Region: Péninsule Ibérique → diaspora
Register Gedächtnis · Verwahrer, nicht Eigentümer
Veröffentlicht am 17. Juni 2026
Issus de la péninsule Ibérique avant et après les expulsions de 1492–1497. Dispersés vers l'Empire ottoman, les Pays-Bas, l'Italie, les Amériques. Langue : ladino / judéo-espagnol.

(Narbonne) Couple de séfarades marocains - Auguste Raynaud - Musée des Beaux-Arts de Narbonne
Didier Descouens · Public domain · Wikimedia Commons

1900 photo of a Sephardi couple from Sarajevo
Unknown authorUnknown author · Public domain · Wikimedia Commons

Moroccan Sephardi Jews. 1919
Unknown authorUnknown author · Public domain · Wikimedia Commons

Sephardi Jew family Argentina (cr)
Unknown authorUnknown author · Public domain · Wikimedia Commons
Copy any of these formats to cite this page or link to it.
Link
https://zakhor.ai/de/grands-livres/communautes/sefaradesHTML
<a href="https://zakhor.ai/de/grands-livres/communautes/sefarades">Séfarades — Zakhor</a>Citation
Séfarades — Zakhor, https://zakhor.ai/de/grands-livres/communautes/sefaradesLe mot « Séfarade » dérive de Sefarad, toponyme biblique (Abdias 1,20) que la tradition juive identifia très tôt à la péninsule Ibérique. Il désigne d'abord les Juifs d'Espagne et du Portugal, puis, par extension, l'immense diaspora née des expulsions de 1492 et 1497. Cette communauté — ou edah — se distingue par une langue, le judéo-espagnol ou ladino, par un rite liturgique propre, par une mémoire vivace de la « terre perdue » et par une remarquable capacité d'adaptation, de Salonique à Amsterdam, de Safed au Maghreb. Plus qu'une simple origine géographique, le séfaradisme constitue une civilisation : héritière de l'âge d'or andalou, façonnée par l'exil, recomposée dans l'Empire ottoman et l'Occident marchand. Cette monographie en retrace les grandes étapes, des splendeurs d'al-Andalus aux interrogations identitaires contemporaines.
Sous la domination musulmane de la péninsule Ibérique, du Xe au XIIe siècle, les Juifs d'Espagne connurent un épanouissement intellectuel sans précédent depuis l'Antiquité. À Cordoue, capitale du califat omeyyade, Hasdaï ibn Shaprout (Xe siècle), médecin et diplomate, fit de sa ville un foyer d'études talmudiques et noua des liens avec le royaume khazar. Cette symbiose entre culture arabe et savoir juif — la convivencia, terme qu'il faut manier avec prudence car la condition de dhimmi demeurait subordonnée — permit l'éclosion d'une « renaissance hébraïque ». Samuel ibn Naghrela, dit Samuel ha-Nagid (993-vers 1056), incarna cette grandeur : vizir et chef militaire du royaume de Grenade, talmudiste et poète, il fut l'un des rares Juifs à exercer un pouvoir politique réel. La poésie hébraïque atteignit alors des sommets avec Salomon ibn Gabirol (vers 1020-vers 1057), poète et philosophe néoplatonicien dont La Source de vie (Fons Vitae) circula dans l'Occident chrétien, et Juda Halevi (vers 1075-1141), auteur du Kuzari et de poignants « chants de Sion ». Le sommet fut Moïse ben Maïmon, Maïmonide ou le Rambam (1138-1204), né à Cordoue. Fuyant la persécution almohade, il s'établit finalement à Fustat, en Égypte. Son Mishné Torah et son Guide des égarés demeurent des monuments de la pensée juive. L'irruption almohade, au milieu du XIIe siècle, sonna toutefois le glas de cet âge d'or.
À mesure que la Reconquista chrétienne progressait, les Juifs de Castille et d'Aragon connurent d'abord une période de relative prospérité, servant comme financiers, médecins et administrateurs. Mais la dégradation économique, la prédication antijuive et les tensions sociales débouchèrent sur une catastrophe : à l'été 1391, une vague de pogroms partie de Séville embrasa plus de soixante-dix villes de Castille et d'Aragon. Des milliers de Juifs furent massacrés ; des milliers d'autres se convertirent au christianisme pour sauver leur vie. Ces conversions, souvent contraintes, donnèrent naissance à une nouvelle catégorie sociale : les conversos ou « nouveaux chrétiens », parfois désignés par le terme péjoratif de marranes. Beaucoup continuaient en secret de pratiquer le judaïsme ; on les nomma crypto-juifs. La Dispute de Tortosa (1413-1414) et les campagnes de conversion accentuèrent encore ce phénomène. La suspicion envers la sincérité religieuse des conversos engendra une obsession de la « pureté du sang » (limpieza de sangre) et conduisit à l'établissement de l'Inquisition espagnole en 1478, autorisée par le pape Sixte IV et confiée à des inquisiteurs comme Tomás de Torquemada. C'est précisément pour soustraire les nouveaux chrétiens à l'influence des Juifs demeurés fidèles que les Rois Catholiques décidèrent l'expulsion.
