
Leo Baeck Institute
क्षेत्र : New York / Jérusalem / Londres
रजिस्टर इतिहास · जमाकर्ता, मालिक नहीं
12 सितंबर 2026 को प्रकाशित
German-speaking Judaism पर अनुसंधान; प्रवासी अभिलेख और निधि।
Introduction
L'effondrement de la judéité germanophone sous le national-socialisme constitue l'une des ruptures les plus profondes de l'histoire juive moderne. En l'espace d'une décennie, une communauté qui avait nourri la philosophie, la science, le droit, la musique et la théologie de l'Europe centrale fut anéantie, dispersée ou contrainte à l'exil. Au lendemain de cette catastrophe, un petit groupe de survivants et d'émigrés conçut le projet de sauvegarder non seulement la mémoire des victimes, mais l'intégralité d'un héritage culturel : la pensée, les institutions, les archives familiales, les correspondances et les œuvres d'un monde révolu. De ce dessein naquit le Leo Baeck Institute.
Fondé en 1955, l'institut porte le nom du dernier représentant public du judaïsme allemand, le rabbin Leo Baeck (1873–1956), qui survécut au camp de Theresienstadt et accepta d'en devenir le premier président international. Le présent ouvrage retrace la genèse de cette institution, le profil de ses fondateurs, l'architecture singulière de ses centres, la nature de ses collections et la mission savante qu'elle s'est donnée. Il suit l'institution là où elle travaille réellement : dans la salle de lecture de la 73e rue Est puis du Center for Jewish History, dans les rayonnages de Jérusalem où l'on identifie aujourd'hui les volumes rescapés de la bibliothèque du Centralverein, dans les boîtes d'archives où dorment les manuscrits de Joseph Roth, dans les dossiers généalogiques où un correspondant anonyme et un compositeur de Broadway occupent le même rang.
Cette version du livre s'enrichit d'une pièce qui déplace le centre de gravité chronologique de l'ensemble. Le 3 mai 2018, le Leo Baeck Institute a versé sur Internet Archive une collection numérisée quasi complète de Ha-Me'assef — « Le Collecteur » —, première revue en langue hébraïque de la Haskala : les volumes 1 à 6 couvrant les années 1783 à 1790, le volume 7 daté de 1797, et les trois volumes de la nouvelle série parus entre 1808 et 1811 [Le Leo Baeck Institute met en ligne la collection complète de Ha-Me'assef, organe hébraïque de la Haskala (1783-1811)]. Un institut fondé pour recueillir les débris d'une civilisation détruite au XXe siècle remet ainsi en circulation l'organe qui, cent soixante-dix ans plus tôt, avait servi de tribune à l'entrée des Juifs d'Allemagne dans la modernité européenne. La boucle est saisissante : la même institution conserve le premier journal hébreu des Lumières juives et le certificat de décès d'un colporteur hessois mort sous les roues d'une calèche new-yorkaise.
L'ouvrage conserve par ailleurs les développements consacrés au fonds Bruck (AR 3940), à la communauté des Yekkes de Palestine mandataire, au fonds Joseph Roth, à la recherche généalogique menée en 1985 à la demande de Stephen Sondheim, et à John Rayner, l'enfant du Kindertransport devenu liturgiste du judaïsme libéral britannique. Là où les sources documentaires concordent, le récit s'établit fermement ; là où la tradition mémorielle prolonge l'archive — ou la contredit —, l'ouvrage le signale, conformément au cadrage épistémique adopté section par section.
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संस्करण (1)
- v1 · वर्तमान · 12 सित॰ 2026
Chapitre 1 : Leo Baeck dans la nuit de Theresienstadt
L'institut tire son nom de Leo Baeck, figure tutélaire du judaïsme libéral allemand dont la trajectoire personnelle condensa, mieux que tout autre, la tension entre dignité et catastrophe. Né le 23 mai 1873 à Lissa, en Posnanie, dans une famille rabbinique, Baeck fit ses études à Breslau puis à Berlin, où il fut ordonné rabbin et où il enseigna à la Hochschule für die Wissenschaft des Judentums. Au fil de la République de Weimar, il s'imposa comme le représentant le plus écouté du judaïsme libéral allemand, auteur d'une théologie de l'éthique dont l'ouvrage central, Das Wesen des Judentums (1905), fut réédité à plusieurs reprises, remanié — notamment dans l'édition de 1922, où il revint sur son appréciation de la mystique juive — et traduit en plusieurs langues.
Lorsque les nazis prirent le pouvoir en 1933, Baeck refusa l'exil. Il prit la tête de la Reichsvertretung der deutschen Juden, puis de la Reichsvereinigung der Juden in Deutschland, assumant la direction d'une communauté que l'État entendait anéantir. À plusieurs reprises, des voies de sortie lui furent offertes — des offres qu'il déclina systématiquement, estimant qu'un berger ne quitte pas son troupeau. En janvier 1943, il fut déporté à Theresienstadt, le camp-ghetto de Bohême que les nazis présentaient à l'opinion internationale comme un modèle de traitement humain. Il y survécut, dispensant des cours clandestins de philosophie à ses codétenus jusqu'à la libération en mai 1945.
Ce survivant de soixante-douze ans s'installa ensuite à Londres, où il enseigna au Leo Baeck College, et accepta en 1955 de prêter son nom et sa présidence à l'institution naissante. Le choix de cette figure n'était pas honorifique mais programmatique : en se réclamant de Baeck, les fondateurs affirmaient que la mémoire du judaïsme germanophone devait être portée par celui qui avait traversé la catastrophe sans renier l'idéal humaniste et religieux qui l'avait formé. Il mourut à Londres le 2 novembre 1956, environ dix-huit mois après la fondation officielle de l'institut — laissant derrière lui une institution dont il avait symboliquement consacré l'existence, et une revue annuelle qui, dès cette même année 1956, commença de paraître sous son nom.
Un détail de filiation intellectuelle mérite d'être noté ici, car il éclaire les chapitres qui suivent. La théologie de Baeck se situait dans le droit fil d'une tradition inaugurée un siècle et demi plus tôt par les maskilim de Königsberg et de Berlin : celle d'un judaïsme qui accepte de se dire dans la langue de la philosophie européenne sans renoncer à sa source hébraïque. Quand l'institut qui porte son nom numérise aujourd'hui les volumes de Ha-Me'assef, il ne s'écarte pas de son objet : il en remonte le cours jusqu'à sa première source imprimée.
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Chapitre 2 : Jérusalem, mai 1955 — le cercle fondateur au milieu des *Yekkes*
En mai 1955, le Leo Baeck Institute fut fondé à Jérusalem lors d'une conférence réunissant des intellectuels et des personnalités publiques d'origine judéo-allemande, sous l'égide du Council of Jews from Germany. Ce moment fondateur s'inscrivait dans l'effort plus large des émigrés germanophones pour conserver ce qui pouvait l'être de leur monde disparu, et il trouvait un ancrage naturel à Jérusalem : la ville était alors l'un des foyers de la communauté des Yekkes, ces Juifs germanophones établis en Palestine puis en Israël qui allaient constituer le premier public et le premier réseau de soutien de l'institution naissante.
Le cercle fondateur réunissait quelques-uns des esprits les plus marquants de la diaspora juive allemande : Martin Buber, Hannah Arendt, Gershom Scholem, Siegfried Moses, Ernst Simon, Robert Weltsch et Max Gruenewald, parmi d'autres savants et personnalités déterminés à préserver l'héritage culturel d'une judéité presque entièrement détruite lors de la Shoah. La présence de noms de cette envergure disait l'ambition de l'entreprise : il ne s'agissait pas d'un simple service d'archives, mais d'un foyer de pensée. Buber apportait une philosophie du dialogue ancrée dans l'expérience germano-juive ; Scholem, une érudition sans pareille sur la mystique juive et son histoire ; Arendt, une réflexion déjà engagée sur les totalitarismes et la condition des réfugiés ; Weltsch, un journalisme et un réseau d'une densité rare. Gruenewald assuma rapidement la direction opérationnelle du centre new-yorkais, dont il fut le premier président, tandis que Max Kreutzberger en occupait la fonction de premier directeur exécutif.
