pour le travail forcé dans l'usine abandonnée de Schweigart, pillés, sommés de livrer leurs objets de valeur, privés du droit d'acheter, la barbe coupée de force ; la synagogue est profanée et les rouleaux de la Torah brûlés [Wirtualny Sztetl] [NID, zabytek.pl]. Au matin du 22 décembre 1939, l'occupant ordonne à Baruch Scheiber, tenu pour le chef de la communauté, de préparer la population à la déportation ; il va de maison en maison annoncer le rassemblement du jour même [Wirtualny Sztetl]. La communauté est expulsée vers Głowno ; certains parviennent à fuir vers Łódź et Varsovie, où les ghettos se refermeront sur eux [NID, zabytek.pl]. Le ghetto de Głowno, créé le 12 mai 1940, abrita jusqu'à sept mille personnes, dont quelque deux mille cinq cents venues des territoires annexés — Konstantynów, Brzeziny, Zgierz, Aleksandrów Łódzki — sous un Judenrat présidé par Abram Rosenberg [Wikipédia polonaise, Getto w Głownie].
La ville vidée devint elle-même un instrument de la politique raciale. Le 5 janvier 1940, dans l'usine textile de quatre étages de K. Steinert et des frères Schweikert, rue Łódzka, les Allemands ouvrent le Durchgangslager Konstantinow, camp de transit pour les Polonais expulsés, dépendant de l'Umwandererzentralstelle de Poznań ; environ 1 200 détenus y périrent, dont les corps furent enfouis dans un carré séparé du cimetière municipal. Des prêtres de Łódź, arrêtés en octobre 1941, y transitèrent ; le 16 août 1943, le camp fut converti en Ost-Jugendverwahrlager pour enfants biélorusses, ukrainiens et russes jugés germanisables [Wikipédia polonaise, Obóz przesiedleńczy w Konstantynowie] [Histmag].
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Chapitre 6 : Rue Łaska — un cimetière sans pierres
Le cimetière juif occupe une parcelle d'environ 0,9 hectare au 62/64 de la rue Łaska, aujourd'hui dans l'emprise du centre municipal des sports et loisirs. Les sources divergent légèrement sur sa fondation : autour de 1827 selon la notice du catalogue et Wikipédia polonaise, aux environs de 1832 selon la fiche de l'Institut national du patrimoine — l'écart correspond exactement à la marge d'incertitude entre l'installation de la communauté et sa reconnaissance formelle [Wikidata] [NID, zabytek.pl]. Le site fut inscrit au registre officiel des cimetières juifs en 1981 [JewishGen, International Jewish Cemetery Project].
Sa destruction fut méthodique et symbolique. Pendant la guerre, les Allemands arrachèrent les stèles et en pavèrent des chemins et des trottoirs, notamment devant le siège de la Gestapo — l'actuelle bibliothèque municipale de la place Kościuszki — en les posant inscriptions vers le haut, afin que chacun voie sur quoi il marchait [Wikipédia polonaise, Cmentarz żydowski w Konstantynowie Łódzkim] [NID, zabytek.pl]. Le trottoir fut démonté après la guerre ; le sort ultérieur des dalles demeure inconnu. Le terrain, laissé sans soin durant des décennies, ne porte plus aucune trace de sépulture et s'est couvert d'une pinède, probablement de semis spontané [NID, zabytek.pl]. Aucun monument, aucune plaque ne signale le lieu, tandis que les victimes du camp de transit, elles, ont reçu en 2010 une stèle nominative au cimetière communal [Histmag] [LGD Prym].
Cette asymétrie commémorative n'est pas une singularité locale : elle reproduit le partage, longuement analysé par l'historiographie, entre un martyrologe national polonais abondamment monumentalisé et une mort juive laissée hors champ [Huener, 2003] [Woycicka, 2014]. Le devenir ordinaire des cimetières juifs polonais — terrains municipalisés, réaffectés, boisés, dont la propriété et le statut restent flottants pendant un demi-siècle — a été décrit de près par Yechiel Weizman [Weizman, 2022], et l'effacement matériel qui accompagne la disparition des communautés a trouvé, pour la Galicie voisine, sa description canonique chez Omer Bartov [Bartov, 2007]. Depuis peu, des descendants d'habitants juifs de Konstantynów ont formé le projet de retrouver les stèles survivantes et de marquer enfin l'emplacement [LGD Prym] — geste qui participe du retour de la mémoire juive dans l'espace public polonais étudié par Geneviève Zubrzycki [Zubrzycki, 2022].
