צפרו
المنطقة: Maroc (Moyen Atlas)
السجل الذاكرة · وديع، وليس مالكًا
Accrochée au versant nord d'un contrefort du Moyen Atlas, à 28 km au sud-est de Fès et à 850 mètres d'altitude, entourée de vergers et réputée pour ses cerises, Sefrou (צפרו) fut l'une des plus anciennes communautés juives du Maroc, au point d'être surnommée « la petite Jérusalem ». Le oued Aggai — appelé aussi Waad el-Yehud, la « rivière des Juifs » — la traverse et borde le mellah, dont maisons et boutiques donnaient directement sur son cours. Selon les historiens arabes, la région comptait de nombreux « judaïsants » dès la conquête arabe, et des Juifs venus du sud maroco-algérien et du nord s'y installèrent au XIIIe siècle ; mais, longtemps éclipsée par la capitale Fès dont elle servait de refuge en temps de persécutions, la communauté n'apparaît vraiment dans les sources juives qu'après l'expulsion d'Espagne. Le premier hakham connu, Rabbi David Aragil (actif vers 1622-1625), descendant des expulsés et venu de Fès, y dirigeait une yeshiva ; la synagogue « Tzla del-Hakham » portait son nom. Le mellah, jadis « Qasr al-Kuffar » (quartier des mécréants), fut, selon la tradition, bâti par un souverain mérinide entre les ksour pour protéger les dhimmis ; faute d'espace, ses maisons montaient jusqu'à trois étages, entassant quelque 4 000 Juifs sur une dizaine de dounams. La vie communautaire reposait sur le Nagid — intercesseur auprès du pouvoir, charge périlleuse —, les « sept notables de la ville » (shiv'a tovei ha-ir) et le bet din ; une réforme de 1860 institua un conseil de treize hommes et un comité restreint de cinq. De nombreuses takkanot documentées réglaient cette charge (dont l'interdiction faite à la famille Ben Harosh de l'occuper, dès 1723) et organisaient l'entraide contre l'oppression fiscale et les délateurs (moser). Malgré sa petitesse, Sefrou fut un grand foyer de Torah et de kabbale. La tradition retient la « compagnie pure » de Rabbi Moshe ben Hammou (actif jusqu'en 1710), puis les figures de Rabbi Shaul Yeshua Abitbol (« Shisha », 1739-1809), quarante-neuf ans de dayanout et auteur des responsa Avnei Shayish, et surtout de Rabbi Raphaël Moshé Elbaz (« ha-Rama mi-Sefrou », né en 1823, mort en 1896), halakhiste, kabbaliste, poète et historien prolifique (Kisse ha-Melachim, Halacha leMoshe, Eden miKedem). Les charges rabbiniques revinrent surtout aux familles Elbaz, Abitbol, Ovadia, Azoulay, Ben Zikri, Ben Hammou, Adhan et Maman. En matière de halakha, on suivait le psak de Maran (Shulhan Aruch) selon la règle « tri migo telat », sauf en droit matrimonial et successoral, où l'on gardait les minhagim des expulsés de Castille. Les rapports au Makhzen furent dominés par le poids des impôts et l'arbitraire des gouverneurs : emprisonnements des dayanim et des nagidim sous Moulay Yazid, sièges berbères d'Amhaouch rachetés par rançon sous Moulay Slimane, extorsions du gouverneur Omar Aït Yousi dont la mort au combat en 1904 fut instituée en « Pourim de Sefrou » (21 Sivan). Le mellah fut encore assiégé par des tribus berbères en 1911, avant l'entrée des Français la même année. La ville subit aussi de terribles crues (48 morts en 1890 ; 21 morts et 1 450 sans-abri à la veille de Souccot 1950), soulagées par l'aide de l'Alliance, du Joint et des grandes communautés voisines. L'instruction fit la gloire de Sefrou : de la yeshiva-kollel « Vezot liYehuda » (fondée en 1892 par Rabbi Moshe Marciano de Debdou) au Talmud Torah « Em Habanim » (1917), à la yeshiva Beit David, à l'école de filles Beit Rivka des Loubavitch et à l'école de l'Alliance israélite universelle ; ses élèves excellaient aux concours de Rabat. Une riche vie de confréries (inhumation sous le patronage de Rabbi Chimon bar Yochaï, laveurs des morts, hospitalité, malades), des coutumes propres (« urs del ktayeb », takkanot somptuaires de 1904, distribution d'argent aux enfants le 9 Av — trace d'un sabbataïsme local) et le culte de saints comme Rabbi Yitzhak del-Mila animaient la communauté. À partir de 1961, l'émigration vers Israël la vida — au point d'en faire « une ville de femmes » —, son dernier grand dayan et historien, Rabbi David Ovadia, émigrant en 1964 après avoir consigné son histoire dans la monographie Kehilat Sefrou (Jérusalem, 1975).
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