La mission assignée à la nouvelle institution était explicite : rassembler des matériaux et soutenir la recherche sur l'histoire de la communauté juive en Allemagne et dans les autres pays germanophones. Le champ chronologique mérite une précision, car les différents centres ne s'accordent pas exactement sur les bornes retenues. Selon les notices du centre londonien et du centre jérusalémite, les collections couvrent environ cinq siècles d'histoire juive d'Europe centrale, ce qui renvoie grossièrement au XVIIe siècle ; la mission officielle de l'ensemble de l'institution met davantage l'accent sur la période de l'Émancipation — soit la fin du XVIIIe siècle — jusqu'à la destruction et à la dispersion ; les guides généalogiques du Center for Jewish History, eux, décrivent les fonds comme couvrant la vie juive en terres germanophones « des origines à nos jours ». Ces écarts ne sont pas des contradictions mais des angles de prise : selon que l'on regarde la bibliothèque, les archives familiales ou le programme de recherche, la profondeur du champ n'est pas la même. La présence, dans la bibliothèque new-yorkaise, d'opuscules de la Renaissance et de premières éditions de Moses Mendelssohn montre d'ailleurs que la borne haute réelle est bien antérieure à l'Émancipation.
Cette implantation jérusalémite ne s'explique pleinement que par la présence, en Palestine mandataire puis en Israël, d'une communauté germanophone volumineuse et cohérente. Le sobriquet de Yekkes, dont l'étymologie reste discutée, tantôt affectueux, tantôt ironique, renvoyait à la réputation d'ordre, de ponctualité et de formalisme attribuée aux immigrants venus d'Allemagne. Cette immigration s'inscrivait dans le cadre de la Cinquième Alya (1929–1939), qui amena en Palestine mandataire quelque 250 000 immigrants au total. La composante germanique en constitua le contingent principal : entre 1933 et 1939, les estimations font état de 52 000 à 60 000 arrivées en provenance d'Allemagne, chiffre qui dépassa 53 000 personnes d'ici 1941 ; le total cumulé des immigrants d'origine germanophone établis en Israël aurait atteint entre 90 000 et 115 000 personnes d'ici 1954 [Yekkes : l'immigration juive allemande en Palestine mandataire, une communauté à part]. Les registres de population publiés en 1935 permettent une ventilation géographique précise : sur 22 000 immigrants venus d'Allemagne recensés à cette date, environ 8 000 s'installèrent à Tel-Aviv, 5 500 à Haïfa, 1 800 à Jérusalem, 2 400 dans des kibboutzim et 2 800 dans des moshavim.
Le profil sociologique de cette vague migratoire était particulier. Les Yekkes étaient pour beaucoup issus des professions libérales, du commerce et des classes moyennes urbaines ; nombre d'entre eux n'étaient pas engagés dans le mouvement sioniste avant leur départ et ne maîtrisaient pas l'hébreu à leur arrivée. Cette situation créa des frictions avec une société d'accueil dont les normes pionnières valorisaient le travail agricole et le collectivisme, et qui percevait parfois les nouveaux venus comme trop attachés à leurs habitudes européennes. Les immigrants germanophones maintinrent en revanche longtemps leur langue, leurs institutions culturelles — théâtres, associations musicales, cercles de lecture — et leurs réseaux de sociabilité propres, constituant une communauté dans la communauté. L'ironie historique n'aura échappé à personne : les descendants de ceux qui, à Königsberg et à Berlin, avaient combattu pour faire de l'hébreu une langue littéraire moderne débarquaient à Haïfa en ne parlant que l'allemand.
Plusieurs fondateurs de l'institut appartenaient eux-mêmes à cette migration : Buber, Scholem et Moses vivaient en Palestine depuis les années 1920 ou 1930. Le Leo Baeck Institute naquit ainsi au cœur d'une communauté en vie, et non comme monument à une communauté disparue — nuance décisive pour comprendre le ton de ses premiers travaux. La relation entre l'institution et les Yekkes est documentée dans plusieurs volumes du Leo Baeck Institute Year Book, notamment l'article de Yoav Gelber sur le rôle historique de l'immigration d'Europe centrale en Israël (volume 38, 1993), l'une des études de référence sur cette communauté. Avec le passage des décennies, les Yekkes se sont progressivement fondus dans la société israélienne, leurs enfants et petits-enfants adoptant l'hébreu comme langue première ; le centre de Jérusalem est aujourd'hui l'une des rares institutions à maintenir vivant ce fil, en documentant non seulement l'histoire de cette population en Allemagne, mais ses trajectoires en Palestine mandataire et en Israël.
Une dernière dimension de l'esprit initial mérite d'être soulignée, et elle relève du témoignage plus que de l'archive. Selon ce que rapportent les notices de référence de l'institution, les fondateurs estimaient que leur tâche ne durerait pas plus d'une décennie. Cette anticipation d'une mission temporaire, vite démentie, illustre combien le groupe sous-estima l'ampleur durable de ce qu'il prenait en charge. Ce qui devait être une opération de sauvetage ponctuelle est devenu, soixante-dix ans plus tard, une institution pérenne.
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Chapitre 3 : De la 73e rue Est au Center for Jewish History — quatre capitales, un annuaire, une médaille
L'originalité structurelle du Leo Baeck Institute tient à sa nature transnationale. Dès l'origine, l'entreprise se déploya simultanément sur plusieurs continents, reflétant la dispersion même de la communauté qu'elle entendait servir. La configuration tripartite initiale — Jérusalem, New York, Londres — répondait à la géographie de l'exil : les trois grandes villes d'accueil de l'émigration judéo-allemande du XXe siècle.
Le centre de New York s'affirma rapidement comme le plus important en termes de fonds conservés. Max Kreutzberger en fut le premier directeur exécutif et Max Gruenewald le premier président ; le centre s'établit comme le dépôt principal de bibliothèque et d'archives de l'ensemble de l'institution. La bibliothèque commença par des livres saisis dans des bibliothèques et collections juives, récupérés par les forces alliées à l'issue de la Seconde Guerre mondiale et restitués aux institutions juives. Son histoire matérielle a ses propres étapes : à partir des années 1960 et jusqu'en 2000, le Leo Baeck Institute de New York occupa une maison de ville de la 73e rue Est, adresse que les chercheurs de plusieurs générations ont fréquentée et dont une vue dessinée est conservée dans les collections iconographiques de l'institut [Leo Baeck Institute, New York – E 73rd Street, Edythe Griffinger Portal, notice 245047]. En 2000, l'institut devint l'un des partenaires fondateurs du Center for Jewish History, au 15 West 16th Street à Manhattan, où il siège depuis l'inauguration du bâtiment. Il maintient par ailleurs un bureau à Berlin et une antenne de ses archives au Jewish Museum Berlin, rétablissant ainsi un lien physique avec la ville d'où est partie l'essentiel de la communauté qu'il documente. Selon les notices de référence, la direction exécutive du centre new-yorkais est assurée par William Weitzer, la présidence par David G. Marwell, et la fonction d'historien de l'institut par Frank Mecklenburg.
C'est à New York que sont conservés les fonds les plus volumineux : plus de 13 000 fonds d'archives représentant des millions de pages de correspondances, de documents généalogiques et de registres civils et commerciaux touchant à presque tous les aspects de l'expérience judéo-allemande, auxquels s'ajoutent plus de 5 000 mémoires et manuscrits, plus de 25 000 photographies et environ 1 000 entretiens enregistrés. La bibliothèque de 80 000 volumes, avec les collections archivistiques et artistiques, représente le plus important dépôt de sources primaires et de travaux savants sur les communautés juives d'Europe centrale au cours des cinq derniers siècles.