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Chapitre 7 : L'autre Konstantynów — le Boug, le Va'ad et les pièges du nom
Le nom de Konstantynów est un toponyme de fondation seigneuriale : la « ville de Constantin », donnée en l'honneur d'un fondateur ou d'un patron. Il désigne, outre la cité drapière de Łódź, un bourg de Podlachie sur le Boug — Konstantynów nad Bugiem, ou Konstantynów Podlaski, קונסטאנטינוב en yiddish, Konstantinov en russe — situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Biała Podlaska. Le village s'appelait auparavant Kuzyrdzi ; il reçut son nom nouveau et les droits urbains, avec marché hebdomadaire et foires annuelles, en 1744 [JewishGen, IJCP] [Pinkas Hakehillot Polin, VII]. Sa population juive y est attestée dès la seconde moitié du XVIIIe siècle : 651 personnes en 1857, 783 en 1921 [JewishGen, IJCP].
C'est ici qu'une tradition savante réclame un examen. La notice du Pinkas Hakehillot consacrée à Konstantynów nad Bugiem affirme que le Conseil des Quatre Pays — le Va'ad Arba Aratsot, parlement de l'autonomie juive polono-lituanienne — y tint ses sessions à partir de 1751 [Pinkas Hakehillot Polin, VII]. L'affirmation est séduisante et, selon toute vraisemblance, erronée. L'historiographie de référence situe les assises du Va'ad aux foires de Lublin et de Jarosław, ce dernier lieu devenant prépondérant après 1680 et accueillant en 1753 l'un des derniers grands congrès, celui qui trancha la querelle d'Emden et d'Eybeschütz [Jewish Encyclopedia, « Council of Four Lands »] [Teatr NN, The Council of Four Lands]. Quant aux sessions tenues « à Konstantynów » — celle de 1751, qui préféra ne pas arbitrer la même querelle, et celle de septembre 1756, qui étendit à la Podolie le herem de Brody contre les sabbatiens et frappa lourdement les partisans de Jacob Frank —, tout indique qu'elles se tinrent au Konstantynów oriental, en Volhynie, région qui était précisément l'un des quatre « pays » représentés au Conseil [YIVO Encyclopedia, « Frankism »]. Le bourg du Boug, fondé comme ville en 1744 seulement, n'avait ni foire d'envergure ni poids communautaire pour héberger la diète juive du royaume. La mémoire locale a hérité d'un prestige emprunté à une homonymie : cas d'école de ce que l'archive fait à la tradition.
La fin, elle, ne prête à aucune confusion. Dès les premiers mois de l'occupation, les Juifs de Konstantynów Podlaski furent envoyés dans les camps de travail des environs, Worgule, Leśna Podlaska, quelques familles étant déportées à Neuengamme durant l'hiver 1939-1940 ; en mai 1942, une sélection menée par les SS avec l'aide de la police bleue dirigea une centaine d'hommes vers le camp de Rogoźnica et vingt autres vers une destination inconnue, le Judenrat étant chargé de ravitailler ces camps [Teatr NN, Akcja Reinhardt]. Le 22 septembre 1942, l'ordre fut donné à toute la population juive de gagner Biała Podlaska sous trois jours ; ceux qui restaient le 25 y furent convoyés sous escorte, puis dirigés vers Międzyrzec Podlaski, et le 6 octobre vers le centre de mise à mort de Treblinka [Teatr NN, Akcja Reinhardt]. La chronique de Biała Podlaska enregistre l'arrivée de 1 150 Juifs venus de Konstantynów [Teatr NN, Biała Podlaska]. La synagogue, qui bordait le côté nord de la place du marché, fut selon toute probabilité détruite par les Allemands ; le cimetière fut dévasté pendant puis après la guerre, et un relevé de 1991 y comptait encore une vingtaine de stèles [Teatr NN, Akcja Reinhardt]. En 2014, Meir Halevi Gover a retrouvé les feuilles d'un recensement allemand d'avril 1940 et rendu leurs noms à 1 320 des victimes de ce bourg [Gover, 2018]. Ce que le catalogue laisse en blanc, un descendant l'a rempli à la main.