Le 31 mars 1492, peu après la chute de Grenade, dernier royaume musulman de la péninsule, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon signèrent à l'Alhambra l'édit d'expulsion. Les Juifs non convertis devaient quitter les Couronnes de Castille et d'Aragon avant le 31 juillet, sous peine de mort. Le nombre des exilés, longtemps surestimé, est aujourd'hui évalué par les historiens à plusieurs dizaines de milliers ; nombre d'autres préférèrent une ultime conversion. Le grand financier Isaac Abravanel, qui plaida en vain auprès des souverains, prit lui-même le chemin de l'exil. Beaucoup d'expulsés se réfugièrent dans le Portugal voisin. Mais le répit fut bref : en 1497, le roi Manuel Ier, désireux d'épouser une infante espagnole, ordonna la conversion forcée massive des Juifs du royaume plutôt que leur expulsion, retenant la population tout en l'arrachant à sa foi. Le Portugal se peupla ainsi d'une vaste classe de nouveaux chrétiens dont beaucoup, durant des générations, perpétuèrent clandestinement des traditions juives. L'expulsion ibérique fut un traumatisme fondateur. Elle dispersa la communauté juive la plus brillante de l'Occident médiéval et créa une diaspora consciente d'elle-même, soudée par la langue, le souvenir de Sefarad et l'espérance messianique.
La dispersion conduisit les Séfarades vers de multiples horizons. L'Empire ottoman, dont le sultan Bayézid II aurait accueilli les exilés avec faveur, devint le principal foyer de la diaspora. Salonique, en particulier, fut surnommée la « mère d'Israël » et abrita la plus importante communauté séfarade du monde, où le judéo-espagnol resta langue dominante jusqu'au XXe siècle. Constantinople, Smyrne et les villes des Balkans se couvrirent de synagogues organisées selon les villes d'origine ibériques. Une autre branche, issue des conversos portugais, reconstitua ouvertement le judaïsme dans l'Occident chrétien : ce furent les « nations » portugaises. À Amsterdam prospéra une communauté de marchands célèbre — la « Jérusalem du Nord » — qui produisit Baruch Spinoza, excommunié en 1656. Des communautés analogues s'établirent à Hambourg, à Venise, à Livourne (où la Livornina garantissait protection et liberté de commerce dès 1591-1593), à Bordeaux et Bayonne, à Londres après 1656, puis dans les Amériques. Au Maghreb, les exilés — les megorashim — se mêlèrent aux Juifs autochtones, les toshavim, non sans tensions, à Fès, Tétouan, Salé ou Alger, y important leurs coutumes, leurs takkanot et leur prestige. Partout, ces communautés conservèrent un rite liturgique séfarade distinct et un sens aigu de leur lignage ibérique.
Le ladino, ou judéo-espagnol, fixa l'espagnol du XVe siècle et l'enrichit d'emprunts hébreux, araméens, turcs, grecs, arabes et italiens. Il devint le véhicule d'une riche culture orale et écrite : le romancero, ces ballades héritées de l'Espagne médiévale, les coplas, les proverbes (refranes), et une littérature religieuse dont le Meam Loez, vaste commentaire biblique entrepris au XVIIIe siècle, constitue le monument. C'est à Safed, en Galilée, que la spiritualité séfarade atteignit son apogée au XVIe siècle. Joseph Caro (1488-1575), né au Portugal, y rédigea le Choulhane Aroukh, code de loi qui s'imposa comme la référence normative de tout le judaïsme. À ses côtés, Isaac Louria (1534-1572), le « Ari », élabora en quelques années un système kabbalistique d'une puissance inouïe — tsimtsoum (contraction divine), brisure des vases, tikkoun (réparation du monde) — qui, diffusé par son disciple Hayyim Vital, devint la théologie mystique dominante du judaïsme prémoderne. Cette effervescence prépara aussi la plus grande crise spirituelle de la diaspora. Shabbetaï Tsevi (1626-1676), originaire de Smyrne, fut proclamé Messie ; relayé par le prophète Nathan de Gaza, son mouvement embrasa les communautés juives autour de l'an 1666. Sommé de choisir par le sultan, Shabbetaï Tsevi se convertit à l'islam, plongeant ses fidèles dans le désarroi et formant la secte des Dönmeh.
À l'époque moderne, le monde séfarade connut un lent déclin puis une mutation profonde. À partir de 1860, l'Alliance israélite universelle, fondée à Paris, déploya un réseau d'écoles de la Méditerranée orientale au Maghreb, diffusant la langue française et un idéal d'émancipation qui occidentalisa les élites tout en érodant le judéo-espagnol. Le XXe siècle fut tragique : la Shoah anéantit les grandes communautés des Balkans — Salonique perdit l'écrasante majorité des siens en 1943 — tandis que la décolonisation et la création de l'État d'Israël vidèrent en quelques décennies les terres séfarades du Maghreb et du Levant. Aujourd'hui, l'identité séfarade survit dans la mémoire, la liturgie, la cuisine et un patrimoine musical réinvesti, en Israël, en France, dans les Amériques. Le ladino, classé langue en danger, fait l'objet d'efforts de sauvegarde. Loin d'être un simple vestige, le séfaradisme demeure une composante vivante du judaïsme contemporain, porteuse d'une mémoire que cinq siècles d'exil n'ont pas effacée.