Le centre londonien siège à Senate House, dans le quartier de Bloomsbury, et est affilié à l'université environnante ; son directeur, Joseph Cronin, encadre des candidats au doctorat en histoire et culture judéo-allemandes. Le centre de Jérusalem est installé au 33 Bustenai Street et opère sous la présidence du professeur Guy Miron. Ces deux centres, bien qu'affiliés à l'institution commune, constituent des organisations indépendantes dotées de leur propre statut juridique. La répartition géographique s'est en outre enrichie d'une présence berlinoise, la ville d'origine symbolique du judaïsme allemand rejoignant un dispositif initialement construit depuis l'exil. Cette implantation polycentrique constitue à la fois une réponse pratique à la dispersion des sources et une affirmation que l'héritage germano-juif appartient désormais à plusieurs patries — aucune ne pouvant revendiquer à elle seule la garde d'un monde que l'exil a distribué aux quatre vents.
Si la recherche est l'âme du Leo Baeck Institute, les collections en sont le corps. Leur constitution procède directement de l'effort de sauvegarde des émigrés : correspondances, mémoires, manuscrits, photographies, objets d'art et travaux savants furent rassemblés auprès de familles dispersées à travers le monde. Le fonds constitue ainsi une archive de la dispersion elle-même, recomposant à partir de fragments épars la trame d'une civilisation. Les collections accueillent aussi bien des archives communautaires et institutionnelles que des fonds familiaux d'une grande précision généalogique — arbres, actes d'état civil, photographies —, si bien que les guides du Center for Jewish History les présentent comme l'une des ressources les plus fécondes pour la recherche généalogique germano-juive.
La priorité accordée à l'étude est constante depuis l'origine : le centre jérusalémite considère la recherche comme sa première mission et a, depuis sa création, publié de nombreuses études sur la judéité allemande et d'Europe centrale en hébreu, en anglais et en allemand. Cette production trilingue reflète la vocation transnationale de l'institution et son ancrage simultané dans plusieurs traditions académiques. La publication la plus emblématique est le Leo Baeck Institute Year Book, revue annuelle paraissant en anglais depuis 1956 — soit dès l'année de la mort du rabbin dont elle porte le nom —, dédiée à l'histoire et à la culture de la judéité germanophone. Cette publication de longue haleine constitue l'un des principaux vecteurs de diffusion de la recherche internationale sur le sujet, accueillant aussi bien des contributions issues des propres fonds de l'institut que des études extérieures s'appuyant sur d'autres archives. L'article de Yoav Gelber sur le rôle historique de l'immigration d'Europe centrale en Israël, paru dans le volume 38 de 1993, illustre comment cette revue a su documenter non seulement la judéité germanophone en Allemagne, mais aussi ses prolongements en Palestine et en Israël. Le rayonnement de ces volumes dépasse le cercle académique : des chercheuses et chercheurs racontent avoir découvert l'institut par ses annuaires avant d'en franchir la porte, à Jérusalem comme dans la maison de la 73e rue Est.
L'institut articule sa mission savante avec un engagement civique contemporain. Le centre israélien définit sa vocation comme la promotion de la recherche sur la judéité allemande et d'Europe centrale à l'époque moderne et le prolongement de l'héritage libéral du judaïsme allemand dans la société israélienne d'aujourd'hui. Le centre londonien inscrit explicitement son travail dans les débats actuels : il encourage l'enquête historique qui éclaire les questions contemporaines liées à l'immigration, aux minorités, à l'intégration et aux droits civiques. Ces deux formulations révèlent une même conviction : l'expérience germano-juive, loin d'être un objet d'étude clos, offre des clés de lecture pour comprendre les sociétés plurielles du présent.
Parmi les instruments de cette mission figure une distinction honorifique. La médaille Leo Baeck est décernée par l'institut depuis 1978 à ceux qui ont contribué à préserver l'esprit de la judéité germanophone dans la culture, l'académie, la politique et la philanthropie. Elle prolonge symboliquement la mission de l'institut au-delà du seul champ académique, vers la reconnaissance publique de celles et ceux qui maintiennent vivant cet héritage. Le même souci anime, sur un autre terrain, les Obermayer German Jewish History Awards, remis chaque année au Parlement de Berlin à des personnes et des associations qui, en Allemagne, font resurgir la mémoire des communautés juives locales — prix dont la fondatrice et présidente du jury, Karen S. Franklin, appartient au personnel de l'institut.
Soixante-dix ans après sa fondation, le Leo Baeck Institute illustre la manière dont une institution née du deuil s'est muée en gardienne active d'une tradition. Les fondateurs avaient pensé leur tâche comme provisoire, destinée à s'achever en une décennie ; or l'institution s'est non seulement maintenue, mais transformée en acteur de la vie intellectuelle de plusieurs pays. Ce passage du provisoire au pérenne n'allait pas de soi : il suppose que chaque génération de chercheurs ait trouvé, dans les collections et dans la mission, une raison de continuer. La continuité institutionnelle se mesure aussi à la succession de ses dirigeants : la présidence internationale, jadis assumée par Leo Baeck lui-même, est désormais portée par Michael Brenner, professeur d'histoire juive, tandis que le centre de Jérusalem est dirigé par le professeur Guy Miron et le centre londonien par Joseph Cronin. La pérennité de l'œuvre apparaît enfin dans son historiographie propre : l'ouvrage dirigé par Christhard Hoffmann, Preserving the Legacy of German Jewry. A History of the Leo Baeck Institute, 1955–2005, paru chez Mohr Siebeck à Tübingen en 2005, atteste que l'institution a fait l'objet d'une réflexion critique sur elle-même.
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Chapitre 4 : *Ha-Me'assef*, Königsberg 1783 — la bibliothèque, la Haskala et les livres rescapés du *Centralverein*
Les archives font la réputation du Leo Baeck Institute ; la bibliothèque en fait la profondeur. Quatre-vingt mille volumes y sont réunis, reconnus internationalement comme la première collection au monde consacrée à l'histoire des Juifs de langue allemande, et riches de raretés qui vont des opuscules de la Renaissance aux premières éditions des œuvres de Moses Mendelssohn. Cette précision bibliographique n'est pas anodine : elle indique que l'institution a très tôt considéré la Haskala berlinoise non comme un décor lointain, mais comme le premier chapitre de l'histoire qu'elle documente. C'est de cette conviction que procède la pièce la plus surprenante de son programme de numérisation.
Le 3 mai 2018, le Leo Baeck Institute a déposé sur Internet Archive une collection numérisée quasi complète de Ha-Me'assef, « Le Collecteur », première revue hébraïque de la Haskala : les volumes 1 à 6 pour les années 1783 à 1790, le volume 7 daté de 1797, et les trois volumes de la nouvelle série couvrant 1808 à 1811 [Le Leo Baeck Institute met en ligne la collection complète de Ha-Me'assef, organe hébraïque de la Haskala (1783-1811)]. Une revue qui, de son vivant, ne dépassa jamais quelques centaines d'abonnés se trouve ainsi rendue accessible, page à page, à quiconque dispose d'une connexion.
L'histoire de cette revue tient en quelques faits saillants. Elle fut fondée en 1783 à Königsberg par des disciples de Moses Mendelssohn, sous l'égide de la société Doreshei Leshon Ever, « Ceux qui recherchent la langue hébraïque ». L'idée en revient à deux jeunes précepteurs employés dans la maison de David Friedländer : Isaac Abraham Euchel et Mendel Bresslau. En lisant et en commentant ensemble les travaux exégétiques de Mendelssohn, ils conçurent le projet d'étendre l'usage de l'hébreu comme langue littéraire moderne, et publièrent au printemps 1783 un prospectus, Nahal ha-Besor — « Le Torrent de la bonne nouvelle » —, cosigné avec Simon et Samuel Friedländer, qui annonçait la parution du périodique et appelait les Juifs à soutenir la société hébraïsante naissante. Le premier cahier parut en octobre 1783 ; ses rédacteurs s'y désignaient déjà comme maskilim, « éclairés », et c'est de la revue elle-même que la génération des écrivains de la Haskala tira le nom sous lequel l'histoire littéraire la désigne : les Me'assefim, les collecteurs.