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Les grandes figures
Mikołaj Krzywiec-Okołowicz (dates inconnues) — Propriétaire terrien polonais, il fonde en 1821, sur les terres de Żabice Wielkie, la colonie manufacturière privée qui devient Konstantynów, pensée pour les drapiers et tisserands venus des pays allemands. Son projet n'avait pas prévu d'habitants juifs ; ceux-ci furent pourtant 516 dès 1827 et fondèrent leur communauté en 1823. L'écart entre l'intention du fondateur et le peuplement réel commande toute l'histoire ultérieure de la ville, jusqu'au décret restrictif de 1830 [Wirtualny Sztetl] [NID, zabytek.pl].
Jechezkiel Naumberg (dates inconnues) — Dayan de Lutomiersk, il exerce à Konstantynów de 1823 à 1832, dans les premières années de la communauté, avant de poursuivre sa carrière à Łódź. La tradition communale rapporte qu'il n'y perçut aucun traitement, la kehilla n'étant pas encore reconnue par les autorités du royaume. Il est, chronologiquement, la première autorité rabbinique attestée du lieu, et son passage marque le moment où une population d'immigrants se dote d'un tribunal et d'une jurisprudence [Pinkas Hakehillot Polin, I] [Wirtualny Sztetl].
Pinchas Freidenreich (dates inconnues) — Dayan à partir de 1832, il devient le premier rabbin en titre de Konstantynów, la communauté étant officiellement reconnue en 1835. Le récit local, transmis par le livre du souvenir, lui prête une vigilance sévère envers les Juifs employés dans les fabriques appartenant à des chrétiens et envers les femmes qu'il jugeait exposées au relâchement des mœurs de la ville industrielle. Sa figure incarne la tension entre halakha et modernité ouvrière propre à ces cités-usines de la région de Łódź [Pinkas Hakehillot Polin, I] [Forum for Dialogue].
Szmuel Weiss (dates inconnues) — Rabbin de Konstantynów de 1885 à 1890, il est l'auteur du Minchat Szmuel, commentaire portant sur la quatrième partie du Choulhan Aroukh, et du Diwrej Szmuel, recueil de réflexions talmudiques. Il quitte la ville en 1890 pour Węgrów. Son œuvre imprimée fait de lui le seul rabbin local dont l'enseignement ait survécu sous forme de livre, hors de toute archive communautaire — ces deux titres constituent aujourd'hui le principal vestige intellectuel de la kehilla [Wirtualny Sztetl].
Menachem Dawid Grinbaum († vers 1910) — Venu de Nowy Dwór Mazowiecki, il succède à Szmuel Weiss en 1890 et occupe la chaire jusqu'à sa mort, vers 1910. Son rabbinat couvre la période où la communauté, forte de 1 091 âmes en 1897, atteint sa plus grande étendue relative avant la Première Guerre mondiale, dans une ville majoritairement peuplée de Polonais et d'Allemands. Il eut la charge d'une population profondément hassidique, répartie entre plusieurs sztiblekh rivaux [Wirtualny Sztetl].
Jakow Aron Lewi († pendant la Première Guerre mondiale) — Troisième successeur de Freidenreich, il devient rabbin de Konstantynów après 1910 et meurt durant le conflit. Sa mort ouvre une vacance dans une communauté éprouvée par la guerre et les réquisitions. Son nom demeure attaché à la ville par sa descendance : son gendre, Chaim Radziński, reprendra la charge et sera le dernier à l'exercer. La continuité rabbinique de Konstantynów s'est ainsi transmise, à la fin, par alliance familiale [Wirtualny Sztetl].
Chaim Radziński (dates inconnues) — Gendre de Jakow Aron Lewi, il est le dernier rabbin de Konstantynów, en fonction jusqu'en septembre 1939, date à laquelle il gagne Łódź. Son rabbinat coïncide avec les années de la domination de l'Aguda sur la politique juive locale, avec le chantier inachevé de la nouvelle synagogue entrepris vers 1930, et avec la montée des agressions du Parti jeune-allemand. Après son départ pour Łódź, sa trace se perd dans le sort commun des Juifs de la ville [Wirtualny Sztetl] [NID, zabytek.pl].
Naftali Meir Rozenblum (dates inconnues) — Rabbin à Konstantynów dans l'entre-deux-guerres, il prend en 1932 la tête de la section locale du Brit he-Hayal, organisation de jeunesse liée à la mouvance révisionniste, ce qui le place à contre-courant du camp orthodoxe dominant. En septembre 1939, son nom figurait, selon la rumeur répandue par les Volksdeutsche, sur une prétendue liste noire allemande de Juifs ayant soutenu les autorités polonaises contre les militants nazis locaux. Il illustre la porosité, dans ces bourgades, entre autorité rabbinique et engagement sioniste [Wirtualny Sztetl].
