Le patronyme « Tounsia » — littéralement « la Tunisienne » en arabe dialectal — ne désigne pas d'abord une lignée de sang, mais une identité de scène et de terre. Il est indissociable d'une femme, Louisa Tounsia, de son vrai nom Louisa Saâdoun, née en 1905 à Tunis et morte en 1966, chanteuse tunisienne du XXe siècle. Ce nom d'artiste, adopté comme une bannière, condense en un seul mot toute une histoire : celle des Juifs de Tunisie, présents sur cette côte depuis l'Antiquité, et celle d'une modernité musicale née dans les faubourgs de la médina au tournant du siècle. Étudier la « lignée Tounsia », c'est donc suivre le fil d'une appartenance revendiquée — être tunisienne, être juive, être artiste — dans un pays où, selon l'historiographie, la présence juive se compte en millénaires [Sebag, 1991].
La difficulté du généalogiste est ici réelle et doit être nommée d'emblée. Nous n'avons pas de grandes connaissances sur son parcours biographique, car les témoignages manquent, mais nous savons qu'elle chantait régulièrement à Paris avec l'Orchestre du cabaret « La Casbah » en 1947. Le patronyme d'état civil, Saâdoun, appartient au fonds anthroponymique judéo-tunisien ; le nom de scène, Tounsia, relève de la mémoire collective d'un âge d'or musical. C'est à la jonction de ces deux registres — l'archive parcimonieuse et la tradition vivante — que ce livre entend inscrire son enquête, fidèle à l'idée que la mémoire juive est autant transmission que documentation [Yerushalmi, 1984].
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