La revue parut trimestriellement de 1783 à 1790, puis de manière irrégulière jusqu'en 1811, changeant de ville au gré des déplacements de ses animateurs : Königsberg d'abord, puis Berlin, puis Breslau, puis de nouveau Berlin, Altona et Dessau. Mendelssohn y contribua anonymement, et le vieux Naphtali Herz Wessely, dont le programme de réforme éducative avait fait scandale l'année précédente, lui apporta son soutien public — son portrait servit de frontispice au troisième volume. Le contenu mêlait commentaires bibliques, poésie hébraïque, biographies de figures illustres, débats pédagogiques et chroniques des événements politiques qui affectaient les Juifs d'Europe ; certains articles étaient publiés en allemand, signe d'un bilinguisme militant. La revue s'éteignit en 1811, au moment où une partie de ses lecteurs passait à l'allemand comme langue d'expression exclusive. La nomenclature des tomaisons varie selon les répertoires — les notices de référence situent le septième volume à Breslau entre 1794 et 1797 et datent la série renouvelée de 1809 à 1811, là où l'ensemble numérisé porte les millésimes 1797 et 1808–1811 ; l'écart tient à la manière de compter fascicules et volumes reliés, et il vaut d'être signalé plutôt que lissé.
Ce que cette mise en ligne dit du Leo Baeck Institute est essentiel. En numérisant Ha-Me'assef, l'institut ne conserve pas seulement un document : il restitue à la judéité germanophone son acte de naissance intellectuel. Entre le premier cahier de Königsberg en 1783 et la déportation de Leo Baeck à Theresienstadt en 1943, cent soixante ans exactement séparent l'ouverture et la fermeture d'un cycle. La revue qui inventa la prose hébraïque moderne en terre allemande et l'institut fondé pour recueillir les cendres de cette même culture se retrouvent sous une seule cote numérique.
Cette opération s'inscrit dans un dispositif plus large. La plateforme DigiBaeck, dévoilée le 16 octobre 2013, offrait dès son lancement un ensemble numérique quasi exhaustif représentant plus de trois millions et demi de pages de documents d'histoire germano-juive ; elle met aujourd'hui à disposition l'intégralité des mémoires et manuscrits numérisés — environ 5 000 pièces —, la grande majorité des fonds d'archives et plus de 5 000 objets de la collection d'art. En parallèle, l'institut héberge sur Internet Archive, depuis 2010, les images numériques d'environ 800 fonds d'archives, de 222 périodiques et d'une centaine de livres. Le titre le plus consulté de cet ensemble est Aufbau, le journal des émigrés germanophones de New York : la bibliothèque en a numérisé tous les numéros, de la fondation du titre en 1934 jusqu'en 2004, principalement à partir de microfilms, quelques fascicules ayant été fournis par la New York Public Library et par le Mikrofilmarchiv der deutschsprachigen Presse de Dortmund, avec un financement partiel du Metropolitan New York Library Council. La chaîne est ainsi complète : de la revue hébraïque des Lumières de Königsberg au quotidien des réfugiés de Manhattan, le même dépôt conserve les deux extrémités d'une trajectoire de deux siècles.
Le mouvement s'est étendu aux autres centres. En 2022, le Leo Baeck Institute de Jérusalem a achevé la numérisation de ses archives historiques, en coopération avec le centre de New York et avec le soutien du ministère fédéral allemand des Affaires étrangères ; les images à haute résolution ont été versées sur DigiBaeck, intégrée au catalogue en ligne du Center for Jewish History. Ce fonds jérusalémite comprend notamment des matériaux de Martin Buber, Gershom Scholem, Ernst Simon et Siegfried Moses — c'est-à-dire les papiers mêmes des fondateurs, devenus à leur tour objets d'archive.
Une strate particulière de ces collections mérite enfin d'être signalée : la bibliothèque du centre de Jérusalem conserve des volumes provenant des institutions communautaires et culturelles judéo-allemandes les plus importantes. Des recherches récentes de provenance ont permis d'identifier parmi ces ouvrages des livres issus de la bibliothèque du Centralverein, la grande organisation de défense des droits des Juifs allemands, dont les collections furent dispersées sous le régime nazi et partiellement récupérées par le Leo Baeck Institute de Jérusalem [Bettina Farack, « Provenance Research and Jewish History : The Centralverein Library at the Leo Baeck Institute in Jerusalem », leobaeck.org, 2023]. Ces volumes portent en eux l'histoire matérielle d'une institution disparue : chaque reliure identifiée est un fragment de mémoire restituée. En identifiant des livres issus du Centralverein ou d'autres organisations dissoutes sous le régime nazi, l'institut accomplit un travail qui va au-delà de la conservation : il reconstitue, exemplaire après exemplaire, une chaîne de transmission interrompue par la violence — celle-là même que Ha-Me'assef avait inaugurée.
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Chapitre 5 : Du fonds Bruck (AR 3940) à Isaac Sondheim — la recherche familiale à New York
Il existe au Leo Baeck Institute de New York un département dont le travail ne fait pas de bruit et dont les résultats ne prennent que rarement la forme d'un livre : le service de recherche familiale. Sa fonction est d'aider des particuliers venus du monde entier à reconstituer une ascendance germano-juive à partir de registres, de certificats, de correspondances et d'arbres généalogiques déposés dans les fonds. Karen S. Franklin en a été pendant plus de trente ans la responsable, après avoir présidé l'International Association of Jewish Genealogical Societies, co-présidé le conseil de JewishGen et fondé, avec d'autres, les Obermayer German Jewish History Awards, décernés à Berlin à celles et ceux qui, en Allemagne, ravivent la mémoire des communautés juives locales [lbi.org, notice « Karen Franklin » ; IAJGS, Lifetime Achievement Award, 2019]. C'est par ce département que passe la part la plus intime de la mission de l'institut : non pas l'histoire d'une civilisation, mais celle d'une famille à la fois.
Deux dossiers, séparés par près de quarante ans, en donnent la mesure.
Le premier est la collection cataloguée sous la cote AR 3940, « Bruck Family Collection ». Le fonds est composé de deux ensembles distincts. Le premier est une correspondance échangée entre Alfred Julius Bruck et Hilde Blum au sujet de l'arbre généalogique de la famille ; le second réunit deux manuscrits rédigés par Alfred Julius Bruck lui-même. Le premier de ces manuscrits, intitulé « The Bruck Family: A Historical Sketch », date de 1946 ; le second, « The Bruck Family: A Historical Sketch of a Jewish Family through a Thousand Years », fut achevé en 1951 et rédigé en allemand et en anglais. Ce second texte est le plus ambitieux : il retrace l'origine de la famille et son passage successif par la communauté juive de Venise, par Prague, par Vienne et par la Silésie, avant l'exode et la dispersion provoqués par la catastrophe nazie. Il est muni de tables généalogiques et d'une bibliographie, constituant ainsi un document à la fois intime et érudit [Center for Jewish History, ArchivesSpace, AR 3940].
La présence de ce fonds dans les collections new-yorkaises rappelle que le Leo Baeck Institute n'a pas seulement conservé les archives des intellectuels et des notables. Il a recueilli les efforts de reconstruction mémorielle entrepris, souvent dans la solitude et l'impuissance matérielle, par des membres ordinaires de communautés détruites. Alfred Julius Bruck, en rédigeant son esquisse historique dès 1946 puis en l'approfondissant jusqu'en 1951, accomplissait le même geste que les fondateurs de 1955 : il refusait que la violence nazie ait le dernier mot sur la mémoire des siens. Sa trajectoire familiale — Venise, Prague, Vienne, Silésie, dispersion — résume à elle seule les grandes étapes de l'histoire juive d'Europe centrale, depuis les voies de la péninsule italienne jusqu'aux terres germaniques, en passant par la Bohême. On notera que Breslau, capitale de cette Silésie, fut aussi l'une des escales de Ha-Me'assef et la ville où Mendel Bresslau exerça son métier de libraire : la géographie des maskilim et celle des familles se recoupent constamment dans les fonds de l'institut.