Baruch Scheiber (dates inconnues) — Tenu par l'occupant pour le responsable de la communauté, il reçoit au matin du 22 décembre 1939 l'ordre de préparer la population juive à la déportation. Il parcourt la ville de porte en porte pour annoncer le rassemblement du jour même. Son nom est le dernier nom juif de Konstantynów consigné dans une fonction publique : il désigne la position sans issue des notables désignés d'office, contraints de transmettre l'ordre qui allait anéantir les leurs [Wirtualny Sztetl].
Abram Rosenberg (dates inconnues) — Président du Judenrat du ghetto de Głowno, créé le 12 mai 1940 dans le quartier de villégiature de Borówka, il eut la charge d'une population qui atteignit sept mille personnes, dont environ deux mille cinq cents déportés des territoires annexés, parmi lesquels les Juifs expulsés de Konstantynów en décembre 1939. Le ghetto fut liquidé en 1941, ses habitants dirigés notamment vers Varsovie. Son nom relie le destin de Konstantynów à celui des ghettos du Gouvernement général [Wikipédia polonaise, Getto w Głownie].
Meir Halevi Gover (dates de naissance inconnues, vivant) — Généticien-généalogiste, fils de Shlomo Halevi Garbarz Gover, natif de Konstantynów Podlaski, il a consacré au shtetl de son père un livre du souvenir publié à partir de 2018 en plusieurs éditions successives. En 2014, il a exhumé les documents d'un recensement allemand d'avril 1940 et rendu leur identité à 1 320 des quelque mille sept cent cinquante Juifs du bourg assassinés à Treblinka en octobre 1942. Son travail nourrit aujourd'hui la base des noms de la Fondation Mémoire de Treblinka [Gover, 2018] [Memory of Treblinka Foundation].
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Conclusion
Au bout de ce parcours, la ligne de catalogue s'est transformée. Le cimetière de la rue Łaska n'est pas seulement un polygone de 0,9 hectare : c'est le dernier bien immobilier d'une communauté née en 1823 dans une ville d'usine qui ne la voulait pas, contenue par un décret de 1830, exclue du métier de tisserand par la corporation, maintenue autour du vingtième de la population pendant un siècle, et pourtant capable d'entretenir une yeshiva, quatre foyers hassidiques, une bibliothèque, une école de filles et une demi-douzaine de mouvements politiques. Le catalogue ne relève aucune stèle, et pour une raison qui appartient pleinement à l'histoire : les stèles furent arrachées et posées à l'endroit, inscriptions visibles, sous les pas des passants, devant le siège de la Gestapo.
Ce livre laisse subsister deux incertitudes qu'il serait malhonnête de lisser : la date de fondation du cimetière, que les sources placent tantôt vers 1827, tantôt vers 1832 ; et la localisation exacte des sessions du Conseil des Quatre Pays attribuées à « Konstantynów », que l'état de la recherche rattache selon toute vraisemblance à la Volhynie et non au bourg du Boug. Il laisse aussi une tâche ouverte, que d'autres ont commencée ailleurs : retrouver les dalles, nommer les morts, marquer l'enclos. À Konstantynów Podlaski, un fils d'émigré a rendu 1 320 noms à un bourg qui n'en avait plus. À Konstantynów Łódzki, le sous-bois de pins attend encore la première pierre portant une inscription.
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Sources & resources
- Yechiel Weizman, Unsettled Heritage (2022)
- Omer Bartov, Erased: Vanishing Traces of Jewish Galicia in Present-Day Ukraine (2007)
- Henri Minczeles, Histoire générale du Bund. Un mouvement révolutionnaire juif (1995)
- Simon Schwarzfuchs, Du Juif à l'israélite. Histoire d'une mutation, 1770-1870 (1989)
- Geneviève Zubrzycki, Resurrecting the Jew (2022)
- Zofia Woycicka, Arrested Mourning (2014)
- Jonathan Huener, Auschwitz, Poland, and the Politics of Commemoration, 1945-1979 (2003)
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Konstantynów — Zakhor, https://zakhor.ai/en/grands-livres/lieux/konstantynow