- Hebräischer Name
- אֵיכָה
- Transliteration
- Eikha
- Kapitel
- 5
Cinq poèmes sur une ville détruite, et le monument de deuil du corpus. Jérusalem est assise à terre, veuve, ses routes désertes, ses enfants affamés ; les mères font l'impensable pendant le siège. Le texte ne détourne pas les yeux et ne conclut pas vite.
Sa forme est d'une rigueur remarquable : quatre des cinq poèmes sont des acrostiches alphabétiques, le troisième triplant chaque lettre. Cette contrainte formelle appliquée à un chagrin sans mesure a frappé tous les lecteurs — comme si la seule chose qu'on puisse encore tenir, quand tout s'est effondré, était l'ordre de l'alphabet.
On le lit le 9 av, assis par terre, à la lueur faible, dans la même posture que les endeuillés. Ce jour a agrégé les catastrophes ultérieures — la destruction du second Temple, l'expulsion d'Espagne — et ce livre en est le texte. C'est le dispositif de mémoire collective le plus ancien encore en fonctionnement dans le judaïsme : une date, une posture, un texte, sans interruption depuis vingt-six siècles.
Au milieu du troisième poème, une brèche : les bontés de Dieu ne sont pas épuisées, elles se renouvellent chaque matin. Le verset est célèbre parce qu'il est isolé, presque incongru dans ce noir.
Le livre se termine sans résolution, sur une question suspendue : nous aurais-tu rejetés définitivement ? L'usage liturgique répète alors l'avant-dernier verset pour ne pas finir là — geste de lecture qui dit à quel point cette fin nue reste difficile à soutenir.