Le second dossier est d'une tout autre nature, et il est né d'une lettre envoyée sur un coup de tête. En 1985 — une décennie avant le lancement de JewishGen, alors qu'Ancestry n'en était qu'à ses débuts —, Karen Franklin écrivit à Stephen Sondheim. Le motif était personnel autant que professionnel : sa propre famille maternelle portait le nom de Sundheim, et certaines branches celui de Sondheim. Le compositeur se prit au jeu et lui communiqua le nom de ses parents, point de départ d'une enquête menée depuis les archives de l'institut, alors installé dans sa maison de la 73e rue Est ; l'article qui en rend compte reproduit d'ailleurs le billet manuscrit adressé par Sondheim à cette adresse [Karen Franklin, « Into the Woods: Following the Trail of Stephen Sondheim's Ancestors », lbi.org, 1er mars 2022].
La trouvaille la plus marquante concerna l'arrière-grand-père paternel du compositeur, Isaac Sondheim, identifié dans les registres publics comme commerçant — « salesman » —, arrivé aux États-Unis vers 1848 en provenance de la région de Hesse-Cassel. Il mourut en 1883, à environ soixante-six ans, après avoir été projeté d'une calèche à un passage piéton de la 4e rue à New York ; son certificat de décès est conservé au Leo Baeck Institute [Isaac Sondheim, de Hesse-Cassel à New York : l'ascendance documentée du compositeur Stephen Sondheim]. Un document de quelques lignes administratives fixe ainsi, pour toujours, la fin d'un homme dont l'arrière-petit-fils allait réinventer le théâtre musical américain — et il le fixe dans le même dépôt que les manuscrits de Roth et que les esquisses d'Alfred Julius Bruck.
Une prudence s'impose ici, et elle est de bonne méthode. Les notices biographiques courantes consacrées à Stephen Sondheim présentent Isaac et Rosa comme ses grands-parents paternels, de langue allemande, tandis que ses grands-parents maternels, Joseph et Bessie, étaient des Juifs lituaniens originaires de Vilnius ; certaines bases généalogiques intercalent en revanche une génération, faisant d'Isaac le père du grand-père Simon. La recherche conduite au Leo Baeck Institute retient, elle, le degré d'arrière-grand-père. L'écart tient à la densité des prénoms répétés dans les familles germano-juives émigrées au milieu du XIXe siècle et rappelle qu'une filiation n'est établie que par les actes, non par la notoriété du descendant. Le livre retient donc la lecture documentée par l'institut, en signalant la variante.
C'est également ici, et non en ouverture de cet ouvrage, que l'onomastique trouve sa place, parce qu'elle sort d'un dossier réel. Deux noms dominent cette ascendance : Sondheim, parfois orthographié Sondheimer, et Gutenstein — l'un et l'autre peu fréquents sans être rares. En 1985, aucun instrument ne permettait d'en cartographier les foyers d'implantation : l'ouvrage qui l'aurait permis, le dictionnaire des patronymes juifs allemands de Lars Menk, qui recense plus de treize mille noms avec leur étymologie, leurs variantes et les localités où ils sont attestés, ne parut chez Avotaynu qu'en 2005, vingt ans plus tard. Les noms en -heim de ce type sont, dans leur grande majorité, toponymiques : ils désignent une localité d'origine, et la forme en -er (Sondheimer) marque ordinairement l'appartenance à ce lieu. On rappellera au passage que la fixation des patronymes héréditaires chez les Juifs d'Allemagne est très largement contemporaine de la Haskala et des décrets d'émancipation du tournant du XIXe siècle : les noms que la généalogie interroge aujourd'hui sont, pour beaucoup, nés dans les mêmes décennies que Ha-Me'assef. Karen Franklin put en revanche remonter sa propre lignée Sundheim jusqu'en 1736 — sans jamais établir le moindre lien de parenté avec les Sondheim du compositeur. Ce résultat négatif mérite d'être publié autant que les autres : l'homonymie, en généalogie juive allemande, est une piste, jamais une preuve, et le renoncement à conclure fait partie de la discipline.
Entre un manuscrit familial rédigé en 1946 par un survivant et une enquête ouverte en 1985 par une lettre à un compositeur de Broadway, la continuité est parfaite. Dans les deux cas, une famille demande à l'archive de lui rendre un passé que l'émigration ou la destruction avait rendu illisible ; dans les deux cas, le Leo Baeck Institute sert d'intermédiaire entre un nom et un document.
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Chapitre 6 : Joseph Roth, de Brody à Thiais — le fonds d'un exilé
Parmi les fonds conservés au centre de New York, la collection Joseph Roth occupe une place singulière. Elle incarne mieux que tout autre le lien entre la littérature de l'exil germano-juif et le travail d'une institution vouée à préserver ce qui fut emporté dans la tourmente. Né en 1894 dans la petite ville galicienne de Brody, à la lisière orientale de l'Empire austro-hongrois, Joseph Roth fut l'un des écrivains de langue allemande les plus importants de l'entre-deux-guerres : romancier, feuilletoniste, correspondant de guerre et chroniqueur, il porta dans ses textes la mélancolie d'un monde impérial en voie d'extinction.
La collection conservée au Leo Baeck Institute comprend des manuscrits autographes et dactylographiés de romans, de nouvelles et d'essais, dont des manuscrits quasi complets de Die Hundert Tage (Le Bal des cent jours), de Büste des Kaisers (Le Buste de l'Empereur) et de Der stumme Prophet (Le Prophète muet), roman longtemps demeuré inédit de son vivant. Le journalisme de Roth est également bien représenté dans le fonds. S'y ajoutent quelques objets personnels, plus d'une centaine de photographies de Roth et de son épouse Friederike Reichler, une correspondance avec sa famille et ses éditeurs, des coupures de presse et des comptes rendus critiques de son œuvre, ainsi que — dans les addenda — des invitations à des conférences et des articles savants portant sur sa vie et son travail.
La plateforme DigiBaeck a permis d'élargir encore l'accès à ce fonds : le manuscrit original du Radetzkymarsch, chef-d'œuvre de la nostalgie impériale austro-hongroise, est désormais consultable en ligne parmi les pièces numérisées les plus emblématiques des collections de l'institut. Cette numérisation confère au texte fondateur de la prose rothienne une visibilité mondiale inédite, en faisant un document patrimonial de premier ordre au même titre qu'une archive diplomatique ou un registre communautaire. Le geste est exactement de même nature que celui appliqué aux volumes de Ha-Me'assef : rendre public ce qui n'était accessible qu'à quelques-uns, sans rien retrancher de la matérialité du document.
Le fonds new-yorkais est distinct des autres dépôts rothiens répartis entre plusieurs institutions européennes. Les lettres à ses parents sont conservées à la Dokumentationsstelle für neuere österreichische Literatur de Vienne ; les papiers parisiens et la correspondance tardive avec son agent littéraire Joseph Bornstein — incluant des carnets de la période russe — sont documentés par plusieurs institutions, dont le Deutsches Literaturarchiv de Marbach. C'est dans cet ensemble dispersé que s'inscrit, en complément du fonds new-yorkais, l'édition publiée en août 2018 par les éditions C.H. Beck dans la collection « textura » : Pariser Nächte : Feuilletons und Briefe, établie et présentée par le germaniste Jan Bürger, chercheur à Marbach depuis 2002. Ce volume réunit l'ensemble des feuilletons parisiens de Roth ainsi que plusieurs lettres jusqu'alors inédites, et prolonge les fonds déjà connus par une postface retraçant les pas de l'écrivain dans la capitale française [Édition 2018 des feuilletons et lettres parisiennes inédites de Joseph Roth].
Paris était en effet la ville centrale de la vie de Roth à partir de 1925, date à laquelle il s'y installa durablement. Il y passa l'essentiel des quatorze dernières années de son existence, d'abord comme journaliste nomade puis, à partir de 1933, comme réfugié après l'accession de Hitler au pouvoir, et y mourut en exil le 27 mai 1939, avant d'être inhumé le 30 mai au cimetière de Thiais. Cette mort parisienne dans le dénuement clôt une trajectoire que les archives du Leo Baeck Institute permettent partiellement de retracer : le fonds de New York conserve notamment des matériaux de la période 1917 à 1939, incluant des carnets manuscrits de 1927 relatifs au voyage russe de Roth, aux côtés de documents concernant Joseph Bornstein, son agent littéraire des années 1930.
