מרקש
المنطقة: Maroc (Haouz)
السجل الذاكرة · وديع، وليس مالكًا
Marrakech, la « ville rouge » (al-Madina al-Hamra) fondée par les Almoravides sous Youssef ibn Tachfine vers 1062, abrita l'une des plus anciennes et importantes communautés juives du sud marocain. Son nom apparaît dès la première moitié du XIIe siècle dans une version de l'élégie « Aha Yarad » attribuée à Rabbi Abraham ibn Ezra, pleurant les Juifs du Maghreb sous les Almohades — une tradition discutée, d'autres versions ne mentionnant pas la ville. Avant l'installation permanente, il était interdit aux Juifs d'y passer la nuit ; la communauté organisée la plus proche était celle d'Aghmat, patrie de Rabbi Zekharia al-Aghmati, auteur du « Sefer haNer ». Si les Almoravides — période décrite par R. Yaakov Moshe Toledano comme l'une des plus heureuses des Juifs du Maroc — élevèrent des percepteurs et hauts fonctionnaires juifs, la conquête almohade (prise de Marrakech en 1146) apporta conversions forcées, destructions de synagogues et martyrs, dont Rabbi Yehuda ibn Sousan, maître de Maïmonide, mis à mort en 1165. Le premier témoignage d'une communauté organisée est celui de Rabbeinu Ephraim Ankaoua, réfugié des pogroms de 1391, qui y prêcha un Chabbat. Après l'expulsion d'Espagne de 1492, des megorashim (expulsés) rejoignirent les toshavim (résidents anciens : Ben Guiane, Ben Tabo, Bar Yishmael…), formant une communauté aux coutumes propres ; la tradition attribue à trois de leurs notables la fondation de la synagogue « Slat Al-Azama ». Sous les Saadiens, Moulay Abdallah al-Ghalib fit de Marrakech sa capitale et regroupa les Juifs dans un mellah séparé, adossé aux casernes royales et aménagé de 1557 à 1622. Le pogrom des « onze jours » (1578, guerre des Trois Rois) décima une population évaluée à quelque 60 000 âmes par le chroniqueur Shmuel ben Danan — premier chiffre connu ; la porte fortifiée dite « l'arche de Rabbi Mordechai ben Attar » fut édifiée en 1622 et vénérée près de trois siècles et demi. Famines, épidémies et lourds impôts marquèrent les XVIe-XVIIe siècles, tandis que des Juifs servaient d'agents du roi (familles Ben Waïsh, Shmuel Pallache). Centre économique, culturel et spirituel de tout le Sud, Marrakech aurait compté 300 à 400 sages au XIXe siècle et de grandes yeshivot, dirigées successivement par R. Yitzhak Delouya (fondateur, mort en 1711), R. Avraham Azoulay, R. Moussa ben David Ohayon « Tahoni », R. Moshe Rosilio (« Kol Mevaser ») et R. Masoud ben Moha. Elle fut un berceau de la kabbale — R. Shalom Bouzaglo, auteur du « Mikdash Melech », commentaire du Zohar, et l'illustre R. Aharon ibn Haim (« Korban Aharon »). Un paradoxe demeure : malgré cette grandeur, pillages, incendies et inondations ont laissé fort peu d'œuvres imprimées. Sous le statut de dhimmis (« tnaï Omar »), les Juifs subirent humiliations, travail forcé le Chabbat et persécutions locales (Antifa, Demnat, affaire Yaakov Dahan flagellé à mort), suscitant les interventions de Moïse Montefiore (1864) et de l'Alliance. Le sultan Moulay al-Hassan (1873-1894), bienveillant, offrit le terrain « Lebhira » qui agrandit le mellah. L'économie reposait sur l'orfèvrerie — surtout de l'argent, le voyageur Ali Bey notant qu'« à Marrakech, seuls les Juifs sont orfèvres » —, la couture et la broderie, la cordonnerie et le change, portée par une éthique de solidarité et de probité. Grandes familles marchandes (Corcos, Nehmias, Wizman, Zaafrani, Sonbal) et lignées rabbiniques (Abitbol, Azoulay, Ibn Haim, Zrihen) structuraient la vie communautaire, rythmée par l'étude nocturne du Zohar, la Mimouna à la Ménara et les prières de la pluie au cimetière lors des sécheresses (1935/36). L'école de l'Alliance israélite (charte de 1876, première cohorte de garçons en 1928, ~1 107 élèves en 1936) coexista et rivalisa avec l'enseignement traditionnel. Forte d'environ 25 640 âmes en 1936 et de ~18 500 dans les années 1950, la communauté se vida par l'aliyah massive des années 1950-1960 (via le château de Cambous), malgré l'appel de Mohammed V à Henri Kadoche pour un retour des Juifs. Son cimitière aux tombes blanches de style andalou, relevé par Haïm Abgi dans « Avnei Zikkaron », demeure un fragile témoin de cette mémoire.
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