מקנאס
المنطقة: Maroc (Moyen Atlas)
السجل الذاكرة · وديع، وليس مالكًا
Surnommée « Jérusalem du Maroc » (Yeroushalayim de-Maroko), Meknès fut l'un des plus grands foyers rabbiniques du royaume et une véritable « ville-mère » du judaïsme marocain. Son prestige tient d'abord à la dynastie Toledano, issue des exilés d'Espagne. La tradition rapporte que, chassés de Tolède après le décret de 1492, Rabbi Yossef et son fils Rabbi Daniel, « chef des sages de Castille », prêtèrent le serment de ne jamais y revenir et changèrent leur nom en « Toledano » (« Tolède, non »). De Salonique, la famille gagna Fès, où Rabbi Daniel fonda une grande yeshiva, avant que ses descendants ne s'établissent à Meknès. Sur plus de trois siècles, la « chaîne d'or » des Toledano aurait compté, selon la tradition, quarante-cinq maillons de rabbins, dayanim, gaonim et ḥassidim, et donna la majorité des rabbins de la ville — mais aussi de Rabat, Salé et Tanger. Lorsque le sultan Moulay Ismaïl, monté sur le trône en 1672, fit de Meknès sa capitale et voulut y rivaliser avec le Versailles de Louis XIV, la communauté connut une influence exceptionnelle. Rabbi Daniel Toledano (le second) fut nommé conseiller et vice-roi (mishneh la-melekh) et usa de sa proximité avec le pouvoir en faveur des juifs, admis alors dans tous les commerces ; son fils Rabbi Yossef lui succéda, tandis que Rabbi Ḥayyim et Rabbi Ḥabib he-Ḥassid furent envoyés comme émissaires du sultan en Hollande et en Angleterre. En 1701, accablés d'impôts levés à Fès pour les guerres du sultan, la plupart des juifs de cette ville s'installèrent à Meknès, où leur condition était plus douce. La vie savante y fut d'une densité rare. Rabbi Yehuda ben Attar, « Rabbi el-Kbir », s'y réfugia de 1701 à 1704 ; les Toledano donnèrent le Maharḥat (Rabbi Ḥayyim) et le Mahari"t (Rabbi Yaacov, gadol ha-dor qui dirigea la communauté plus de quarante ans), tandis que Rabbi Moshe Berdugo, le Mashbir, et Rabbi Ḥayyim Berdugo rayonnaient sur tout le Maroc. Au XXe siècle brillèrent Rabbi Ḥayyim et Rabbi Yossef Messas — ce dernier grand-rabbin de Tlemcen puis de Haïfa — et Rabbi Refael Ankaoua, grand-rabbin du Maroc. La topographie juive s'organisait autour du Mellah ancien et du « Mellah Zdid », des synagogues El Attar (lieu de prière des Toledano) et Bousidan, de la cour « Dar el-Biya » liée au miracle de la lionne, et de l'ancien cimetière où repose le tzaddik Rabbi David Bousidan, but de hilloula. Meknès soutint financièrement Tibériade, au point que la ville de Galilée fut surnommée « la petite Meknès ». La figure dominante du dernier siècle fut Rabbi Rephaël Baroukh Toledano (1890-1971), rosh av beit din. Face à la sécularisation amorcée avec le protectorat français (1912) et l'ouverture du Mellah, il opposa aux écoles de l'Alliance israélite universelle un grand Talmud Torah de vingt-quatre salles et mille cinq cents élèves, et fonda Bikur Ḥolim (1925), Shuvu Banim et Dovev Siftei Yeshenim. Avant lui, Rabbi Zeev Halperin avait créé dès 1912 la yeshiva Beit-El Etz-Ḥayim et la société Maḥzikei ha-Dat ; après la Shoah, des émissaires Chabad ouvrirent Tiferet Baḥurim. La communauté conserva des coutumes propres : ta'anit dibbour à Rosh Ḥodesh Shvat, prière vatikin de deux heures, shirat ha-bakashot du recueil Yismaḥ Yisrael, port de la mitznefet rabbinique. L'émigration massive vers Israël, endeuillée par le naufrage du navire Egoz au large de Gibraltar (10 janvier 1961), vida peu à peu la ville ; Rabbi Baroukh lui-même monta en Israël en 1965.
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