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Chapitre 7 : John Rayner, le Leo Baeck College et la chaîne de Berlin à Londres
L'histoire du Leo Baeck Institute ne peut se raconter sans évoquer l'institution qui en est la sœur naturelle en Grande-Bretagne : le Leo Baeck College, fondé à Londres pour former les rabbins du judaïsme libéral et réformé. C'est dans ce cadre qu'une figure issue directement de la catastrophe — un enfant de Berlin sauvé par un Kindertransport — devint l'un des architectes de la liturgie juive progressive britannique du XXe siècle.
John Desmond Rayner naquit à Berlin en 1924 sous le nom de Hans Sigismund Rahmer, dans une famille qui, bien que d'origine juive, se situait à la marge du judaïsme pratiquant. À quinze ans, en 1939, il fit partie de l'un des derniers convois de Kindertransports qui permirent à des milliers d'enfants juifs de quitter l'Allemagne nazie avant la fermeture des frontières. Ses parents, eux, ne parvinrent pas à fuir et périrent dans la Shoah. Cette rupture fondatrice — l'arrachement à Berlin, la perte de sa famille, la reconstruction identitaire sur le sol britannique — traversa toute son œuvre ultérieure, orientant sa réflexion vers les questions de transmission, de mémoire et de sens que le judaïsme libéral devait offrir à une génération éprouvée [lbc.ac.uk, collections d'archives ; acjna.org, notice « Rabbi John D. Rayner (1924–2005) »].
Après des études à Cambridge et un service dans l'armée britannique, Rayner fut ordonné rabbin en 1953. Dès 1957, il rejoignit la Liberal Jewish Synagogue de St John's Wood à Londres — surnommée la « cathédrale » du mouvement libéral —, dont il devint ministre associé puis, en 1961, ministre en chef, fonction qu'il occupa jusqu'à son éméritat. Parallèlement à ce ministère pastoral d'une ampleur exceptionnelle, il enseigna au Leo Baeck College de 1966 à 2003 — soit près de quarante ans selon les archives du Collège —, occupant les fonctions de directeur des études (1966–1969) puis de vice-président (1969–2005). Ce double ancrage, dans la grande synagogue et dans l'établissement de formation rabbinique, lui conféra une influence durable sur la définition du judaïsme libéral britannique.
Son apport le plus durable réside dans la liturgie. Rayner fut l'auteur ou le coauteur des principaux recueils de prières du mouvement libéral britannique : Service of the Heart (1967), Gate of Repentance (1973, révisé en 1984) et Siddur Lev Chadash (1995), ce dernier constituant le livre de prière complet du judaïsme libéral britannique pour l'ensemble des offices de l'année. Ces ouvrages ne sont pas de simples compilations : ils témoignent d'une pensée liturgique exigeante, attentive à la fois aux sources hébraïques traditionnelles, à la critique textuelle et aux questions éthiques contemporaines. Le geste est, à deux siècles de distance, comparable à celui des Me'assefim : reprendre l'hébreu comme langue vivante d'une communauté qui vit en plusieurs langues, et l'accorder aux exigences intellectuelles de son temps. Rayner s'imposa également comme l'une des voix du judaïsme libéral européen sur la halakha progressive, l'éthique juive et la question d'Israël. En 1993, il fut nommé Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique, distinction qui consacra publiquement une carrière vouée à la vie spirituelle et intellectuelle de la communauté juive britannique.
Le lien entre John Rayner et le Leo Baeck Institute ne se résume pas à la proximité de leurs noms. Le Leo Baeck College, où il enseigna pendant des décennies, fut fondé en hommage au même rabbin dont l'institution mémorielle porte le nom ; et la trajectoire de Rayner — enfant de Berlin, réfugié en Angleterre, bâtisseur de la liturgie libérale britannique — incarne exactement le type de transmission que le Leo Baeck Institute a pour mission de documenter. Il mourut en 2005. En juillet 2024, à l'occasion du centenaire de sa naissance, la Liberal Jewish Synagogue de Londres organisa une conférence réunissant rabbins et universitaires autour de sa pensée et de son œuvre liturgique, prolongée par un module pédagogique publié par Liberal Judaism et Reform Judaism UK sous la plume de la rabbin Lea Mühlstein [ljs.org ; liberaljudaism.org, 2025]. Ce colloque atteste que l'héritage de Rayner reste vivant dans la communauté qu'il a contribué à façonner — et que la chaîne de transmission, de Berlin à Londres, n'a pas été rompue par la catastrophe, mais réorientée.
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Les grandes figures
Leo Baeck (1873–1956) — Rabbin né le 23 mai 1873 à Lissa (Posnanie), formé à Breslau et Berlin, principal représentant du judaïsme libéral allemand pendant la République de Weimar et auteur de Das Wesen des Judentums (1905). Refusant l'exil, il prit la tête des organes représentatifs des Juifs d'Allemagne sous le régime nazi avant d'être déporté à Theresienstadt en janvier 1943, où il survécut en dispensant des cours clandestins de philosophie à ses codétenus. Après la libération, il s'installa à Londres et enseigna au Leo Baeck College. En 1955, il accepta la présidence internationale de l'institution qui porte son nom ; il mourut le 2 novembre 1956.
Moses Mendelssohn (1729–1786) — Philosophe né à Dessau, figure inaugurale de la Haskala, auteur de Phädon (1767) et de Jerusalem (1783). Ses disciples de Königsberg fondèrent en 1783 Ha-Me'assef, à laquelle il contribua anonymement ; la revue, dont le Leo Baeck Institute a mis en ligne la série quasi complète en 2018, se voulait le prolongement hébraïque de son entreprise. La bibliothèque new-yorkaise de l'institut conserve des premières éditions de ses œuvres, ce qui inscrit matériellement sa présence au point de départ de la collection.
Isaac Abraham Euchel (1756–1804) — Écrivain hébraïque né à Copenhague, installé à Königsberg en 1773 comme précepteur chez les Friedländer, mort à Berlin. Avec Mendel Bresslau, il conçut le projet de Ha-Me'assef et cosigna en avril 1783 le prospectus Nahal ha-Besor qui en annonçait la parution ; il fut l'un des principaux rédacteurs de la revue. Traducteur, commentateur biblique et biographe de Mendelssohn, il dirigea plus tard l'imprimerie de l'école libre juive de Berlin. La collection numérisée par le Leo Baeck Institute conserve l'essentiel de son œuvre périodique.
Mendel Bresslau (1760–1829) — Hébraïsant, écrivain et libraire silésien, cofondateur avec Euchel de la société hébraïsante de Königsberg et coauteur du prospectus de Ha-Me'assef, où il publia de nombreux articles. On lui doit notamment le dialogue éthique allégorique Yaldut u-Baharut (Breslau, 1786) ainsi qu'une géographie de la Terre d'Israël accompagnée de deux cartes (Breslau, 1819). Son activité de libraire à Breslau relie la Haskala hébraïque au commerce du livre juif d'Europe centrale, dont les fonds de l'institut conservent la trace.
David Friedländer (1750–1834) — Négociant, publiciste et dirigeant communautaire né à Königsberg le 6 décembre 1750, mort à Berlin le 25 décembre 1834. C'est chez lui, où Euchel et Bresslau étaient précepteurs, que naquit l'idée de Ha-Me'assef ; deux membres de sa famille, Simon et Samuel Friedländer, cosignèrent le prospectus et soutinrent financièrement l'entreprise. Disciple de Mendelssohn, premier conseiller municipal juif de Berlin, il fut un avocat radical de l'émancipation et de l'acculturation, dont les positions annoncent les débats qui traverseront ensuite tout le judaïsme allemand.
Naphtali Herz Wessely (1725–1805) — Poète et grammairien hébraïque, auteur en 1782 de Divrei Shalom ve-Emet, manifeste de réforme de l'éducation juive adressé aux dirigeants communautaires de l'Empire, qui suscita une violente controverse. Il apporta son appui public à Ha-Me'assef et y contribua ; son portrait orne le frontispice du troisième volume. Son œuvre fait le lien entre l'érudition hébraïque traditionnelle et le programme pédagogique des Lumières juives que l'institut documente à sa source.
