פאס
المنطقة: Maroc (Moyen Atlas)
السجل الذاكرة · وديع، وليس مالكًا
Fondée en 808 par Moulay Idriss II, Fès fut l'un des plus anciens et prestigieux foyers du judaïsme marocain. Selon les sources arabes, des Juifs vivaient déjà aux alentours à la fondation de la ville ; peu après, quelque 8 000 Arabes et Juifs venus d'Espagne et d'Asie s'y établirent, et un siècle plus tard la communauté était mentionnée avec honneur, au point qu'au 11e siècle Fès était en grande partie juive. La tradition fait remonter l'implantation juive au Maroc à plus de deux millénaires, antérieure à la destruction du Second Temple. Le géographe Al-Bakri notait que Fès comptait plus de Juifs que toute autre ville ; Nicolas Clénard, hébergé au mellah en 1540-1541, y dénombrait 4 000 âmes, et Marmol plus de 10 000 en 1545. Les Juifs, dhimmis soumis à la capitation (jizya), devaient en outre fournir à la cour huile, viande et parfums. Selon les takanot, la communauté était dirigée par sept notables (tovei ha-ir) et un naguid — charge souvent héréditaire (familles Maïmran, Rouiti) — chargé de répartir l'impôt ; un conseil et un gizbar (trésorier) s'y adjoignirent au 19e siècle. Le statut varia selon les dynasties : relativement clément sous les Idrissides, Mérinides et Saadiens, il devint catastrophique sous les Almohades (1146-1269), avec persécutions, signe d'infamie et conversions forcées — Ibn Ezra recensant quelque 23 communautés détruites et composant l'élégie « Oy Efès kol qehal Fès ». C'est alors que Maïmonide, réfugié à Fès auprès de son maître R. Yehouda ha-Cohen ibn Soussan (tué en martyr), écrivit ses lettres de consolation. La topographie juive s'organisa autour du mellah, le premier et longtemps l'unique du Maroc, fondé en 1438 après un pogrom dans le quartier de la médina (« Foundouk el-Yehoudi ») ; les Juifs, d'abord installés à Fès el-Bali, furent transférés à Fès el-Jdid, près du palais. On y comptait la grande synagogue des Toshavim et cinq synagogues des Megorachim, un Talmud Torah, le cimetière et le lieu de réinhumation dit « el-Guisa », ainsi que les tombes vénérées de R. Yehouda ben Attar et de R. Yaakov Kanizal, visitées en temps de sécheresse. Les expulsions d'Espagne et du Portugal (1391, 1492, 1496) amenèrent les Megorachim, qui introduisirent crédit, commerce international, raffineries et manufactures, fondant la distinction durable entre Toshavim installés de longue date (tels les Ibn Danan) et nouveaux venus. Cette fracture nourrit un long conflit sur la shehita, ouvert vers 1521-1526 et relaté dans le « Ets Hayim » de R. Hayim Gagin. Les chroniques des familles Ibn Danan et Serero détaillent famines (1521-1524, 1737-1738), l'épidémie de 1558 (1 640 morts juifs), le séisme de 1624 et surtout les persécutions de Moulay al-Yazid (1790-1792), qui expulsa les Juifs à la Qasba di Zirara, profana le cimetière et bâtit une mosquée avec les pierres tombales, avant que Moulay Slimane ne les rétablît. Centre spirituel majeur — « de Fès sortira la Torah » —, la ville fut le berceau de la grammaire hébraïque (Yehouda ben Koreish, Dounash ben Labrat, Ibn Hayyuj), la cité du Rif (R. Its'hak Alfassi, 1013-1103) et un lieu d'étude de Maïmonide. Elle produisit une lignée ininterrompue de sages : les Uziel, Serero, Ibn Danan, les Tsarfati (descendants de Rashi), R. Yehouda ben Attar (1655-1733), le Yaabetz (R. Yaakov ibn Tsour, 1673-1753), R. Shmuel ben Elbaz et R. Hayim ben Attar, l'Or ha-Hayim. Beaucoup montèrent en Terre d'Israël, tel R. Avraham Azoulay, ancêtre du Hida, mort à Hébron. Une imprimerie hébraïque y fonctionna dès 1516 (premier ouvrage : le Sefer Aboudarham). La communauté conserva des coutumes propres, tel le « Purim del-Kor » du 22 kislev et le chant « Shir Hadash » de R. Yehouda ben Attar récité chaque Pessah. L'ouverture de consulats européens (1892-1895), puis le protectorat français, allégèrent enfin son antique statut d'infériorité, avant l'émigration du 20e siècle vers Israël et la France.
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