Martin Buber (1878–1965) — Philosophe et théologien né à Vienne, figure majeure du renouveau culturel juif germanophone et auteur de Ich und Du (1923). Cofondateur du Leo Baeck Institute en 1955, il apporta à l'entreprise l'autorité d'une pensée du dialogue ancrée dans l'expérience germano-juive. Établi en Palestine depuis 1938, professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem, il incarnait au moment de la fondation le lien entre la tradition intellectuelle de l'Allemagne juive et la société israélienne naissante ; ses papiers figurent dans les archives numérisées du centre de Jérusalem.
Hannah Arendt (1906–1975) — Philosophe et politologue née à Hanovre, élève de Heidegger et de Jaspers, auteure des Origines du totalitarisme (1951) et d'Eichmann à Jérusalem (1963). Cofondatrice du Leo Baeck Institute en 1955, elle contribua à doter l'institution d'un ancrage dans la pensée politique contemporaine. Réfugiée aux États-Unis depuis 1941, elle était alors l'une des voix les plus influentes de la diaspora judéo-allemande dans l'espace public américain ; sa biographie de Rahel Varnhagen circula dans les premiers cercles de lecteurs de l'institut.
Gershom Scholem (1897–1982) — Historien de la mystique juive né à Berlin, fondateur des études académiques sur la Kabbale et le hassidisme, professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem. Cofondateur du Leo Baeck Institute en 1955, il porta dans l'entreprise une érudition sur les courants les plus méconnus de la culture juive germanophone. Son œuvre, dont Les Grands Courants de la mystique juive (1941), reste un pilier de l'histoire intellectuelle juive du XXe siècle ; ses matériaux font partie du fonds jérusalémite numérisé en 2022.
Robert Weltsch (1891–1982) — Journaliste et essayiste né à Prague, directeur de la Jüdische Rundschau à Berlin de 1919 à 1938, auteur du célèbre éditorial « Tragt ihn mit Stolz, den gelben Fleck » (1933). Cofondateur du Leo Baeck Institute en 1955, il en fut l'un des animateurs intellectuels les plus constants pendant plusieurs décennies, notamment comme artisan du Year Book. Installé en Angleterre après la guerre, il contribua à tisser les liens entre les différents centres de l'institution et la communauté savante internationale.
Max Gruenewald (1899–1992) — Rabbin et historien, né le 4 décembre 1899 à Königshütte, en Haute-Silésie, mort à Millburn, dans le New Jersey. Formé au Séminaire théologique juif et à l'université de Breslau, il exerça douze ans comme rabbin à Mannheim, assumant en outre la présidence de la communauté juive locale à partir de 1933. Après un passage en Palestine, il émigra aux États-Unis, où il occupa des fonctions de direction dans plusieurs grandes organisations juives. Cofondateur et premier président du Leo Baeck Institute de New York, il joua un rôle central dans la constitution des premiers fonds.
Siegfried Moses (1887–1974) — Juriste et dirigeant sioniste né en Allemagne, premier contrôleur général de l'État d'Israël de 1949 à 1961. Cofondateur du Leo Baeck Institute en 1955, il y apporta l'expérience d'un parcours allant du militantisme sioniste en Allemagne à la construction des institutions de l'État hébreu. Sa présence dans le cercle fondateur illustrait le lien entre la judéité germano-libérale et le projet national israélien, et son autorité administrative facilita l'implantation de l'institut à Jérusalem.
Ernst Simon (1899–1988) — Pédagogue et philosophe né à Berlin, disciple de Martin Buber et de Franz Rosenzweig, professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem. Cofondateur du Leo Baeck Institute en 1955, il contribua à la définition des orientations éducatives et philosophiques de l'institution. Son œuvre, à la croisée de la pédagogie juive et de la philosophie du dialogue, incarne l'aspiration des fondateurs à faire de l'institution non seulement un lieu d'archives, mais un foyer de pensée vivante.
Max Kreutzberger (dates inconnues) — Premier directeur exécutif du centre de New York, il fut l'architecte opérationnel du dépôt new-yorkais dès la fondation de 1955. Sous sa direction, le centre s'affirma comme la bibliothèque et le service d'archives principaux de l'ensemble du Leo Baeck Institute, constituant un fonds dont l'ampleur dépasse aujourd'hui treize mille collections archivistiques, quatre-vingt mille volumes imprimés et des dizaines de milliers de photographies et d'entretiens enregistrés. Son travail précéda l'installation de l'institut dans sa maison de la 73e rue Est.
Alfred Julius Bruck (dates inconnues) — Auteur de deux manuscrits sur l'histoire de sa famille, conservés au Leo Baeck Institute de New York sous la cote AR 3940. Son premier texte, « The Bruck Family: A Historical Sketch » (1946), et son second, rédigé en allemand et en anglais sous le titre « The Bruck Family: A Historical Sketch of a Jewish Family through a Thousand Years » (1951), reconstituent le passage de la famille par Venise, Prague, Vienne et la Silésie, avec tables généalogiques et bibliographie. Il correspondit à ce sujet avec Hilde Blum, dont les lettres complètent le fonds.
Joseph Roth (1894–1939) — Romancier et feuilletoniste né à Brody, en Galicie, auteur de Radetzkymarsch (1932) et de Der stumme Prophet, figure capitale de la prose germanophone de l'entre-deux-guerres. Il n'est pas fondateur de l'institution — il mourut seize ans avant sa création —, mais son fonds new-yorkais en fait l'une des présences littéraires majeures des collections : manuscrits autographes, correspondances avec éditeurs et famille, photographies, carnets. Installé à Paris dès 1925, il y vécut en exil à partir de 1933 et y mourut le 27 mai 1939, avant d'être inhumé le 30 mai au cimetière de Thiais.
Jan Bürger (dates de naissance non établies dans les sources consultées) — Germaniste et éditeur de textes, chercheur au Deutsches Literaturarchiv de Marbach depuis 2002. Il est l'éditeur scientifique de Pariser Nächte : Feuilletons und Briefe (C.H. Beck, collection « textura », 2018), volume qui réunit les feuilletons parisiens de Joseph Roth et plusieurs lettres jusqu'alors inédites de la période d'exil. Son travail philologique constitue la contribution récente la plus substantielle à la documentation des années parisiennes de l'écrivain, en complément des fonds de New York et de Marbach.
John Desmond Rayner, CBE (1924–2005) — Rabbin né à Berlin sous le nom de Hans Sigismund Rahmer, arrivé en Grande-Bretagne par un Kindertransport en 1939 après la perte de ses parents dans la Shoah. Ordonné en 1953, il devint en 1961 ministre en chef de la Liberal Jewish Synagogue de St John's Wood et enseigna au Leo Baeck College de 1966 à 2003, comme directeur des études puis vice-président. Principal liturgiste du judaïsme libéral britannique, il signa ou cosigna Service of the Heart (1967), Gate of Repentance (1973) et Siddur Lev Chadash (1995). Fait Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique en 1993.
Lea Mühlstein (dates de naissance non établies dans les sources consultées) — Rabbin et pédagogue active dans le mouvement du judaïsme libéral britannique. Elle est l'auteure du module pédagogique consacré à John Rayner, publié conjointement par Liberal Judaism et Reform Judaism UK à l'occasion du centenaire de sa naissance en 2024, et a animé en 2025 une session de l'Education Hub consacrée à son œuvre et à sa pensée. Son travail de transmission illustre la continuité entre l'héritage germano-juif libéral et la formation rabbinique britannique contemporaine.
Karen S. Franklin (dates de naissance non établies dans les sources consultées) — Généalogiste américaine, directrice de la recherche familiale au Leo Baeck Institute de New York depuis plus de trente ans. Elle a présidé l'International Association of Jewish Genealogical Societies, coprésidé le conseil de JewishGen, dirigé le Council of American Jewish Museums et le comité des musées-mémoriaux de l'ICOM ; elle est cofondatrice et présidente du jury des Obermayer German Jewish History Awards. En 1985, elle entreprit à la demande de Stephen Sondheim la recherche de son ascendance paternelle, dont elle a publié le récit en 2022. L'IAJGS lui a décerné son prix pour l'ensemble de sa carrière en 2019.
Stephen Joshua Sondheim (1930–2021) — Compositeur et parolier américain né le 22 mars 1930 à New York, mort le 26 novembre 2021 à Roxbury, dans le Connecticut, figure déterminante du théâtre musical du XXe siècle. Fils d'Herbert Sondheim, fabricant de vêtements, et d'Etta Janet Fox, styliste, il descendait par son père de Juifs allemands et par sa mère de Juifs lituaniens de Vilnius. Il sollicita et soutint, à partir de 1985, l'enquête généalogique menée sur sa lignée paternelle par le Leo Baeck Institute, dont les résultats ont été publiés par l'institution en 2022.
Isaac Sondheim (vers 1817–1883) — Arrière-grand-père paternel du compositeur selon la recherche conduite au Leo Baeck Institute, émigré aux États-Unis vers 1848 depuis la région de Hesse-Cassel et enregistré dans les documents publics new-yorkais comme commerçant. Il mourut en 1883, âgé d'environ soixante-six ans, après avoir été projeté d'une calèche à un passage piéton de la 4e rue à New York ; son certificat de décès est conservé dans les collections de l'institut. Certaines notices biographiques courantes le présentent comme grand-père et non arrière-grand-père du compositeur : l'écart tient à la répétition des prénoms dans cette branche, où le nom apparaît aussi sous la forme « Sondheimer » et se combine à celui de « Gutenstein ».
Bettina Farack (dates de naissance non établies dans les sources consultées) — Chercheuse en provenance, auteure d'une étude publiée en 2023 sur la bibliothèque du Centralverein conservée au Leo Baeck Institute de Jérusalem. Son travail a permis d'identifier, parmi les volumes du centre jérusalémite, des ouvrages provenant de la grande organisation de défense des droits des Juifs allemands, dispersée sous le régime nazi. Ces identifications documentent le trajet matériel des livres spoliés et donnent à la bibliothèque de Jérusalem le statut de source historique à part entière, et non seulement d'outil de travail.
Michael Brenner (dates de naissance non établies dans les sources consultées) — Historien du judaïsme moderne, professeur d'histoire juive, président international du Leo Baeck Institute. Il occupe la fonction que Leo Baeck lui-même avait acceptée en 1955, à la tête d'une institution désormais répartie entre New York, Londres, Jérusalem et Berlin. Sa présidence accompagne la phase contemporaine du travail de l'institut : numérisation massive des fonds par DigiBaeck et Internet Archive, recherches de provenance sur les bibliothèques spoliées et ouverture des questions germano-juives aux débats actuels sur les minorités.
Guy Miron (dates de naissance non établies dans les sources consultées) — Historien israélien, professeur, président du Leo Baeck Institute de Jérusalem, dont le siège se trouve au 33 Bustenai Street. Il dirige le centre qui se définit comme le prolongement, dans la société israélienne, de l'héritage libéral du judaïsme allemand, et qui place la recherche au premier rang de ses priorités. Sous sa responsabilité, le centre jérusalémite a achevé en 2022 la numérisation de ses archives historiques, poursuit la publication d'études en hébreu, en anglais et en allemand et mène les enquêtes de provenance sur les volumes de sa bibliothèque.
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Conclusion
Le Leo Baeck Institute occupe une place singulière dans le paysage des institutions mémorielles juives. Né en 1955 de la volonté d'émigrés germanophones de sauver de l'oubli une civilisation détruite, il a su conjuguer la rigueur de l'archive, l'ambition de la recherche et la fidélité à une figure morale, celle de Leo Baeck. Son architecture à plusieurs capitales — Jérusalem, New York, Londres, Berlin — épouse la dispersion même de la communauté qu'il sert, tandis que ses collections, parmi les plus riches au monde pour l'étude de la judéité d'Europe centrale, offrent aux chercheurs un accès inégalé aux sources primaires de plusieurs siècles d'histoire.
Ce livre aura tenté de montrer que cette mission se joue à deux échelles inséparables. À l'échelle collective, elle prend la forme d'un Year Book paru sans interruption depuis 1956, d'une médaille décernée depuis 1978, d'une bibliothèque de quatre-vingt mille volumes où l'on identifie aujourd'hui les livres rescapés du Centralverein, d'une plateforme numérique lancée en 2013 avec trois millions et demi de pages, de deux cent vingt-deux périodiques et de huit cents fonds versés en libre accès. À l'échelle individuelle, elle tient dans un manuscrit rédigé en 1946 par Alfred Julius Bruck pour dire mille ans de sa famille entre Venise, Prague, Vienne et la Silésie ; dans un carnet russe de Joseph Roth ; dans un certificat de décès de 1883 établi après qu'un commerçant venu de Hesse-Cassel eut été projeté d'une calèche sur la 4e rue. Que ce dernier document ait été retrouvé parce qu'un compositeur de Broadway répondit en 1985 à la lettre d'une généalogiste dit assez la nature du travail : l'institut ne classe pas seulement des papiers, il rend des ascendances lisibles, et il ne tait pas les cas où l'enquête ne conclut pas — l'homonymie des Sundheim et des Sondheim, restée sans lien prouvé, appartient elle aussi au dossier.
La mise en ligne de Ha-Me'assef, en mai 2018, ajoute à ce tableau une dimension que les fondateurs de 1955 n'auraient sans doute pas imaginée. En rendant consultables les volumes parus de Königsberg à Dessau entre 1783 et 1811, l'institut ne fait pas œuvre d'antiquaire : il remet en circulation le premier périodique par lequel les Juifs d'Allemagne ont pris la parole en hébreu pour parler de pédagogie, de poésie, de politique et d'avenir. Entre les précepteurs de la maison Friedländer qui rédigèrent le prospectus Nahal ha-Besor et les émigrés de 1955 qui décidèrent de sauver les papiers de leur monde, la parenté est réelle : dans les deux cas, un petit groupe sans moyens considérables a décidé qu'une culture méritait d'être écrite, imprimée et transmise. Les Me'assefim inventaient une modernité ; l'institut en recueille les vestiges. La même bibliothèque abrite les deux gestes.
L'histoire des Yekkes — ces dizaines de milliers de Juifs germanophones établis en Palestine mandataire à partir de 1933, qui maintinrent leur langue, leurs institutions et leurs réseaux — rappelle que le Leo Baeck Institute n'est pas né d'une simple volonté de commémoration, mais au sein d'une communauté encore vivante, portant avec elle ses usages, ses contradictions et ses attachements. Ce qui devait, dans l'esprit de ses fondateurs, n'être que l'œuvre d'une décennie est devenu une institution pérenne dont la longévité atteste que la mémoire d'un monde anéanti pouvait se transformer en héritage fécond.
John Rayner, enfant de Berlin devenu liturgiste majeur du judaïsme libéral britannique, enseigne pour finir que la transmission ne s'est pas faite seulement dans les dépôts d'archives, mais dans les synagogues, les salles de classe et les livres de prières. Entre le premier cahier hébreu sorti des presses de Königsberg à l'automne 1783 et le colloque tenu à Londres en 2024 pour le centenaire de Rayner, entre une maison de la 73e rue Est et les rayonnages de Bustenai Street, la chaîne ne s'est pas rompue : elle s'est déplacée, enrichie, renouvelée. En préservant la trace d'une judéité germanophone presque entièrement effacée par la Shoah, le Leo Baeck Institute n'a pas seulement honoré les morts ; il a rendu possible la transmission, aux générations futures, d'une part essentielle de la culture européenne et juive.
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संस्करण (1)
- v1 · वर्तमान · 12 सित॰ 2026
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स्रोत और संसाधन
- Moses Mendelssohn, Jérusalem ou pouvoir religieux et judaïsme (2007)
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